Jules Sylvestre, né le à Lyon et mort le dans cette même commune, est un photographe français.

Biographie Fils de Françoise Sylvestre, tailleuse, et de père inconnuJules Sylvestre a fait établir une fausse-filiation le plaçant comme le fils de ses grands-parents, décédés jeunes, afin d'occulter cette absence de père. Elle est visible sur son acte de décès., Jules Sylvestre naît dans le arrondissement de Lyon le . Il intègre l'Hôpital de l'Hôtel-Dieu à l'âge de quatorze ans en 1873, vraisemblablement en tant que garçon de laboratoire ou opérateur auprès des professeurs Ollier, Etiévant et Molière. Il se familiarise à la photographie – qu'il doit apprendre en autodidacte – et réalise ses premiers clichés de pièces anatomiques. Il est ensuite engagé durant quelques années au service photo de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, créé par Charcot. À son retour à Lyon, Il travaille au service anthropométrique de la faculté de médecineRecherches fournies par Philippe Rassaert (non publiées)..

En 1880, Jules Sylvestre est définitivement réformé par le médecin major en raison d'une « cicatrice adhérente au poignet droit », résultant d'une section de tendons.

Il épouse la filleule de sa mère, Catherine Colin, couturière, le Registre d'état civil, mariages, acte n°247, 31 mai 1884, ville de Lyon, Archives Municipales, côte 2E806. (lire en ligne). Abandonnant la faculté, il prend alors un poste d'employé lithographique. Le jeune ménage s'installe dans un appartement hérité du père de Catherine Colin, au 23 cours de la Liberté (aujourd'hui le ).

La mère de Jules Sylvestre décède en 1891. Grâce à son héritage, il ouvre en 1892 son premier atelier, « Photographie Sylvestre », où il effectue des portraits, réalise des tirages, et vend du matériel photographique. Son épouse, Catherine, tient la boutique.

En 1894, son activité prend réellement de l'essor avec l'Exposition universelle, internationale et coloniale de Lyon, qui se tient dans l'enceinte du Parc de la Tête d'Or. À l'instar des photographes Victoire et Boulade, il reçoit plusieurs commandes permettant d'immortaliser cet évènementVoir sur Numelyo, l'ensemble des clichés de Jules Sylvestre sur l'exposition universelle de 1894 actuellement mis en ligne..

Le de la même année, le président Sadi Carnot visite l'Exposition. À la sortie d'un dîner offert par la chambre de commerce, il est poignardé par l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio. Transporté jusqu'à la préfecture, on appelle Jules Sylvestre, dont l'atelier est installé à de là, afin d'en faire le reportage. Les photographies qu'il prend de la mort de l'homme politique seront rendues à la postérité par la peintureHenri Condamin, La mort du Président Carnot dans un salon de la Préfecture de Lyon, huile sur toile, 1894, Lyon, musée Gadagne, Inv 75.6. (lire en ligne) et la gravure, et participeront de la renommée de Jules Sylvestre. Malheureusement, les originaux sont aujourd'hui perdusUne partie du fonds a dû disparaître en raison des explosions successives du Pont Wilson en 1944..

Cette reconnaissance nouvelle participe de l'afflux de commandes, notamment par des éditeurs d'ouvrages artistiques de luxe.

Vers 1895, à la demande de ses éditeurs qui le sollicitent pour des clichés plus anciens de monuments lyonnais disparus, il rachète le fonds de Philippe-Fortuné Durand à son gendre, le photographe Benjamin Escudié. Plusieurs fonds de photographes primitifs viendront également s'y ajouter, comme celui de Louis Froissard. Sylvestre reproduit sur plaque de verre leurs clichés réalisés selon des procédés anciens, à l'origine des daguerréotypes ou des calotypes.

En 1897, Jules Sylvestre dépose un brevet de pour un obturateur central qui est fabriqué en petites séries. vignette|Devanture du studio photographique « Photo Sylvestre » du 2 rue de Bonnet En 1898, son affaire est si prospère qu'il a besoin de s'installer dans de nouveaux locaux plus grands, aux 2 rue de Bonnel et 7 quai de la Guillotière. C'est ici qu'il réalise des clichés de toutes les peintures exposées lors du Salon. Il obtient par la suite une commande consistant à reproduire les tableaux du musée des Beaux-Arts de Lyon, qui seront plus tard éditées en carte postale. Il effectue également des photographies industrielles et des portraits artistiques.

À son activité de photographe s'ajoute bientôt celle de fabrication d'appareils afin de répondre aux demandes de ses clients, tous n'obtenant pas satisfaction des modèles notamment commercialisés par Kodak. Cette production doit sans doute s'opérer grâce à une sous-traitance de la part d'usines spécialisées et dans l'atelier annexe du 6 rue Servient, Sylvestre se contente alors de monter et régler sur des boîtiers les objectifs choisis par ses clients.

Compte tenu de l'étendue de son activité, son entreprise compte environ une trentaine d'employés, opérateurs en studio et en extérieur, ainsi que « subalternes » chargés de tâches considérées comme mineures bien qu'essentielles, telle que la retouche qui prend une place importante dans la qualité de la production. L'atelier de Jules Sylvestre joue alors un rôle majeur dans le développement de la photographie professionnelle dans la région lyonnaise, en raison de la formation dispensée à son personnel.

Le développement de l'automobile occupe une place importante dans sa production dès l'année 1900. Détenteur d'une Rochet-Schneider, il entreprend avec sa femme, un de ses amis, et son chien un tour de France qu'il documente par la photographie. Il attire en outre une clientèle de férus d'automobile venant faire photographier leurs bolides en tout genre ainsi que leurs tenues de voyage. Se multiplient en parallèle les photos d'accidents de la route, de plus en plus nombreux.

En 1910, il obtient des palmes académiques sur proposition de la Chambre syndicale de la photographie – qu'il avait rejointe en 1902 – alors qu'il participe à la commission d'études pour préparer le congrès national de la photographie professionnelle. Cette institution dont il est membre de 1902 à 1912 lui permet d'être en lien avec Georges Giraudon, directeur de la Bibliothèque photographique – l'une des plus importantes agences de photographie françaises –, à laquelle il fournit des images prises dans les musées lyonnais qu'il facture entre 5 et .

En 1911, il est nommé trésorier de la Fédération des photographes professionnels de France et des colonies.

En 1928, âgé de , Jules Sylvestre prend sa retraite et vend son affaire à Blanche Savoye — son ancienne assistante photographe et comptable – qui continue de l'exploiter une quinzaine d'années durant, avec le même personnel et les mêmes méthodes de travail.

Il décède le à son domicile lyonnais, 2 rue de BonnelArchives municipales de Lyon, arrondissement, année 1936, acte de décès , cote 2E2947, et est inhumé au cimetière de Loyasse le Enterré au cimetière de Loyasse, il est exhumé en 1938 pour être déplacé au nouveau cimetière de Loyasse. La concession n'est pas renouvelée à la fin de son terme et sa tombe n'existe plus aujourd'hui..

Matériel photographique et techniques vignette|Appareil de Jules Sylvestre, entre 1903 et 1917. Pour sa pratique photographique, Jules Sylvestre utilise une méthode qualifiée de « classique » au : celle du procédé gélatino-argentique, qui consiste à mélanger une émulsion photosensible avec de la gélatine. Même si ce procédé a évolué avec le temps, il reste en quelque sorte la base de la photographie argentique dite « traditionnelle ». Ici, des plaques de verre étaient utilisées et permettaient l’obtention d’images beaucoup plus nettes et même plus détaillées. Ces plaques étaient cependant fragiles et délicates à manipuler.

Pour photographier l’architecture ou encore les paysages, Jules Sylvestre utilisait une chambre de voyage, en témoigne celle qui lui a appartenu et qui provient de la firme qui est aujourd’hui conservée au musée d’histoire de Lyon. Venue d’Allemagne, cette chambre dite « Globus » est faite d’acajou lambrissé. Sa légèreté et sa robustesse permettait au photographe d’obtenir une meilleure netteté pour ses photographies. En revanche, en ce qui concernait les commandes d’illustrations d’ouvrages artistiques qu’il recevait, Sylvestre manipulait un autre autre type de chambre de voyage, cette fois-ci en .

En plus d’être photographe, Jules Sylvestre commercialisait des appareils simples, compacts et légers qui étaient considérés comme étant facile d’utilisation. Parmi ces derniers, on trouve une classique jumelle mono en 6 1/2 x 9 et 9 x 12 ainsi qu’un stéréo panoramique à double fonction. Sylvestre disait lui-même posséder un atelier de construction et de réparation de ces appareils, situé au 2 rue de Bonnel à Lyon.

Principales productions photographiques

Exposition Universelle, Internationale et Coloniale de Lyon, 1894

En 1894, Jules Sylvestre travaille dans son propre atelier de photographie au 23 du cours de la Liberté, non loin de la préfecture. La population lyonnaise prépare alors sa future Exposition Internationale prévue dans l’enceinte du Parc de la Tête d’Or. Centré sur les nouveautés du monde industriel, cet événement majeur s’insère entre les deux grandes expositions universelles de Paris de 1889 et 1900. Lyon ayant connu un échec cuisant en 1872, la ville souhaite cette nouvelle exposition triomphale ! Elle l’organise en trois secteurs : une Exposition Universelle et Internationale, une Exposition Ouvrière et une Exposition Coloniale. La reconstitution de villages met en scène des indigènes des colonies françaises pour divertir le public amateur d’exotisme. Véritables cités éphémères artificielles, ces expositions attirent des millions de curieux, ce qui nécessite également la construction de bâtiments résistants. À Lyon, les visiteurs pénètrent cette ville nouvelle par deux grandes entrées aux portes monumentales : celle dite « principale » des bords du Rhône et celle située en face de la rue Tête d’Or. Le bâtiment clou de l’Exposition lyonnaise est le Palais principal, appelé la « Coupole ». De forme circulaire et composée d’immenses galeries voutées de verre et d’acier, cette rotonde est le bâtiment central autour duquel gravitent les multiples pavillons. De styles architecturaux variés et répartis par thèmes, on trouve notamment le Palais des Beaux-Arts et de l’agriculture, le Palais des arts religieux, le pavillon de l’Économie sociale, le pavillon de la Presse, le pavillon des Chemins de fer, le pavillon des Forêts… Dans la partie coloniale, les bâtiments imitent l’architecture des pays mis en scène : Palais de l’Algérie, Palais de la Tunisie, Palais d’Indochine et Palais de l’Afrique occidentale.

Mort de Sadi Carnot et exécution de Sante Geronimo Caserio, juin 1894

vignette|352x352px|Mort du Président Sadi Carnot dans le grand salon de la préfecture de Lyon en juin 1894.vignette|Départ du corps de Sadi Carnot.