Philippe Pétain, couramment appelé le maréchal Pétain, né le à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais) et mort en détention le à Port-Joinville (Vendée), est un militaire, diplomate et homme d'État français. Élevé à la dignité de maréchal de France en 1918, il est condamné à la peine capitale pour haute trahison, frappé d'indignité nationale et déchu de toutes ses distinctions militaires et civiles en 1945.

Issu d'une famille rurale, militaire de carrière, Pétain se démarque à l'École de guerre par sa remise en cause de la doctrine dominante de l'offensive à outrance ce qui fait qu'il est sur le point de terminer sa carrière comme colonel lorsque la Grande Guerre éclate en 1914. Rappelé, il est rapidement promu général de division. Chef militaire à l'action importante, il est généralement présenté comme le vainqueur de la bataille de Verdun et, avec Georges Clemenceau, comme l'artisan du redressement du moral des troupes après les mutineries de 1917. Remplaçant Nivelle en , il reste commandant en chef des forces françaises jusqu'à la fin de la guerre, bien que placé sous les ordres de son rival Ferdinand Foch nommé généralissime des troupes alliées après la rupture du front le .

Auréolé d'un immense prestige au lendemain de la guerre, il est le chef de l'armée d'après-guerre. En 1925, il commande personnellement les forces françaises combattant aux côtés de l'Espagne dans la guerre du Rif, remplaçant le maréchal Lyautey. Devenu académicien en 1929, il occupe les fonctions de ministre de la Guerre de à , puis est nommé ambassadeur en Espagne en 1939, alors que le pays est dirigé par le général Franco.

Rappelé au gouvernement le , après le début de l'invasion allemande, il s'oppose à la poursuite d'une guerre qu'il considère comme perdue et dont il impute bientôt la responsabilité au régime républicain. Il devient président du Conseil en remplacement de Paul Reynaud le ; le lendemain, il appelle à cesser le combat. Selon la volonté d'Adolf Hitler, il fait signer l’armistice du avec le Troisième Reich, à Rethondes. Investi des pleins pouvoirs constituants par l'Assemblée nationale, le , il s'octroie le lendemain le titre de « chef de l'État français », à . Il conserve cette fonction durant les quatre années de l'occupation de la France par l’Allemagne nazie.

Installé en zone libre à Vichy à la tête d'un régime autoritaire sous la devise « Travail, Famille, Patrie », il abolit les institutions républicaines et les libertés fondamentales, dissout les syndicats et les partis politiques, et instaure une législation antisémite dès août-. Il engage le pays dans la révolution nationale et dans la collaboration avec l'Allemagne nazie. Le « régime de Vichy », qu'il dirige jusqu'en , est déclaré par le général de Gaulle à la libération de la France.

Emmené contre son gré par les Allemands à Sigmaringen, il passe en Suisse à la fin de la guerre puis se rend aux autorités françaises. Philippe Pétain est jugé pour intelligence avec l'ennemi et haute trahison par la Haute Cour de justice en . Il est frappé d'indignité nationale, condamné à la confiscation de ses biens et à la peine de mort. Alors que la cour recommande la non-application de cette dernière en raison de son grand âge, sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité par le général de Gaulle. Il meurt à à Port-Joinville sur l'île d'Yeu, où il est inhumé.

Biographie Jeunesse et formation gauche|vignette|Acte de naissance de Philippe Pétain. Henri Philippe Bénoni Omer Joseph Pétain naît le à Cauchy-à-la-Tour, dans une famille de cultivateurs aisés., installée dans la commune depuis le Herbert R. Lottman (trad. Béatrice Vierne), Pétain, Éditions du Seuil, Paris, 1984, 732 , .. Il est le fils d'Omer Venant Pétain (1816-1888) et de Clotilde Legrand (1824-1857). Il a quatre sœurs, Marie (1852-1950), Adélaïde (1853-1919), Sara (1854-1940) et Joséphine (1857-1862). Sa mère meurt en couches en mettant au monde sa quatrième fille. Son père se remarie très vite avec Marie-Reine Vincent.. Trois autres enfants, demi-frère et sœurs, voient le jour : Élisabeth (1860-1952), Antoine (1861-1948)Dont l'un des fils, Hermant () sera tué devant Douaumont, le .SGA Mémoire des Hommes 14-18. et Laure (1862-1945).

Bien que son acte de naissance porte les prénoms Henri, Philippe, Bénoni, Omer et Joseph., c'est Philippe qu'il choisit et, tout au long de sa vie, il prend soin de rectifier.

Sa belle-mère néglige les enfants du premier lit de son mari et Philippe Pétain s'enferme dans le silence, ne parlant pas avant l'âge de trois ansHenry Rousso, Paule Muxel et Bertrand de Solliers, documentaire « Philippe Pétain » sur Arte, 2010.. Il est élevé par ses grands-parents maternels ; sa grand-mère lui apprend à lire. En 1867, à l'âge de , il entre au collège Saint-Bertin situé à Saint-Omer, à trente kilomètres de Cauchy, et y montre des qualités en géométrie, grec, et anglais. La famille est marquée par le catholicisme. Philippe sert la messe quotidienne comme enfant de chœur.. Un membre de la famille est canonisé en 1881 par , Saint Benoît Joseph Labre ; un de ses oncles et deux de ses grands-oncles sont abbés..

Cet environnement influence Philippe Pétain ; marqué à par la défaite de 1870, il décide d’être militaireSon grand-oncle lui écrit notamment : . Son oncle paternel, l'abbé Legrand, le présente au châtelain du village de Bomy, Édouard Moullart de Vilmarest, qui souhaitait financer les études d'un jeune villageois se destinant à une carrière militaire. Philippe Pétain prépare, au collège des Dominicains d'Arcueil (1875), l'école de Saint-Cyr, où il entre en 1876.

vignette|redresse|gauche|Le lieutenant Philippe Pétain.

À l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, il est de la promotion Plewna, avec le vicomte Charles de Foucauld, futur saint catholique, et Antoine Manca de Vallombrosa, futur aventurier.

Entré parmi les derniers ( 412), il sort en milieu de classement ( 336).

Cinq ans sous-lieutenant, sept ans lieutenant, dix ans capitaine (promu en 1890), il gravit lentement les échelons militaires..

En 1883, il est affecté à une compagnie du BCP au fort de Châtillon-le-Duc dont il assure le commandement de mi 1887 à fin 1888.

Il est admis en 1888 à l'École supérieure de guerre et en sort breveté d'état-major deux ans plus tard au rang modeste de .

Plusieurs jeunes femmes de bonne famille (Antoinette Berthelin, Angéline Guillaume, Lucie Delarue, Marie-Louise Regad). refusent ses demandes en mariage, car il n'est encore qu'un officier subalterne.

Sa vie personnelle est celle d'un homme à femmes : célibataire endurci jusqu'à son mariage avec Eugénie Hardon à passés, il a de nombreuses maîtresses au cours de sa vie et fréquente souvent les maisons closes..

Opinions personnelles avant la guerre Élevé dans le catholicisme, mais ayant une vie personnelle « de garnison », confronté à une certaine morgue de ses supérieurs et des « bonnes familles », Pétain reste discret sur ses opinions, dans l'esprit de la « grande muette ». Sa carrière est lente dans l'armée assez aristocratique des . Lors de l’affaire Dreyfus, le capitaine Pétain n'est pas publiquement antidreyfusard ; ultérieurement, il affirme à son chef de cabinet civil Henry du Moulin de Labarthète. : . Il juge cependant que Dreyfus s’était mal défendu et que sa condamnation était logique : l'idée que Félix Gustave Saussier et Jean Casimir-Perier aient condamné Dreyfus en le sachant innocent l'aurait tourmenté, voire scandalisé d'après les deux ministres pétainistes, Henri Moysset et Lucien Romier. En tout cas, il ne participe pas à la souscription en vue du Pierre Quillard, Le monument Henry – Liste des souscripteurs classés méthodiquement et selon l'ordre alphabétique, éd. Pierre-Victor Stock, Paris, 1899, « L'Armée », ; publiées par La Libre Parole, entre le et le ., ouverte par le journal antisémite La Libre Parole, d'Édouard Drumont, pour la veuve du colonel Henry, responsable par ses faux de la condamnation du capitaine DreyfusHenry du Moulin de Labarthète, Le Temps des illusions – Souvenirs (-), éd. La diffusion du livre, 1947, ..

Philippe Pétain est promu dans la période de « républicanisation de l'armée » qui suit l'affaire Dreyfus : aide de camp de Joseph Brugère, général républicain nommé gouverneur militaire de Paris par le gouvernement de défense républicaine de Pierre Waldeck-Rousseau pour réduire l'influence antidreyfusarde dans l'armée, Pétain est également un proche du général Percin, officier républicain impliqué dans l'affaire des fiches.

Le militaire Pétain s'occupe fort peu de la vie politique de l'époque, et reste très discret sur ses opinions personnelles. Au contraire de beaucoup de militaires, il ne s’engage à aucun moment, pas plus lors de l'affaire des fiches en 1904 que lors des débats sur la séparation des Églises et de l'État en 1905.

Cette image d'un militaire républicain d'aucun parti perdure dans l'entre-deux-guerres. Il ne semble pas avoir eu d'expression publique antisémite avant 1938 (en 1919, il signe une pétition demandant de . et en 1938, une autre contre les persécutions en Allemagne).

Première carrière Au début de sa carrière militaire, Philippe Pétain est affecté à différentes garnisons et ne participe à aucune des campagnes coloniales.

En 1900, chef de bataillon, il est nommé instructeur à l’École normale de tir du camp de Châlons-sur-MarneBiographie de Philippé Pétain sur le site Chemins de mémoire du Gouvernement français, cheminsdememoire.gouv.fr.. Il s’oppose à la doctrine officielle de l'époque qui veut que l'intensité du tir prime la précision et qui privilégie les attaques à la baïonnette pour l'infanterie et la poursuite à outrance pour la cavalerie. . Il préconise au contraire l'utilisation des canons pour les préparations et les barrages d'artillerie, afin de permettre la progression de l'infanterie, laquelle doit pouvoir tirer précisément sur des cibles individuelles. Le directeur de l'école signale la .

En 1901, il occupe un poste de professeur adjoint à l’École supérieure de guerre, à Paris, où il se distingue par ses idées tactiques originales et sa clarté d'expositionBénédicte Vergez-Chaignon, Les Secrets de Vichy Perrin 2015 .. Il y est de nouveau de 1904 à 1907, puis de 1908 à 1911 reprenant sans ménagement le poste de titulaire de la chaire de tactique de l’infanterie à Adolphe Guillaumat.

Il s’élève alors violemment contre le dogme de la défensive prescrit par l’instruction de 1867, . Il critique aussi le code d’instruction militaire de 1901 prônant la charge en grandes unités, baïonnette au canon, tactique en partie responsable des milliers de morts d’août et . Humiliés par la défaite de 1870, les états-majors se montrent volontiers bravaches et revanchards. À partir de 1911, l'État-major prône l'offensive à outranceJusqu'au limogeage en 1911 du chef d'État-major le général Michel par le ministre de la guerre Messimy, la doctrine française est défensive (sans être statique) avec pour objectif de tenir face à une attaque allemande en attendant l'intervention des russes et des anglais. Nommé à la tête de l'État-major, le général Joffre, n'ayant jamais mis les pieds à l'École Supérieure de Guerre, adopte la doctrine de l'offensive à outrance théorisée par le colonel de Grandmaison qui est chef du (chargé des opérations) à l'état-major du ministère de la guerre entre 1908 et 1911 et n'a jamais enseigné à l'École Supérieure de Guerre. La mystique de l'offensive incarnée par Ferdinand Foch directeur de l'École Supérieure de Guerre de 1907 à 1911, est, en 1914, partagée par les armées des autres puissances européennes.. Pétain, lui, préconise la manœuvre, la puissance matérielle, le mouvement, l’initiative : . Ainsi, il déclare à un élève officier : Parmi les officiers rangés sous ses ordres, il est le , premier chef de corps de Charles de Gaulle, alors sous-lieutenant au d'infanterie stationnée à Arras.