L'histoire de la psychanalyse commence avec les découvertes et théorisations de Sigmund Freud concernant l'inconscient, à Vienne, à la fin du . Puis la psychanalyse s'internationalise, tandis que les théories et les écoles psychanalytiques se diversifient. Elle s'étend progressivement à d'autres pays européens, notamment l'Allemagne, la Hongrie, la Suisse, la France et la Grande-Bretagne. Elle gagne l'Amérique du Nord et connaît un développement important en Amérique latine.
Du temps de Freud Freud et l'invention de la psychanalyse Sigmund Freud (1856-1939), médecin et neurologue autrichien, dans un texte de 1914, intitulé Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique (), revient sur la question de l'invention de la psychanalyse. Il y rappelle avoir déclaré en 1904, que l'inventeur de la psychanalyse avait été le médecin autrichien Josef Breuer in S. Freud « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » in Cinq leçons de psychanalyse, Paris, Payot, 1965, ( à 155), , mais affirme en être le véritable créateur, par le fait qu'il avait transformé la méthode cathartique de Breuer en rejetant l'hypnose et en introduisant l'association libre. Breuer n'a, par ailleurs, jamais revendiqué cette création in S. Freud « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » in Cinq leçons de psychanalyse, Paris, Payot, 1965, ( à 155), .
Il est cependant difficile de retenir une date marquant cette invention de la psychanalyse, dans la mesure où ses débuts ont fait l'objet d'une longue élaboration par Freud. Roger Perron propose ainsi alternativement les dates de 1881-1882 lorsque Breuer soignait Anna O., de 1893-1896 avec l'hypothèse de l'étiologie des névroses et particulièrement 1895 avec la copublication avec Breuer des Études sur l'hystérie. Toutefois, il est possible, avec l'auto-analyse de Freud, de retenir la période 1897-1900 mais il convient alors d'y adjoindre les longs échanges entre Freud et le médecin oto-rhino-laryngologiste allemand Wilhelm Fliess de 1890 à 1900, avec la date précise du , lorsque Freud renonce à sa théorie sur l'étiologie sexuelle des névroses, la neurotica (ou théorie de la séduction) et introduit celle du fantasme. Mais l'on ne saurait dire que la psychanalyse s'est constituée sans prendre en compte la théorie du refoulement et il est alors nécessaire d'envisager toute la période allant du stage de Freud auprès du clinicien et neurologue français Jean-Martin Charcot en 1885, jusqu'à la période de 1915. Enfin la psychanalyse s'est peut-être véritablement constituée avec la théorie d'une sexualité infantile et la publication en 1905 des Trois essais sur la théorie sexuelle. Si Roger Perron ne situe donc pas précisément la naissance de la psychanalyse, il affirme cependant que l'histoire de la psychanalyse reste indissolublement liée à celle de Freud, son créateur.
Prémices Après son diplôme de médecine obtenu en 1881, et un passage par diverses spécialités dont la zoologie, la physiologie et la neurologie — il est par exemple l'un des découvreurs de l'anesthésie localeIl sera par exemple l'un des inventeurs de l’anesthésie locale cf. BAILLIART J.-P., FAURE M., Histoire des Sciences Médicales, Paris, 1985, , , — Freud suivra ensuite une formation de psychiatre« À la fin de cette première période Freud est un élève brillant de la psychiatrie universitaire, armé du bagage théorique et thérapeutique de pointe, de son époque. Les études concernant sa bibliothèque indiquent l’étendue de ses lectures (Gilman et al, 1994). Ses connaissances théoriques concernant la clinique et la thérapeutique psychiatrique sont importantes ; les livres de Griesinger et de Kahlbaum sont très annotés, comme celui de Krafft-Ebing qui introduit en 1879 une classification étiologique fonctionnelle, où il distingue les psychonévroses, comme des troubles psychiques dans un cerveau sain. Freud traduit Charcot et plus tard Bernheim » in Nicolas Gougoulis « Freud et les psychiatres », Topique, 3/2004, (), . et sera en 1883 l'assistant de Theodor Hermann Meynert, un grand psychiatre viennois avant d’ouvrir un cabinet en tant que médecin de ville spécialiste des maladies nerveuses« C’est dans ce contexte que se déroulent les années d’études de Freud que je me permettrai de commenter en détail car on trouve souvent l’affirmation que Freud n’était pas psychiatre mais neurologue. Ceci est à mon avis une affirmation anachronique. En effet, Freud n’a jamais été un aliéniste, un psychiatre des hôpitaux. Cependant il manifeste un intérêt pour la psychiatrie et devient l’assistant de Meynert, le maître de la psychiatrie viennoise. Freud connaît de près la théorie et la pratique de la psychiatrie telles qu’elles sont enseignées en son époque. » in Nicolas Gougoulis, « Freud et la psychiatrie » in J. Arveiller (dir.), Psychiatries dans l’histoire, Caen, PUC, 2008, .
En 1883, Josef Breuer, raconte à Sigmund Freud, comment il traite par une psychothérapie une de ses patientes, Bertha Pappenheim, connue sous le pseudo Anna O., qui souffrait de troubles hystériques. Cette patiente devait se confier à Breuer qui analysait ses symptômes à partir d'une théorie qui reposait sur la recherche du traumatisme psychique et de son abréaction grâce à l'effet cathartique de cette prise de conscience verbale. Son état se serait alors, au moins temporairement, amélioré mais Breuer, ignorant ou sous-estimant les effets du transfert et du contre-transfert ne se serait pas rendu compte que cette talking cure (thérapie par la parole) n'avait pas eu tous les effets escomptés. Henri Ellenberger a ensuite établi que cette patiente avait dû encore suivre des traitements avant d'aller mieux et de devenir assistante sociale puis se consacrer à la cause d'enfants juifs.
En 1885, ayant obtenu une bourse, Freud se rend à Paris en stage auprès du neurologue français Jean-Martin Charcot. En 1886, il utilise pour la première fois le mot « psycho-analyse », ouvre un cabinet médical à Vienne pour recevoir des névropathes. L'hypnose sera utilisée de manière régulière à partir de 1887 mais sera rapidement abandonnée. Le neurologue rencontre Wilhelm Fliess cette même année.
En 1889, Freud travaille selon la méthode cathartique de Breuer avec une nouvelle patiente. En 1893, paraissent des Communications préliminaires, rédigées par Freud et Breuer, qui décrivent le principe de souvenirs pathogènes et de l'abréaction, méthode cathartique. L'étiologie sexuelle de l'hystérie ne fait plus de doutes selon Freud. En 1894, apparaissent les termes de psychonévroses et de libido suivi en 1895 des Études sur l'hystérie. L’année suivante l'amitié de Breuer et Freud prend fin en raison de désaccords sur la conception de la science, de l'hystérie et de la sexualitéCatherine Clément, « BREUER Josef », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mars 2013. URL : (texte en ligne) : « Comme on le constate souvent dans la vie de Freud, une amitié longue et une collaboration fructueuse se terminent par une rupture pénible. ».
En 1897, il renonce à sa « neurotica » dans une célèbre lettre à Wilhelm Fliess datée du . La même année, le philosophe allemand Theodor Lipps donne une conférence sur l'inconscient et Leopold Löwenfeld publie les Leçons de psychothérapie générale.
Recherches, essor de la psychanalyse et premières ruptures thumb|Clark University, 1909 :Brill, Jones, Ferenczi,Freud, Hall et Jung L'essor au tournant du siècle L'année 1900 est la date de parution de L'Interprétation des rêves qui mène à l'abandon définitif des idées neurophysiologiques au profit du complexe d'Œdipe présenté à travers l'auto-analyse de Freud. C'est aussi cette année que Ida Bauer, connue comme le « cas Dora », commence une cure avec Freud.
En 1901 est publiée la Psychopathologie de la vie quotidienne. En 1902, à la suite d'un rapport favorable de Hermann Nothnagel et Richard von Krafft-Ebing, présidents de la société psychiatrique viennoise, Freud reçoit le titre prestigieux de « professeur extraordinaire » par l'empereur François-Joseph. Cette année marque la fin de la relation épistolaire entre Freud et Wilhelm Fliess. Avec le psychiatre autrichien Alfred Adler, le médecin psychiatre autrichien Wilhelm Stekel, et les médecins autrichiens Max Kahane et Rudolf Reitler, la Société psychologique du Mercredi voit le jour.
L'année 1905 voit la publication de Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient et surtout des Trois essais sur la théorie sexuelle. Freud commence à analyser l'homme aux rats, Ernst Lanzer, en 1907, année à partir de laquelle, selon Ernest Jones, Freud commence à être reconnu à l'étranger : en Suisse la Société Freud (qui prend le nom d'Association psychanalytique de Zurich) est fondée cette même année par Jung.
À partir de 1905-1906 des publications par d'autres psychanalystes se multiplient : Ernst Jones publie des articles destinés à faire connaître le travail de Freud pour un public anglophone ainsi que des travaux personnels ; le psychiatre Karl Abraham publie des articles sur l'hystérie, la démence précoce, la psychose maniaco-dépressive ; le psychiatre et neurologue hongrois Sandor Ferenczi est quant à lui particulièrement fécond avec la publication d'une soixantaine d’articles (sur la période allant jusqu'à 1914) souvent des notes cliniques et techniques mais aussi théoriques avec par exemple la notion d’introjection.
L'année 1908 est riche en événements : en avril a lieu le premier congrès international de psychanalyse à Salzbourg et qui réunit 42 participants venant de six pays, dont Sándor Ferenczi, le médecin psychiatre suisse Carl Gustav Jung, Karl Abraham, avec des présentations de cas (dont celui par Freud du petit Hans) ; en août en Allemagne, par l’intermédiaire de Max Eitingon et surtout de Karl Abraham est fondée l'Association psychanalytique de Berlin, en septembre se crée la Société psychanalytique de Vienne.
En Freud, Ferenczi et Jung se rendent aux États-Unis où la psychanalyse rencontre un intérêt croissant et Freud y donne des conférences à l'Université Clark sur invitation de son président G. Stanley Hall, elles seront par la suite publiées sous le titre Cinq conférences sur la psychanalyse.
En Freud prend en analyse Sergueï Pankejeff dont le cas est connu sous la dénomination de « l'homme aux loups ».
En 1910 ces cas princeps sont publiés sous le titre Cinq psychanalyses auquel s'ajoute le cas du « Président Schreber », seule analyse d'une psychose chez Freud. L'analyse du cas de Daniel Paul Schreber fera également l’objet d'une publication séparée en 1911 .
Résistances, fondation de l'Association psychanalytique internationale et scissions En , au congrès de Nuremberg et avec l’aide de Sándor Ferenczi, Freud fonde l'Association psychanalytique internationale avec pour but d'accompagner le développement de la psychanalyse dans le monde ainsi que de veiller au respect de règles techniques et déontologiques et à l'unité de la doctrine.
En parallèle de la période d'essor, la psychanalyse a subi des attaques particulièrement violentes, principalement de la part du monde médical : elle serait un « tissu de sottises », une régression vers « l’irrationalité du Moyen-Âge », un « amas de cochonnerie » notamment parce que Vienne était connue pour la libéralité de ses mœurs et que Freud serait un libertin.
Dès 1911, Alfred Adler quitte l'Association psychanalytique internationale, en raison d'un désaccord théorique avec Freud autour des notions de névrose et de sexualité infantile, et fonde la « Société libre de psychanalyse » qui donne naissance plus tard à la « psychologie individuelle », à la suite de son émigration aux États-Unis. En 1912, c'est au tour de Wilhelm Stekel de quitter l'API.