Un culte est un office religieux dans le protestantisme. C'est un moment que le chrétien passe avec son Dieu et lui rend honneur par la louange et l'adoration, et où il s'adresse à lui par la prière. Le sermon (ou prédication) lui apporte un enseignement spirituel et théologique fondé sur la lecture et l'explication de textes bibliques..
Le culte communautaire a lieu le dimanche. Il revêt une grande importance car, dans la conception protestante, il y a église là où il y a assemblée de croyants ; on peut donc dire que c'est le culte qui fait l'Église.. Toutefois, le culte peut aussi être familial ou, plus rarement, être pris dans un sens individuel.
Le lieu de culte traditionnel se nomme « temple » (ou parfois église, notamment chez les luthériens et chez certains réformés ou au Canada). Toutefois, ce lieu n'est ni sacré ni consacré.
Le culte protestant se différencie de la messe catholique en ce qu'il ne comporte aucun aspect sacrificiel. La Sainte-Cène n'y est d'ailleurs pas systématiquement célébrée.
Approche biblique et théologique Un mouvement de Dieu vers l’Homme Pour les protestants, le culte est une rencontre avec Dieu, à l’initiative de Dieu. Les chrétiens sont les bénéficiaires et les destinataires du culte. Lors du culte, Dieu rappelle au chrétien ce qu’Il lui donne et ce qu’Il attend en retour. A cette invite, le fidèle apporte sa réponse. Cette conception du culte a été réaffirmée par Karl Barth : ce n’est pas le chrétien qui d’abord apporte, ou donne quelque chose à Dieu, mais au contraire, il reçoit de lui la parole de vie et l’annonce du salut, et l’appel à se mobiliser à son service et à celui de nos prochains. C’est pourquoi les Réformateurs ont nettement majoré le “sacrement” (ce que Dieu offre à l’être humain) et minoré le “sacrifice” (ce que l’être humain offre à Dieu), et qu’ils ont reproché au catholicisme de faire l’inverse.
Les valeurs protestantes du culte
Dans la logique protestante, le culte et l'Église sont la même chose : les deux se définissent comme une convocation par Dieu de personnes singulières qui, ayant répondu à cet appel, forment l'Église (du grec , l'assemblée). Le culte est simplement une des formes de cette « Église » qui n'est pas d'abord une institution, mais un mouvement permanent. Des personnes viennent, se reconnaissent (ou non) comme frères et sœurs, trouvent de la nourriture, et repartent... Dans la conception protestante ou évangélique, présente dès la Réforme, le culte est un partage et sa célébration doit avant tout être intelligible pour les participants, puisque le sens du culte est d’annoncer l’évangile, de faire entendre la parole qui vient de Dieu. Luther et Calvin ont donc prescrit l’utilisation de la langue du peuple, comprise par tous, lors des cultes du pays. Ils ont donc aussi souhaité que la forme du culte puisse évoluer avec les époques ou la culture des régions et des groupes qui l’organisent. Aujourd’hui, cette même règle conduit à demander aux prédicants de s'exprimer avec un vocabulaire et des références culturelles de notre temps. D’autre part, en réaction contre l’apparat des cérémonies du catholicisme classique, les protestants ont préconisé et pratiqué la plus grande simplicité.
Historique Origine Le culte est une pratique de la vie chrétienne qui a ses origines dans le culte juif BBC, Christian worship, bbc.co.uk, UK, 23 juin 2009.. Jésus-Christ et Paul de Tarse ont enseigné une nouvelle forme d'adoration de Dieu Geoffrey Wainwright, The Oxford History of Christian Worship, Oxford University Press , USA, 2006, p. 465. Dans les Écritures, Jésus est décrit comme se réunissant avec ses disciples pour partager des enseignements et débattre de sujets Amy-Jill Levine, Dale C. Allison Jr., John Dominic Crossan, The Historical Jesus in Context, Princeton University Press, USA, 2009, ., prier et chanter des cantiquesMarc 14.26, Matthieu 26.30; voir John J. Pilch, A Cultural Handbook to the Bible, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2012, p. 263 ; dans les Actes des Apôtres, on lit que les premiers chrétiens avaient également cette habitude. Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul de Tarse a précisé les principaux éléments composant le culte chrétien à savoir la louange, l’enseignement (sermon), l’offrande, la Sainte-cène ou communion John Paul Heil, The Letters of Paul as Rituals of Worship, Casemate Publishers, USA, 2012, p. 38, 41.. Réforme protestante Martin Luther En 1526, Luther publie ce qu'il appelle « la messe allemande », un ordre du service religieux qui conserve celui de la messe, mais l’expurge de tout élément sacrificiel puisque, écrit-il, « le saint Sacrement n'a pas été institué pour que l'on en fasse un sacrifice expiatoire - car ce sacrifice a déjà été consommé sur la croix - mais pour qu'il serve à réveiller en nous la foi, et à réconforter les consciences. »Confession d’Augsbourg, article XXIV. » lire en ligne.. Luther indique également que sa liturgie a un caractère indicatif. Il la dit adaptée à l’Église allemande de la région de Wittenberg, mais pas forcément à d'autres villes ou régions. Luther établit aussi le principe d’intelligibilité du culte : l’évangile doit y être annoncé de manière compréhensible à tous. C’est pourquoi Luther insiste tellement sur l’utilisation de la langue allemande, tolérant le latin seulement pour les cultes en milieu universitaire, afin de donner aux étudiants une meilleure connaissance de cette langue. Luther conserve aussi la tradition du chant d’église, parfois en conservant des mélodies catholiques, mais, toujours fidèle à son souci pédagogique, il s’attache à promouvoir le chant d’assemblée, sur des airs simples et faciles à retenir. Ces hymnes luthériens traditionnels sont connus sous le nom de chorals.. Jean Calvin
L’approche de Calvin est différente : se fondant sur le principe-clé de la Réforme protestante Sola scriptura, il rejette tout ce qui lui semble provenir de la tradition et non de la Bible. Les conceptions calviniennes, largement partagées dans le monde évangélique, sont parfois dénommées principe régulateur du culte. Elles excluent clairement les images, tableaux ou statues, comme, à l’origine, les instruments de musique, assimilés à des images. Beaucoup de calvinistes des premiers temps ont donc pratiqué la psalmodie exclusive (chant de psaumes)La psalmodie exclusive est la doctrine selon laquelle, dans le culte, seuls les psaumes bibliques peuvent être chantés, sans accompagnement instrumental ; voir par exemple la Confession de foi de Westminster, chapitre XXI, paragraphe V. pour le culte Brian Schwertley, Musical Instruments in the Public Worship of God, 1998. Consulté le 21 août 2009., bien que Calvin lui-même autorisait, en plus des Psaumes, d'autres chants tirés de la Bible John Barber, Luther and Calvin on Music and Worship, Reformed Perspectives Magazine, , , . Consulté le 21 août 2009.. Cette pratique caractérisa notamment le culte presbytérien pendant un certain temps.
Toutefois, Calvin précise lui aussi qu’on peut changer les formes du culte, en instituer de nouvelles et abolir celles qui ont été « selon ce qui est expédient. » John Knox Dans le monde anglo-saxon, ces principes sont transmis par les soins de John Knox. En effet, au début de la Réforme écossaise, faute d’ordre établi pour les offices religieux réformés, le culte dépendait de l’initiative des pasteurs locaux J.H.S. Burleigh, A Church History of Scotland, p. p160–163.. En 1556, alors qu’il est réfugié à Genève avec les leaders protestants écossais fuyant les persécutions mariales qui avaient lieu en Angleterre, John Knox décrit en détail l’ordre du culte hebdomadaire dans sa Letter of Wholesome Councell. Il avait dans un premier temps soutenu le deuxième Livre de la prière commune (1552) d'Édouard VI, qui était recommandé par les Lords of the Congregation, mais sous l’infuence de Calvin, il publie avant de quitter Genève son propre Livre de l'ordre commun« Book » in Martin R. Gabriel, Le dictionnaire du christianisme, Publibook, 2007 . et c'est celui-ci qui fut imprimé et approuvé par l'Assemblée générale de l'Église d'Écosse<ref>L'Assemblée générale (en anglais : ) est le titre retenu par l’Église d'Écosse pour son synode général.</ref> de 1562. Enrichi, il fut réimprimé avec les confessions de foi et les psaumes métriques en 1564, et constitua le livre officiel pour le culte jusqu'à son remplacement par le Directoire de Westminster en 1643.
Le Réveil Le chant d’hymnes religieux, plus souvent appelés cantiques dans le protestantisme, est une pratique qui se généralise avec le Réveil.. C’est un moyen d’évangélisation par exemple pour Dwight Moody, qui engage le chanteur Ira Sankey pour l’accompagner dans ses tournées d’évangélisation Article sur Ira David Sankey dans “Christian Biography Resources” sur le site wholesomewords.org, qui reproduit l’article sur Sankey dans “The National Cyclopædia of American Biography”, éditeur : James T. White & Company, New York, 1897, volume 7.. En France également, c’est le Réveil qui introduit la pratique du chant des cantiques pendant les cultes réformés, de même que les enterrements présidés par un pasteur, conçus au début comme un moyen d’évangélisation.. Évolution du culte presbytérien Le culte presbytérien a évolué dans le sens d'un accommodement progressif avec les pratiques musicales initialement interdites. Introduction des chants continus : dans les premiers temps, la méthode de chant habituelle suivie lors du culte presbytérien était le lining out, selon lequel un precentor lit ou chante une ligne et l'assemblée la répète après lui. Il s'agit toutefois d'une mesure essentiellement pratique, d’ailleurs aussi adoptée par d'autres confessions, parce que beaucoup de gens n'étaient pas suffisamment lettrés pour suivre les paroles par écrit, et parce qu'on manquait par ailleurs de livres de cantiques. À partir d'environ 1720, beaucoup défendirent l'introduction du chant continu (ou régulier) Linda R. Ruggles, « The Regular Singing Controversy: The Case Against Lining-Out » et le chant continu fut introduit dans beaucoup d'Églises presbytériennes dans le monde. Introduction des hymnes : après avoir chanté des psaumes durant deux cents ans, l'Église d'Écosse adopta officiellement en 1861 des hymnes ou cantiques non tirés directement de la Bible Ronald Hanko, Psalms, hymns, and Spiritual songs, site officiel des Protestant Reformed Churches in America., suivie par l'Église libre d'Écosse en 1872 John W. Keddie, Sing the Lord's Song! Part 7. Les hymnes et d'autres chants extra-bibliques sont maintenant largement utilisés dans les cercles presbytériens ; les détails varient suivant les confessions. Introduction des instruments : au début du , le révérend R. William Ritchie de l'église de Saint-Andrew de Glasgow, tenta d'introduire un orgue dans son église, mais fut informé par le consistoire de Glasgow (L'équivalent de "consistoire" en anglais est .) que « l'utilisation d'orgues lors du culte public de Dieu est contraire à la loi et à la constitution de notre Église établie The Anecdotage of Glasgow: Rev. Dr. Wm. Ritchie of St. Andrew's Church and his Violin. » En 1863, le révérend Robert Lee introduisit un harmonium pour le culte à la Greyfriars Kirk d'Édimbourg. Lee défendit la musique instrumentale à l'Assemblée générale de 1864, laquelle déclara alors que « de telles innovations devraient seulement être empêchées lorsqu'elles perturbent la paix de l'Église et l'harmonie des assemblées. » Un orgue fut par la suite installé à Greyfriars et utilisé pour la première fois en 1865 Laurence James Moore, Sing to the Lord a New Song: A Study of Changing Musical Practices in the Presbyterian Church of Victoria, 1861-1901.
Cultes contemporains dans les églises évangéliques