thumb|Lalitā, flanquée de Ganapati et Kārttikeya. Statue en basalte de style Pāla, . British Museum, Londres.

Tripura Sundari (Sanskrit : त्रिपुरसुन्दरी ; IAST : Tripura Sundarī), également connue sous les noms de Lalita, Shodashi, Kamakshi et Rajarajeshvari, est une déesse hindoue vénérée principalement dans la tradition du shaktisme et reconnue comme l'une des dix Mahavidyas. Elle incarne l'essence de la déesse suprême Mahadevi. Centrale dans les textes shaktas, elle est largement louée dans le Lalita Sahasranama et le Saundarya Lahari. Dans le Lalitopakhyana du Brahmanda Purana, elle est désignée sous le nom d'Adi Parashakti.

Le terme « Tripura » désigne le concept de trois villes ou mondes, tandis que « Sundari » se traduit par « belle femme ». Elle représente la plus belle femme des trois royaumes, associée au symbole du yoni et aux pouvoirs de création, de préservation et de dissolution.

Selon la tradition Srikula dans le shaktisme, Tripura Sundari est la principale des Mahavidyas, la divinité suprême de l'hindouisme et également la déesse principale de la Sri Vidya. La Tripura Upanishad la place comme l'ultime Shakti (énergie, pouvoir) de l'univers. Elle est décrite comme la conscience suprême, régnant au-dessus de Brahma, Vishnu et Shiva.

Le Lalita Sahasranama raconte la bataille cosmique entre Lalita Tripura Sundari et le démon Bhandasura, symbolisant le triomphe du bien sur le mal. Ce texte sacré offre un portrait détaillé de ses attributs et qualités divines. Des temples qui lui sont dédiés existent dans toute l'Inde, avec des lieux de culte importants au Tripura, au West Bengal, au Tamil Nadu, en Andhra Pradesh, au Telangana, au Jharkhand et au Karnataka. Ses festivals, dont Lalita Jayanti et Lalita Panchami, sont célébrés avec ferveur, reflétant la profonde connexion spirituelle des fidèles à la Déesse et son incarnation de l'énergie féminine divine.

Étymologie et nomenclature Le mot Tripura (त्रिपुर) signifie trois villes ou trois mondes, Sundari (सुन्दरी) signifie belle femme. Tripura Sundari signifie la plus belle femme des trois mondes. Tripura pourrait également désigner les trois villes créées par Mayasura et détruites par Tripurantaka, signifiant ainsi « Celle qui est belle pour le destructeur des Trois Villes ». Elle est connue sous le nom de Tripura car son mantra possède trois groupes de lettres. Elle est également appelée Tripura parce qu'elle se manifeste en Brahma, Vishnu et Shiva en tant que créatrice, préservatrice et destructrice de l'univers.

Légende La bataille entre Lalita Tripura Sundari et le démon Bhaṇḍāsura est principalement décrite dans le Lalita Sahasranama, un texte sacré de l'hindouisme qui se compose de mille noms de la déesse Lalita. Le Lalita Sahasranama fait partie d'une écriture plus vaste appelée le Brahmanda Purana, plus précisément dans l'Uttara Khanda (la section finale) du Purana.

Les dieux ont cherché l'aide de Kamadeva pour éveiller le Seigneur Shiva de sa pénitence. Shiva a ouvert son troisième œil et a réduit Kamadeva en cendres. Prenant ces cendres, le Ganatha nommé Chitrakarma a créé une belle forme humaine. Shiva lui a donné la vie. C'est Bhandasura.

Dans ce récit, Bhandasura est décrit comme un démon puissant qui a obtenu une bénédiction de Shiva le rendant presque invincible. Avec ses nouveaux pouvoirs, Bhandasura fait des ravages et établit son propre royaume, défiant l'ordre divin. En réponse à la menace croissante posée par Bhandasura, les dieux, dirigés par Shiva et Vishnu, sollicitent l'aide de Lalita Tripura Sundari.

Lalita Tripura Sundari est une manifestation de l'énergie féminine divine et est considérée comme la forme ultime d'Adi Parashakti. Elle est souvent représentée comme une belle et bienveillante déesse, mais lorsqu'elle est confrontée à la nécessité de restaurer l'équilibre cosmique et de protéger l'univers, elle se transforme en une guerrière féroce et puissante. Elle est largement connue sous les noms de Parvati ou Kamakshi.

La bataille entre Lalita et Bhandasura est décrite dans le Lalita Sahasranama comme une confrontation cosmique qui symbolise le triomphe du bien sur le mal, de la justice sur la tyrannie, et de l'intervention divine sur les forces malveillantes. La déesse, parée de diverses armes et symboles de pouvoir, s'engage dans une bataille féroce avec Bhandasura et son armée de démons. Grâce à ses prouesses extraordinaires et à l'aide de ses compagnes et manifestations divines, Lalita bat Bhandasura et restaure l'harmonie cosmique.

Le Lalita Sahasranama ne décrit pas seulement la bataille elle-même, mais explore également les qualités et aspects divins de Lalita, soulignant son importance en tant qu'incarnation de l'amour divin, de la grâce, de la puissance et de la sagesse. Le texte est vénéré par les fidèles de la déesse et est récité comme une forme de culte et de méditation pour invoquer ses bénédictions et sa protection.

Rôle dans la création Selon le Tripura Rahasya, seule la déesse Tripura Sundari existait avant le début de l'univers. Elle a créé la Trimurti et a commencé la création de l'univers.

Littérature Le texte le plus important de Tripura Sundari est le Lalita Sahasranama (du Brahmanda Purana). Tripura Sundari est le plus souvent mentionnée dans le Lalitopakhyana (le quatrième livre du Brahmanda Purana) et le Tripura Rahasya. Le Lalitopakhyana raconte la bataille épique entre ses forces et les forces de l'archidémon Bhandasura.

Le Tripura Rahasya est un texte sanskrit clé qui explore la grandeur de Tripura Sundari et la philosophie de la non-dualité. Il souligne la déesse comme la conscience suprême et la réalité ultime derrière l'univers. Le texte met en évidence son rôle dans le guidage des chercheurs vers la libération spirituelle par la réalisation de soi et la connaissance de la vérité suprême.

La Tripura Upanishad place la déesse Tripura Sundari comme l'ultime Shakti (énergie, pouvoir) de l'univers. Elle est décrite comme la conscience suprême, au-dessus de Brahma, Vishnu et Shiva. La Tripura Upanishad est historiquement l'introduction la plus complète au tantrisme shakta, distillant dans ses 16 versets presque chaque sujet important de la tradition du tantra shakta. Avec la Tripura Upanishad, la Tripuratapini Upanishad a attiré des bhasya (commentaires) savants dans la seconde moitié du millénaire, tels que l'œuvre de Bhaskararaya, et de Ramanand.

La Bahvricha Upanishad est remarquable pour affirmer que le Soi (l'âme, Atman) est une Déesse qui seule existait avant la création de l'univers.

Selon le « Patala Khanda » du Padma Purana et le Narada Purana, le dieu Krishna est la forme masculine de la déesse Lalita.

Le Tantraraja Tantra de la tradition shakta décrit que la déesse Lalita a pris une forme masculine en tant que Krishna. Krishna a six formes à savoir Siddha-gopala, Kamaraja-gopala, Manmatha-gopala, Kandarpa-gopala, Makaraketana-gopala et Manobhava-gopala et la déesse Lalita a créé les cinq dernières formes à partir de celle-ci.

Le Lalitā Trishati (Les 300 noms de Lalitā Lalitā trishati en sanskrit devanagari.) est un commentaire attribué à Adi Shankara..

Lalita Sahasranama Le Lalita Sahasranama contient mille noms de la déesse mère hindoue Lalita. Les noms sont organisés en un hymne (stotras). C'est le seul sahasranama qui ne répète pas un seul nom. De plus, afin de maintenir le mètre, d'autres sahasranamas utilisent l'artifice d'ajouter des suffixes comme tu, api, ca, et hi, qui sont des conjonctions qui n'ajoutent pas nécessairement au sens du nom sauf dans les cas d'interprétation. Le Lalita sahasranama n'utilise aucune de ces conjonctions auxiliaires et est unique en étant une énumération de noms saints qui répondent aux exigences métriques, poétiques et mystiques d'un sahasranama par leur ordre tout au long du texte.

Le Lalita Sahasranama commence par appeler la déesse Shri Mata (la grande mère), Shri Maharajni (la grande reine) et Shrimat Simhasaneshwari (la reine assise sur le trône de lion). Dans les versets 2 et 3 du Sahasranama, elle est décrite comme Udayatbhanu Sahasrabha (celle qui est aussi brillante que les rayons de mille soleils levants), Chaturbahu Samanvita (celle qui a quatre mains) et Ragasvarupa Pashadhya (celle qui tient la corde). Chidagnikunda Sambhuta (celle qui est née de l'autel du feu de la conscience) et Devakarya samudyata (celle qui s'est manifestée pour accomplir les objets des devas) sont parmi d'autres noms mentionnés dans le sahasranama.

Composition Le Lalita Sahasranama aurait été composé par les huit vaag devis (Vasini, Kameshvari, Aruna, Vimala, Jayani, Modini, Sarveshvari et Kaulini) sur ordre de la déesse Lalita elle-même. Le Sahasranama dit que « L'on ne peut vénérer Lalita que si elle souhaite que nous le fassions. » Ce stotra se trouve dans le Brahmanda Purana (histoire de l'univers) dans le chapitre de discussion entre Hayagriva et le sage Agastya à Kanchipuram. Hayagriva est une incarnation de Vishnu avec une tête de cheval et est considéré comme le dépositaire de la connaissance. Agastya est l'un des sages d'antan et l'une des étoiles de la constellation Saptarishi. À la demande d'Agastya, Hayagriva lui aurait enseigné les mille noms les plus saints de Lalita. Le temple à Thirumeyachur, près de Kumbakonam, est dit être l'endroit où Agastya a été initié à ce sahasranama. Une origine alternative est que le Upanishad Bramham Mutt à Kanchipuram est l'endroit où cette initiation a eu lieu. Dans la musique carnatique, le compositeur Shyama Sastry a composé de nombreux Swarajathis et de belles compositions à la louange de la déesse. Les plus populaires étant les trois swarajathis appelés Ratnatrayam et le Navaratnamalika sur la déesse Meenakshi de Madurai.

Tripura Rahasya Tripura Sundari occupe une place très spéciale dans le Tripura Rahasya, une écriture shakta populaire dans la tradition de la Shri Vidya.

Le Tripura Rahasya est traditionnellement divisé en trois volumes : le Mahatmya Khanda, qui exalte la grandeur de Tripura Sundari et son pouvoir cosmique ; le Jnana Khanda, qui se concentre sur la nature de la connaissance ultime et de la réalisation de soi à travers les enseignements du sage Dattatreya à Parashurama ; et le Charya Khanda, qui est censé contenir des instructions sur les rituels et les pratiques, bien que la dernière partie soit largement considérée comme perdue ou indisponible aujourd'hui. Chaque volume guide progressivement les chercheurs de la dévotion vers la sagesse spirituelle et la libération.

Iconographie La déesse a quatre bras qui tiennent un arc en canne à sucre (symbole du manas), des flèches de fleurs (symbole du monde sensible), un filet (symbole du désir) et une massue (symbole de la colère).

Sa forme est décrite dans son Dhyana Stotra comme suit :

(J'imagine ma déesse Bhavani, qui a la couleur du soleil levant. Dont les yeux sont des vagues de miséricorde, qui tient dans ses mains le Pasha, l'Ankusha, un arc fait de canne à sucre, des flèches faites de douces fleurs, et qui est entourée par ses dévots aux grands pouvoirs, en tant que personnification du concept de « Je »).

Elle est souvent représentée iconographiquement comme une jeune fille de 16 ans (d'où l'appellation « Shodashi ») assise sur un lotus qui repose sur le corps couché de Sadashiva, qui à son tour repose sur un trône dont les pieds sont les dieux Brahma, Vishnu, Isvara et Rudra. Dans certains cas, le lotus pousse à partir du nombril de Shiva. Dans d'autres cas plus courants, le lotus pousse directement du Sri Chakra.

Dans le Jnana Khanda du Tripura Rahasya, la déesse elle-même décrit sa forme éternelle.