Léonard Lissandre, né le à L'Église-aux-Bois en Corrèze et mort le à Bugeat, est un sculpteur sur bois et un artisan forgeron français.

Biographie Étapes de la vie du forgeron et du sculpteur Léonard Lissandre est né dans une famille de paysans pauvres de Haute-Corrèze. Il est placé comme domestique dans une ferme en 1874, et embauché comme manœuvre en 1880 pour construire la voie ferrée Ussel-Limoges. Vers 1882, il devient apprenti forgeron chez un maréchal-ferrant d'Eymoutiers. Il apprend à lire et à écrire seul, à l’âge adulte, en essayant de déchiffrer le journal. Il épouse la fille d’un forgeron en 1887, et s'établit à La Villeneuve, près de Nedde, en Haute-Vienne, reprenant la forge de son beau-père. Il s'installe définitivement à Bugeat dans les années 1890. Il a alors à Bugeat une petite forge où il fabrique des outils pour les cultivateurs, ferre les bêtes, et vend des machines agricoles.

Dans son activité de mécanicien, qui dérive de son métier de forgeron, Léonard Lissandre est un artisan entreprenant ; les machines agricoles font leur apparition dans les campagnes, au lendemain de la Guerre 1914-1918, et Léonard Lissandre acquiert du savoir-faire concernant cet outillage ; on voit l’artisan de Bugeat présent dans la section « Machines Agricoles » lors de l’exposition de la "Semaine du Limousin" qui se tient à Limoges, au Champ de Juillet, en : « Liste des exposants - Machines agricoles - Lissandre, à Bugeat ; Groupe X ; Stand 430 ; Lissandre (Léonard), à Bugeat : D. M. O. (Diplôme médaille d'or) »La Revue Limousine, Revue Régionale Illustrée, numéro 25, du juin 1927.

Une des sources de connaissance de l’œuvre de Léonard Lissandre réside dans l’intérêt qu’ont rencontré les sculptures du forgeron sculpteur auprès des amateurs du pays de Bugeat, de même que les peintures d’un artiste de Bugeat, Léonard Borzeix, élève de Charles Bichet, ont intéressé les Bugeacois férus de peinture (deux artistes, Borzeix et Bichet, qui appartiennent à la même génération que Lissandre : Bichet est né en 1863), de la même façon, plusieurs familles de Bugeat détiennent des sculptures en bois de Léonard Lissandre, des œuvres qu’elles conservent avec soinJean-Marie Borzeix, Le Pays de Bugeat dans l’histoire, Tome 2, le siècle, Panazol, Éditions Les Monédières, 2002..

Une autre des sources de connaissance de l’activité artistique de Léonard Lissandre se situe dans les souvenirs qu’ont publiés des habitants de Bugeat, qui ont côtoyé le forgeron-sculpteur, comme Marcel Peyraud, qui a fait paraître un opuscule de souvenirs Bugeat au siècle. Première partie. 1901-1940Marcel Peyraud, Bugeat au siècle. Première partie. 1901-1940, Imp. P. Reyssac, sans date.. Dans cette brochure, on peut découvrir le cadre dans lequel œuvrait Léonard Lissandre. Est décrite la pharmacie, qui était installée au bas de la place de l’Église, à Bugeat. Près de la pharmacie, se trouvait un commerce de cycles, une boutique qui faisaient rêver, avec ces engins à deux roues, les enfants pour lesquels les vélos étaient, à cette époque, des machines étranges. Le propriétaire-forgeron de ce commerce, Léonard Lissandre, était, à l’époque que fait revivre ce témoin, déjà âgé ; il ne s’activait plus dans son atelier de forgeron et il ne s’occupait plus lui-même de la vente et de la réparation des bicyclettes. Il réalisait des petits personnages en bois d’une grande finesse, des sculptures représentant des paysans plus vrais que nature. Il connaissait, avec ces œuvres, un réel succès.

Repères biographiques : des lieux et des dates Quelques repères jalonnant la biographie de Léonard Lissandre sont donnés par les informations consignées dans divers registres liés à l’état civil : acte de mariage des registres de l’état civilhttps://www.archinoe.fr/cg19/registre.php Registres de l’état-civil ; listes nominatives de recensement de populationhttps://www.archinoe.fr/cg19/recensement.php Recensements de population ; registres matricules du recrutement militairehttps://www.archinoe.fr/cg19/recrutement.php Recrutement militaire ; ces documents livrent des instantanés de la vie de Léonard Lissandre.

En 1885, lors de la visite devant les autorités militaires, qui est consignée dans les registres du recrutement militaire, Léonard Lissandre apparaît devant les autorités militaires avec une chevelure et des yeux noirs, un nez large, un visage ovale, et une taille de 1 mètre 62 ; sont consignés dans ce registre deux lieux de résidence : Rempnat, en 1888, puis Bugeat, en 1894.

En 1906, à Bugeat, marié avec Élisabeth Marvier depuis 1887, Léonard Lissandre est identifié par l’agent recenseur, qui effectue un recensement de la population, comme habitant dans le bourg, dans le quartier du centre, et comme étant « Forgeron » et « Patron » ; il vit avec Élisabeth, son épouse, qui apparaît comme étant « épicière », avec ses cinq enfants : Michel, né en 1887, Marthe, née en 1891, Joseph, né en 1894, Alphonsine, née en 1898, Marcel, né en 1900.

En 1926, à Bugeat, remarié en 1919 avec Marie-Louise Barny (sa première épouse, Élisabeth, est morte en 1917), Léonard Lissandre apparaît à l’agent recenseur comme résidant dans le quartier du centre, dans le bourg, et comme étant « Forgeron » ; il vit avec Marie-Louise, son épouse, qui apparaît comme étant « blanchisseuse » ; ses cinq enfants, dont le plus jeune est alors âgé de 26 ans, ne vivent plus au domicile de leur père.

Descendance de Léonard Lissandre Le sculpteur corrézien était le grand-père de l’épouse de l’auteur des Semailles et des Moissons, Henri Troyat ; l’action de ce roman se déroule à Bugeat, un bourg de campagne dénommé pour la circonstance La Chapelle-au-BoisDaniel Chambre, La Haute-Corrèze oubliée, Saint-Claude, auto-édition, 1992..

Principales expositions Expositions en Limousin 1934 : Foire-exposition de Brive (à laquelle il participe sur le conseil du peintre Raphaël Gaspéri), Léonard Lissandre obtient le grand prix.

Le journaliste Jean Chicou, qui collabore au journal l’«Auvergnat de Paris», rapporte sa rencontre, à Brive, en , à l’occasion de la Foire-Exposition, avec Léonard Lissandre, et, dans un article publié dans l’«Auvergnat de Paris» du , il porte le jugement suivant sur les œuvres du sculpteur de Bugeat , qu’il dénomme « Léonard Lissandre « imagier » corrézien » : « Ses sujets régionaux, bergers, glaneuses, cabrettaïres, sont dans la plus pure tradition médiévale. Ils en perpétuent le charme simple, les mêmes déformations naïves et charmantes. Les expressions surtout sont remarquables de vérité. »L'Auvergnat de Paris - 8 septembre 1934.. 2005 : exposition à Bugeat. 2008 : exposition au musée Labenche de Brive.

Exposition universelle de 1937 À l'Exposition universelle de 1937 à Paris, au pavillon Limousin-Périgord, Léonard Lissandre expose deux statuettes en boisExposition Internationale des Arts et des Techniques dans la Vie Moderne. PARIS 1937. Catalogue général officiel. Tome II, Paris, Imprimerie M. Déchaux, 1937. et obtient un diplôme d’honneur. La présentation du travail de Léonard Lissandre dans le cadre de cette exposition répond aux objectifs de cette manifestation : Marc Gaillard, Paris. Les expositions universelles de 1855 à 1937, Paris, Les Presses Franciliennes, 2003.Le pavillon, comme l’indique le catalogue officiel, a été . Y sont exposés des travaux qui concernent les catégories suivantes (référencées comme des « Classes ») : Architectes – Classe 26 ; Peintres – Classe 27 ; Sculpteurs / Artisans – Classe 9 ; Sculpteurs – Classe 28 ; Porcelaine – Classe 45 ; Emaux – Classe 45 ; Tapisserie – Classe 41 ; Reliure – Classe 53 ; Gastronomie ; Classe 69. Cela montre que l’on différencie une sculpture « artisanale », « populaire », d’une sculpture « savante », « académique ». Parmi les sculpteurs « savants » présentés, on trouve Paul Causse de Brive, avec une buste en bronze. Cet artiste est également présent avec trois peintures dans la catégorie des peintres. Parmi les sculpteurs « artisans » présentés, Joseph Dulmet, de Turenne (Corrèze), expose un bas-relief en noyer sculpté (le sculpteur turennois présentera, en mai 1941, à Turenne, dans une exposition organisée par le fondateur de la revue Lemouzi, Louis de Nussac, un bas-relief en bois, Le Maréchal à cheval au pied de son château de Turenne)(catalogue, Exposition Internationale des Arts et des Techniques dans la Vie Moderne. PARIS 1937. Catalogue général officiel. Tome II, ..

Œuvres dans les collections publiques

Les œuvres de Léonard Lisandre dont l’existence est connue, et qui sont localisées et répertoriées, sont référencées dans le tableau suivantY sont classés dans l’ordre alphabétique les sujets représentés. Sont indiqués le sujet représenté, le titre (s’il est mentionné sur l’œuvre), le type sculpture, les dimensions, le lieu de conservation, les numéros d'inventaire, les distinctions remportées. Ces œuvres, non datées, ont été créées entre 1930 et 1953. : Sujet représenté Titre Type de sculpture Hauteur Largeur Lieu de conservation Numéro d'inventaire Distinctions Cantou limousin Lo cantounado haut-relief 33 cm 25 cm Brive, musée Labenche n° 50115 4 Femme blanchissant des châtaignes statuette 32 cm Brive, musée Labenche n° 50115 9 Laboureur au repos bas-relief 39 cm 27 cm Brive, musée Labenche n° 50115 12 Moissonneur bas-relief 32 cm 25 cm Brive, musée Labenche n° 50115 13 Raphaël Gaspéri bas-relief 23 cm 16 cm Brive, musée Labenche n° 50115 3 Grand prix de la foire-exposition de Brive en 1934 Raphaël Gaspéri statuette 48 cm Brive, musée Labenche n° 50115 6 Grand prix de la foire-exposition de Brive en 1934 Raphaël Gaspéri buste 24 cm Brive, musée Labenche n° 50115 7

Sa pratique artistique La journaliste (également critique littéraire, spécialiste de George Sand) Aline Alquier fait un reportage pour le quotidien « L'Écho du Centre », en , et elle rencontre, pour ce reportage, Léonard Lissandre, alors âgé de 85 ans. Elle découvre la petite pièce où le sculpteur, qui a été encouragé à poursuivre dans son travail par des artistes comme le sculpteur animalier Thomas Cartier (1879-1943), crée ses œuvres. Dans le bois de noyer, Léonard Lissandre donne vie à des personnages qui sont proches de lui dans la vie qu’il mène, en Corrèze, ou qui sont liés à ses croyances et à son imaginaire : bergers, laboureurs, fileuses, Vierges, etc.

L’artiste livre quelques réflexions sur la vision qu’il avait de la sculpture, avant qu’il ne commence, tard dans sa vie, à travailler le bois :

Léonard Lissandre confie également à la journaliste le regard qu’il porte sur les personnages qu’il crée, comme ce paysan : Aline Alquier, « Un talent de sculpteur s’est révélé », L’Écho du Centre, 22 avril 1949..

L’œuvre que laisse le sculpteur, à sa mort, est tout à fait considérable. Ainsi que l'écrit Suzanne Lachaud, dans l'ouvrage qu'elle a consacré à la vie et à l'oeuvre de Léonard Lissandre, dont elle est l'arrière-petite-fille, on peut estimer que le sculpteur sur bois a réalisé, dans les années 1930 et 1940, près de 200 sculptures. Suzanne Lachaud a pu identifier plus de 100 de ces sculptures, établissant ainsi le premier catalogue des œuvres de l'artiste bugeacoisSuzanne Lachaud, « Le monde sculpté de Léonard Lissandre », Lamazière-Basse, Editions Maiade, 2018..

Réception critique L'œuvre de Léonard Lissandre est ainsi liée à une pratique artistique qui est, comme le souligne l'ethnologue Maurice Robert, celle Maurice Robert, Mémoire et identité : traverses ethnohistoriques en Limousin : le champ et l'atelier, le quotidien et la croyance, l'idéologie et la culture, Limoges, Maison Limousine des Sciences de l'Homme, 1991..