vignette|Tarot.

Le tarot est le nom de plusieurs jeux de cartes et de plusieurs ensembles de cartes à jouer, généralement au nombre de 78. Le premier jeu de tarot a été créé au en Europe. Les différents jeux de tarot permettent de jouer à de multiples jeux tels le italien ou le tarot français. À partir de la fin du , le tarot possède également un usage occulte et mystique.

Les cartes de tarot sont un type de cartes à jouer apparu en Italie au . Les carte da trionfi ou naipe a trionfi sont mentionnées pour la première fois au milieu du en Italie du Nord. Le mot italien tarocchi et le mot français tarot sont mentionnés pour la première fois au début du Thierry Depaulis, Le Tarot de Paris, éd. André Dimanche 1984. page 6, donne 1516 à Ferrare comme première occurrence, depuis - fait rare - le même auteur a découvert une autre occurrence du mot Tarot en 1505 à Avignon..

Les plus anciennes cartes de tarot connues aujourd'hui ont été peintes pour la famille ViscontiGiordano Berti, Les Tarots Visconti. Les plus anciens tarots du monde, éditions De Vecchi, 2007, . (voir Tarot Visconti-Sforza)

Histoire Apparition et évolution des cartes du tarot Origine dans la moitié nord de la péninsule italienne au Bien des thèmes se retrouvant sur les cartes des divers jeux français figuraient déjà sur les cartes enluminées de Visconti et de Charles VI (parfois désigné à tort comme tarot de Gringonneur). Ces jeux de triomphestrionfi en italien, terme qui désigne les cartes apparentées aux atouts. leur sont antérieurs puisqu'ils datent du milieu du . Les tarots dits de Marseille leur sont clairement apparentés. Les tarocchi de la province italienne de Lombardie sont considérés aujourd'hui comme étant les prototypes de tarots plus récents, en tous cas il est indéniable qu'ils partagent une origine commune. Tous les jeux de cartes primitifs européens seraient eux-mêmes issus de ou inspirés par les jeux de cartes orientaux des Mamelouks — on trouve plusieurs références à partir de la fin du aux jeux de nahib, naïbs, naibis qui sont devenus en espagnol le mot naipes (cartes à jouer). Il faut noter que la structure du tarot diffère de la structure des jeux de cartes des Mamelouks, elles sont probablement venues de Chine au Mamelouks par l'intermédiaire des Mongols, ou des jeux à enseigne latine : outre l'ajout des vingt-deux atouts, on trouve dans le tarot quatre honneurs par couleur au lieu de trois, et dix cartes numérales au lieu de neuf dans les jeux de cartes espagnols. Les enseignes reprennent majoritairement les enseignes italiennes à quelques exceptions près (cf. infra).

Le motif plus spécifique le plus répandu du tarot dit de Marseille trouve peut-être une origine en Italie : la planche xylographiée dite Feuille Cary de la collection Cary de l'université Yale à la datation vague, très largement et très , et six cartes d'un tarot du ou du trouvée à l'occasion de recherches au Castello Sforzesco à Milan présentent des images extrêmement similaires au motif dit de Marseille — on note en particulier l'absence de titres sur les cartesThierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984..

En France right|thumbnail|150px|Le 2 de Coupe, du jeu de Jean Dodal (début ).

D'après le philosophe et historien Michael Dummett, le tarot aurait été rapporté en France par les soldats des invasions en Italie de Charles VIII en 1494 et Louis XII en 1499. Cependant une référence à l'existence des tarots en Avignon dès 1505 publiée par le chercheur Thierry DepaulisThierry Depaulis, Des "cartes communément appelées taraux", The Playing-Card, vol. 32, , mars-avril 2004, pages 199-205 et , mai-juin 2004, pages 244-249. pourrait indiquer qu'à l'inverse ce soit l'ordre français qui ait été importé dans la région de Milan à ces mêmes occasions. (Mais Thierry Depaulis a, depuis lors, abandonné cette hypothèse.)

Le plus ancien jeu de tarot français conservé aujourd'hui est celui de Catelin Geoffroy à Lyon en 1557 dont il reste trente-huit cartes, aux enseignes atypiques mais rassemblant apparemment les vingt-deux atouts. Ce tarot a plusieurs particularités : il ne reprend pas les enseignes latines mais il leur substitue Perroquets, Paons et Lion pour trois d'entre elles, la quatrième n'est pas connue. Ces enseignes étant imitées du jeu de cartes (sans atouts) gravé en 1544 par le graveur allemand Virgil Solis, la quatrième pourrait donc avoir été les Singes. Les atouts pour leur part reprennent les allégories connues dans les jeux italiensThierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, page 51.. C'est aussi l'unique exemplaire de la production du , qui était pourtant importanteIbid., d'un jeu populaire à l'époque (cité dans Gargantua) et d'autres écritsT.Depaulis, op. cit., page 62.. Le tarot de Catelin Geoffroy est conservé aujourd'hui au Museum angewandte Kunst (Musée des arts appliqués) de Francfort.

Comme pour les autres cartes à jouer, la diffusion des cartes de tarot à partir du ou du est rendue possible — outre le papier - par le développement de la xylographie qui restera jusqu'au le mode de production privilégié des cartes à joueril faut noter que les premiers cartiers n'utilisaient pas de presse, mais étendaient le papier humide sur les moules encrés, pour assurer le report du dessin la feuille était ensuite pressée à la main, au frotton ou à la brosse, sans le secours d'une presse qui écraserait les fibres du bois (Thierry Depaulis, Cartes à jouer et Tarots de Marseille, éd. Alors Hors du Temps, Marseille, 2004, page 190..

On connaît du trois jeux de tarot, tous de Paris : un tarot anonyme dit « tarot de Paris » (créé au début du ), le deuxième plus ancien exemple de tarot conservé dans son entièreté avec ses soixante-dix-huit cartesLe plus ancien est celui dit "Sola-Busca", gravé à Ferrare vers 1480,dont un exemplaire complet et colorié est conservé dans la famille italienne Sola-Busca., puis celui de Jean Noblet(auquel il ne manque que cinq cartes de la série des épées numérotées VI à X) et celui de Jacques Viéville (également conservé dans l'intégralité de ses soixante-dix-huit cartes) qui apparaissent tous deux vers 1650. Il reste également du la plus ancienne règle du jeu de tarot imprimée, due à la plume de l'abbé Michel de Marolles et imprimée à Nevers en 1637Thierry Depaulis, « Quand l'abbé de Marolles jouait au tarot », Le Vieux Papier, fasc. 365, juillet 2002, ..

Toutefois, un tarot « de Marseille », fait à Marseille par Philippe Vachier et daté (sur le 2 de deniers) 1639, complet de ses 78 cartes et en très bon état de conservation, est apparu en sur le marché de l’art. Il a été vendu aux enchères le à l’hôtel Drouot par la maison Giquello & AssociésThierry Depaulis, "Un Tarot de Marseille de 1639 !", Le Vieux Papier, fasc. 447, January 2023, p. 194–200. pour , prix record pour un jeu de cartes. C’est le plus ancien tarot de ce type connu à ce jour.

Si le jeu de Noblet témoigne clairement de l'influence milanaise évoquée ci-dessus, les jeux anonymes et de Viéville semblent témoigner de certains caractères propres aux jeux bolonais du début du Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, pages 56 à 58..

La popularité du jeu semble en déclin dans la deuxième moitié du Thierry Depaulis, "The First Golden Age of the Tarot in France", dans The Philosophy of Michael Dummett, éd. Randall E. Auxier et Lewis Edwin Hahn, Chicago - La Salle, IL : Open Court, 2007 (The Library of Living Philosophers, XXXI), ..

Au , on trouve les exemples notables de Jean Dodal vers 1701gravé par Jacques Mermé de Chambéry en 1701, peut-on lire sur letarot.com, à Lyon – il venait d'Avignon – Jean et Jean-Pierre Payen (1713 et 1745) puis par exemple ceux de Nicolas Conver (1760) à Marseille), Joseph Fautrier (au à Marseille également).

La popularité du tarot qui déclinait en France déjà depuis la fin du fait qu'il y est progressivement globalement oublié à part en Provence et dans les zones frontalières avec l'Allemagne et la Suisse. Encore cité dans certains dictionnaires et encyclopédies, il est assimilé à un jeu de carte non français et souvent confondu avec le jeu de cartes à enseignes espagnolesPar exemple, dans le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière (1690) ou dans l’Encyclopédie de Diderot volume XXXII page 992 lien google book, « TAROTS, terme de Cartier, ce sont des espèces de cartes à jouer, dont on se sert en Espagne, en Allemagne & d'autres pays. Ces cartes sont marquées différemment de celles dont on se sert en France ; & au lieu que les nôtres sont distinguées par des cœurs, des carreaux, des piques & des trèfles, elles ont des coupes, des deniers, des épées & des bâtons appelés en espagnol, copas, dineros, espadillas, bastos. L'envers des cartes appelé tarot, est communément orné de divers compartimens ».. La production française est principalement destinée à l'exportation, notamment vers le Piémont ou l'AllemagneT. Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, page 71.. À la fin du , il n'est guère plus joué sur le territoire français qu'en Alsace, Franche-Comté et Provence« Jeu inconnu il est vrai, à Paris, mais très-connu en Italie, en Allemagne, même en Provence » écrit Antoine Court de Gébelin en 1781 dans Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne..

Les cartiers – notamment dans le Sud-Est de la France – continuent de publier ce type de jeu de cartes.

Au milieu du les cartiers allemands abandonnent progressivement d'une part les enseignes italiennes au profit des enseignes françaises, et d'autre part les atouts classiques au profit de motifs animaliers ou de scènes pittoresques. À la fin du , ces Tarots d'un genre nouveau relanceront la mode du jeu en France.

Le Tarot classique est produit par exemple par Lequart (qui sera racheté par Grimaud) sous la désignation de Tarot italien. On trouve aussi des tarots italiens à double-tête (Grimaud, Gaudais). Ces tarots à enseignes italiennes cohabitent avec différents types de Tarots à enseigne française.

À Marseille, Jean-Baptiste Camoin qui a repris la fabrique de Nicolas Conver, modernisant les modes de productions, il publie notamment autour de 1880 une version modifiée du Tarot de Nicolas Conver avec une palette de couleurs restreinte adaptée aux nouveaux modes de production industrielle.

Dans les premières années du siècle, au Royaume-Uni, une version du tarot français de tendance ésotérique destiné à la cartomancie naît sous la plume de Arthur Edward Waite et le dessin de Pamela Colman-Smith, publié par les éditions Rider - on l'appelle jeu Rider-Waite ou Rider-Waite-Smith. Celui-ci reprend les noms des atouts et leur séquence dans le tarot d'origine (L'Amant - arcane VI - devient Les Amants), alors que les cartes de points deviennent elles aussi illustrées de petites scènes. Il est en fait une manifestation des théories d'Éliphas Lévi et des influences de la société ésotérique Golden Dawn. Cette variation (avec ses illustrations de style naïf combinant les influences des mouvements arts and crafts et art nouveau, et le syncrétisme caractéristique de l'occultisme britannique moderne) sera dans le monde anglo-saxon la référence et le modèle de la plupart des tarots à vocation ésotérique tout au long du .

Au début du le Tarot nouveau publié par Grimaud (appellation de 1920 du tarot créé sur le modèle du tarot allemand de 1865 de Ludwig Wüst) avec ses atouts à thèmes et ses enseignes françaises, supplante largement le modèle du tarot italien.

Le tarot classique avec ses enseignes italiennes et ses atouts traditionnels disparaît quasi complètement de la production.

Toutefois en 1930, Paul Marteau relance le tarot ancien en ciblant le marché de la divination, et sort une version modifiée renommée Ancien Tarot de Marseille, qui connaît un grand succès au long du , basée sur les couleurs tardives de l'édition Camoin du et certains dessins d'un tarot de Besançon rachetés avec le fond Lequart.