Les Bassa (en bassa : Ɓàsàa) sont un peuple bantou d'Afrique centrale au Cameroun. Ils vivent dans différentes régions administratives, dans le Littoral, le Centre, et le Sud, dans les départements de la Sanaga-Maritime, du Nkam, du Wouri, du Nyong-et-Kéllé et de l'Océan.
Plusieurs ethnies du Cameroun sont liées aux Bassa, il s'agit des Duala, Bakoko, Bati, Yabassi et Banen entre autres. Le peuple Bassa est considéré de nos jours comme étant originaire de Ngog Lituba. Plusieurs sous-groupes se sont constitués depuis leur départ de ce lieu mythique.
Ethnonymie Selon différentes sources, il y a différentes variantes de l'ethnonyme : Basaa, Bassa, Betjek, BikyekSource : RAMEAU, BnF . Le terme « Bassa » est le pluriel de nsa qui peut se traduire par partage ou rétribution. La légende voudrait qu'une dispute ait eu lieu entre les fils d'un ancêtre Bassa commun appelé Mban.
Cette dispute concernait le partage d'un gibier, plus précisément un serpent, après le retour de la chasse au village. À l'issue de cette dispute, les protagonistes furent surnommés « Bassa », qui se traduit par « les ravisseurs ».
Cependant le vocable Bassa le plus ancien nous vient de l'Égypte sous le terme « Umm usuda ». Par la suite les textes Portugais postérieurs à cette époque utilisent les vocables « Mascha, Easha, Biafra, Biafaré » pour désigner les Bassa.
Histoire
Migration Les Bassa désignent leur histoire la plus ancienne sous le nom de « légendes et mythes » : Mbog kôba ni kwân. Les griots, poètes et généalogistes définissent trois grandes périodes de l'histoire des Bassa. La première grande période s'appelle Kwan (période allant de l'origine jusqu'au ), la seconde période est Kôba (période des légendes du au ) et la dernière période Len (période allant du à nos jours).
De l'Égypte aux bords du lac Tchad La tradition orale situe les origines du peuple Bassa en Égypte antique ou dans l'ancienne Nubie, à la frontière de l’Égypte Après plusieurs invasions (pharaoniques, éthiopiennes et arabes) de la Nubie, et des catastrophes naturelles comme des inondations, les Bassa se seraient éloignés le plus loin possible du Nil en traversant les déserts africains pour descendre vers le sud-ouest. Ils s'établissent ensuite progressivement au Kanem Bornou où ils occupent la vallée du Logone sur les hauts plateaux de l'Adamaoua.
Ensuite, ils longent le fleuve Logone pour se réfugier à Guelingdeng avant de se terrer dans les monts Mandara entre le Cameroun, le Nigéria et le Tchad actuels, qui rappellent les paysages de la Nubie. Mais les conquêtes arabes les délogent et les dépouillent de leurs trésors. Durant cette migration, ils s'associent à d'autres groupes dans l'espace et le temps. De ce fait, on retrouve les Bassa au Bénin, en Gambie, au Kenya, au Liberia, en République démocratique du Congo, au Sénégal et en Afrique du Sud.
Du lac Tchad à Ngog Lituba
alt=Ngog Lituba|droite|vignette|Entrée de la grotte de Ngog Lituba. Les hauts-plateaux de l'Ouest déverse ses eaux vers les bassins du Nil, du Congo et du Niger. Le peuple Bassa suivra ces itinéraires. Ainsi, quittant le centre du Cameroun, les Bassa descendent vers l’ouest et vers le sud, dans des zones forestières moins accessibles aux peuples conquérants. Fidèles à leur logique de rester près des cours d'eau, ils suivent un affluent de la Sanaga, la Liwa, pour se retrouver, sur la rive droite dudit effluent, au lieu-dit Ngog Lituba.
De Ngog Lituba au bord du Wouri alt=Vue des alentours de Ngog Lituba|vignette|Vue des alentours de Ngog Lituba.
Les Bassa s’identifient dans leur totalité comme étant les descendants de ceux qui habitaient Ngog Lituba, c'est un de leurs mythes fondateurs : Bon ba ngok lituba (« les enfants du rocher percé »). À la veille du , Ngog Lituba s'avère être assez étroit pour le peuple Bassa, le besoin de trouver plus d'espace devient alors pressant. L'éclatement des familles nommées ci-dessous est l'objet de plusieurs versions. Pour certains, cela est la conséquence des désaccords entre ces familles, ce qui aurait conduit certaines à l'exil, et, pour d'autres, c'est la suite logique de leur longue marche jusqu'aux bords du Wouri. Certains s'installèrent dans la vallée inférieure de la Sanaga, il s'agit des Yabakalag, des Balimba, des Yassoukou et des Pongo. D'autres familles traversèrent la Sanaga en plusieurs endroits, ce fut le cas des Bikôk, des Ndôg Njee, des Eséka, des Dôk Béa de Makak, des Ngase d'Edéa, des Yabi, des Bakoko; d'autres s’enfoncèrent dans les forêts de Yabassi et du Haut Nkam. Ceux qui s'installèrent sur les deux rives du fleuve Nkam étaient les Ewodi, les Bodiman et une partie des Bakoko. D'autres clans émigrèrent plus loin pour atteindre les postes de Mbanga et de Nkongsamba, il s'agissait des Abo et des Mbo. Parmi les familles demeurées à Ngok Lituba, on compte majoritairement les Bambimbi mais aussi les Basso Ba Likol. Les migrations prendront fin avec la barrière de l'océan Atlantique et l'arrivée des Européens. Installés dans cette zone côtière, les Bassa continueront leurs activités habituelles de cultivateurs, pêcheurs et chasseurs, entretenant une intense activité commerciale avec les Malimba, Duala et Bakoko.
Le contact avec les Européens (1472-1960)
gauche|vignette|Jour de Noël 1901 dans une plantation allemande près du fleuve Moungo.
L'influence portugaise, entre 1472 et 1578, n'a pas été directe concernant le peuple Bassa, qui leur doit cependant l'introduction de certains fruits américains venant de Sao-Tomé et Fernando Poo, notamment l'avocat, la papaye, le cacao et la canne à sucre. Ces espèces végétales feront beaucoup plus tard la richesse des Bassa en général et du Cameroun en particulier.
Les Hollandais et les Anglais se contenteront d'effectuer la traite le long de la côte occidentale d'Afrique sans avoir pour autant une profonde influence sur le peuple Bassa. Les premières résistances connues débutent avec l'arrivée des Allemands dès 1884. Le major Hans Dominik le décrit comme un peuple de résistants, qui lui fera perdre plusieurs de ses hommes lors de la bataille de Kan, dans l'actuelle Sanaga Maritime, au cours de la période allant de 1885 à 1907.
Ses chefs les plus importants à l’époque germanique furent notamment : Mahop ma Mbom, Ikong Yap, Kumaya, Ngwem, Balema, Bimaye, Toko Ngango, Mbome Pep, Hiak Nkonga, Bitjoka bi Tum, Minyem mi Ntomb, Matip ma Ndombol, Mayi ma Mbem, Nkot Mayo, Matip ma Matip, Eone Eone, Undu Ngwem, Ntep Nak, Mangele ma Yogo, Mbey Mang Gwade, Njiki Njok, Baleng ba Mpode, Yomb Kamnjok, Bajang ba Honba, Mangele ma Balegel, Mbinak Binon, Nduga Bitak, Yamb Kamen… Cependant les Allemands, après avoir pacifié leur relation avec les autochtones, entreprirent de nombreux chantiers ayant majoritairement trait à la culture du cacao, créant plusieurs centres dans les villages de Makak, Eséka, Longone, Nkan, Omeng, Nyambat… Les Allemands construisirent aussi une ligne de chemin de fer qui s'arrêta à Njok. La période française débute en 1919, sous le régime de l'indigénat, débuté sous les Allemands.
Les Français ouvrent un poste administratif en territoire Bassa à Ngambe dans la localité de Bambibi, en 1927. Lors de la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de Bassa s'enrôlent auprès des Français pour combattre les armées allemandes. De retour au pays, et du fait des idées assimilées en Europe durant la guerre, les Bassa s'uniront à d'autres autochtones pour former des mouvements indépendantistes. Le plus connu des indépendantistes bassa se nomme Ruben Um Nyobe. Le Cameroun obtient son indépendance le .
Les ancêtres connus Les traditions Bassa s'accordent à distinguer neuf grands ancêtres communs, dont les noms classés par ordre de naissance sont les suivants : Ngog, Mbog, Njel, Mbang, Mban, Ngaa, Nsaa, Bias, Buwe. De ces neuf ancêtres naîtront 167 enfants, ce nombre n'intégrant pas les femmes. Ces ancêtres seront à l'origine de tous les clans Bassa actuels du Cameroun. Une tradition orale voudrait que le père commun à ces ancêtres, nommé Nanga, soit aussi l'ancêtre de plusieurs autres grands groupes ethniques du Cameroun, notamment les Etons, Bafia, Ewondo, Baya et Yambassa. Cependant, cinq descendants se sont illustrés au point de faire oublier les quatre autres. On utilise les vocables Ndôk ou Lôk (« ceux de... ») pour désigner les sous-ethnies :
Sous-ethnies ClansNtombLôk Ntômb, Ndôk Njéé, Lôk Basogog, Lôk Héndél, Mangaa, Ndôk tindiBakênLôk Bakên, Ndôk Mben, Lôk Hééga, Ndôk Njee, Ndôk Ngônd, Lôg Dikit, Lôk Ngwang, Lôk Hende, mangaJolLôk Basangén-Oa, Ndôk Nléd, Lôk Batjék, Lôk Ngônd, Ndôk Kôbé, Ndôk Béa, Ndôk SéndULôk Kat, Ndôk Makumak-Lém, nwamp-Dikum, Mangaa, Ndôk Tindi, Lôk NwanakSopBakembe, Lô Ot, Lôk Biem, Nti, Lôk Sôp
La sous-ethnie Lôk Bakên était chargée de l'enseignement des choses du jour et la nuit, c'est-à-dire de la religion. Tous ces clans et sous-ethnies se retrouvent dans les régions du Sud, du Centre et du Littoral, principalement dans les départements de la Sanaga-Maritime, du Nyong-et-Kéllé, du Yabassi, du Wouri et de l'Océan.
Localisation alt=La Dibamba|vignette|Fleuve Dibamba en 1903. Le peuple Bassa est majoritairement localisé dans la partie occidentale du Cameroun. Cette partie du territoire a un sol particulièrement riche. Il s'agit d'un vaste plateau central de d'altitude qui s'abaisse dans sa partie orientale et qui, à l'ouest, surplombe une plaine côtière. Les rebords du plateau sont sillonnés de nombreux cours d'eau.
Culture et organisation
Organisation sociale
Le peuple Bassa d'avant la colonisation avait une structure sociale de type patriarcale fortement hiérarchisée. Cette structure consistait en neuf classes sociales distinctes. Au sommet de la pyramide, se trouvaient les chefs de clans ou chefs de tribus (bakaambock), puis suivaient les membres des assemblées politiques et grands électeurs (bambombok), ensuite les hommes religieux ayant l'autorité de réviser les lois du mbok et le renvoi du Nkaambock (bangéngé), puis les princes de sang royal (dikoo di mbock), les notables (banjehjel), les enfants (bonge), les femmes (bôda), les esclaves (minkol), les captifs (minyon). Cependant l'organe exécutif du village était constitué d'un nkaambock et de huit dikoo di mbock. Au niveau de la famille nucléaire, on trouvait cette même organisation à la fois patriarcale et matriarcale. Ainsi selon certaines sources, la famille comprenait le chef de famille (san mbay), ses fils, ses filles, ses femmes, leurs enfants, les domestiques et les esclaves. Par la suite, venaient les cousins, les cousines, les neveux, les oncles, les tantes, la belle-mère, le beau-père, les belles-sœurs et les beaux-frères. Le village était un regroupement de plusieurs familles. Le chef du village (mbombok) était en général issu de la famille la plus ancienne et la plus importante au sein du village. Son pouvoir auprès des siens était illimité et ne pouvait être remis en question. Il était le garant de la coutume et de la tradition, rendait justice et présidait les expéditions de razzia et de guerre.
Mariage, naissances