Fulbert (fl. ) est un chanoine parisien.

Il est connu pour être l’oncle d'Héloïse d'Argenteuil et le coupable d'une cruelle vengeance sur Abélard.

Biographie

Frère d'Hersende (Hersende de Champagne ?), la mère d'Héloïse, il exerce depuis au moins 1102W. Robl, Hersindis Mater. Neues zur Familiengeschichte Heloisas mit Ausblicken auf die Familiengeschichte Peters Abaelard, in U. Niggli, Abaelard. Werk, Leben, Wirkung, Forschungen zur europäischen Geistesgeschichte nº 4, p. 62, , Fribourg-en-Brisgau, 2003 ., au sein de l'Hôpital des Pauvres, une charge de sous-diacre « extra muros »B. Guérard, Cartulaire de l'église Notre Dame de Paris, in Collection de documents inédits sur l'histoire de France, Crapelet, Paris, 1850, vol. 1. c'est-à-dire à l'extérieur du Cloître. C'est une charge probablement obtenue grâce à deux alliés de la famille, le feu suffragant Guillaume de Montfort, et la demi-sœur de celui-ci, la reine illégitime Bertrade, retirée depuis 1104 à Fontevrault.

Au début de l'année 1116Sylvain Piron, « Reconstitution de l'intrigue », Lettres des deux amants, NRF Gallimard, Paris, 2005, p. 27 ., la liaison entre Héloïse et son professeur Pierre Abélard est découverteJean Jolivet, Abélard ou la philosophie dans le langage, Saint-Paul, 1994, p. 18.. Il renvoie alors Abélard, attisant la flamme des corps séparésAbélard, Historia calamitatum.. Le professeur est alors surpris une nuit en flagrant délit, pendant les ébats du couple, et la jeune fille est éloignée à son tourAbélard, Lettres des deux amants, nº 108, .

Abélard retourne seul à Paris, négocier le pardon de Fulbert, lequel obtient une promesse de mariage sans qu'Héloïse, restée au Pallet, n'ait été consultée.

Pour Fulbert, l'honneur familial est réparé par le mariage. Aussi trahit-il la convention passée avec son quasi-gendre en rendant ce mariage public, alors qu'Héloïse s'obstine à le nier, en public comme en privé. Si elle agit ainsi, c'est parce qu'elle se soucie de préserver le secret qui protège la carrière de son mari mais aussi parce qu'elle n'a pas renoncé à une vie de femme libre. Son projet reste clairement que l'amour seul demeure, par delà les obligations conjugales, une attache entre époux et que chacun d'eux conduise sa vie professionnelle comme il l'entend. L'oncle ne supporte pas ce qui est une insoumission à l'ordre familial et une subversion d'une institution sociale telle que le mariage.

Il bat sa nièce ingrate, à chaque marque d'obstination, méthode d'éducation tout à fait ordinaire à l'époqueGuibert, Autobiographie, introduction, édition et traduction par Edmond-René Labande, Les Belles Lettres, Paris, 1981, p. 32., du moins pour les garçons. Pour se soustraire aux coups, celle-ci, désormais émancipée de la tutelle de son oncle par son mariage, mais ne pouvant pas s'installer en ménage avec son mari, sans révéler le secret au public, retourne comme pensionnaire au couvent très mondain de Sainte Marie d'Argenteuil. Plus que jamais, les apparences cachent le plus scabreux. Abélard n'hésite pas à sauter le mur du couvent et les amants et époux n'ont de cesse de se rencontrer, jusqu'à forniquer dans un coin du réfectoireAbélard, Correspondance, V..

L'oncle se croit trahi, une seconde fois par un Abélard qui, jugeant paternité et travail d'écriture incompatibles dans un foyer qui ne disposerait pas de domesticité et d'espace suffisant, rechigneEtienne Gilson, Héloïse et Abélard, Paris, Vrin, 1978, p. 25-54. à devenir un « âne domestique »Abélard, Sermones, XXXIII.. Il voit le roué abandonner tout projet familial et se débarrasser d'une épouse en l'obligeant à entrer dans les ordresM. T. Clanchy, Abélard, p. 230-251, Flammarion, Paris, 1997.. En , il le fait châtrer, châtiment habituellement réservé au violeur, par des hommes de main, qui ont soudoyé le valet de la victimeLe crime n'a donc pas eu lieu dans le logement qu'occupait auparavant Abélard dans le presbytère jouxtant la chapelle Saint-Christophe jusqu'à ce que Fulbert, informé de l'intrigue qui se jouait sous son toit, l'en chasse et qu'Héloïse venait de déserter pour le monastère Saint Marie d'Argenteuil. Il est vraisemblable, mais très incertain, qu'Abélard se soit installé dans un appartement de l'hôtel que possède son protecteur Etienne de Garlande dans le Cloître de Paris et que ce soit là que l'agression nocturne a eu lieu. Le souvenir d'une maison d'Héloïse et Abélard s'y est en effet conservé (cf. infra note "Tympan d'une fenêtre de façade, 11 quai aux Fleurs, rubrique Monuments, $ Célébration)..

Dès le lendemain matin, la foule afflue autour des lieux du crime. Les bourgeois de Paris, estimant l'honneur de leur ville en causeFoulques de Deuil, Lettre à Abélard, in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, p. 244, 10/18, Paris, 1964., peut être moins par la blessure infligée à un écolâtre que par l'injure faite au second personnage de l'État qu'est le chancelier Étienne de Garlande en s'attaquant à un de ses proches, saisissent le suffragant Girbert, dont relève le chanoine. L'évêque juge que le préjudice n'est pas seulement physique, mais que ce qui est lésé, c'est la notoriété d'Abélard, privé de voir son public sans éprouver de honte. Aussi le tribunal épiscopal condamne-t-il, selon la loi du talion, le valet et un des exécutants à la castration, mais aussi à l'énucléation. Les autres complices n'ont pu être arrêtés. Fulbert est démis de son canonicat, ses biens sont confisqués. Le vieillard ayant nié, un doute subsiste sur le mobileQuelle est la part de la souffrance morale de sa nièce, qui s'est certainement affligée plus d'une fois de l'inconstance de son amant et mari, que Fulbert a prise en considération ? Quels étaient les motifs de ressentiment de son valet à l'égard d'Abélard ? et les intentions du commanditaireCelui-ci n'a pu être désigné que par les ruffians, qui devaient être particulièrement ignorants ou stupides pour espérer échapper aux sanctions en s'attaquant à un homme d'une telle notoriété. L'enquête n'a pu être conduite qu'à partir des aveux du valet.. Aussi Abélard renonce-t-il à faire appel, mais il reçoit sans doute un dédommagement matériel pris sur les biens saisis, dont l'usage revient ainsi à son épouse.

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Chanoine du XIe siècle Catégorie:Chanoine du XIIe siècle Catégorie:Date de naissance incertaine (XIe siècle) Catégorie:Date de décès incertaine (XIIe siècle)