La prison du Bouffay est une ancienne prison aujourd'hui disparue aménagée en 1467 au sein même du château du Bouffay, situé en plein cœur de la cité médiévale de Nantes, dans le quartier éponyme.

Histoire

Dépôt des Noirs

La prison du Bouffay sert de « dépôt des Noirs » à la fin du . En effet, à cette époque, de plus en plus de Noirs, majoritairement esclaves ou parfois affranchis, sont présents en métropole, et particulièrement dans les ports négriers. Ceux-ci sont utilisés, soit comme domestiques par les riches familles ; soit envoyés par les colons pour se former à certains métiers, avant leur retour forcé aux colonies. Juridiquement, la présence d’esclaves sur le sol de France (métropolitaine) est interdite depuis l’Édit de 1315, pour qui . Toutefois, afin de soulager l'inquiétude des colons et des esclavagistes, des dérogations sont instituées avec l'édit de 1716, puis la loi de 1738, permettent de suspendre l'automaticité de l’obtention de la liberté.

Cette présence trouble la quiétude de certains bourgeois, à tel point que les autorités s'inquiètent de la croissance de cette immigration noire forcée. En 1777, un recensement est réalisé en Bretagne, et on dénombre environ à Nantes, la plupart domestiques. En conséquence, un édit met en place une , et interdit toute nouvelle entrée d'esclaves sur le territoire, sous peine d'être enfermés dans des , au frais de leurs maîtres, avant leurs retours forcés aux îles. En majorité installés comme des enclaves au sein des prisons royales, celui de Nantes est situé au Bouffay.

La prison pendant la Révolution vignette|gauche|La prison du Bouffay, gravure du .

Dès 1790, le Bouffay est en mauvais état, il y a à cette période 114 hommes et 25 femmes détenus. En 1791, la prison, qui dispose de 400 à 500 placesAlfred Lallié, Les Prisons de Nantes, 34., est remplie et une partie des prisonniers sont enfermés au château des ducs de Bretagne. En , le concierge Gérardeau est suspendu par le conseil général de la commune pour avoir laissé des prêtres réfractaires célébrer la messe dans la chapelle de la prison, il est remplacé par Bernard de Laquèze. Il est alloué au nouveau concierge six sous par jour et par détenu pour les frais de gîtes et de geôlage comprenant principalement le pain et la pailleAlfred Lallié, Les Prisons de Nantes, 10-11..

À partir de , d’autres prisons sont aménagées à Nantes, les suspects sont transférés au château des ducs et les prêtres réfractaires aux Carmélites, ainsi aux premiers jours de l’année 1793 seuls les prisonniers de droits communs sont conservés au BouffayAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 13-14..

Dans les mois qui suivent la prison est à nouveau remplie de suspects, enfermés parfois à la suite d'une simple dénonciation. Le , la contagion est telle que le tribunal criminel qui jouxtait la prisonAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 16., évacue les lieux pour se porter à la HalleAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 29.. Le Bouffay connait une importante mortalité due aux maladies, du au l’état des décès du Bouffay constate la mort de 206 détenus, dont 47 pour le seul mois de frimaire et ce malgré le transfert de plusieurs malades pour la maison des FrèresAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 30..

Le Comité révolutionnaire de Nantes gère l'épidémie de dysenterie puis de typhus en faisant noyer cent-trente détenus.

Cette noyade du Bouffay est la seule concernant les détenus de cette prison, néanmoins certains prisonniers sont par la suite transférés à la prison de l'Entrepôt des cafés où les chances de survies sont bien plus faibles. Parallèlement quelques prisonniers de l’Entrepôt sont également conduits au Bouffay, on en compte ainsi 13 le .

Le concierge Bernard Laquèze affiche un souhait du respect des formes et tente de freiner la mortalité. Le Comité révolutionnaire va jusqu'à lui reprocher la dépense d'un suaire par détenu mort. Un chef vendéen, La Roberie, écrivit « qu’il avait porté envers les détenus l’humanité et les égards, les procédés et les services, au-delà de ce qu’on aurait pu attendre en un temps ordinaire. Tous avaient à se louer de ses complaisances, plusieurs avaient reçu de ses bienfaits, et quelques-uns lui devaient la vieAlfred Lallié, Les Prisons de Nantes, 12.. »

Fin janvier une commission sanitaire est formée afin de mettre fin à l’épidémie. Le pharmacien Boistaux rédige son rapport à la municipalité le :

Malgré plusieurs délibérations du district et du département aucun autre local n’est trouvé pour transférer les détenus. L’épidémie finit cependant par s’estomper, elle fait 38 morts en germinal, 12 en floréal et 14 en prairial.

Le , à la demande du représentant Jean-Baptiste Bô, les commissaires dressent un procès-verbal concernant le Bouffay après inspection :

Le nombre des prisonniers diminue progressivement puis se stabilise. De 500 personnes en juin, il passe à 225 hommes et 105 femmes le , puis 306 hommes et 124 femmes le , la plupart détenus de droit communAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 35..

À la fin du mois de , le général vendéen Charette est emprisonné au Bouffay avant son exécution place ViarmeÉmile Gabory, Les Guerres de Vendée, p. 507..

Le , Chouans de l'Armée catholique et royale du Maine, d'Anjou et de la Haute-Bretagne ( de Segré) réussissent un raid au cœur de Nantes, le colonel Mathurin Ménard, dit « Sans-Peur » s'empare de la prison du Bouffay et délivre 11 prisonniers royalistes, dont trois prêtres. Les Chouans refusent de libérer les détenus de droit commun qui sont laissés dans leurs cellules, 335-338..

Galerie

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie .

Articles connexes Liste des prisons de Nantes sous la Révolution Jean-Baptiste Carrier Noyades de Nantes Épidémies à Nantes pendant la Révolution Histoire de Nantes Traite négrière à Nantes

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