Comnène (en grec byzantin : ), surnommé Misophaes (« qui déteste la lumière du Soleil ») né vers 1118 et tué le , est un empereur byzantin de à sa mort. Fils du sébastocrate Isaac Comnène et petit-fils d', il arrive tardivement sur le trône, alors qu'il est âgé de plus de soixante ans. Auparavant, sa vie est parsemée d'événements chaotiques. Il s'oppose à plusieurs reprises à son cousin, l'empereur , qui est contraint de l'emprisonner quand Andronic ne s'enfuit pas parmi les différents États voisins de l'Empire byzantin.

À la mort de Manuel, Andronic ne tarde pas à profiter du vide du pouvoir engendré par la minorité d' et l'incapacité de ses régents à faire valoir leur autorité. Il se porte à la tête d'une rébellion unissant la population de la capitale et les membres de l'aristocratie mis de côté sous les précédents empereurs Comnène. Son arrivée sur le trône, marquée par le massacre des Latins de Constantinople, inaugure un règne troublé et violent. Il a l'ambition de réformer en profondeur l'administration de l'Empire, ce qui donne de lui l'image d'un empereur hostile à l'élite dominante, un constat aujourd'hui en partie nuancé. Surtout, il réprime avec violence les oppositions qui se dressent contre lui, emprisonnant, tuant ou mutilant ses rivaux potentiels. Il s'aliène rapidement une bonne partie de l'aristocratie dominante, fait face à de multiples révoltes tandis que les frontières de l'Empire sont assaillies, notamment par les Normands. Finalement, deux ans après sa prise du pouvoir, il est renversé par une révolte spontanée conduite par et exécuté au terme d'une atroce agonie.

En dépit de la brièveté de son règne, la personnalité d'Andronic tout autant que ses réformes ambitieuses ont suscité un fort intérêt de la part des historiens qui portent un regard ambivalent sur lui. Il est loué pour son désir de réforme, mais sévèrement jugé pour son despotisme qui contribue à plonger l'Empire dans une période troublée, aboutissant au sac de Constantinople en 1204.

Une vie riche avant l'arrivée sur le trône vignette|gauche|Arbre généalogique simplifié de la maison Comnène.

Andronic est le fils d'Isaac Comnène, un frère de l'empereur (1118-1143). Isaac entretient avec son frère des relations conflictuelles, tentant en vain de s'emparer du trône impérial à plusieurs reprises, préfigurant les ambitions de son fils. Isaac est contraint de se réfugier auprès de l'émir danichmendide Gumuchtegin avec ses fils, ce qui inaugure, pour Andronic, des séjours récurrents chez les voisins de l'Empire. En désaccord avec (1143-1180), Andronic est la plupart du temps en disgrâce, en résidence forcée ou en exil durant le règne de son cousin. Il est à la fois intelligent, instruit, pratiquant assidu des exercices physiques, cavalier accompli, d'un très grand courage, fort populaire dans l'armée, bon vivant, séducteur et aventurier. Du fait de la richesse de son existence avant d'arriver sur le trône, sa vie est souvent décrite comme aventureuse ou romanesque, et il est comparé au héros Digénis Akritas par Michael Angold.

vignette|redresse|alt=Miniature représentant l'empereur Manuel|Miniature de Comnène, le cousin d'Andronic, avec qui il entretient des relations difficiles et souvent conflictuelles. Bibliothèque apostolique vaticane.

Au début du règne de Manuel, il entretient de bonnes relations avec son cousin. En 1145-1146, à l'occasion d'une campagne contre les Seldjoukides, une rixe oppose Isaac Comnène (le fils de et frère aîné de ) et Jean Axouch à et Andronic, lors de laquelle Isaac aurait tenté de frapper Andronic de son épée, seulement empêché par l'intervention de Manuel. Selon Charles Diehl, Manuel garde toujours une indulgence secrète pour son cousin, lui pardonnant régulièrement ses écarts et erreurs. En 1151, il le nomme thémarque de Cilicie. La situation de cette région est alors très difficile, car hormis quelques ports et places fortes, elle est entièrement aux mains des Arméniens, et les attaques du sultanat de Roum sont incessantes. Ainsi, en 1152, à la tête d'une armée de , Andronic essuie une défaite face aux Arméniens à Mopsueste, confirmant la difficulté des Byzantins à réintégrer ce territoire dans le giron de l'EmpireClaude Mutafian, Le Royaume Arménien de Cilicie, , Paris: CNRS Éditions, pages 30-33, 2009, ..

En 1153, Andronic est nommé thémarque de Naissos, dans les Balkans, où il participe activement aux négociations avec le royaume de Hongrie, le rival régional de l'Empire. Il semble qu'il en profite pour s'assurer du soutien des Hongrois en vue de s'emparer du trône impérial : il leur aurait promis les villes de Niš et de Braničevo. Manuel aurait été mis au courant de cette conspiration et aurait rappelé Andronic auprès de lui. Revenu à Constantinople, il entretient une liaison avec Eudoxie, la sœur de Jean Doukas Kamatéros, un haut dignitaire de l'Empire, avec lequel il est en compétition pour l'obtention du titre de grand domestique à la mort de Jean Axouch. À une occasion, Jean aurait tenté de faire tuer Andronic alors venu rendre visite à Eudoxie mais, mis au courant par celle-ci, il serait parvenu à s'enfuir. Néanmoins, ces relations tumultueuses avec des membres haut placés finissent par lui causer du tort. En 1154 ou 1155, Manuel décide d'emprisonner son cousin, peut-être persuadé par des membres de son entourage des intentions malveillantes d'Andronic. Cet emprisonnement marque une rupture dans les relations entre Manuel et Andronic, qui tente plusieurs fois de s'évader. Il est prêt d'y parvenir en 1158, quand il réussit à se cacher dans un souterrain de sa prison, faisant croire à son évasion. Les représailles frappent sa femme, emprisonnée à sa place mais dès le premier jour, Andronic, qui n'a pas quitté sa geôle, retrouve sa femme. C'est lors d'une de ces nuits où Andronic revenait secrètement dans sa cellule qu'ils auraient conçu leur deuxième fils, Jean Comnène. Ils finissent par s'enfuir de la prison mais sont rapidement rattrapés et emprisonnés de nouveau. En 1164, avec la complicité d'un domestique, il s'échappe pour de bon et gagne alors la cour de son autre cousin, le prince de Galicie . Toutefois, ce dernier, mis sous pression par , ne tarde pas à lui retirer son soutien et Andronic revient à Constantinople, où il reçoit le pardon de son cousin ainsi qu'un commandement militaire important lors d'une campagne en Hongrie.

Pour autant, Andronic ne renonce pas à s'opposer à son cousin. Il critique le fait que Manuel décide de déclarer comme ses héritiers sa fille Marie et son fiancé, le prince Béla de Hongrie, dans le cas où il n'aurait pas d'héritiers mâles. Or, Andronic s'oppose à ce que le trône byzantin revienne à un souverain étranger et il bénéficie rapidement de nombreux soutiens, notamment celui d'Alexis Axouch. Pour l'éloigner, Manuel le renvoie une nouvelle fois en Cilicie (1166), mais il le destitue très vite et Andronic s'enfuit alors en Palestine croisée avec le produit des impôts ciliciens. Il y déploie promptement ses talents de séducteur, usant de ses charmes sur Philippa d'Antioche, la sœur de l'épouse de Manuel, Marie d'Antioche. Ce dernier n'approuve guère cette nouvelle aventure et cherche à le faire capturer pour le punir de sa déloyauté. Andronic quitte donc la principauté d'Antioche pour Saint-Jean-d'Acre. Là, il s'éprend de Théodora Comnène, jeune veuve de qui est également sa nièce. Manuel le décrète traître, met sa tête à prix et ordonne à ses agents de le capturer avec l'ordre de lui crever les yeux : Andronic s'enfuit avec Théodora (1167) et mène pendant treize ans une vie aventureuse de chef mercenaire à Damas, Bagdad, en Géorgie, à Mardin, à Erzurum, puis chez un émir turc de l'ancien thème de Chaldée, qui lui donne une forteresse à la frontière turco-byzantine où il se comporte en chevalier brigand, rançonnant les caravanes et pillant le territoire impérial. Lors d’une de ces incursions, Théodora est capturée par le gouverneur de Trébizonde. L'ensemble de ces péripéties aux frontières de l'Empire ont grandement contribué à forger l'image d'un personnage à la destinée romanesque. Marqué par la capture de sa maîtresse pour laquelle il a une profonde affection, Andronic requiert le pardon impérial. Manuel accepte et Andronic peut revenir à Constantinople dans les premiers mois de l'année 1180. Le souverain désire alors renforcer la position de son fils Alexis Comnène comme successeur, d'autant que celui-ci est encore mineur et qu'Andronic pourrait en profiter pour lui ravir le trône. Son retour prend une dimension théâtrale car il manifeste avec emphase sa reconnaissance à son cousin, qu'il prie de bien vouloir lui pardonner ses actes antérieurs. En dépit de la confiance qu'il lui renouvelle, Manuel préfère le tenir à distance de la cité impériale et l'envoie en retraite dans la lointaine région du Pont, à Oinòe, tandis que ses fils sont retenus dans la capitale.

Contexte : un pouvoir impérial fragilisé

vignette|redresse=1.3|alt=Carte représentant en rouge l'aire dominée par l'Empire byzantin|L'Empire byzantin en 1180. thumb|L'Empire byzantin en 1180. Sous , toute la côte méridionale de l'Anatolie, Chypre et une partie des Balkans ont été perdus. À la mort de en 1180, c'est le jeune qui devient empereur mais il n'est alors qu'un adolescent. L'Empire byzantin constitue en ce temps-là une puissance de premier plan après les entreprises de restauration entamées par , poursuivies par et . Il domine les Balkans et est parvenu à reconquérir les régions littorales de l'Anatolie, même si l'échec de Manuel à la bataille de Myriokephalon (1176) consacre l'implantation du sultanat de Roum sur le plateau anatolien. Néanmoins, sur la scène internationale, l'Empire byzantin est isolé, faisant face à des forces dangereuses tout autour de lui : les Seldjoukides à l'Est, le royaume de Hongrie péniblement soumis au Nord et le royaume de Sicile toujours menaçant à l'Ouest.. La mort de Manuel signe aussi la fin des prétentions de l'Empire à la suzeraineté sur la principauté d'Antioche, tandis que le royaume arménien de Cilicie retrouve sa pleine indépendance. L'économie est toujours florissante, même si les avantages consentis aux marchands italiens suscitent la méfiance (voire la défiance) de la population face à cette concurrence jugée déloyale.

Néanmoins, le système Comnène présente des fragilités. Il repose sur un réseau d'alliances matrimoniales dont l'empereur constitue le centre. Plus encore que les dynasties précédentes, la famille impériale est le pilier du gouvernement autour duquel gravite une aristocratie de plus en plus fermée aux autres couches de la société et qui se dispute des parcelles du pouvoir. Tant Alexis et Jean que Manuel sont parvenus à incarner la légitimité impériale par leurs succès et donc à résister aux ambitions contraires émanant parfois de leur propre famille ou à canaliser les rivalités au sein de l'aristocratie. Or, avec la régence qui s'annonce du fait de la minorité d', ce mode de fonctionnement ne peut plus tenir. Le protosébaste Alexis Comnène parvient à s'emparer des rênes du pouvoir en se rapprochant de l'impératrice douairière Marie d'Antioche, veuve de Manuel et mère du nouvel empereur. Bientôt, c'est une partie de l'aristocratie s'estimant lésée par cette confiscation du pouvoir qui commence à se dresser contre lui. La première conspiration est ourdie par Marie Comnène, la demi-sœur d' anciennement promise à Béla de Hongrie, et son mari Rénier de Montferrat. Bien que mise au jour, elle ouvre une période de troubles pour l'Empire.

Règne Rébellion et massacre des Latins vignette|alt=Miniature du protosébaste Alexis aveuglé|L'aveuglement du protosébaste Alexis Comnène par les partisans d'Andronic. Miniature de lHistoire d'Outremer de Guillaume de Tyr, , BnF, Fr.9081, .