L'ouvrage de Schœnenbourg, ou ouvrage de SchoenenbourgLes sources fournissent deux graphies pour le lieu-dit : « Schœnenbourg » (le nom officiel de la commune voisine de Schœnenbourg, le nom de l'ouvrage sur la carte IGN, ainsi que dans .), ou « Schoenenbourg » (nom du bois voisin sur la carte IGN, sur le site de l'association entretenant l'ouvrage, dans , ainsi que selon l'arrêté du commissaire général de la République du approuvant la dénomination officielle des communes des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle., est un ouvrage fortifié de la ligne Maginot, situé à la limite des communes de Hunspach et d'Ingolsheim, dans le département français du Bas-Rhin en région Grand Est.

C'est un gros ouvrage d'artillerie, comptant huit blocs. Construit à partir de 1931, il a été légèrement abimé par les combats de , puis par les sabotages allemands de 1945, avant d'être réparé au début de la guerre froide.. C'est le plus grand ouvrage de la ligne ouvert au public en Alsace, inscrit dans son intégralité à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, avec tous ses éléments d'origine.

Position sur la ligne Faisant partie du sous-secteur de Pechelbronn dans le secteur fortifié de Haguenau, l'ouvrage de Schœnenbourg, portant l'indicatif O 800, est intégré à la « ligne principale de résistance » entre les casemates CORF d'intervalle de Breitenacker Sud à l'ouest et d'Ingolsheim Ouest à l'est, à portée de tir des canons du gros ouvrage du Hochwald (demi-ouvrage Est, indicatif O 720). Il est l'ouvrage le plus oriental parmi ceux du Nord-Est (la ligne se poursuit le long du Rhin uniquement avec des casemates).

Les deux entrées sont à contre-pente dans l'Hinterwald, un bois à l'extrémité occidentale de la commune de Hunspach et à au nord de Schœnenbourg. Les blocs de combat de l'ouvrage sont installés à l'altitude (cote) 200 mètres au sud-ouest d'Ingolsheim, dominant les environs.

Description L'ouvrage est composé en surface de six blocs de combat et de deux blocs d'entrée, avec en souterrain des magasins à munitions (un M 1 et plusieurs M 2), une usine (avec quatre groupes électrogènes Sulzer de ) et une caserne, le tout relié par des galeries profondément enterrées.

Les combats de la Première Guerre mondiale ont appris à séparer les entrées et les casernements des blocs de combats : sur les ouvrages de la ligne Maginot les blocs de combats sont appelés « avants », ils sont distants de plusieurs kilomètres des blocs d'entrées, des casernements et des magasins de munitions qui sont appelés « arrières ». Les avants et les arrières sont reliés par une galerie de plus de .

Avants Bloc 1 Le bloc 1 est une casemate d'infanterie sur deux niveaux flanquant vers l'ouest. Il est équipé de deux créneaux pour jumelages de mitrailleuses dont un peut être remplacé en cas de nécessité par un canon antichar de (JM/AC 47), un fusil-mitrailleur en flanquement et une issue de secours menant dans le fossé diamant. Le bloc est protégé par deux cloches GFM (guetteur fusil-mitrailleur). Le bloc 1 est particulièrement difficile à ravitailler car il ne dispose pas de monte-charge, les munitions devaient donc être montées par les hommes.

Bloc 2 Le bloc 2 est un bloc pour une tourelle de mitrailleuses. Malgré l'efficacité de la tourelle, les dessus du bloc sont protégés par une cloche GFM. Mais, comme le bloc 1, il ne dispose pas de monte-charge et les munitions devaient donc être amenées à dos d'hommes.

Bloc 3 Le bloc 3 est un bloc pour une tourelle de . Les dessus du bloc sont protégés par une cloche GFM, ce qui n'était pas recommandé car la cloche crée un angle de tir mort. Les dessous quant à eux accueillent les magasins de munitions M 1 et M 2 ainsi que le poste de commandement du bloc. Le bloc possède un monte-charge d'une capacité de .

Bloc 4 Le bloc 4 est identique au bloc 3 mais possède en plus une cloche VDP (vue directe et périscopique, indicatif O 5).

Bloc 5 Le bloc 5 est un bloc pour une tourelle pour deux mortiers de . Les dessus du bloc sont protégés par une cloche GFM et une cloche LG (lance-grenades, qui ne sera jamais armé). Le bloc possède un monte-charge d'une capacité de .

Bloc 6 Le bloc 6 est identique au bloc 1 mais ne possède qu'une seule cloche GFM.

Arrières Bloc 7 Le bloc 7 est le bloc d'entrée pour les munitions (EM). Il possède deux monte-charges, l'un de , l'autre de . Le bloc est protégé par deux cloches GFM, trois créneaux pour fusils-mitrailleurs, un créneau pour un jumelage de mitrailleuses pouvant être remplacé en cas de nécessité par un canon anti-char de . Pour sa défense rapprochée, le bloc possède également un blockhaus interne pourvu d'un fusil-mitrailleur.

Le bloc 7 est aussi le support de l'antenne de transmission pour la TSF (transmission sans fils). Dans ses dessous, le bloc 7 abrite un des magasins à munitions de l'ouvrage.

Bloc 8 Le bloc 8 est le bloc d'entrée pour les hommes (EH). Dans sa configuration initiale, le bloc était semblable à toutes les entrées pour les hommes, il possédait pour sa défense rapprochée une cloche GFM, une cloche LG (lance-grenades), un créneau pour jumelage de mitrailleuses pouvant être remplacé par un canon antichar de et de deux créneaux pour fusils-mitrailleurs. Il possède un monte-charge dont le puits sert aussi de ventilation.

En raison des explosions internes causées par les Allemands en 1944, le bloc a été reconstruit selon des plans établis en 1950.

Dessous Les dessous de l'ouvrage abritent la caserne, la cuisine, les filtres à gaz, l'infirmerie mais surtout le cœur de tous les ouvrages de la ligne Maginot : l'usine électrique. Usine

L'usine est la centrale électrique. Elle est le cœur de l'ouvrage, c'est elle qui va produire l'électricité nécessaire au bon fonctionnement de l'ouvrage en cas de coupure électrique du secteur civil. À l'extérieur, près du bloc 8 se trouve le transformateur de l'ouvrage, il abaisse la tension à pour alimenter le fort. Bien qu'il soit situé près des arrières, il n'est pas protégé contre les bombardements. L'ouvrage de Schœnenbourg dispose de quatre groupes électrogènes, composés chacun d'un moteur Diesel Sulzer 4 KD 22 (à quatre cylindres, fournissant à )Les gros diesels ont été construits par la CCM, la Compagnie de constructions mécaniques, à Saint-Denis, sous licence avec Sulzer. couplé à un alternateur de pour une tension de , complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 65, de à )Le nom du petit moteur Diesel CLM 1 PJ 65 correspond au fabricant (la Compagnie lilloise de moteurs, installée à Fives-Lille), au nombre de cylindres (un seul fonctionnant en deux temps, mais avec deux pistons en opposition), au modèle (PJ pour « type Peugeot fabriqué sous licence Junkers ») et à son alésage ( de diamètre, soit de cylindrée). servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros diesels. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau, fournie par une réserve d'eau de qui va ensuite circuler dans la caserne pour servir de chauffage. Il existe une réserve de gazole de .

Sous-station traction Le train interne, qui permet de relier les avants et les arrières rapidement, doit être alimenté par une tension de continu. C'est le rôle de la sous-station "traction" de transformer le courant de alternatif en continu. Son deuxième rôle est d'élever la tension à alternatif pour l'alimentation des avants qui sont distants de plusieurs centaines de mètres.

Sous-station des avants C'est là que le courant de est redescendu à une tension de pour alimenter les blocs avants.

Ventilation

Encore une fois, les enseignements de 1916 se font ressentir au niveau des risques liés aux gaz de combat. Contrairement aux forts Séré de Rivières conçus et construits après la guerre de 1870 et donc avant l'utilisation militaire des gaz de combat, forts en service lors de la Première Guerre mondiale, la ligne Maginot a été équipée d'un système de ventilation extrêmement performant. Cette ventilation permet de faire face à tous les types de gaz de combat existant en 1930.

L'air nécessaire à l'ouvrage provient normalement d'une aspiration par les entrées. Cet air est pulsé dans les galeries et dans les blocs de combat. L'air vicié en provenance de l'usine, de la caserne et des cuisines est rejeté par le bloc d'entrée des hommes.

Dans les blocs ou blockhaus où se trouvent des armes, les ventilateurs assurent une légère surpression qui joue deux rôles : évacuer au maximum les gaz dus aux tirs, empêcher les gaz toxiques de pénétrer dans les blocs.

L'évacuation des gaz dus aux tirs est faite par un autre ensemble de ventilateurs refoulants qui prennent les gaz dans les chambres de tir et dans les points de chute des douilles.

Comme les prises d'air des entrées peuvent se trouver dans une nappe toxique envoyée par l'ennemi, l'air aspiré passe d'abord dans une partie des quatre batteries de sept filtres avant d'être envoyé dans la galerie. Mais il est alors insuffisant pour fournir les blocs de combat. Dans ce cas de passage au régime "air gazé", les blocs deviennent autonomes et aspirent l'air qui leur est nécessaire à l'extérieur avec des ventilateurs qui leur sont propres.

Si les blocs de combat sont eux-mêmes dans une nappe toxique, l'air doit alors passer par des batteries de filtres de blocs dont le volume est variable avec le type du bloc.

Galerie principale

La galerie principale permet de relier les avants et les arrières. Elle est équipée d'une voie de 60 qui permet d'acheminer rapidement les munitions et la nourriture des soldats au combat depuis les magasins du bloc 7 vers les blocs de combats.

Une issue de secours secrète se trouve le long de la galerie un peu après la gare arrière. Cette issue de secours débouche à la verticale de la galerie dans la forêt. Une échelle métallique permet d'accéder à un palier à mi-niveau ; à partir de ce palier, le puits de sortie est rempli par du gravier. Au moment voulu, il faut faire tomber le gravier dans un puits inférieur par un système de trappe, ce qui permet de rendre accessible l'échelle métallique qui débouche dans la forêt. De l'extérieur, l'issue reste invisible tant qu'elle n'est pas mise en service.

Au milieu de la galerie, au niveau de la courbure, se trouve l'égout. L'égout évacue les eaux usées vers l'extérieur, c'est donc le point le plus bas de l'ouvrage (-). Cet égout est une galerie longue de qui débouche dans une crevasse de la forêt, ce qui empêche l'ennemi d'y parvenir mais permet à l'équipage de s'en servir comme sortie de secours. L'égout est tout de même protégé par un blockhaus interne armé de fusils-mitrailleurs.

Un peu plus loin le long de la galerie se trouve le poste de commandement (PC). Il se décompose en trois parties : le poste de commandement de l'ouvrage (PCC) ; le poste de commandement de l'artillerie de l'ouvrage (PCA) ; le poste de commandement de l'infanterie de l'ouvrage (PCI). C'est ici que se concentrent toutes les informations recueillies par les observatoires et les blocs de combats et qui, après traitement, font l'objet d'un envoi de commande de tir aux blocs de combat.

Histoire

L'ouvrage de Schœnenbourg est parmi ceux qui ont le plus combattu pendant les combats de . Du au , il tira de et de , soit un total de en , dont en dix jours (du 14 au ) auxquels se rajoutent de Des canons de L modèle 1878 de Bange sont restés sur les dessus de l'ouvrage avant d'être détruits par les bombardements allemands de .. Pendant cette période, il reçut de , de , d'avion et de et . Invaincu, il résista aux assauts ennemis jusqu'au , soit six jours après l'armistice. Il ne se rendit que sur ordre du haut commandement français.

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