L'église Saint-Gervais-Saint-Protais de Rhuis est une église catholique paroissiale située à Rhuis, dans le département français de l'Oise et la région Hauts-de-France. C'est apparemment la première église que le petit village de Rhuis a possédé, et elle représente l'une des églises les plus anciennes de la région. De style roman, elle a été édifiée au milieu du , mais le clocher n'a été bâti qu'à la fin du siècle, en même temps que le chœur fut prolongée d'une abside en hémicycle. La nef est de plan basilical et extrêmement sobre, sans chapiteaux, les grandes arcades retombant sur des impostes agrémentés d'un décor géométrique simple. Les dernières travées des bas-côtés forment des chapelles, dont celle du nord est en même temps la base du clocher. Elle est voûtée d'arêtes, alors que son homologue au sud a été voûté d'ogives vers 1125. La nef est de nouveau recouverte d'une charpente apparente depuis la profonde restauration des années 1964-1970, et les bas-côtés sont simplement plafonnés. Le chœur est mieux éclairé que la nef, mais également dépourvu d'ornementation, et sa voûte en cul de four consiste en fait d'un clayage d'osier. Extérieurement, l'on remarque surtout le portail avec le gâble le plus ancien du nord de la France, et l'élégant clocher avec ses trois étages de baies et sa pyramide en pierre. L'extérieur de l'église n'est pas de la même austérité que l'intérieur, et les corniches torsadées reposant sur des modillons sculptés, ainsi que les chapiteaux des fenêtres de l'abside et du clocher donnent un intéressant aperçu de l'art roman de la région avant l'an 1100. Au sud de l'abside, l'on trouve le premier chapiteau à godrons en dehors de la Normandie. Dans son ensemble, l'église Saint-Gervais-Saint-Protais représente l'une des églises romanes les mieux préservées et les plus homogènes de la région. Elle a été classée monument historique par arrêté du ., et remise dans son état du lors de la restauration des années 1960. Du fait du faible nombre d'habitants du village, les messes sont aujourd'hui peu fréquentes dans l'église de Rhuis. Elle est affiliée à la paroisse Sainte-Maxence de Pont-Sainte-Maxence.
Localisation
L'église Saint-Gervais-Saint-Protais se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Parc naturel régional Oise-Pays de France, sur la commune de Rhuis, à l'ouest du village, en surplomb de la Grande-Rue. Elle est entourée du cimetière, qu'un mur de soutènement sépare de la rue. On y accède par un escalier directement en face de l'église, ou par un chemin qui se débranche de la Grande-Rue dès l'entrée du village, et qui reste au même niveau, alors que la route descend. Entièrement libre d'autres constructions, l'on peut facilement faire le tour de l'édifice. La situation de l'église est assez pittoresque, car elle est bâtie sur un terrain en pente, qui monte en direction du sud et est dominé par la butte du Grand-Catillon à l'ouest, près des dernières maisons du village et en lisère de forêt. L'église est visible depuis plusieurs endroits du village, mais au sud, des bâtiments d'exploitation modernes d'une ferme empêchent de la voir depuis la route de Roberval..
Histoire Les origines thumb|upright|left|Vue depuis la Grande-Rue sur le chœur et le clocher.
Rhuis a toujours été un village fort petit, mais occupait une place stratégique dans le réseau de transport de l'époque gallo-romaine et du Moyen Âge. À l'Antiquité, pendant une période non précisée, et à un endroit que l'on se sait pas préciser davantage, le pont du Rouanne traversait l'Oise au nord du village de Rhuis. Le Rouanne étant un ruisseau qui vient de Roberval et se jette dans l'Oise près de Rhuis, on est amené à penser que le pont devait se trouver près du confluent, qui a néanmoins pu changer d'endroit au fil des siècles. Le pont se situait sur l'itinéraire de voies romaines en provenance de Beauvais par Saint-Martin-Longueau et de Montdidier, et se dirigeant vers Nanteuil-le-Haudouin. La naissance du village est sans doute liée au pont, mais l'occupation humaine est beaucoup plus ancienne. Au Moyen Âge, à une époque indéterminée, le pont disparaît et est remplacé par un bac et une nacelle. Leur entretien est à la charge des habitants, qui profitent certainement du commerce et en tirent une partie de leurs ressources. C'est à peu près tout ce que l'on sait de l'histoire de Rhuis jusqu'au , hormis quelques mentions du lieu qui permettent tout au plus de suivre l'évolution du toponyme. Politiquement, Rhuis se situe à l'extrémité nord du Valois, et forme une seigneurie commune avec Saint-Germain-lès-Verberie (aujourd'hui un hameau de Verberie), qui était parfois partagée par deux seigneurs. Sur le plan ecclésiastique, Rhuis dépend du doyenné de Béthisy, qui est une subdivision de l’archidiaconé de la Rivière du diocèse de Soissons. Rhuis est en effet le point le plus avancé au nord-ouest du diocèse de Soissons, qui est supprimé à la Révolution française. Les villages voisins de Pontpoint et Roberval sont déjà dans le diocèse de Beauvais, et le hameau de Laborde de Saint-Vaast-de-Longmont est une exclave du diocèse de Senlis, également supprimé à la Révolution. L'évêque de Soissons nomme à la cure. La période de fondation de la paroisse de Rhuis est inconnue, mais ne peut être postérieure au milieu du , quand l'église actuelle est élevée. Les saints patrons de la paroisse et de l'église sont saint Gervais et saint Protais, des jumeaux qui ont été martyrisés à Milan au ...
Les campagnes de construction de l'église thumb|Coupe longitudinale de la nef. thumb|Coupe transversale de la nef et des bas-côtés au niveau de la . thumb|Sacristie et vestiges de l'ancienne chapelle orientée.
Aucun document ne renseignant sur la construction ne s'étant conservé dans les archives, l'analyse archéologique est le seul moyen d'explorer l'histoire de l'édifice, et d'identifier les différentes campagnes de construction. Considérée longtemps comme datant du , la nef a été correctement datée par Eugène Lefèvre-Pontalis au cours des années 1880. Les grandes arcades la faisant communiquer avec les bas-côtés évoquent l'église Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre de Beauvais qui date effectivement du , mais les tailloirs sculptés se retrouvent sous le clocher-porche de Morienval, qui est postérieure au milieu du . À cette époque, l'on élève donc à Rhuis une nef de plan basilical de quatre travées, accompagnée de deux bas-côtés de longueur identique. Son sanctuaire est approximativement carré, et son mur septentrional subsiste probablement encore dans le chœur actuel, tandis que les fondations du mur du chevet plat ont été retrouvées lors de sondages en 1969-1970. Il n'y a apparemment pas encore de clocher. Celui-ci est édifié à partir de 1085 environ au-dessus de la dernière travée du bas-côté nord, qui est entièrement rebâtie à cette occasion. Une arcade est construite à l'ouest, et une voûte d'arêtes remplace le plafond de bois. L'on ne sait toujours pas si le clocher avait une tour jumelle au sud, comme à Morienval. Au minimum la construction d'un second clocher est-elle projetée, car à l'instar de son homologue au nord, la dernière travée du bas-côté sud est également reconstruite. À la même époque, c'est-à-dire à la fin du , le sanctuaire est prolongé vers l'est par une abside en hémicycle. Il a échappé à Eugène Lefèvre-Pontalis que les parties romanes de l'église ne sont pas homogènes. François Deshoulières n'apporte quant à lui aucun élément nouveau à la datation. C'est Dominique Vermand qui est le premier à tenir compte des chapiteaux, qui flanquent les baies du clocher et de l'abside. L'on trouve parmi eux des chapiteaux à godrons, qui sont introduits en Normandie vers 1080 / 1085, et apparaissent dans l'Oise environ cinq ans plus tard. Le style des autres chapiteaux et le type des contreforts parlent également en faveur d'une date à la fin du . L'église prend donc sa physionomie actuelle avant 1100....
Le gable du portail occidental semble aussi dater de la fin du . Deux modifications interviennent encore au . Entre 1125 et 1130, la dernière travée du bas-côté sud est partiellement reconstruite. Son mur oriental est refait, et la supposée voûte d'arêtes est remplacée par une petite voûte d'ogives. Elle paraît un peu irrégulière et maladroite, et comme l'a déjà remarqué Eugène Lefèvre-Pontalis, porte les caractéristiques des plus anciennes voûtes d'ogives. Dominique Vermand a répertorié une quarantaine d'églises dans le département de l'Oise qui conservent des voûtes d'ogives antérieures à 1150. Selon cet auteur, le lancement de la voûte fait suite au renoncement à la construction du second clocher, ou sinon à son effondrement : Une telle catastrophe peut expliquer pourquoi le mur du chevet du bas-côté sud est reconstruite pour une seconde fois (il l'a sans doute déjà été à la fin du siècle précédent, comme au nord), et pourquoi le mur méridional du chœur est lui aussi construit à neuf. Ces reconstructions ayant fait disparaître les traces d'un éventuel effondrement, la question du second clocher est susceptible de rester pour toujours sans réponse. — Pour venir à la seconde modification, elle porte sur l'adjonction d'une chapelle orientée devant le mur oriental du clocher, au nord du chœur. Elle se compose d'une travée droite voûtée d'ogives, et d'une abside voûtée en cul-de-four. Sans expliquer ses motifs, Dominique Vermand date cette chapelle de 1150 / 1160 environ. Puisqu'elle a été détruite à une date indéterminée, il faut se tenir à l'étude des vestiges. L'arrachement de la voûte est encore visible depuis la sacristie, qui a été édifiée à l'emplacement de la travée droite, sans doute au . Deux bases de colonnes posées en biais ont également été retrouvées, et prouvent le voûtement d'ogives. En revanche, l'absence de bases dans l'abside indique un cul-de-four non nervurée. Abstraction fait de cette archaïsme, la chapelle devait être semblable à celle, édifiée à la même époque, devant le chevet du bas-côté nord de l'église voisine de Saint-Vaast-de-Longmont...
L'évolution de l'édifice depuis le thumb|Vue intérieure au début du s. thumb|Élévation sud au début du s.