La Société genevoise d’utilité publique (SGUP) a été fondée en janvier 1828 à la suite d’une invitation de la Société suisse d’utilité publique (SSUP)SSUP : Société suisse d'utilité publique (de) SGG : Schweizerische Gemeinnützige Gesellschaft (it) SSUP : Società svizzera di utilità pubblica. Depuis 1860, la SSUP assure l’administration de la prairie du Grütli., créée le , à Zurich. Elle s’attache dès lors aux questions d’intérêt public à Genève, aussi bien sur le plan spirituel que matériel.
La SGUP est à l’origine de la fondation des principales institutions de bienfaisance genevoises, ainsi que du Comité international de la Croix-Rouge, fondé le , par cinq membres de la SGUP, à savoir le général Guillaume-Henri Dufour, les médecins Louis Appia et Théodore Maunoir, Henry Dunant, secrétaire, et Gustave Moynier, président de la Société.
Historique 1828-1854 : des débuts laborieux Si la fondation de la SGUP date de 1828, la première tentative de création d’une société d’utilité publique à Genève remonte au début des années 1820. En effet, en 1824, Marc-Auguste Pictet, président de la Société des arts., propose de rejoindre la Société suisse d’utilité publique avec succès. La Société des arts de Genève est sur le point de devenir l’une des Sociétés d’utilité publique suisses, mais à peine quelques mois plus tard, Pictet meurt. La donne change. Son successeur, Augustin Pyrame de Candolle décide de suivre un autre chemin. La Société des arts connaît alors une réforme en profondeur qui ne lui permet plus de devenir une des sections de la SSUPSenarclens, 2003, p. 10-13. Jean de Senarclens précise dans un autre article les différences fondamentales entre les deux sociétés genevoises. « La Société des Arts visait surtout au développement des techniques dans l’artisanat et l’agriculture, alors que la Société genevoise d’utilité publique s’affirmait avant tout comme société philanthropique » (1982, p. 4)..
Une seconde tentative a lieu en 1826, sous l’impulsion des deux premiers membres genevois de la SSUP, à savoir Etienne Dumont et Pierre-François Bellot. Mais cet essai peine à aboutir. En effet, la section genevoise balbutiante se fige dans l’inaction. Quelque peu agacée par cette inertie, la SSUP décide d’agir et soumet aux Genevois « une demande de préavis sur la révision de ses statuts » et à cette occasion, elle requiert un compte-rendu annuel de leurs travaux. Or, la Société genevoise ne peut rendre que copie blanche. Aussi, « piqués au vif, les 44 membres de la section genevoise se réunissent le , sous la présidence d’Étienne Dumont, décident formellement la constitution de la Société genevoise d’utilité publique et en adoptent le règlement »Senarclens, 2003, p. 14-15 ; Lescaze, 1978, p. 14-17..
Dès le départ, l’activité de la SGUP est donc dépendante de la SSUP. Comme l’écrit Rigaud-de Constant, en 1832, dans son rapport annuel d’activités : « dans les premières années de son existence notre Société a été presque inactive, elle ne se réunissait que pour recevoir les communications de la société fédérale ; on doit attribuer cet état de langueur au grand nombre de sociétés déjà existantes parmi nous, s’occupant d’objets analogues et à ce que ce but et les résultats de la Société d’utilité publique étaient peu connus à Genève »Rapport sur les travaux de 1831, Genève : , 1832, p. 12, cité dans Lescaze, 2003, p. 19.. De 1832 à 1854, la SGUP concentre essentiellement son activité sur la mise au concours de questions d’intérêt général. Ces questions sont discutées activement lors des 3 séances annuelles, mais aussi à travers des concours, afin de s’ouvrir à un plus large public. De 1842 à 1868, la SGUP lance pas moins de « neuf concours sur des sujets ayant trait à l’éthique (qu’on nommait alors moralité), à l’action sociale, à l’économie et aux finances, à l’histoire et à la démographie »Senarclens, 2003, p. 17 ; Lescaze, 1978, p. 19-20, 25-29 et n. 21, p. 88 ; Moschell, 1873, p. 50-54. Pour la période 1872-1897, trois concours seront organisés (Goegg, 1899, p. 32-36). Le dernier concours de la SGUP est organisé en 1913 (Goegg, 1928, p. 24).. Les sujets les plus brillamment traités, rédigés sous forme de mémoires, sont édités dans le bulletin de la SGUP, dès 1858.
Cependant, le souffle vient à manquer et le , le comité propose simplement de « s’ajourner indéfiniment ». Il n’en est finalement rien et en 1850, la SGUP est érigée en fondation.
1855-1954 : 100 d’activités au profit des plus démunis
Face à ces vicissitudes, la SGUP poursuit bon an mal an son activité. Comme pour toute association, c’est avant tout le dynamisme et l’enthousiasme de ses membres qui la font vivre et tout particulièrement la volonté énergique de son président. Or, le , l’assemblée générale admet comme membre le jeune Gustave Moynier. Décision des plus sages, puisque ce dernier, des plus motivés, entreprend progressivement des changements importants et utiles au dynamisme de la SGUP. En 1855, il en réorganise la bibliothèque et en 1858, il crée le Bulletin trimestriel de la Société. Délégué à plusieurs reprises aux Congrès internationaux de bienfaisance, il est finalement nommé président de la SGUP de 1858 à 1869. Sa direction est l’une des plus brillantes qu’ait connu la Société. D’autres personnalités lui succèdent dès lors, suivant avec plus ou moins de vigueur son exemple, tels Marc-Antoine Pasteur-Fazy, le général Dufour ou le philosophe Ernest Naville. Mais l’essentiel des grandes réussites de cette période sont le fruit de la motivation inépuisable de Gustave Moynier, qui est nommé président honoraire en 1892.
Il faut comprendre, qu’à la différence des autres sections suisses, la SGUP est avant tout un lieu de théorisation et non pas une société d’action ou une institution de gestion, comme la majeure partie des sections suisses-alémaniquesSenarclens, 1982, p. 7, citant Moschell. Lescaze, 1978, p. 39-41. Ce que le Journal de Genève appelait « avoir des idées et en laisser la gloire aux autres ». Elle encourage les initiatives, et tout particulièrement l’initiative privée, mais, sauf exception, ne les réalise pas elle-même. Hospices, orphelinats, maisons de retraites sont gérés par d’autres. Mais, finalement, n’est-ce pas l’impulsion le plus important ? Pour se rendre compte du dynamisme et de l’influence de la SGUP sur le domaine social, sanitaire et caritatif genevois, il suffit de reprendre la liste imprimée des « Institutions fondées directement par la Société ou indirectement par suite des discussions dans les séances » :
Maison de travail (1832) Société des logements améliorés : Maison des petits ménages à Cornavin (1851) Pension Tournay pour jeunes filles convalescentes (1854) Jardin d’enfants du Cendrier (1863) Croix Rouge (1863) Société alimentaire temporaire (1867) Bureau central d’assistance (1867) Société de protection des animaux (1868) Société de patronage des détenus libérés (1868) Société genevoise des bibliothèques populaires (1871) Association alimentaire permanente (1871) Asile de nuit (1872) Ecole privée d’apprentissage pour jeunes filles (1885) Ecole professionnelle d’horticulture (1886) Bassin de patinage de Florissant (ouvert ) Bureau d’éducation (1887) Bains de Genève (1889) Association pour la suppression des maisons de jeu (1890) Douches scolaires (1893) Fédération des sociétés de secours mutuels (maladie) (1895) Etablissement d’un poste permanent de sapeurs-pompiers (1899) Société de natation et de sauvetage (1904) Société genevoise de patronage des aliénés (1906) À cela s’ajoute une trentaine d’institutions subventionnées ou patronnées par la SGUP.
Au tableau édité en 1914, on peut ajouter le Fonds Robert-Scheimbet (1924) visant à récompenser les personnes qui se sont illustrées dans le dévouement à leur prochain, sans en attendre de récompense, le Dispensaire antialcoolique (1928) établi à l’initiative du Dr Henri Revilliod, ou encore l’association du Coin de Terre (1932) qui permet aux plus démunis d’obtenir des « jardins familiaux » pour cultiver les légumes utiles au ménage, mais aussi qui offre des terrains à prix abordables pour construire des maisons, avec un système sécurisé de prêt amorti sur 20 ans. Cette association est cofondée par Victor de Senarclens, qui la présida de 1938 à 1956, avant de devenir président d’honneur en 1957. Ce dernier a également été un des présidents actifs de la SGUP, qu’il a dirigée en 1926-1928, en 1932-1934 et en 1947-1950Lescaze, 1978, p. 69..
Le Coin de Terre est la dernière grande réalisation de la SGUP avant la guerre de 1939-1945Senarclens, 2003, p. 34-38..
1863 : Comité international de la Croix Rouge
L’une des plus importantes créations de la Société genevoise d’utilité publique est celle du Comité international de la Croix Rouge. Ce comité a été inspiré par l’ouvrage d’Henri Dunant, Un souvenir de Solférino, paru en 1862 et dans lequel, après une longue description de la bataille de Solferino sur le lieu de laquelle il s’est rendu, Dunant propose « la création de sociétés de secours dans chaque pays qui, lors des conflits armés, pourraient venir en aide aux victimes des combats et un texte de droit visant à protéger les blessés de tous les camps et la protection de ceux chargés de les soigner ». Cet ouvrage enthousiasme Gustave Moynier qui le soumet au comité de la SGUP le . Sans succès. Moynier décide alors de créer une commission d’étude de 5 membres qui se réunit pour la première fois le et prend le nom de Comité international permanent de secours aux militaires blessés. Il sera reconnu officiellement à l’issue de la Conférence internationale de Genève tenue le et présidée par Gustave MoynierSenarclens, 2003, p. 21-22. Senarclens, 1982, p. 6. Lescaze, 1978, p. 79-81..
Si Henri Dunant a été l’inspirateur du CICR et est aujourd’hui considéré comme le père fondateur, le véritable instigateur et moteur du projet est plutôt Gustave Moynier, alors président de la SGUP et également de la conférence du , et qui sera 46 ans durant présidant du CICRSenarclens, 1998-1999, p. 31 et 38.. Ce point est aujourd’hui encore fortement sujet à controverse entre les partisans de l’un et de l’autre.
1954-1977 : lente agonie : vers la dissolution ? Durant cette période, l’activité de la SGUP, sous la présidence d’Henri Brocher, se limite à la seule gestion du Dispensaire antialcoolique, qui est cédé définitivement à l’Etat de Genève en 1977. En 1966, le Bulletin de la Société cesse de paraître, du moins provisoirement.
La question d’une dissolution de la SGUP se pose alors. Comme le décrit Jean de Senarclens : « L’effectif des membres était proche de zéro, les finances ne valaient guère mieux et les activités étaient au point mort »Senarclens, 2003, p. 41..
1977-1992 : le renouveau
Pour sauver la Société genevoise d’utilité publique, il a fallu réfléchir sur son utilité et revoir entièrement ses statuts et sa mission. Ainsi, à partir de réunions informelles, d’un rajeunissement de son comité, d’une révision des statuts et d’un recrutement sélectif actif (passant de 30 membres à 500), la SGUP put poursuivre son activité avec un nouveau dynamisme. Mais une fois encore, c’est l’engagement d’un individu qui a permis de concrétiser ce renouveau. Cet élément dynamique, c’est Jean de Senarclens, qui présida à trois reprises la Société, durant 4 ans, entre 1977 à 1991, et qui est finalement nommé président d’honneur en 1992Durant cette période, Charles Kempf présida la SGUP un an et Catherine Santschi deux..