Ernst Niekisch ( - ) est un homme politique allemand, un journaliste, écrivain, idéologue et homme politique nationaliste-révolutionnaire allemand, considéré comme l'un des plus grands représentants de la Révolution conservatrice allemande. Principal idéologue de ce qu'on appellera plus tard le national-bolchévisme, il participa à la résistance « nationale-révolutionnaire ». Condamné à la prison pour haute trahison en 1939 il fut libéré par les troupes soviétiques. Membre du SED, élu député de la Chambre du peuple en RDA, il désapprouva le régime après la répression des manifestations de 1953.
Biographie Jeunesse et service militaire Ernst Niekisch est né le à Trebnitz en Silésie de August Nieckisch, tailleur de limes de son état, et de Maria née Schnell. Alors qu'il est âgé de deux ans, la famille (elle comportait déjà cinq filles en plus du garçon) déménage à Nördlingen en Bavière. Il fait sa scolarité dans une école pratique (Realschule) avant de commencer des études de propédeutique qu'il poursuit au séminaire Altdorf près de Nuremberg. Il devient alors professeur d'école.
Il effectue son service militaire en 1908 comme volontaire pour un an. À l'entrée en guerre en 1914, il s'occupe de la formation des recrues. Déjà il ne se soumet qu'avec difficulté à la discipline militaire. Pourtant cela ne le fait en rien tomber dans le pacifisme. Il n'est guère sujet à l'enthousiasme général de 1914 et regarde la guerre et les perspectives de victoire avec beaucoup de circonspection. Néanmoins, il louera plus tard le sacrifice des soldats en faveur de l'État. À cause de graves problèmes d'yeux, il restera en Allemagne durant toute la durée de la guerre. En , il est démobilisé et reprend son activité d'enseignant. Entre-temps, le , il épouse sa collègue Anna Kienzle qui lui donne un fils le .
Engagement politique lors de la Révolution allemande de 1918-1919 L'événement qui va déterminer le cours de sa vie est la révolution d'octobre 1917. Il la voit comme la réussite d'une révolution prolétarienne qui—et ce point deviendra essentiel—conduit non à la disparition de l'État mais au contraire à son renforcement.
Il rejoint le Parti social-démocrate allemand en 1917 et c'est certainement pour des raisons très pragmatiques qu'il n'adhère pas à l'USPD, beaucoup plus à gauche. La possibilité d'une action politique véritable au sein de la majorité SPD a du emporter la décision. Il s'engage chez les sociaux-démocrates de Augsbourg et rédige diverses contributions pour son journal, le Schwäbische Volkszeitung. Le , Kurt Eisner proclame la république à Munich. À Augsbourg, Niekisch organise un conseil de soldats et de travailleurs dans lequel il est élu. Il est délégué au congrès des Conseils du Reich qui se tient du 16 au . Il s'y oppose aux spartakistes qui exigent les pleins pouvoirs aux conseils et se prononce pour l'élection au plus vite d'une réunion nationale devant se charger de rédiger une constitution.
En , il est délégué d'Augsbourg au Conseil central de Munich et devient pendant un bref moment président du Conseil des travailleurs et des soldats. D'un côté, il souhaite que les conseils bénéficient d'un statut assuré par la constitution mais d'un autre côté il est pour un certain parlementarisme et contre la poursuite de la révolution. Cette position vacillante caractérise toute son action comme membre du Conseil.
Le , Kurt Eisner est assassiné et le Ministre de l'intérieur Erhard Auer du SPD est victime d'un attentat auquel il survit. Ernst Niekisch devient alors un temps président du Conseil central et détenteur du pouvoir exécutif de Bavière. Il est totalement débordé dans cette position par exemple par le Conseil de Bavière des travailleurs paysans et soldats. Le Congrès refuse de proclamer la République Socialiste des Conseils. À l'occasion de la nomination de ministres provisoires, Niekisch est élu Ministre de la culture. Contraint par ses compagnons, il exclut tous les ministres SPD.
Fidèle à ses comportements ambivalents, le à Augsbourg, Niekisch prononce un discours où il se déclare favorable à la République des Conseils. La réunion se déclare en faveur d'une révolution des Conseils. Une délégation comprenant Niekisch se dirige vers Munich pour prendre part aux décisions du gouvernement munichois. Le 4, est décidée la participation de quatre ministres de la République des Conseils. Mais les communistes désapprouvent car ils sont pour une république de soviets sur le modèle russe ce que rejettent les sociaux-démocrates.
Fin de la révolution Dans la nuit du 6 au 7, Niekisch démissionne de son poste de Président du Conseil Central et, en vue de faire arrêter ces expériences de Conseils, il cherche à prendre contact avec le gouvernement Hoffmann qui venait de prendre la fuite pour Bamberg. Il souhaite une fin pacifique à ces émeutes et l'amnistie pour tous les activistes de ces conseils. Sans succès. À Augsbourg, il cherche à faire infléchir la barre de la Républiques des Conseils au moyen de discours ou de notes écrites; sans plus de succès. Il retourne à Munich, sauf qu'entre-temps, les communistes avaient pris le dessus. Finalement, le gouvernement Hoffmann appelle le Ministre de la Reichswehr, Noske à la rescousse. Ce dernier envoie les Corps-francs qui laisseront derrière eux un sillage sanglant à Munich et dans ses environs. Niekisch leur échappe en fuyant à Augsbourg.
Le , il est emprisonné et quitte avec fracas le SPD pour l'USPD, plus radical (ancien mouvement pacifiste au sein du SPD). Le , il est condamné à 2 ans de forteresse qu'il passera à Ebrach et Niederschönfeld. En , il est élu député USPD du parlement de Bavière mais doit cependant purger sa peine. Après sa libération le , il devient chef du groupe USPD au parlement bavarois. Après la réunification du SPD et de l'USPD à l'automne 1922, il devient chef du nouveau groupe parlementaire. En novembre de cette même année, il déménage à Berlin et devient secrétaire à la jeunesse et donc membre de plein droit du directoire de l'Association Allemande des Travailleurs du Textile, le second syndicat en importanceLes syndicats allemands, de taille et de puissance considérable, possédaient, notamment celui du textile, une section de jeunesse chargé de s'occuper des problèmes spécifiques aux jeunes travailleurs, c'est-à-dire à l'époque encore légalement mineurs; l'âge légal du travail étant à 14 ans..
Théoricien politique pendant la république de Weimar vignette|Couverture de Widerstand (mai 1934).
Vers Pâques 1923, un groupe de jeunes socialistes se réunit à Hofgeistmar. Il s'oppose à l'internationalisme de Marx et souhaite réaliser un socialisme dans un cadre national et sur la base d'un État fort. Ils se nomment « le cercle de Hofgeistmar ». En , Niekisch prend contact avec ce groupe dont il va devenir le théoricien essentiel. En 1925, il fait paraître une brochure au titre programmatique « La Voie de la communauté des travailleurs allemands à l'État » dans laquelle il exige de la Social-démocratie l'abandon de la lutte des classes. La crise arrive lorsqu'il exprime son opposition au traité de Locarno et à la définition des frontières orientales qui y était contenue. On lui reproche alors d'être « revanchard » et il est exclu du parti. Le , tout est consommé. Il démissionne même de son poste au Syndicat du Textile et fonde un journal Widerstand (Résistance) sous-titré dans un premier temps Lettre pour une politique socialiste national-révolutionnaire et à partir de 1928 Journal pour une politique national révolutionnaire. Ce journal verra la collaboration entre autres d'Ernst Jünger et de son Frère Friedrich Georg. Le journal est édité aux éditions Widerstand que dirige son épouse et qui publie également le périodique pro-soviétique Entscheidung (Décision).
Pour devancer une éventuelle exclusion du SPD, Niekisch rejoint l'« Ancien Parti Social-Démocrate de Saxe » qui se rebaptise plus tard « Ancien Parti Social-Démocrate ». Cet enfant du SPD de tendance modérée, prend place en Saxe entre 1924 et 1929 au sein d'une coalition avec le DDP et le DVP dirigé par . Niekisch devient rédacteur en chef du quotidien de l'ASP Der Volksstaat.
Il projette un parti des travailleurs nationaliste car pour lui la classe des travailleurs et l'État sont dans une communauté de destin inséparable. Après les résultats catastrophiques de l'ASP aux élections du , au cours desquels il ne recueille que 65.000 voix, Niekisch abandonne le parti qu'il rend responsable de ce résultat. L'ASP disparait bientôt de la scène politique.
Désormais, Niekisch se consacre entièrement à son journal où il peut s'exprimer clairement sans aucune des arrière-pensées tactiques qui l'avaient freiné jusqu'alors. Il cherche grâce à cette publication à réaliser son projet d'un programme national-bolchévique. Ce programme se détermine d'abord par son orientation à l'Est. Niekisch trouve à son goût dans le bolchévisme tout ce que les autres lui trouvent détestable: l'affirmation de l'État, son caractère totalitaire, le manque de démocratie, son nationalisme. Au sein de la Révolution conservatrice il va chercher à créer un courant sous sa direction.
En , il cherche à rassembler un mouvement de jeunesse dans une « Action de la jeunesse » contre le plan Young. Mais il fait surtout paraître une brochure intitulée Hitler, une fatalité allemande. Il y manifeste un mépris absolu, une totale incompréhension et une immense sous-estimation de la nature du nazisme, du NSDAP et de son Führer qu'il décrit comme infecté par le libéralisme.
À côté de cela, il a des visions prophétiques sur les conséquences d'une accession d'Adolf Hitler au pouvoir.
Il cherche alors à fonder un front uni des groupes nationaux-révolutionnaires au sein duquel il persuade Claus Heim, le chef du mouvement insurrectionnel paysan « Landvolkbewegung » (1928-1932), alors en détention, de se présenter à l'élection présidentielle. Les communistes, qui avaient déjà leur propre candidat, Ernst Thälmann, le convainquent de n'en rien faire.
Les relations de Niekisch avec le parti communiste, le KPD, sont assez ambiguës. Il rejette leur marxisme et leur internationalisme mais leur reconnait un rôle important pour attiser la révolution. Il résume son point de vue par la formule Nous ne sommes pas communistes mais nous voulons des communistes efficaces pour la nation.
Sous le nazisme L'arrivée de Hitler au pouvoir le prend totalement par surprise et il est convaincu que l'expérience fera long feu. Dès 1933, il entretient des contacts entre autres avec Ernst Jünger. Niekisch est également l'objet de perquisition et de détention provisoire. Son nouveau journal Entscheidung (Décision) qu'il avait fondé en 1932 est interdit ; il paraîtra pour la dernière fois le .
Le Widerstand ne sera interdit qu'en ce qui a donné lieu à bien des spéculations quant aux raisons de cette interdiction fort tardive. On peut supputer une protection de cercles influents ; Niekisch avait par exemple de bons contacts avec les représentants de la Wehrmacht.
Malgré ses nombreuses visites à l'étranger - il rencontre par exemple Mussolini en 1935 - Niekisch ne profite pas de ces opportunités pour émigrer. En permanence l'objet de brimades de la part du régime, il poursuit néanmoins ses agissements contre celui-ci. En 1936, il est exclu de la Chambre des écrivains du Reich. Ses livres Dans les taillis du pacte (Im Dickicht der Pakte) et La Troisième figure impériale sont saisis. Au début de 1937 à Paris, il commence à tramer une conspiration avec un émigré allemand national-bolchévique, Karl Otto Paetel ainsi qu'avec un ancien employé du département des informations du Ministère de l'Air du Reich nommé Harro Schulze-Boysen. Celui-ci, après avoir soutenu l'arrivée d'Hitler au pouvoir 1933, avait été recruté par des organisations favorables aux Soviétiques.