L’art bouddhique naît dans le sous-continent indien, probablement durant les siècles suivant la mort du Bouddha historique ou Gautama Bouddha ( et ), bien que ses premières manifestations attestées par des découvertes archéologiques semblent dater du règne d'Ashoka. Une première phase, essentiellement indienne, appelée , durant laquelle la personne du Bouddha est évoquée par des symboles, est suivie vers le d'une durant laquelle apparaissent des représentations anthropomorphiques du Bouddha. Cette seconde phase apparait simultanément en Inde et dans un autre foyer artistique important, né aux environs du début de l'ère chrétienne sur le territoire du royaume indo-grec puis de l'empire kouchan, dont la production la plus remarquable est l'art gréco-bouddhique du Gandhara.

À partir de cette époque, l'art bouddhique se diversifie, absorbant les influences culturelles rencontrées dans les contrées où la doctrine de Gautama se diffuse : en Asie centrale et orientale (route du nord) ; à Sri Lanka et en Asie du Sud-Est (route du sud). En Inde, l'art bouddhique connait un grand développement et laisse sa marque sur l'ensemble de l'art hindou (voir Art en Inde) jusqu'à la quasi-disparition du bouddhisme au devant l'expansion de l'hindouisme et de l'islam.

Inde et Asie Centrale

La période aniconique ( - )

Les premières manifestations de l'art bouddhique remontent au règne de l'empereur Ashoka de la dynastie Maurya (-322 à -180), qui voit la construction de nombreux stupas comme celui de Sanchi et l'érection de colonnes exhortant au respect de toutes les créatures et à l'acceptation des enseignements du Bouddha. Elles sont surmontées de chapiteaux en forme d'animaux (typiquement, des lions) et décorées d'autres symboles bouddhiques comme la roue du dharma.

Entre le et le , les sculptures deviennent plus explicites, représentant des épisodes de la vie de Gautama et ses enseignements sur des tablettes votives ou des frises, souvent en relation avec la décoration des stupas. Malgré la longue tradition indienne en matière de sculpture, manifestant la maîtrise d'une riche iconographie, le Bouddha ne fut longtemps représenté que par des symboles, dont les plus communs sont :

La Roue du Dharma ou Roue de la loi (skt. dharmacakra), symbole des Quatre Nobles Vérités. L’Arbre de la Bodhi (« éveil ») , figuier sous lequel le Bouddha atteignit l'illumination ; ce thème de l'arbre trouve peut-être des antécédents non bouddhiques dans les rites de fertilité et les représentations de l'arbre de vie. L’Empreinte de pied du Bouddha (skt. « Buddhapada ») représentant l'impact de ses enseignements sur le monde. Le Trône vide. Les Lions, symbole de sa royauté. Le Bouddha était appelé le lion des Shakyas pendant la période Ashoka, aussi ce symbole était-il présent sur les colonnes bouddhiques que l'empereur avait fait dresser sur l'ensemble du territoire indien. Les Colonnes surmontées d'une roue du dharma (« Dharmachakra »), symbole de son enseignement. Le Lotus, symbole de la pureté et de la nature intacte du Bouddha, pour la beauté de sa fleur et l'impossibilité pour l'eau d'y adhérer, le laissant sans tache.

Cette réticence envers la représentation anthropomorphique du Bouddha et le recours à un système sophistiqué de symboles aniconiques, même dans des narrations picturales où apparaissent d'autres personnages humains, semblent être liés à une de ses paroles rapportée dans le Digha Nikaya, qui interdit qu'on le représente après la disparition de son corps. Cette tendance persista jusqu'au dans les parties méridionales de l'Inde ; on la retrouve par exemple dans l'école d'Amaravati (voir Le démon de Mara). Certains historiens ont proposé qu'il ait tout de même existé des représentations anthropomorphiques du Bouddha en bois, disparues avec le temps. Cependant, aucune découverte archéologique n'est encore venue confirmer cette théorie.

Période iconique (depuis le )

Les représentations anthropomorphiques du Bouddha ont commencé à apparaître vers le au nord et au nord-ouest de l'Inde. Les deux principaux centres de création étaient Gandhara au Pendjab actuel (Pakistan) et Mathura au nord de l'Inde. Il existe deux théories concernant l'origine de cette innovation : elle résulterait soit d'une évolution intrinsèque de l'art bouddhiste indien à Mathura, soit de l'influence de la culture grecque à Gandhara à travers le syncrétisme gréco-bouddhique.

L'art du Gandhara bénéficia de siècles d'interaction avec la culture grecque depuis les conquêtes d'Alexandre le Grand en -332. La création des royaumes gréco-bactrien et indo-grec conduisit au développement de l'art gréco-bouddhique. La sculpture bouddhique de Gandhara montre l'influence de l'art de la Grèce antique et certains spécialistes ont également suggéré qu'elle exprime le concept d'homme-dieu inspiré de la mythologie grecque. Les cheveux ondulés, l'habit drapé couvrant les deux épaules, les chaussures et les sandales, les motifs hellénistiques telles que les feuilles d'acanthe sont caractéristiques de l'école de sculpture de Gandhara et seront repris par d'autres écoles.

L'art de Mathura était basé sur de fortes traditions indiennes connaissant la représentation anthropomorphique de divinités (Yakshas, par exemple), mais dans un style relativement archaïque par rapport aux futures représentation du Bouddha. Les caractéristiques de l'école de Mathura sont l'habit ne couvrant que l'épaule gauche, le traitement des plis des robes donnant une apparence de fine mousseline, la roue du dharma dans la paume de la main, la posture du lotus.

Mathura et Gandhara se sont fortement influencées l'une l'autre. À l'époque de leur épanouissement artistique, les deux régions étaient d'ailleurs réunies politiquement dans l'empire Kushan, dont les deux cités étaient simultanément capitales.

L'art iconique fut caractérisé dès le début par un idéalisme réaliste, combinant des représentations humaines réalistes (dans les proportions, les attitudes et les attributs) avec une idée de la perfection et de la sérénité conduisant au divin. L'expression du Bouddha à la fois en tant qu'homme et dieu devint le canon iconographique pour la plupart des représentations de l'art bouddhique.

L'art bouddhique continua de se développer en Inde pendant plusieurs siècles. Les sculptures en grès rose de Mathura atteignirent sous l'empire Gupta (- ) une très grande finesse d'exécution et une remarquable délicatesse dans le modelage. L'art de l'école Gupta exerça une grande influence en Asie. Néanmoins, à partir du , le recul du bouddhisme devant l'hindouisme et l'islam entraîna le déclin de l'art bouddhique indien.vignette|Carte de l'expansion du bouddhisme.

Le bouddhisme s'étendit en dehors de l'Inde à partir du Son style artistique original se mêla avec d'autres influences, entraînant une différenciation progressive selon les pays. Une Route du Nord, caractérisée par la dominance du mahayana, se dessina à partir du depuis l'Asie centrale, à travers le Tarim, et depuis l'Inde jusqu'en Chine, en Corée et au Japon ; le Tibet fut exposé aux influences bouddhistes issues d'Asie centrale, d'Inde et de Chine. Des Routes du Sud, en provenance d'Inde et en partie maritimes, amenèrent le bouddhisme tout d'abord à Sri Lanka, puis en Asie du Sud-Est (Myanmar, Thaïlande, Cambodge, Indonésie, Viêt Nam). Le bouddhisme theravada y domine, mais le vajrayana y connut son heure de gloire (Cambodge et Indonésie en particulier). Le bouddhisme vietnamien a également connu l'influence de la Chine.

Art bouddhique du Nord La transmission du bouddhisme le long de la route de la soie vers l'Asie centrale, la Chine, la Corée et le Japon aurait commencé au si l'on en croit la mention d'une ambassade (peut-être légendaire) envoyée vers l'ouest par l'empereur chinois Mingdi (58-75). Les contacts s'affirmèrent au , probablement grâce à l'expansion de l'empire kouchan dans le territoire chinois du bassin du Tarim, avec les voyages missionnaires d'un grand nombre de moines d'Asie centrale. Les premiers traducteurs des sutras en chinois, Lokakshema par exemple, étaient parthes, kouchans, sogdiens ou koutchéens.

Les expéditions missionnaires le long de la route de la soie furent accompagnés d'un flux d'influences artistiques, visibles dans le développement de l'art serindien du dans le bassin du Tarim (actuel Xinjiang). Cet art dérive souvent de l'art gréco-bouddhiste du district de Gandhara (actuel Pakistan), et combine des influences indiennes, grecques, romaines et persanes. Ces influences se retrouvent jusqu'au Japon de nos jours, dans les motifs architecturaux, l'imagerie bouddhiste et la représentation des dieux japonais.

L'art de la route du Nord fut également très influencé par le développement du bouddhisme mahayana. Alors que le bouddhisme originel prônait un travail sur soi-même de détachement de la souffrance pour atteindre l'illumination personnelle et le statut d'arhat, sans l'aide d'aucune divinité, le mahayana réintroduit le recours à des figures quasi-divines, les bodhisattvas et le(s) bouddha(s), envers qui le fidèle fait preuve de dévotion. L'art bouddhiste du nord est donc caractérisé par un panthéon très riche et syncrétique, avec une multitude d'images de bouddhas, bodhisattvas et autres déités moins importantes.

Afghanistan

vignette|Tête de Bouddha, provenant d'Afghanistan, probablement Hadda, ou - siècle.MET, New York.

L'art bouddhique en Afghanistan (ancienne Bactrie) persista pendant plusieurs siècles jusqu'à l'arrivée de l'islam au , comme en témoignent les Bouddhas de Bamiyan. D'autres sculptures en stuc, schiste ou argile montrent un très fort mélange entre l'art indien post-Gupta et l'influence classique hellénistique et même gréco-romaine. L'islam prohiba l'art anthropomorphique et l'art bouddhique, dont les sujets étaient vus comme des idoles, subit de nombreuses attaques, les dernières étant les destructions systématiques du régime taliban. Les bouddhas de Bamiyan, les sculptures de Hadda et beaucoup d'œuvres des musées afghans furent détruites. Avant même l'avènement du gouvernement taliban, les conflits multiples durant depuis les années 1980 avaient favorisé le pillage systématique des sites archéologiques et la fuite d'œuvres afghanes vers le marché noir international.

Asie centrale

L'Asie centrale a longtemps joué le rôle de carrefour entre la Chine, l'Inde et la Perse. Pendant le , l'expansion des Han vers l'ouest intensifia les contacts avec les civilisations hellénistiques d'Asie, particulièrement le royaume gréco-bactrien.

Plus tard, l'expansion du bouddhisme vers le nord mena à la formation de communautés, et même de royaumes bouddhiques en Asie centrale. Quelques villes de la route de la soie étaient constituées uniquement de stupas et de monastères, et il semble que leur principal objectif était d'accueillir les voyageurs transitant entre l'est et l'ouest. La partie orientale de l'Asie centrale ou Turkestan chinois (bassin du Tarim, Xinjiang) en particulier a révélé un art serindien extrêmement riche (nombreuses grottes contenant des peintures murales et des bas-reliefs, peintures portatives sur toile, sculptures, objets rituels), montrant des influences indienne et hellénistique. Ces œuvres rappellent le style de Gandhara ; des textes en caractères gandhari kharoshti ont d'ailleurs été retrouvés. Ces influences furent rapidement assimilées par la culture chinoise.

Chine