La Palestine , en forme longue lÉtat de Palestine (en arabe , ), est un État souverain de jure (loi palestinienne, siège d'État observateur à l'ONU, large reconnaissance internationale) et un proto-État de facto (occupation israélienne, défaut de souveraineté territoriale, absence de monnaie)Julien Salingue (chercheur en science politique associé au Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés de l'institut Polytechnique de Paris et de l'Université Gustave Eiffel), "L'économie de la Palestine : acheter la paix ?", Actes des Conférences 'Quel avenir pour la Palestine ?', Séance 2, samedi 10 novembre 2012, Institut de Recherches et d'Étude Moyen-Orient Méditerranée, Université Populaire - Cycle 'Quel avenir pour la Palestine ?', 2012.. Situé au Proche-Orient, l'État de Palestine est présent sur les territoires palestiniens occupés et revendique la bande de Gaza, Jérusalem-Est et l'entièreté de la Cisjordanie, soit 23 % de la Palestine mandataire, mais il est soumis depuis sa fondation entre 1988 et 1997La date du est retenue par l'État de Palestine comme la date de sa déclaration d'indépendance par l'OLP en exil à Alger et acceptée comme telle par la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique. La date du correspond à la date de promulgation de la Loi fondamentale palestinienne, considérée comme la constitution de l'État de Palestine, qui fonde ses institutions et établit son fonctionnement. à une forte instabilité administrative et territoriale. Ses frontières sont, de facto et depuis les accords d'Oslo signés en 1994, celles des zones A et B de la Cisjordanie, gouvernée partiellement par l'Autorité palestinienne, et celles de la bande de Gaza, sous contrôle du Hamas depuis 2007 mais revendiquée par l'Autorité palestinienne. Sa capitale est de jure Jérusalem, cependant le siège du gouvernement palestinien se situe de facto à Ramallah en raison de l'annexion de Jérusalem-Est par Israël..
Anciennement intégrés à l'Empire ottoman, puis passés sous mandat britannique après la Première Guerre mondiale, les Palestiniens émergent comme peuple expulsé ou dépendant ayant vocation à disposer d'un État à la suite du plan de partage de la Palestine en 1947, de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël en 1948, et de la guerre israélo-arabe de 1948-1949. La déclaration du de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en exil à Alger est retenue comme déclaration d'indépendance et acceptée comme telle par la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique. L'État adhère à l'Unesco en 2011, et le à l'Organisation des Nations unies (ONU) en tant qu'État observateur non-membre. C'est l'un des États les plus controversés au monde : sa souveraineté nationale, sa reconnaissance internationale, sa politique, ses réfugiés, son territoire et ses frontières, sa capitale même sont l'objet de conflits armés et de débats politiques incessants. En , il est reconnu par (80 % des que compte l'Organisation des Nations unies plus le Vatican), mais ne l'est pas par les pays d'Amérique du Nord, ainsi que la plupart de l'Europe de l'Ouest, notamment les pays du G7.
Urbanisé dès l'Antiquité, ses villes principales sont Jérusalem-Est, sa capitale de jure, Ramallah, sa capitale de facto, Bethléem, Hébron, Jéricho, Naplouse, Jénine, et Gaza. Cette urbanisation précoce lui permet de disposer d'un patrimoine urbanistique dense (édifices religieux, palais, sanctuaires, citadelles, fortifications, souks, bains, cimetières, mausolées)., de milliers d'écoles, de quarante neuf établissements d'enseignement supérieur., scolarisant des dizaines de milliers d'étudiants, de bibliothèques, d'hôpitaux, ainsi que de scientifiques, d'intellectuels et de cadres (ingénieurs, médecins, juristes, entrepreneurs) bien formés et renommés...
Embrassant des régions et des villes centrales dans la Bible (Jérusalem, Bethléem, Judée et Samarie) et des lieux saints de l'islamLa vieille ville de Jérusalem, qui est revendiquée par les Palestiniens comme leur capitale, abrite de nombreux sites religieux importants pour les trois grandes religions abrahamiques (Judaïsme, Christianisme et Islam), notamment le Mont du Temple/Esplanade des Mosquées (avec la mosquée Al-Aqsa), le Mur_des_Lamentations, le dôme du Rocher, l'église du Saint-Sépulcre : La Mosquée_al-Aqsa, complexe de bâtiments religieux musulmans de Jérusalem qui se compose de la mosquée al-Aqsa, du dôme du rocher, de la mosquée du Bourak et d'autres édifices plus modestes, est considéré comme étant le troisième lieu saint de l'islam. Le terme arabe al-aqsa (la plus éloignée) se trouve explicitement dans le Coran, lors de la narration du voyage initiatique et de révélation de Mahomet à Jérusalem : Gloire à Celui qui fit voyager de nuit Son Serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée dont Nous avons béni les alentours, afin de lui faire découvrir certains de Nos signes ! Dieu est, en vérité, l’Audient et le Clairvoyant. (Coran,17:1.) Pour les chrétiens, la Terre sainte, englobée aujourd'hui par les États d'Israël et de Palestine, et correspondant à la région où est né et a prêché Jésus, est considérée comme le premier des Lieux saints du christianisme. Parmi les sites sacrés et de pèlerinage du christianisme situés dans l'actuel État de Palestine, une importance toute particulière accordée à Jérusalem où Jésus fit sans doute plusieurs pèlerinages au Temple de Jérusalem, où il fut arrêté, jugé et condamné. On trouve à Jérusalem, l'église du Saint-Sépulcre (où le corps de Jésus crucifié avait été déposé). Sous le roi Salomon, la ville est nominalement l'image terrestre de la Jérusalem céleste, ce qui explique pourquoi les cartes anciennes dans les pays christianisés sont orientées vers Jérusalem, et pourquoi les cathédrales catholiques et anglicanes, et particulièrement les cathédrales gothiques sont « orientées » vers Jérusalem: Jésus étant « la lumière du monde », l'Abside est tournée vers l'est. C'est la présence de ces Lieux saints qui a motivé les croisades. Ailleurs en Cisjordanie, Bethléem, lieu de naissance de Jésus selon les Évangiles, est également un des Lieux saints importants pour la chrétienté, particulièrement lors des célébrations de la Nativité.Dans son étude sur les Philistins dans les Livres des Rois, Seymour Gitin relève en tout 422 occurrences des Philistins dans la Bible hébraïque, ce qui, d'après lui, en fait de loin le groupe rival des Israélites le plus mentionné dans les livres bibliques, et le groupe le plus important et présent de la Bible après les Israélites. Les Philistins et les cités de Philistie, dont la plus importante était Gaza, sont omniprésents dans le Livre de Josué, le Livre des Juges et les Livres de Samuel, secondairement les Livres des Rois et le Livre d'Amos. Voir : Seymour Gitin, « Philistines in the Book of Kings », dans André Lemaire et Baruch_Halpern (), The Books of Kings: Sources, Composition, Historiography and Reception, Leyde et Boston, Brill, « Supplements to Vetus Testamentum », 2010, p. 301 et 306..........., situés historiquement au cœur de plusieurs empires et au croisement de nombreuses routes commerciales, la Palestine dispose en outre d'un patrimoine culturel, historique et archéologique considérable (nombreux musées, vestiges et sites de fouilles), de nombreux sites de pèlerinages religieux (dôme du Rocher, Saint-Sépulcre, mur des Lamentations, basilique de la Nativité, tombeau de Rachel, mosquée al-Aqsa)., ainsi que d'un artisanat ancien et reconnu (sculpture de bois d’olivier, broderie, nacre, poterie, verre soufflé, mosaïque, céramique d'Hébron, maroquinerie, orfèvrerie, savons, keffiehs, sandales, dattes medjoul, zaatar).., auxquels s'ajoutent des sites naturels exceptionnels, qui en font une destination touristique potentiellement majeure. En revanche, contrairement à plusieurs de ses voisins, il ne possède pas de ressources en hydrocarbures et minerais avérées.
C'est le plus petit État en superficie (un peu plus de 6 000 km) et en population du Proche-Orient, derrière le Liban, néanmoins il possède un accès à la Méditerranée et à la mer Morte, ainsi qu'aux fleuves Jourdain et Bésor.. Son altitude varie de 423 mètres au-dessous de la mer sur les rives de la mer Morte à un peu plus de 1000 mètres au sommet des monts Jarmuk et Hébron, présente une grande variété de reliefs, avec des régions de plaines, de vallées et de collines, exploitables pour l'agriculture (basse plaine de Jezreel, vallée du Jourdain, plaine côtière de la bande de Gaza), mais aussi des régions plus montagneuses, arides ou désertiques (monts de Judée, désert de Judée, Shéphélah). Il présente la particularité d'être en discontinuité territoriale, réparti depuis 1948 entre la Cisjordanie continentale, enclavée entre Israël et la Jordanie, et une exclave côtière de plus petites dimensions située entre Israël et l'Égypte : la bande de Gaza, un des territoires les plus densément peuplés au mondeÀ 5 935 hab./km2 sur l'ensemble de la Bande de Gaza, pour une population de 2 166 269 hab. en 2022 répartie sur 365 km, la densité de population monte à 16 647 hab./km2 dans la ville même de Gaza.. L’État de Palestine a en outre une des populations les plus jeunes et les plus dynamiques du monde en termes de natalité. Ces atouts et ces particularités posent des défis souvent difficiles à relever pour un État palestinien encore largement dysfonctionnel et entravé.
Ainsi, l’État de Palestine figure-t-il parmi les moins développés, les plus corrompus, les plus pauvres et les plus déficitaires commercialement de la région. D'un point de vue économique, son industrie, embryonnaire, est constituée pour l'essentiel de petites unités de production, et largement entravée dans son développement par les régimes normatifs, bancaires, douaniers et fiscaux imposés depuis 1967 par Israël. Son secteur bancaire est inexistant.. Ses villes sont déconnectées de leurs territoires ruraux limitrophes par les schémas d'occupation. Son agriculture, qui peine à se moderniser, pâtit largement de son morcellement territorial, des confiscations de terres, ainsi que des restrictions de circulation, quotas d'exportation et de la concurrence déloyale israéliens. Ses infrastructures historiques, désorganisées ou confisquées au gré des guerres, sont aujourd'hui insuffisantes, ou dépassées.
Si ces difficultés peuvent largement s'expliquer par le conflit israélo-palestinien et spécifiquement par la colonisation israélienne, aboutissant à de fréquentes interventions militaires et annexions, avec un régime d'occupation et de subordination politique et socio-économique très dur qui l'empêche de se structurer comme État indépendant, reconnu et stable, l'État de Palestine souffre aussi de ses dissensions politiques internes, d'une absence de stratégie de développement propre, des ingérences étrangères constantes, et des effets de prédation ou du rejet des pays arabes voisins, particulièrement de l'Égypte et de la Jordanie, auxquelles il est étroitement uni par son histoire et ses centaines de milliers de frontaliers. Sa diaspora, représente près de la moitié de la population jordanienne et près du quart de la population israélienne (que sont les Arabes israéliens), ainsi que des communautés nombreuses en Syrie, au Liban, en Égypte, en Arabie saoudite, et plus largement partout dans le monde, jusqu'aux États-Unis. Le statut, la situation, les droits et même l'influence des millions de réfugiés palestiniens constituent des enjeux diplomatiques, économiques, logistiques, politiques, démographiques et même militaires majeurs dans la région.