Émile Henry (Barcelone, - Paris, ) est un anarchiste et criminel français, guillotiné pour avoir commis plusieurs attentats, dont le dernier visait les clients d'un café.
Jeunesse et études
Famille Son père, Fortuné Henry, s'était battu dans les rangs des communards. Condamné à mort par contumace, il avait réussi à échapper à la répression qui suivit la défaite en se réfugiant en Espagne où naquirent ses deux fils. Il n'était revenu en France qu'en 1880 après l'amnistie..
La mère d'Émile Henry, Rose Caubet., était aubergiste, à l’enseigne À l’EspéranceJean Birnbaum, « Le terrorisme à visage humain », Le Monde des livres, 10 juillet 2009, et 6.. Son frère Jean-Charles Fortuné Henry, lui aussi militant anarchiste, collabora au journal L’En-dehors et fonda en 1903 la colonie libertaire d'Aiglemont.
Études Emile poursuit des études brillantes comme boursier à l'école Jean-Baptiste-Say, où l'un de ses professeurs le dépeint comme . Promis à une brillante carrière, il suit des études scientifiques en classes préparatoire et est admissible à l'École polytechnique. Il décide de ne pas se présenter à l'oral du concours d'entrée, et justifie son choix auprès de ses professeurs en arguant tout d'abord d'une réticence à embrasser une carrière militaire, ainsi que par l'opportunité offerte par un membre de sa famille, riche industriel, qui lui a proposé de devenir son secrétaire particulier.
Attentats left|thumb|Attentat de la rue des Bons-Enfants8 novembre 1892. thumb|Attentat du café Terminus12 février 1894. Le mardi , une bombe destinée à faire sauter les bureaux de la compagnie des mines de Carmaux est amenée par le concierge du bâtiment au commissariat de police du arrondissement de Paris, sis 21, rue des Bons-Enfants. Elle y explose, tuant Étienne Fomorin, Marc Réaux, Henri Pousset et Charles Troutot, tous les quatre policiers ; une cinquième personne, Raymond Garin, garçon de recettes à la Compagnie des Mines de CarmauxArchives de Paris en ligne, actes de décès des victimes dressés à Paris le 10/11/1892, vue 16/31. ; puis une sixième personne, le sous-brigadier Émile Henriot est victime d'une crise cardiaque en entrant sur les lieux du drameLe Petit Parisien, 11/11/1892, image BNF Gallica...
Cette action a d'ailleurs donné lieu à une chanson de Marc Lemonnier et Guy Debord : La Java des Bons-Enfants"La java des bons enfants" (circa 1960). Du temps des cerises aux feuilles mortes..
Fin 1892, Emile loue un appartement villa Faucheur dans le de Paris sous le nom d'emprunt de Louis Dubois ; il y prépare ses prochains attentats. Le , à 9 heures du soir, un garçon blond pénètre dans le café Terminus, à la gare Saint-Lazare. S'étant assis à un guéridon libre, Henry tira soudain d'une poche de son paletot une petite marmite de fer blanc bourrée d'explosifs et la lança en l'air. Elle se heurta à un lustre, éclata et pulvérisa toutes les glaces ainsi que quelques tables de marbre. Ce fut un sauve-qui-peut général. Il y eut une vingtaine de blessés dont un succomba à ses blessures. Émile Henry prit la fuite, poursuivi par un agent de police et un garçon de café, auxquels se joignit un cheminot sur lequel il tira mais le manqua. Un peu plus loin, il blessa sérieusement un agent, l’agent Poisson, avant de se faire prendre. vignette|Arrestation d'Emile Henry (Le Petit Parisien illustré du 25 février 1894) Ses actes sont loin de faire l’unanimité parmi les anarchistes. Ainsi, Élisée Reclus déclare que
Procès vignette|Interrogatoire d'Émile Henry. vignette|Henry et son avocat, M Hornbostel (gravure d'après Régamey). vignette|redresse|Portrait de sa mère Rose Caubet, par le journaliste et dessinateur Maurice Feuillet en mai 1894 Le , Émile Henry comparaît devant la cour d'assises de la Seine. Henri-Robert ayant refusé d'assurer sa défense, celle-ci est confiée à un jeune avocat récemment arrivé de Marseille, Nicolas Hornbostel.
À l'audience de la cour d'assises, Henry eut de cinglantes répliques : le président de la cour d'assises. – Émile Henry. –
Un juge lui reprochant de s'en être pris à des innocents lors de son attentat contre le café Terminus, l'accusé répliqua :
Au jury, il lut une déclaration célèbre (cf. ci-dessous).
Il est condamné à mort. En sortant, il s'écrie : Son procès est suivi, en particulier, par le journaliste et dessinateur de croquis d'audience Maurice Feuillet. Ses croquis sont publiés dans l'hebdomadaire d'actualité L'Univers illustré (texte en ligne sur Gallica)..
Exécution thumb|left|Exécution d'Émile Henry21 mai 1894. thumb|Inhumation factice d'Émile Henryau cimetière d'Ivry. Il fut guillotiné le , par l'exécuteur Louis Deibler, à l’âge de 21 ans. Assistèrent à son exécution Maurice Barrès et Georges Clemenceau qui, bien que tous deux peu suspects de sympathie pour l'anarchisme, se montrèrent émus du sort du jeune homme. La foule salua le fourgon qui transportait le corps d'Émile Henry ainsi que le relata le même Barrès dans l'édition du journal Le Matin du .
Opposé à la peine de mort, Clemenceau écrira à son sujet :
Maurice Barrès l'évoque ainsi :
Il fut inhumé le jeudi au cimetière de Brévannes (aujourd'hui Limeil-Brévannes)
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Sources primaires Émile Henry, Coup pour coup. Textes établis par Roger Langlais. Préface d'André Laude. Plasma, coll. Table Rase, 1977 .
Bibliographie . . , . Daniel Guérin, Ni dieu ni maître. Anthologie de l'anarchisme, tome 2. Rééd. La Découverte & Syros, 1999 . . John Merriman, Dynamite Club. L’invention du terrorisme moderne à Paris, Tallandier, 2009, 256 p. . André Salmon, La Terreur noire : chronique de l'action anarchiste, L'Échappée, Montreuil, 2008 .
Vidéographie Christian Mottier, Anarchie et terrorisme, Temps présent, Radio télévision suisse, , voir en ligne.
Articles connexes Individualisme libertaire Illégalisme
Liens externes
La Grande Encyclopédie Larousse en ligne : notice biographique La déclaration intégrale d'Émile Henry à son procès Jean Lebrun, Philippe Pelletier, Les Anarchistes : le moment terroriste, et après ?, France Inter, , écouter en ligne L'intransigeant édition du 16 février 1894
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