Aurel Stein (né le à Pest en Hongrie et mort le à Kaboul en Afghanistan) est un archéologue et explorateur hongrois, d'origine juive et naturalisé britannique, dont les travaux ont porté essentiellement sur les anciennes civilisations de l’Asie centrale.

Jeunesse et premiers postes

Aurel Stein est né Márk Aurél Stein, dans une famille bourgeoise juive de l'époque de la monarchie austro-hongroise, et baptisé chrétiennement dans l'Église luthérienne. Il commence son éducation dans une école catholique, où il apprend le latin et le grec. Puis sa famille l’envoie à Dresde, à l’âge de dix ans, où il passe quatre ans.

À dix-sept ans, il s’installe à Vienne pour étudier le sanscrit et la philologie, puis à Leipzig et Tübingen, où il obtient un doctorat en 1883.

En 1884, il s’installe en Angleterre pour étudier les collections orientales d’Oxford, de Cambridge et de Londres, et son séjour n’est interrompu que par le service militaire à Budapest qu’il consacre à l’étude des techniques de topographie.

En 1887, il obtient le poste de directeur du Collège Oriental de Lahore et de secrétaire (registrar) à l’université du Punjab, et s’embarque pour les Indes. Dès qu’il le peut, il s’éloigne de ses obligations administratives. Il passe ses congés au Cachemire, où il recherche des manuscrits anciens et où il organise des expéditions dans les montagnes. Il consacre également son temps libre à traduire et commenter la Chronique des rois du Cachemire ou Rajatarangini, un texte ancien très important, connu alors seulement par des traductions indirectes. Ce travail sera publié en 1900.

Il étudie également le récit du voyage de Xuanzang, le moine chinois du qui traversa l'Asie centrale à la recherche des textes originaux du bouddhisme. Cela avive son intérêt pour l’art du Gandhara, cette civilisation des premiers siècles, centrée dans la vallée de Peshawar, et dont l’art fusionne des éléments grecs et bouddhistes.

Un voyage en Europe, en 1890, ne lui permet pas d’y obtenir un poste. Progressivement, il prend racine en Inde et au Cachemire. Il visite la vallée de Swat, en 1897, avec l’orientaliste français Alfred Foucher, puis rentre en Europe. Il prend connaissance de l’existence de manuscrits anciens provenant du Turkestan chinois, dont le premier avait été rapporté, en 1890, par un militaire britannique, le lieutenant Bower. Ces manuscrits étaient écrits dans des langues et des écritures qui permettaient de les dater des premiers siècles de notre ère, et prouvaient que la civilisation du Gandhara s’était diffusée jusque dans les oasis bordant le désert du Taklamakan, dans ce qui est aujourd’hui la province chinoise du Xinjiang.

Il rentre en Inde en 1897 et il pose les premiers jalons de l’organisation d’une expédition vers le Turkestan chinois. Fin 1898, il est promu au poste de directeur de la madrassa de Calcutta (aujourd'hui la Aliah University ou Mohammedan College of Calcutta), un poste qui a l’attrait supplémentaire d’offrir de nombreuses périodes de temps libres. C’est à cette époque qu’une chaire est créée pour lui à l’université de Budapest, mais il ne l’occupera jamais.

L’expédition vers Khotan (aujourd’hui Hotan) est différée d’un an, mais reçoit le soutien du gouverneur du Bengale, et du gouvernement des Indes britanniques, lord Curzon, à qui Stein fait visiter le musée de Lahore. Cette visite permet à Stein d'obtenir un passeport chinois pour pénétrer le Turkestan par la piste du Karakoram.

1900-1901 : la première expédition, relatée dans Sand buried ruins of Khotan (1903) L’expédition prend le départ de Bandipur au Cachemire à la fin du mois de . Elle entame une marche difficile de vers le nord par les cols de Tragbal et Burzil pour rejoindre Astor, Gilgit, puis la vallée de la Hunza et le col Kilik à la frontière chinoise, tout près de l'extrémité du corridor de Wakhan en Afghanistan. De là, l’expédition rejoint Tachkourgan, capitale du Sarikol, le Pamir chinois, peuplé de Kirghizes. Stein entreprend l’ascension du Mustagh Ata, une montagne solitaire de que l’explorateur suédois Sven Hedin avait vainement tenté de gravir par trois fois en 1894. Il ne parvient pas à s’aventurer plus haut que .

Il atteint Kachgar le , où il est accueilli par George Macartney, le résident britannique, et repart le vers Yarkand, la plus grande ville du Turkestan, forte de , puis Khotan, où il établit sa base.

Le il part vers le sud reconnaître le cours supérieur de la rivière Kara-kash qui descend des sommets de la chaîne des Kunlun Shan, en espérant apercevoir les sommets qui lui permettraient de connecter sa position avec les mesures établies depuis le versant sud, et établir ainsi de façon précise sa position géographique.

Revenu à Khotan, il se fait conduire sur le site de Dandan Oilik, à dix jours au nord-est de Khotan, abandonné à la fin du , et déjà visité par Hedin en 1895. Sa caravane, équipée pour quatre semaines, est composée d’une trentaine de paysans locaux, de sept chameaux et d’une douzaine d’ânes.

Sur le site, il excave quatorze édifices, découvre des fresques, des bas-reliefs, des statues et des monnaies de cuivre.

Fin , il découvre de nouvelles ruines à cent cinquante kilomètres au nord de NiyaVoir coordonnées et carte sur Digital Silk Road. (MinFeng). Outre des restes de constructions, elles produisent des tablettes de bois contenant des textes du , dans une écriture qui corrobore que la région a été conquise et colonisée par des habitants de Taxila (aujourd’hui au Pakistan). Les sceaux qui ornent les tablettes portent des figures clairement issues du monde gréco-romain : Héraclès, Éros, Pallas Athéna.

Fin mars, il explore le site de Uzun-tatiSand buried, p. 418. Voir coordonnées et carte sur Digital Silk Road., au nord de Qira, qu'il identifie au Pi-mo de Xuanzang, pèlerin du , lieu que Yule avait identifié au Pein ou Peym de Marco Polo ; auteur dont Stein a par ailleurs confirmé plusieurs récitsDont itinéraire au sortir du Pamir vers Khotan, route au sud du Taklamakan, et en 1907 durée de la traversée du désert entre Ruoqiang et Dunhuang, nombre exact des points d'eau saumâtre dans ce désert..

Stein a juste le temps de passer quelques jours sur un troisième site, Endere, situé cent cinquante kilomètres plus à l'ouest, puis deux autres qu’il ne fait qu’effleurer. Il revient à Khotan où il a le temps de résoudre un mystère qui tenait en haleine les philologues européens : certains manuscrits proposés aux occidentaux étaient écrits dans des alphabets inconnus, et Stein put confondre Islam Akhun, le faussaire qui les produisait.

Il quitte Khotan le pour se rendre à Kachgar, Osh et Andijan, dans la vallée du Ferghana (aujourd’hui en Ouzbékistan), et terminus du Transcaspien, le train russe qui le ramène en Europe.

Le British Museum lui prête une pièce, où il peut analyser les trois mille pièces qu’il a rapportées.

Dès , il est en route vers sa nouvelle affectation d’inspecteur des écoles du Punjab, mais il bénéficie d’un congé exceptionnel et il revient à Londres via Bombay en , avec l’intention de travailler à la rédaction d’un rapport détaillé de son expédition.

Il propose une nouvelle expédition, vers Balkh en Bactriane, le berceau de la civilisation hellénistique issue des conquêtes d’Alexandre le Grand, qui plus tard se développa en direction de la vallée de l’Indus. Mais sa demande est refusée par l’émir d’Afghanistan.

Fin 1903, un ami obtient pour lui la création d’un poste sur mesure : inspecteur des écoles de la frontière nord-ouest et du Balouchistan et superintendant de l’archéologie. Tout en acceptant, il fait acte de candidature pour accompagner l’expédition militaire britannique au Tibet, sous la direction de Francis Younghusband. Cette demande est de nouveau refusée, au motif que des spécialistes du Tibet sont déjà pressentis pour le poste.

En 1904, il devient citoyen britannique, et reçoit une distinction de la Royal Geographical Society pour ses explorations dans les Kunlun.

Le succès de sa première expédition ayant attiré l’attention de ses collègues et rivaux européens, il décide d’organiser une nouvelle expédition pour éviter que de nombreux sites soient identifiés et explorés par d’autres archéologues. Cette fois, son projet est accepté, et il peut se mettre en route en 1906.

1906-1908 : la deuxième expédition, relatée dans Ruins of desert Cathay (1912) Conscient de la rivalité des expéditions de l’Allemand Albert von Le Coq et du Français Paul Pelliot, Stein double les étapes pour se mettre au travail dès que possible. Il quitte le Punjab en , et emprunte une nouvelle route : il part en direction de la vallée de Swat, puis de Chitral via le col de Lowerai. Il entre au Wakhan par le col de Baroghil, et en Chine par le col de Wakhjir, qui l’amène à Tashkurgan et à Kashgar le . Il y retrouve Macartney, récemment promu consul par le gouvernement britannique, qui ne s’est pas embarrassé de demander l’avis des Chinois.

Accompagné cette fois d’un secrétaire chinois, Stein se dirige vers Khotan où il passe l’été à explorer les Kunlun Shan. Puis il étudie deux sites à Khadalik et Niya avant de se rendre à Charklik (RuoQiang), puis à Loulan, dans la deuxième quinzaine de décembre.

Le site de Loulan avait été découvert fortuitement par Sven Hedin en 1900 (?), et correspondait au point où la route de la soie se divisait en deux branches qui contournaient le désert du Taklamakan par le nord et le sud. Dans cette ancienne ville de garnison, Stein découvre des objets quotidiens, mais également de la soie, et des documents, dont certains dans une écriture à cette date inconnue.

L’étape suivante de l’expédition est le site de Miran, où les ruines d’un fort tibétain produisent des documents anciens. Mais les découvertes les plus importantes sont plus anciennes : des restes de statues, des fresques peintes, et même des angelots ailés qui évoquent l’art chrétien.

Début mars, l’expédition se dirige vers Dunhuang, un site que les Allemands et les Français souhaitaient également visiter, non sans identifier en route les ruines d’un mur de fortifications, marqué par une succession de tours à intervalles de quelques kilomètres.

Dunhuang s’avère le plus fascinant de tous les sites explorés par Stein : au flanc d’une falaise, des centaines de grottes contenant des fresques et des sculptures y témoignent de la ferveur bouddhiste des commerçants des caravanes qui arpentaient la route de la soie. La majeure partie des grottes date de la dynastie Tang (), et est alors toujours fréquentée par des pèlerins. Mais une rumeur fait état de la découverte récente d’une cache contenant des milliers de manuscrits anciens. C’est un moine taoiste nommé Wang Yuanlu qui en a la garde.

En avril et mai, Stein retourne dans le désert pour excaver des tours du mur qu’il a identifié en arrivant, puis il retourne à DunHuang. Là, usant de leur admiration partagée pour le pèlerin bouddhiste Xuanzang, il persuade le moine Wang Yuanlu de lui céder une partie des Manuscrits de Dunhuang. Travaillant jour et nuit avec son secrétaire chinois, Stein sélectionne les pièces qui lui semblent les plus intéressantes, et quitte DunHuang le , avec cinq voitures à cheval chargées de caisses de documents.