vignette|Chili contemporain.

L’histoire du Chili est généralement découpée en douze périodes, qui vont du début du peuplement humain du Chili contemporainDes historiographes chilien comme Sergio Villalobos expliquent la raison de ce découpage. Voir : Sergio Villalobos, Historia del pueblo chileno. Introduction.. La période précolombienne, correspondant à l'histoire des différentes ethnies amérindiennes autochtones présentes sur le territoire, s'étend d'environ à 1492. À partir de 1492, les navigateurs européens explorent le continent américain. Fernand de Magellan traverse en 1520 le détroit qui porte ensuite son nom, mais c'est le conquistador Diego de Almagro qui, dans le prolongement de la conquête de l'Empire inca, mène la première expédition vers Copiapó, dans le Nord du Chili contemporain, en 1536.

La troisième période correspond à la conquête espagnole, qui se déroule de 1536 à 1598 avec la guerre d'Arauco, durant laquelle les Espagnols sont mis en échec par les Amérindiens mapuches. La quatrième période, de la colonisation proprement dite, qui couvre ensuite plus de deux siècles, de 1598 à 1808, est marquée par la mise en place des institutions coloniales (Audiencia, capitainerie générale, armée).

La cinquième période, dite de l'« Indépendance », se déroule de la prise du pouvoir par Mateo de Toro y Zambrano, un militaire stationné au Chili, en 1810, à l'exil du Bernardo O'Higgins du territoire en 1823. Elle est marquée par diverses batailles contre les Espagnols (qui tentent d'organiser la reconquête) et des problèmes à la tête du pays. Une fois l'indépendance du pays acquise, c'est une longue période d'organisation de l'État chilien qui commence avec, tout d'abord, la période d’« organisation de la République », de 1823 à 1830, qui voit se succéder trois dirigeants et deux constitutions (moraliste en 1823 et libérale en 1828).

De 1831 à 1861, la République conservatrice est marquée par la mise en place de la Constitution de 1833, établie par Diego Portales, avec un gouvernement fort et centralisateur. Avec peu de troubles, le pays connaît la prospérité économique (grâce à la découverte de mines de cuivre et de la mine d'argent de Chañarcillo).

La huitième période, dite de la République libéral, de 1861 (élection de José Joaquín Pérez) à 1891 (avec le suicide du président José Manuel Balmaceda Fernández), est caractérisée par une stabilité politique plus grande (puisque seulement trois présidents sont élus dix ans chacun) et permet une extension territoriale (avec la guerre du Pacifique (1879-1884).

À partir de la guerre civile de 1891, la République parlementaire, qui dure jusqu'à la promulgation de la constitution chilienne de 1925. Le Congrès national domine la politique. Le président devient une figure pratiquement sans autorité. Le pays s'urbanise et des syndicats sont créés.

La République présidentielle marque un changement des institutions, avec la Constitution de 1925, jusqu'au coup d'État du 11 septembre 1973. Dans cette période relativement calme, le PIB du pays croît d'environ 4,5 % par an. Trois partis dominent la vie politique : les radicaux, les chrétiens-démocrates et les socialistes. De nombreuses entreprises sont créées à ce moment (LAN, FACH, ENTEL...). La fin de cette période est marquée par la montée de la gauche et des idées sociales (nationalisations des industries, accès à la santé pour tous, réforme agraire).

À la suite du coup d'État du 11 septembre 1973, qui renverse le président démocratiquement élu, Salvador Allende, un régime militaire dictatorial est mis en place, avec à sa tête une junte de gouvernement dirigée par le général Augusto Pinochet. À la suite du coup d'État, des dizaines de milliers d'opposants sont arrêtés, torturés ou tués (comme Víctor Jara), même à l'étranger (Orlando Letelier), tandis que d'autres sont expulsés ou contraints à l'exil (Andrés Pascal Allende). Pinochet met en place avec les Chicago Boys une politique économique libérale (privatisation des entreprises, baisse du nombre de fonctionnaires, privatisation de l'enseignement supérieur), alors qu'une nouvelle constitution est adoptée en 1980.

Enfin, la transition vers la démocratie s'effectue à partir de 1990, à la suite du résultat d'un référendum révocatoire, avec l'élection de Patricio Aylwin (candidat de la Concertation des partis pour la démocratie). En 2006, Michelle Bachelet devient la première femme présidente du pays.

Chili précolombien et peuples indigènes (avant 1500)

vignette|gauche|redresse|Peuples indigènes du Chili.

Le peuplement de l'actuel Chili est relativement récent. En effet, selon la théorie du passage de l'homme du détroit de Béring par le pont terrestre de la Béringie (durant la dernière glaciation, connue sous le nom de Würm par les Européens et sous celui de Wisconsin par les Américains), le Chili, situé dans la partie la plus méridionale de l'Amérique du Sud, est la dernière partie d'Amérique à être peuplée.

La glaciation Würm-Wisconsin a duré environ . D'après les scientifiques, le pont terrestre de la Béringie est d'abord utilisable pendant puis pendant . À partir de là, l'homme migre vers le sud jusqu’à son arrivée sur l'actuel territoire chilien, vers av J.-C. En 1976, un site archéologique au sud du pays est découvert dans les environs de Puerto Montt (Monte Verde à de Santiago). Ce lieu fournit des indices de présence humaine dès cette époque.

Avant l'arrivée des Espagnols en Amérique du Sud, le Chili contemporain est habité par divers groupes indigènes. À l'origine, ces populations sont organisées en tribus nomades. Avec la découverte de l'agriculture, celles-ci se sont sédentarisées. Des vestiges, retrouvés dans la grotte Fell (un site archéologique de la Terre de Feu, le lieu le plus austral du Chili), indiquent que la présence humaine remonte à av. J.-C.

vignette|Le cacique Llongon, chef mapuche photographié vers 1890. vignette|Moaï à Rano Raraku, Île de Pâques, photographié en .

Les changements climatiques du millénaire av. J.-C. modifient grandement les habitudes des paléoindigènes chiliens. Ils ont dû s’adapter à un nouvel environnement : le désert d'Atacama s'est formé, beaucoup d’espèces animales et végétales ont disparu et l’océan Pacifique délimite les côtes actuelles. Les indigènes ont dû s’adapter à un climat beaucoup plus chaud que celui auquel ils étaient habitués. Beaucoup ont émigré du nord vers les côtes de la Vallée Centrale. Ainsi se forment les principaux groupes indigènes chiliens : les Atacamas et les Aymaras dans le grand nord, les Diaguitas dans le petit nord. Il y a aussi les Changos sur la côte septentrionale, la grande famille des Mapuches dans la Vallée Centrale jusqu’au seno de Reloncaví. Enfin, dans le sud du territoire, se trouvent les Tehuelches, les Chonos, les Kawésqar (Alakalufs), les Selknam (Onas) et les Yagans en Patagonie..

De quelques milliers de paléoindiens au , la population passe à au .. Durant le , la culture des peuples indigènes est influencée par l’expansion de l’Empire inca. Ces derniers sont implantés sur la moitié nord de l’actuel territoire chilien. Avec le Sapa Inca Pachacutec, et surtout sous le règne des Sapas Incas Tupac Yupanqui et Huayna Capac, l'influence inca est importante. Ces derniers avancent vers le sud, soumettant les peuples aymaras, atacamas, diaguitas et picunches. Ils établissent finalement la frontière méridionale de l'Empire inca au nord du Maule, après la bataille du même nom, sans avoir réussi à vaincre les tribus mapuches. Pendant ce temps, sur l’île de Pâques se développe une culture de type polynésienne, très avancée malgré son isolement. La culture Rapa Nui développe une langue propre et un système d’écriture disparu aujourd’hui. Elle construit d’immenses sculptures connues sous le nom de moaïs. Cependant, entre le approximativement, se produit une crise qui provoque une guerre civile, laquelle détruit la majorité des vestiges de cette civilisation.

« Découverte » luso-espagnole (1520–1536) vignette|Le conquistador Diego de Almagro. Peinture de Domingo Mesa, 1876.

Les premiers Européens à venir en reconnaissance sur le territoire chilien sont les Portugais Fernand de Magellan et Juan Sebastián Elcano. Ils tentent leurs circumnavigation de la planète sous les ordres de Charles d'Espagne, c'est-à-dire de Charles Quint.

Parti de Sanlúcar de Barrameda, le , Magellan reconnaît d'abord une grande partie des côtes brésiliennes et argentines.. Il découvre ensuite le détroit qui relie l'océan Pacifique à l'Atlantique, le . C'est cette date qui est retenue par l'historiographie chilienne comme fixant la découverte du territoire du pays. Magellan nomme le détroit « détroit de Tous les Saints ». (Ce n'est que plus tard qu'il sera renommé du nom de son découvreur)... Cependant, le premier Européen à avoir exploré une grande partie du territoire chilien est Diego de Almagro. Il est associé avec Francisco Pizarro lors de la conquête du Pérou. Un conflit oppose Almagro à Pizarro au sujet du partage des richesses de l’Empire inca et, principalement, de la possession de Cuzco. Ce conflit pousse Almagro à quitter la capitale inca et à s'aventurer sur les terres du sud en .. De nombreux historiens pensent que l’une des raisons expliquant le voyage d’Almagro au Chili était la rumeur de l’existence, vers le sud du pays inca, d’un royaume beaucoup plus riche que le Pérou, nommé « El Dorado ». Selon ces mêmes historiens, ces rumeurs pourraient avoir été créées par les Incas dans le but d’éloigner les conquistadores et permettre ainsi une rébellion des indigènes.

Almagro parcourt un chemin inca, traversant les territoires correspondant à l'actuelle Bolivie et au nord de l’Argentine. Puis, il traverse la cordillère des Andes avec de funestes résultats : une grande partie des hommes de l'expédition meurt d’hypothermie durant la traversée. Cependant, après neuf mois, Almagro arrive finalement dans la vallée de Copiapó, le .

Almagro organise alors la reconnaissance du territoire, qu'il baptise la « Nouvelle Tolède ». Ce nom vient du fait qu'il est originaire de cette ville d'Espagne, une riche cité. Cependant, il n'a pas trouvé les richesses qu'il a tant cherchées.

Un affrontement à la confluence des fleuves Ñuble et Itata (à Reinohuelén), entre les indigènes de la région dirigés par le chef Vitacura et une patrouille espagnole menée par Gomez de Alvarado, est considérée comme la première bataille de la guerre d'Arauco (1536-1810). Déçu et fatigué du rude voyage, Almagro décide de retourner au Pérou. En 1536, il prend la route d’Arequipa jusqu’à Cuzco, où il se rebelle contre Pizarro. Découverte du Chili

Conquête espagnole (1540c–1600c) vignette|gauche|redresse|Pedro de Valdivia. Peinture de Federico de Madrazo, 1854.

En 1540, Pedro de Valdivia (1497-1553), avec l’autorisation de Francisco Pizarro (1475-1541), monte une seconde expédition en direction du Chili. C'est le début de la conquête du pays. Contrairement à Diego de Almagro, Valdivia prend la route du désert d'Atacama.

À son arrivée dans la vallée de Copiapó, il prend solennellement possession de cette terre, au nom du roi d’Espagne et la nomme « Nueva Extremadura » (Nouvelle Estrémadure), en souvenir de sa terre natale. Il se remet ensuite en marche vers la vallée d'Aconcagua, où le cacique (1500c-1550c) essaie sans succès de l’arrêter. Le , Valdivia fonde la ville de Santiago aux pieds de la colline Santa Lucia (nommée « Huelén » en mapudungun). Après quelques mois, Valdivia est proclamé par le cabildo (une institution coloniale espagnole), gouverneur et capitaine général de Nouvelle Estrémadure. Dans un premier temps, le conquistador refuse mais finit par accepter le titre le .

Le , le cacique Michimalonco dirige une embuscade sur la ville de Santiago et la détruit presque complètement.. Un personnage fondamental dans la défense de la ville est alors la Inés de Suárez (1507-1580).