Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle . Elle se distingue du monothéisme en considérant que Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde, mais qu'il est l'intégralité du monde ; cette conception est appelée l'immanence par opposition au principe de transcendance du Dieu créateur monothéiste.

Ce mot vient du grec ancien , « tout », et , « dieu ». Il apparaît pour la première fois en 1720 dans le Pantheisticon de John TolandDictionnaire des philosophes sous la direction de Denis Huisman, , PUF, 1984. ou, plus tôt, chez Joseph Raphson, en 1697 quand il oppose les panthéistes aux athées et aux matérialistes. Il les définit comme des penseurs qui affirment qu'il existe une seule substance qui est matérielle et intelligente et qui a tout créé de sa propre substance.. Dans la philosophie occidentale, et notamment depuis SpinozaÉthique, dans son introduction., le sens qui est donné à ce mot tout est en général identique à celui associé à la Nature, au sens le plus général de ce terme, autrement dit, de « tout ce qui existe ».

Le panthéisme est un naturalisme de la divinité de la Nature. Une forme de naturalisme, concernant notre monde connu plutôt que tout ce qui existe , peut être définie comme une doctrine athée. qui ne reconnaît d'autres principes que les lois ou forces de notre nature connue. Le panthéisme peut s'identifier ainsi, sous ce rapport, à un naturalisme déiste déterministe en cela qu'il est lié au concept de nécessitéSpinoza, Éthique, et Henri Atlan, Les étincelles de Hasard, . ; mais il peut aussi, contrairement à la conception de Spinoza, ne pas être déterministe si un libre arbitre est reconnu à l'homme ou à Dieu, avec ses caractéristiques propres.

Le panthéisme est distinct du panenthéisme nommé « acosmique » par Hegel (tout est en Dieu.), qui est quant à lui une doctrine issue du panthéisme. Le panthéisme entretient en revanche certains rapports avec les courants monistes.

Typologie des panthéismes L'histoire de la philosophie distingue communément plusieurs types de panthéisme.

De façon courante, on oppose naturalisme et formalisme... :

le panthéisme matériel ou panthéisme naturaliste identifie Dieu au monde. Il y a Dieu, il y a le monde, mais Dieu se fond dans le monde. Le monde matériel est la seule réalité, Dieu n'est que la somme de tout ce qui existe. Thalès de Milet, les stoïciens, David de Dinant, d'Holbach, Diderot défendent une telle position. George Grote (1867). parle de « pancosmisme » : seul existe le monde matériel, il n'y a pas de transcendance ; le panthéisme formel ou panthéisme acosmique identifie le monde à Dieu. La nature n'est que la simple manifestation de l'Absolu. Il y a Dieu, il y a le monde, mais le monde se fond en Dieu. Dieu est la seule réalité, et le monde en est l'émanation. Plotin, Amaury de Bène, Giordano Bruno, Spinoza défendent cette position. Christian Krause (1828). parle de « panenthéisme ».

On peut aussi opposer l'avant et l'après Kant. :

Le panthéisme pré-kantien est réaliste. Il fait du Tout constitutif de la divinité une réalité substantielle. Ainsi pensent Plotin, Scot Érigène, Spinoza ; Le panthéisme post-kantien est idéaliste, il ne voit dans le monde matériel que des représentations des esprits humains, lesquels ne sont que des sortes de reflets d'un Esprit unique, qui est Dieu. Ici, on trouve Schelling, Hegel.

Vincenzo Gioberti (1840) distingue trois formes de panthéisme. :

Le panthéisme émanistique est représenté par l'école d'Alexandrie (néo-platonisme) ; Le panthéisme idéalistique est représenté par l'école éléatique (Parménide) ; Le panthéisme réalistique est représenté par Spinoza..

Philosophie indienne vignette|Représentation populaire indienne de Vishvarupa, ou Virat-Swarup, qui est une forme cosmique multiforme du Divin que Krishna incarna face à Arjuna, selon la Bhagavad-Gita. Certains courant de l'hindouisme peuvent être considérés comme panthéistes, d'autres comme panenthéistes Britannica - Pantheism and Panentheism in non-Western cultures.

Panthéisme acosmique et panthéisme cosmique Les présentations les plus typiques du panthéisme acosmique proviennent de la tradition hindoue, dont le principal représentant philosophique fut le penseur indien Adi Shankara, défenseur de l'Advaita Vedanta. Son système révèle les caractéristiques de l'acosmisme : la tendance à récuser la réalité globale du fini changeant (toutes les choses temporelles sont impermanentes, transitoires, elles sont un voile cachant la Réalité divine éternelle, que l'on soit un ignorant ), à récuser la réalité du mal (Dieu est au-delà des notions de bien et de mal, notions relatives selon les cultures et les époques, la souffrance n'est que la rétribution d'un acte/karma mauvais, égoïste, d'une vie passée ; et la souffrance étant éphémère, elle n'a pas de réalité réelle, définitive, absolue) et à considérer la personnalité individuelle comme finalement illusoire (ce en quoi le système d'Adi Shankara rejoint toutes les philosophies/religions indiennes, qu'elles soient hindoues, jaïnes, bouddhistes ou sikhes, puisque toutes sont « anti-humaines » : le but sotériologique qu'elles se donnent n'étant jamais la préservation de la condition/personnalité humaine à travers le Temps, mais son dépassement définitif, par la Délivrance du cycle des réincarnations où l'essence de la vie est affranchie de tout lien, de toute renaissance en créature, à jamais en communion avec l'Absolu divin).

Inversement, les tenants du panthéisme cosmique se réfèrent à la totalité des entités finies et changeantes, réalité temporelle à laquelle ils donnent le nom de Divinité : le panthéisme cosmique hindou identifie généralement la totalité du monde du Devenir, temporel, des phénomènes, de la Nature/Prakriti, à la Déesse, par exemple la Déesse Kali, manifestation combative et maternelle du Dieu Shiva. La Divinité est simplement toutes les choses de l'univers. Tout ce qui existe est en la Divinité et réciproquement.

Cependant, l'hindouisme considère certes parfois un Dieu personnel (écoles de bhakti, dvaita vedanta, etc.), mais l'advaita ou le samkhya considèrent la Prakriti (la Nature, la réalité cosmique de l'univers existant donc la manifestation de Dieu), et Shiva/Purusha (l'Être, l'Essence divine) comme coexistant. L'univers manifesté ne limitant jamais la réalité de Dieu. Par exemple nous lisons dans Katha Upanishad 2-III-7 et 8 :

Dieu est donc le Manifesté (cosmos), le Non-manifesté, et au-delà. De manière générale , l'hindouisme ne se traduit pas comme un panthéisme strict (ou panthéisme cosmique).

Philosophie occidentale Les présocratiques La philosophie de Thalès de Milet est volontiers classée comme panthéisme matérialiste. « Il considéra l'eau comme le principe de toutes choses, et que le monde est animé et rempli de démons », Diogène Laërce. « Thalès disait que Dieu est l'Intellect du monde, que le tout est animé et plein de démons », Aetius.

On peut parler d'un panthéisme idéaliste à propos de l'école éléatique, en particulier Xénophane et ParménideChristian Petersen, Philologisch-historische Studien, 1832. Marie-Stanislas Rattier, Cours complet de philosophie, 1843, .. Aristote note ceci : « Quant à Xénophane, le plus ancien des partisans de l'unité (car Parménide fut, dit-on, son disciple), promenant son regard sur l'ensemble de l'Univers matériel, il assure que l'Un est Dieu »Aristote, Métaphysique, A, 5, 986b23..

Le stoïcisme Le stoïcisme est la doctrine panthéiste et matérialiste qui prit naissance à la fin du avec Zénon de Cition et se développa jusqu'à la fin du

On distingue : l'ancien stoïcisme (Zénon, Cléanthe, Chrysippe) qui fut surtout une théorie de l'univers et une logique : il définissait la sagesse comme le « savoir des affaires divines et humaines » (Sextus Empiricus le sceptique), c'est-à-dire comme la connaissance des lois qui régissent l'univers entier et non seulement la conduite des hommes. Dans le panthéisme stoïcien, le monde s'identifie à « la nature » (physis), « un feu artiste qui procède systématiquement et méthodiquement pour engendrer toutes choses » (Diogène Laërce, VII, 156). Et « la nature » elle-même s'identifie à l'Âme du monde, c'est-à-dire à Zeus, au Dieu suprême. Quand le processus n'est pas encore en mouvement, la phusis, la Nature, Dieu, la Providence, la Raison divine sont identiques et Dieu est seul ; quand le processus cosmique se déploie, la Nature s'enfonce dans la matière pour former et diriger de l'intérieur les corps et leurs interactions (P. Hadot, Le Voile d'Isis, coll. Folio, 2008, ). le moyen stoïcisme (Panetius, Posidonius) ; le nouveau stoïcisme (Épictète, Sénèque, Marc Aurèle) qui est surtout une morale fondée sur l'effort et sur l'intention du bien. Mais le panthéisme s'affirme d'autant :

« Qu'est-ce que la Nature, sinon Dieu lui-même et la raison divine immanente au monde en sa totalité et en toutes ses parties ? » (Des bienfaits, IV, 7- Sénèque).

L'évolution du stoïcisme s'est faite dans le sens d'un passage d'une « physique » (identifiée à la théologie) de caractère panthéiste à une « morale » de caractère rigoriste.

Pline l'Ancien suit cette tendance panthéiste : « Le monde, cet ensemble que l'on s'est plu à appeler d'un autre nom, ce « ciel », dont la voûte couvre la vie de tout l'univers, doit être tenu pour une divinité, éternelle, sans commencement comme sans fin… Le monde est sacré, éternel, immense, tout entier en toutes choses, ou plutôt il est le Tout, infini et paraissant fini, déterminé en toutes choses et paraissant indéterminé, au-dedans, au-dehors embrassant tout en lui, il est à la fois l'œuvre de la nature et la nature elle-même » (Histoire naturelle, début).

La Bible

Selon les universitaires Michael P. Levine et Philip J. Long, certains passages de la Bible, dont Actes 17:28 ou Jérémie 23:24 peuvent être interprétés comme affirmant le panthéisme : .. Selon d'autres, Actes 17:28 n'est pas du panthéisme mais du panenthéisme... Selon Jacqueline Lagrée, Actes 17:28 peut être du panthéisme, mais le panenthéisme est plus précis pour ce qu'on a appelé le panthéisme..

Jean Scot Érigène Jean Scot Érigène, au s., semble défendre le panthéisme. Pour lui comme pour les néo-platoniciens et le pseudo-Denys l'Aréopagite, Dieu est l'être dans son absolue unité, sans division et sans déterminations négatives. Le monde est l'être divisé et limité. La création est une division (production ou procession) et une analyse (réduction ou retour) de ce qu'enferme l'unité divine. De là, le titre donné à son livre : De divisione naturae (864-866).

Amaury de Bène et David de Dinant Amaury de Bène et David de Dinant ont soutenu au Moyen Âge des thèses panthéistes, mais de contenus différents. Les deux ont été condamnés par l'Église (1210) et l'Université.

Pour le premier, Amaury de Bène, dit aussi Amaury de Chartres (vers 1150 - vers 1206), (Jean Jolivet, apud Histoire de la philosophie, Pléiade, t. II, ). Le panthéisme formel d'Amaury tient dans cette formule : Dixerunt Deum esse principium formale omnium rerum (les amauriciens ont dit que Dieu est le principe formel de toutes choses). Ou dans celle-ci : Quicquid est est Deus (« tout ce qui est est Dieu »).

En revanche, David de Dinant (vers 1165 - vers 1231) défend un panthéisme matérialiste. Il écrit ceci : (apud Albert le Grand, Summa de creaturis, II, qu. 5, art. 2). Jean de Gerson (De concordia metaphysica cum logica, 1426) résume ainsi la doctrine :

Giordano Bruno Le représentant même du panthéisme moderne, Giordano Bruno, se réfère très souvent à Plotin.