thumb|Kouros de Milos. Monument funéraire (H. 2,14 m.), Marbre de Naxos. Vers 540 AEC. Musée national archéologique d'Athènes..

Un kouros (du grec ancien , « jeune homme » : .), pluriel κοῦροι, kouroï. ; on écrit aussi couros. L'usage en français fait que ce mot désigne une statue de jeune homme, durant la période archaïque de la sculpture grecque (650 - 500 ou entre le dernier quart du AEC).

C'est une sculpture votive surtout en Béotie, un monument funéraire surtout en Attique, et l'un ou l'autre dans les Cyclades.

Le pendant féminin de ce type de sculpture est la korê (on écrit aussi corê, corè. voire coré qui emploie systématiquement couros et corè.).

Le kouros et les statues égyptiennes Le mot grec ancien / signifie « jeune homme » et fut utilisé par Homère pour parler des jeunes soldats. À partir du AEC, le mot fait référence à un adolescent, un homme sans barbe, mais pas à un enfant.

À partir de 1890, les historiens modernes ont utilisé ce mot pour faire référence à des statues d'hommes nus. Les kouroï étaient également appelés des Apollons, puisqu'on pensait que ces statues représentaient le dieu Apollon. vignette|150px|La famille d'un scribe. Bois, v. 600. égyptienne (664-525). Neues Museum.vignette|150px|.Pierre, H. 83,5 cm. Vers 590. Louvre Lens.vignette|150px|Kouros colossal du cap Sounion. Marbre, H. 3,05 m. Très peu après 600. Musée national archéologique d'Athènesvignette|150px|Le roi Amasis au sourire léger, v. 550. Grauwacke. Saïs. Neues Museum.vignette|150px|Tête de jeune cavalier. Eleusis, v. 560. MNArch Athènes. Aujourd'hui, les statues ou statuettes de kouroï, sculptures en ronde-bosse (autour desquelles on peut tourner) semblent être apparues à une époque où la Grèce était sous l'influence culturelle de l'ancienne Égypte, l'époque orientalisante, comme on peut le voir par leur pose les bras le long du corps et de larges épaules, le pied gauche en avant. Cette attitude rappelle les statues des dieux, des pharaons et dignitaires égyptiens. Les Grecs auraient vu ces statues ou statuettes sur place en tant que commerçants ou mercenaires engagés par les Égyptiens surtout au cours de la (664−525), qui fut le moment décisif pour l'apparition de ce type. Le port de commerce de Naucratis ayant été fondé pour eux vers 650-630 AEC dans le delta du Nil. La description en aurait peut-être été faite aux sculpteurs, lesquels n'ont pas utilisé l'étais dorsal qui assurait la stabilité des statues égyptiennes, probablement par méconnaissance. Une étude statistique des kouroi portant sur leurs mensurations comparées au canon égyptien semble indiquer, dans une relecture, que si les sculpteurs grecs utilisaient sporadiquement le canon égyptien, cela témoigne de l'influence des styles régionaux (plutôt que de l'utilisation de systèmes proportionnels standardisés).

Le célèbre « sourire archaïque » pourrait avoir trouvé une origine dans la mode que traversait l'art égyptien sous la (664-525) : en effet à cette époque un léger sourire illumine discrètement les visages des statuesLe sourire léger à cette époque en Égypte, référence possible pour le sourire des kouroi et korai grecques : ..

Le mot « kouros » s'applique le plus souvent à des statues de plus ou moins grande taille, en pierre. Les statuettes de kouroi sont le plus souvent en bronze, mais il en existe aussi en terre cuite, voire en bois.

Premières statues. Ateliers de sculpteurs Une des toutes premières sculptures conservées d'Apollon nu a été réalisée en martelant et en cloutant des tôles de bronze sur une âme de bois, à la fin du . Il fait partie d'un groupe de statuettes orientalisantes, avec Létô et Artémis, vêtues, au musée archéologique d'Héraklion. Au , à l'époque orientalisante, les Grecs apprirent à sculpter la pierre (Temple A, de Prinias et style dédalique : dame d'Auxerre, entre autres) avec des outils de fer et commencèrent à produire des kouroï en pierre calcaire, mais aussi en marbre. Les premiers furent les sculpteurs de Naxos, le marbre y était d'ailleurs plus facile à extraire qu'ailleursCorè dédiée à Artémis par la Naxienne Nicandrè à Délos, 640-630. Marbre, H . NAMA Athènes, sanctuaire d'Artémis, marbre de Naxos, vers 640. H. 1,75 m. Musée national archéologique d'Athènes, Athènes. . Les auteurs signalent que les Naxiens réalisèrent le Colosse de Délos (env. 9 m), la colonne à sphinge à Delphes et leur oïkos de Délos, tout en marbre, y compris la toiture. Voir aussi : La recherche à Délos : bilan et perspectives Architecture et topographie, 2019, .. Puis les autres îles Paros et Samos se mirent à sculpter le marbre pour en tirer des kouroï et bien d'autres sculptures ou marbres à bâtir. En raison du poids de la pierre les sculptures étaient alors taillées sur place et expédiées ensuite au lieu de la commande. On peut ainsi retrouver l'atelier de sculpteur, à Naxos, Paros, Samos ou autre après avoir identifié l'origine du marbre.

L'exemple de l'Égypte a certainement suscité la mode des statues colossales en marbre, qui apparaît durant le dernier tiers du - dont le Colosse des Naxiens à Délos et le kouros colossal du Cap Sounion, vers 600 - et passe durant le deuxième quart du .

Plusieurs types de kouroï Les hasards des trouvailles ont fait que nous connaissons mieux les korés (ou koraï) dédaliques (comme la Dame d'Auxerre, v. 640-630 ?), que leurs équivalents masculins, mais ceux-ci ont bien existé, malheureusement il n'en reste que peu de traces. Une statuette crétoise de Delphes en bronze porte leurs caractères singuliers : une haute ceinture, la chevelure épaisse et le visage triangulaire. Il n'existe guère que des kouroï archaïques.

Le terme peut désigner des sculptures en ronde bosse ou en relief. Plusieurs matériaux ont été employés : le marbre - dès le milieu du à Naxos - mais aussi une pierre moins rare, dont le pôros, un calcaire tendre que l'on rencontre en Crète, et qui peut être travaillé avec les mêmes outils que pour un bois dur ; ce pôros peut recevoir des décors incisés et peints. Le bronze a été employé, selon la technique de la fonte pleine à la cire perdue pour des statuettes, en raison de son prix et de sa fragilité au delà de 40 cm ; le plaqué bronze, sphyrèlaton, sur bois était possible ainsi que des figures découpées dans des feuilles de bronze jusqu'à la fin de l'archaïsme. Les grands bronzes réalisés suivant la fonte en creux n'apparaissent qu'à l'époque classique, dès le « style sévère » (490-450) et ne concerne donc pas les kouroï. Il a existé aussi des kouroï en terre cuite.. Les musées de Marseille conservent la statuette d'un kouros en bois. Voir aussi: Antoine Hermary, .. Marbre, pôros, terre cuite et bois recevaient un décor peint.

Les kouroï sont toujours debout, les bras le long du corps et les poings serrés, mais quelques-uns ont un bras tendu pour présenter une offrande. Ils représentent toujours de jeunes hommes, de l'adolescence au début de l'âge adulte. Ces représentations d'hommes jeunes excluent la représentation de figures âgées ou d'enfants, de traits individuels et de singularités physiques propres à un groupe « ethnique ». Leur chevelure est toujours stylisée. Leurs épaules larges semblent se conformer à la tradition de la dynastie qui reprenait cette caractéristique de l'art de l'Ancien Empire égyptien. Leur jambe gauche est légèrement en avant : le poids est également réparti sur les deux jambes. Cette pose était également une quasi constante dans la statuaire égyptienne, tout en étant contraire à l'aplomb naturelErik Iversen, Mitt, Kairo 15, 1957, pp. 134-147, et Canon and Proportions in Egyptian Art, 1955. Kim Levin AJA 68, 1964, pp. 13-28. Levin AJA 68, 1964, pp. 13-28.. Le canon égyptien dénommé « deuxième canon » était d'ailleurs connu des sculpteurs grecs, sur le « deuxième canon » repère 28.. Leurs visages montrent l'influence culturelle de la Crète : ils portent des cheveux longs tressés ou ornés de perles à la mode crétoise et leurs yeux ont parfois l'aspect égyptien typique repris par l'art crétois. Les kouroï moins anciens montrent des poses plus naturelles et leur coiffure devient plus typique de la Grèce.

Cependant la plupart des historiens voient dans les kouroï archaïques une invention proprement grecque, se différenciant des statues égyptiennes : par exemple, la statuaire égyptienne possède un pilier gravé d'hiéroglyphes dans le dos jusqu'à la nuque, élément totalement absent de la statuaire grecque ; les statues égyptiennes sont toujours dotées d'un pagne, alors que les kouroï sont, presque toujours, nus.

Les kouroï sont en effet presque toujours nus, le nu en Grèce antique étant précisément codifié. Ils portent tout au plus une ceinture et parfois des bottes. Il existe, néanmoins, un type de kouros drapé - quarante ayant été listés en 2012 Bosnakis, 2012, p. 183, cité in .-, il faut le souligner, et plutôt en Grèce de l'Est, soit la côte occidentale de l'Anatolie et les îles orientales de la mer Égée. Dans un cas précis, une statue dédiée à un sanctuaire, le choix du vêtement, plutôt que la nudité, correspond à une tradition propre à cette région, l'archipel du Dodécanèse. Par ailleurs, ce type de kouros reste de taille modeste, ne dépassant pas la taille humaine, ce qui le distingue des autres. Voir aussi : ..

Le kouros fragmentaire de l'Ilissós a été découvert en 1930 dans le cours de la rivière Ilissós, à Athènes. Le torse conservé appartient à la statue d'un jeune homme en posture frontale, portant une chlamyde drapée de plis stylisés sur les deux épaules. Des trous sur le haut du torse pourraient indiquer l'attache d'un attribut métallique, peut-être les cordes d'un pétase ou d'un chapeau de voyageur. La chlamyde est également couramment portée par les voyageurs, comme le dieu voyageur, Hermès, mais on ne peut être sûr d'une telle identification..

Le thème de l'athlète nu apparait aussi sur les stèles funéraires attiques, on en conserve 16 tout au long du , et trois fois plus souvent entre 570 et 535..

Kouros et société Kouroï et korés pouvaient avoir un usage, une fonction funéraire, votive ou cultuelle.

Il semble que le kouroï funéraire, en tant qu'image qui renvoie à la personne, "représente" en principe le défunt. De grande taille, elle donne une image glorieuse d'une famille des élites. C'est, pour cette famille et un commanditaire en particulier, une dépense qui doit être tout à son honneur, qui relève son prestige aux yeux de ses contemporains. Le texte gravé accroit encore ce prestige.. Il semble qu'aussi, dans le cas d'une offrande dans un temple, certaines statues puissent représenter celui qui consacre la statue au temple, lui même. En principe ce sont des statues votives dressées en plein air et dédiées aux divinités masculines, tandis que les koraī sont dédiées aux divinités féminines. Les kouroï funéraires, tout comme ceux qui étaient placés dans un sanctuaire étaient, bien sûr, visibles de tous ceux qui avaient accès au cimetière et au sanctuaire. Dans ce sanctuaire, à côté des autres offrandes, le kouros, après le trépied de bronze du ou le chaudron à griffons du , visait à susciter le regard du groupe, fortifier l'image du dédicant, renforcer son prestige tout en lui obtenant une faveur de la déesse ou du dieu. L'individu ne pouvant penser son statut - comme son appartenance à une élite - qu'à travers le regard des autres.

Contexte Le modèle égyptien Le type du kouros a été élaboré au à l'imitation des statues égyptiennes. Ce moment correspond au dernier tiers du , soit les règnes de et de la .