vignette|Zhu Da, Lotus et canards, vers 1696, rouleau vertical, encre sur papier, , Freer Gallery of Art. Washington.
L’art chinois recouvre l'ensemble des arts de culture chinoise dans le monde chinois et la diaspora. La conception occidentale de l'art est utilisée en Chine à l'époque moderne, dans son sens le plus large, pour aborder toutes les formes d'art pratiquées en Chine tout au long de son histoire.. Cependant tout art qui ne serait pas relié d'une façon ou d'une autre à la Chine n'est pas considéré comme de lart chinois.
L'histoire de l'art chinois, dans le déroulement chronologique, analyse, sans présupposés idéologiques, les transformations de l'art, jusqu'aux pratiques actuelles.. Ainsi, la Préhistoire et l'Antiquité montrent déjà des traits spécifiques à la Chine : des terres immensément riches en lœss qui permettent une céramique chinoise inventive à usage quotidien et funéraire. La Chine, disposant de nombreux gisements de métaux entrant dans la composition de l'alliage du bronze, a produit, grâce au génie des ses artistes et artisans, de grandes quantités de bronzes, signes de pouvoir, qui ont fait l'objet d'une recherche artistique et technique d'une grande sophistication. Les plus anciens textes chinois font allusion à la musique rituelle, où l’usage d’instruments en bronze et en pierre était encore important à l’époque de Confucius (551-479 avant notre ère). Les céramistes chinois se sont distingués par leurs céladons et leurs porcelaines (invention chinoise), en usage à la cour et rapidement commercialisés. Les pratiques funéraires de l'élite Han (206 avant notre ère - 220 de notre ère) ont aussi permis de conserver des laques et quelques peintures sur soie contemporaines des premiers grands recueils de poésie chinoise. La calligraphie chinoise est devenue l'art le plus noble pour les lettrés. De nombreuses stèles chinoises gravées et quelques textes soigneusement recopiés avec sensibilité en ont conservé le souvenir et ont servi de modèles pendant des millénaires.
Les céramiques peintes, les briques estampées et les peintures antiques conservées témoignent de la concision graphique typique des artistes chinois. Les artisans peintres, à la différence des peintres lettrés qui apparaissent ensuite, utilisaient abondamment les couleurs et traitaient tous les sujets décoratifs et religieux dans un style graphique précis. À partir de la dynastie Han une forme nouvelle d'art fut pratiquée par l'élite lettrée (dont les fonctionnaires) : pour eux, peinture et calligraphie, à l'encre de Chine, devinrent des arts comparables. Les peintres lettrés du se sont attachés à faire sentir le rapport intime de l'homme à la nature et au temps, dans des lavis à l'encre noire et aux couleurs légères, sur soie ou sur papier. Ce genre de peinture a fait l'objet d'une abondante littérature théorique et critique en Chine, dès les premiers temps, par les lettrés eux-mêmes. Le papier, autre invention chinoise, servit à imprimer toute une littérature en chinois par la gravure sur bois, ce qui permettait dans ces livres d'accompagner le texte par l’image. Le livre était très populaire, en particulier au lorsqu'est né le théâtre-opéra chinois. La gravure s'est considérablement développée au au contact des techniques occidentales. Au la gravure sur bois occidentale moderne, la peinture à l’huile et le cinéma chinois tout comme le réalisme (en république populaire de Chine) ont été utilisés par des artistes dans la voie du modernisme. Ces choix ont été retenus en Chine alors qu'en Occident la gravure sur bois ne marqua qu'un bref épisode du modernisme, que l'on expérimenta des procédés multiples où la peinture à l'huile n'était plus le signe de la modernité, et que le Réalisme ne caractérisa guère la modernité en Occident. Les artistes réfugiés en Occident, à Hong Kong et Taïwan ou après la révolution culturelle (1966-1976) ont pu réinvestir leur culture ou expérimenter des pratiques nouvelles. L’art contemporain chinois (surtout après 1990) a réagi rapidement aux productions artistiques de niveau international. Cela se manifeste par la nature et le contenu des œuvres et par la multiplication des lieux et des moyens de diffusion de l’art en Chine et hors de Chine. La bande dessinée chinoise, manhua, trouve un public jeune et enthousiaste et le cinéma chinois, hongkongais et taïwanais est diffusé à l’échelle mondiale.
A part une production partisane et décadente, la littérature scientifique qui aborde l' art chinois ne traite pas, ou très peu, la musique, le mobilier, la littérature, la poésie et le théâtre chinois, les cinémas chinois, hongkongais et taïwanais ainsi que la bande dessinée, mais aborde l'architecture et le jardin chinois. Les arts martiaux chinois, qui relèvent des « arts », au sens ancien du terme, en tant que connaissance technique et méthode, ne relèvent pas de l'art chinois. Enfin, l'usage du thé, gong fu cha, ne relève pas de l'art à proprement parlerL'usage du thé en Chine est différent de la cérémonie du thé au Japon, chanoyu, qui a des aspects esthétiques (certains étant empruntés à la céramique Song du , dont les bols jian). En Chine, aujourd'hui, c'est une méthode conviviale permettant d'obtenir et de consommer un bon thé. Sur l'usage du thé en Chine on peut se référer à l'exposition Le thé. Histoires d'une boisson millénaire, Musée Guimet, du au . Commissaire Jean-Paul Desroches. Il existe aussi un musée national du Thé à Hangzhou. Lire aussi : : ce petit cahier ne développe pas le terme « art » qu'il emploie mais précise que pour l'aristocratie des Tang et les élites lettrées « l'art du thé devient un passe-temps élégant », c'est la « voie du thé » (cha dao), les moines bouddhistes ayant introduit une forme rituelle de consommation du thé qui était censée favoriser leur méditation. Puis à l'époque des Song, cet usage donne naissance, pour les lettrés, à une « culture du thé » (cha wenhua). Sous cette dynastie, les lettrés en font une pratique raffinée où des concours de préparation du thé donnent l'occasion non seulement de déguster, mais aussi de chercher à identifier l'origine du thé aussi bien que celle de l'eau (page 16 de L'art du thé en Chine). Auparavant, le thé semble n'avoir été consommé que pour ses vertus thérapeutiques. On en a ainsi trouvé des restes dans la tombe du marquis Yi de Zeng, datant de 433 avant notre ère..
La notion d'art et les mutations de la culture chinoise
Dans la Chine antique. la notion la plus proche de notion d'« art » (à savoir 艺, yì, correspondant à nos anciens arts libéraux.) s'appliquait à l’, c'est-à-dire aux rites (la musique, le tir à l'arc, la conduite des chars et les pratiques d'écriture : la poésie et la calligraphie) ainsi qu'au calcul et, au , à la peinture.. Tandis que le domaine des « arts techniques » (shu) s'étendait de la divination à la médecine et de l'astronomie à la géomancie. Les deux notions se recoupaient en « technique des arts libéraux » (yishu) : toutes deux de natures intellectuelles, relevant de la compétence du lettré antique. Elles étaient distinctes du concept de « techniques manuelles » (jishu) associé aux métiers de l'artisanat. Tel était encore le point de vue de l'élite lettrée sous l'Empire, personnages ayant la culture des fonctionnaires et qui en avaient très souvent la charge, qui pratiquaient la peinture en non-professionnels, en plus de leur fonction administrative. Leur point de vue excluait, en peinture, toute notion de « réalisme » - « naturalisme » - « vérisme » et de décoratif (tous termes occidentaux qui disqualifient la peinture des artistes professionnels chinois car ils ne correspondent pas à des concepts chinois). Le lettré valorisait ce qui venait du cœur et méprisait ce qui témoignait d’un savoir-faire artisanal, besogneux. Cependant les distinctions n'étaient pas si tranchées : lorsque l'artisan devenait artiste et lorsque le lettré qui appréciait ce travail « naturaliste » et détaillé produisait dans le même espritDans l'Antiquité et jusque sous la dynastie Tang c'est plutôt la représentation de personnages et le portrait qui est valorisé. Le portrait de l'Empereur devra toujours être conforme à un certain « naturalisme », mais le portrait à l'occidentale de l'empereur Qianlong par Giuseppe Castiglione fera problème encore au . Sous la dynastie Han l'attention s'était portée sur l'anatomie du cheval et ceci s'est prolongé ensuite surtout sous les Tang. Sous les Song le goût pour les autres sujets naturels, en particulier les oiseaux, apparu sous les Cinq Dynasties, devient une mode avec les peintures de Fleurs et oiseaux sous l'empereur Huizong et ses successeurs. Mais tous ces sujets sont chargés de connotations multiples dans la culture chinoise, et leur pouvoir évocateur ne se limite en aucune manière à la seule description détaillée, laborieuse ou enjolivée, de faits visuels ou « naturels », au sens que ce mot, nature, a en Occident. C'est ce qui fait le charme poétique de ces peintures détaillées..
Pour un lettré une pratique artistique n'est jamais une distraction. L'étude et la copie, de peintures ou de calligraphies poétiques, ou le fait d'interpréter une ancienne œuvre musicale, sont des sources d'enrichissement au contact de personnalités mortes ou vivantes. L'activité artistique est revendiquée par les lettrés comme un acte de pensée (si) entendue comme émotion et raisonnement. Et les valeurs positives, dans le cadre général de la culture chinoise, qui caractérisent les œuvres des artistes professionnels (la référence, en particulier) peuvent être prises en considération, même depuis le point de vue actuel, car les artistes actuels continuent de faire référence à des traits de leur culture ancienne.
D'autre part, avec l’effondrement de l’Empire, au début du , une rupture radicale s'est opérée, alors que la tradition chinoise ne procédait pas par ruptures, plutôt par accumulation et approfondissement. Avec cette rupture et l'ouverture sur les cultures occidentales, les notions modernes nécessitaient l'invention de nouveaux concepts et un vocabulaire rénové.
L'art chinois actuel (le terme moderne : yishu Préface de Léon Vandermeersch qui rappelle que yishu, recoupant yi et shu, correspond à l'ancien terme traduisible en « technique des arts libéraux »., est fondé sur la connaissance de l'art à l'échelle globale, où le modèle culturel proposé par le système artistique occidental sert de référenceCette appréciation est d'une formulation similaire à celle de Wang Huangsheng, directeur du musée d'art du Guangdong, dans le catalogue de l'exposition Le Moine et le démon, Lyon, 2004... C'est cette notion de l'art au sens large qui est utilisée dans cet article pour traiter tous les aspects de l'art chinois depuis les premières formes d'art jusqu'à aujourd'huiMais les historiens d'art parlent aussi d'art chinois au sens restreint des arts visuels sans que cela soit explicité. Pour approfondir cette connaissance du champ artistique chinois, ci-dessus : « Spécificités des arts en Chine sous l'Empire et plus précisément le paragraphe sur les peintres»..
Chronologie
Les chronologies culturelles et politiques ne correspondent pas systématiquement avec celles des pratiques artistiques et ce qu'elles représentent. Aussi l'article ci-dessous découpe l'histoire de l'art selon des périodes qui ne correspondent pas toujours avec les événements politiques. Les dates indiquées pour les périodes couvrant le Néolithique et l'Antiquité sont entendues comme antérieures à notre ère, sans qu'il en soit fait mention. Seules sont explicitées les dates proches de notre ère.
Paléolithique... et Néolithique (du au début du millénaire avant notre ère)