cela ne signifie pas pour autant que l'expression artistique soit absente.
Au contraire, cette dernière forme un duo indissociable avec leur vie quotidienne. Il n'existe pas une seule culture amérindienne mais bien plusieurs cultures. Si les peuples indigènes d'Amérique du Nord présentent une homogénéité sur le plan ethnique, chaque tribu détient une identité singulière et possède des traditions et des modes de vie propres. Cette diversité s'explique par la présence des indiens sur des territoires très différents. Si ces tribus possèdent des caractéristiques artistiques communes, elles se différencient aussi par leur diversité esthétique.
Localisation
Plusieurs zones géographiques peuvent être distinguées avec des expressions artistiques particulières : les tribus de l'Arctique (zone de glaciers) et du subarctique (espaces forestiers); les tribus des grandes plaines (zone de prairies); les tribus du sud-ouest (zone désertique ou semi-désertique); les tribus des forêts de l'est (les plateaux et hauts-plateaux, zones montagneuses avec les montagnes Rocheuses); les tribus de la côte Ouest, divisée entre Californie et de la côte Nord-Ouest en bordure de l'océan Pacifique.
Les emprunts des tribus entre elles et aux Blancs ont été importants. Les artistes des tribus étaient souvent capturés par des peuples du Nord-Ouest, influençant ainsi leur style. Souvent, les femmes devaient se marier avec des hommes appartenant à d'autres tribus que les leurs contribuant ainsi à faire partager leurs traditions. Les tribus indiennes avaient l'habitude aussi de s'échanger leurs objets d'art.
Art en fonction de la localisation géographique des tribus
Tribus de l'Arctique et du Subarctique
Les aléoutes et les eskimos vivaient en petits groupes en chassant les mammifères marins et les caribous. Les eskimos sont de tous les indigènes américains ceux qui ont subi le plus des influences étrangères : les asiatiques par leur proximité en vivant des deux côtés du détroit de Béring, les colons nordiques installés au Groenland du au , les colons danois au début du , les Russes qui remontaient la chaîne des Aléoutiennes pour atteindre l'Alaska.
Si les Eskimos ont été les premiers indigènes à rencontrer les européens, ils furent les derniers à être envahis par la culture européenne. L'abandon de leur vie traditionnelle se situe après la Seconde Guerre mondiale tandis que les peuples du subarctique, situé juste au sud, avaient renoncé aux leurs deux siècles avant : ils renoncèrent à leur vie semi-sédentaire en chassant les animaux à fourrure et en échangeant leurs peaux avec des objets manufacturés européens.
Les eskimos et les aléoutes sont réputés pour leur sculpture : tout objet utilitaire devenait une œuvre d'art (un burin ou un racloir à peau transformé en une petite statuette représentant un animal ou un visage humain) n'hésitant pas à travailler l'os, l'ivoire et le bois. Les objets non fonctionnels étaient aussi sculptés en représentant des hommes ou des animaux. Leur style évolua peu jusqu'au . En fréquentant les européens, de nouvelles figures firent leur apparition. Les eskimos préféraient représenter des animaux : ils pensaient que leur survie était déterminée par la générosité des animaux qui faisaient don de leur vie aux êtres humains.
Les eskimos dessinaient souvent des pictogrammes sur les os et les défenses des morses. Ils se sont servis d'outils en acier : bien avant l'arrivée des européens, ils avaient pu prendre connaissance du procédé de fabrication en provenance de Chine puis en passant par la Sibérie : des gravures créées avec des pointes d'acier, avec des lignes colorées issues d'un mélange d'huile et d'herbe brûlée ont été datées du . Les eskimos d'Alaska utilisaient aussi cette méthode pour le décor de leurs armures en os qu'ils portaient pour se battre contre les cousins sibériens. Souvent des scènes de chasse et de guerre étaient dessinés avec des personnages figurés par des bâtonnets.
À la fin du , la découverte du tabac dans le Grand Nord, a permis l'utilisation d'un nouveau support de gravure : les pipes en ivoire. Les eskimos ne connurent le tabac après que cette plante ait inondé le monde. Les marchands russes et sibériens ont introduit le tabac en Alaska. Y étaient dessinés des scènes de chasse, en mer ou sur terre, des rites chamaniques ou des mythes.
Les masques étaient utilisés lors de cérémonies religieuses ou de danses. Le chamane contrôlait la fabrication des masques. Ils symbolisaient l'esprit tutélaire d'un eskimo. Certains masques sont plus complexes avec des gravures représentant des séries d'animaux ou des événements naturels. D'autres pouvaient être munis d'une corde permettant de découvrir une partie du visage humain sous le masque animal par le biais d'un volet mobile. Des amulettes en ivoire, bois, métal ou peau étaient aussi dessinées pour représenter des animaux (caribous, loutres marines, morses, oiseaux, baleines, poissons), des esprits ancestraux et des êtres surnaturels. Masques et amulettes étaient indispensables à la cérémonie inaugurant la chasse : l'esprit des animaux était célébré prêts à sacrifier leur vie pour les humains.
Les femmes aléoutiennes décoraient richement et précisément les paniers. Les vêtements (parkas, bottes en fourrure et en peau) étaient créés en les ornant de motifs aussi artistiques que ceux situés sur les outils en ivoire.
La stéatite était une matière utilisée pour la sculpture. Au début, la stéatite servait à la création de lampes. À partir de la fin du , ils créèrent des petites statues humaines et animales vendues ensuite aux européens. Cette démarche artistique originellement issue de la baie d'Hudson se diffusa jusqu'en Alaska.
Les Ojibwas utilisaient la peau de la loutre et du rat musqué, animaux sacrés selon eux, pour fabriquer des sacs-médecine. Le tabac était conservé à l'intérieur du sac délicatement ornés avec des motifs identiques avec une signification religieuse et était utilisé pour certains rites.
Dans les tribus situées dans les régions subarctiques de l'Alaska et du Canada, sacs, ceintures, chemises, robes et mocassins étaient ornés de piquants de porc-épic peints de différentes couleurs. Les Crees et les Tchipewyans (Chippewayans) excellaient dans l'exécution de motifs ingénieux. Certaines tribus pouvaient aussi utiliser des poils d'élan.
Les Crees et les Naskapis peignaient aussi les peaux avec du jaune, du rouge, du bleu-vert, ou du noir pour dessiner des motifs géométriques sur les couvertures, les coiffures, les sacs, les jambières, les tuniques, les mocassins et les masques.
Les Ojibwas étaient réputés pour la sculpture sur bois en fabriquant des poupées et des petits objets. , ils ont adopté la tradition des mâts totémiques de la côte nord-ouest qu'ils sculptaient en s'inspirant de leur propre mythologie.
Tribus des Grandes Plaines
Le cinéma hollywoodien a largement contribué à la célébrité des Indiens des Plaines. Ces tribus nomades parcouraient les Grandes Plaines et chassaient le bison. Par conséquent, les objets d'art devaient facilement se transporter : pipes sculptées et décorées, petits fétiches ornés de perles et peintures sur cuir souple facilement transportable en les enroulant.
L'expression artistique s'exprimait différemment selon le genre : les femmes réalisaient souvent des motifs géométriques complexes. Les Crows privilégiaient les grands triangles allongés, les rectangles et les losanges, peints en vert, jaune, bleu sombre et clair. Les Dakotas ou Sioux créaient des triangles plus fins, des croix et des rectangles blancs, bleus, jaunes et verts. Les femmes fabriquaient des broderies décorées de piquants de porc-épic colorés avec des teintures d'origine végétale. Elles ajoutaient souvent aux vêtements et aux couvertures des perles. Après avoir aplatis les piquants, elles les appliquaient sur les peaux de bison et elles les cousaient sur leur face interne avec des tendons ou des fils. Dans le nord, les Indiens utilisaient plutôt des petites perles en verre de Venise. Nommées « perles poney », ces perles ont été connues dans la région des Grands lacs par des marchands français qui les troquaient contre des peaux. Les Indiens leur attribuaient beaucoup d'importance et ils n'hésitaient pas à les échanger avec une fourrure de castor. Des perles grains de Venise et de Tchécoslovaquie plus petites ont été importées.
Les hommes créaient plutôt des dessins plus figuratifs. Ils peignaient sur leurs vêtements (tuniques, chemises), sur leurs habitats (tentes) et sur leurs armes de défense (boucliers) des scènes issues de leur vie quotidienne, de leur histoire et de leur mythologie. Si les humains étaient sommairement dessinés (souvent par de simples traits), les animaux (chevaux et bisons) étaient tracés avec soin. Cet art graphique était particulièrement somptueux dans la peinture descriptive sur peau de bison : les hommes peignaient leurs propres vêtements qui racontaient leurs exploits. Les vêtements et les couvertures étaient confectionnés à partir des peaux de bisonne ou de bisonneau car les peaux des mâles adultes étaient trop lourdes. Une fois la peau découpée aux dimensions souhaitées, les artistes étendaient sur le sol la peau et dessinaient les motifs avec un bâtonnet. Ensuite, la peinture était appliquée avec des pinceaux (extrémité d'une tige de saule ou de peuplier mâchée ou baguette avec des poils d'antilope). Chaque couleur avait un pinceau unique. Quelquefois, la partie spongieuse du tibia de bison était utilisée : de fines lignes pouvaient être dessinées grâce à ses bords effilés et les couleurs pouvaient être étalées grâce aux côtés du tibia. Une demi-journée voire une semaine pouvait être consacrée à la création de ses vêtements en fonction de la complexité du motif représenté. Si les hommes n'ajoutaient rien à leurs dessins, les femmes, en revanche, couvraient les motifs géométriques de colle créée à partir d'une bouillie de raclures de l'intérieur de la peau.
Des scènes ornant les tipis ou les boucliers provenaient de visions. Le but de ces symboles étaient de protéger. Ainsi, les boucliers de guerre décorés des motifs étaient supposés protéger plus par leurs dessins que par la peau de bison durcie. Lorsque les Indiens des Plaines ont porté les chemises de la Danse des Esprits, ils pensaient qu'elles leur serviraient de gilets protecteurs face à l'armée américaine.
Leurs talents artistiques s'est aussi développé pendant leur captivité grâce au papier et au matériel de peinture distribués. Plusieurs d'entre eux connurent une renommée importante : Cohoe, « Lame man », est un Cheyenne emprisonné à Fort Marion en 1875, Howling Wolf, fils du chef Cheyenne du Sud Eagle Head détenu lui aussi à Fort Marion. Ce dernier commença à perdre la vue en 1877 et des soins furent payés par des commanditaires blancs à l'hôpital de Boston. Lorsqu'il quitta l'hôpital, il revint en Oklahoma où il s'attacha à revivifier la peinture traditionnelle des tribus des plaines en coopération avec d'anciens détenus de Fort Marion.
À l'intérieur des réserves, les artistes indiens dessinaient leur ancien mode de vie, une pratique artistique issue d'une longue tradition des Indiens des plaines. Par exemple, High Hawk, chef de la tribu des Brûlés, créa un calendrier qui racontait l'histoire de son peuple de ses origines jusqu'aux temps modernes. Dans la réserve de Pine Ridge, un Oglala, alias , créa entre 1890 et 1913 (année de son décès), plus de quatre cents peintures. Vers 1917, une employée de l'Indian Service fonda un club de peinture pour des enfants Kiowas. Certains d'entre eux firent des études artistiques à l'université d'Oklahoma. Cinq d'entre eux (, , , et ) s'associèrent sous le haut patronage de Oscar B. Jacobson, un moderniste, pour fonder l'école d'Oklahoma de peinture indienne avec une thématique prédominante en lien avec la nostalgie d'un passé révoqué à jamais.