Doukas (grec : ), né vers 1006 et mort le , est un empereur byzantin du au , fils d'Andronic Doukas, un noble paphlagonien qui était stratège et peut-être gouverneur du thème de Mésie. Il est le fondateur de l'éphémère dynastie Doukas qui régna sur l'empire de 1059 à 1081. D'un caractère affable et peu autoritaire, il s'appuya pour gouverner sur son épouse, son frère Jean et son ministre Michel Psellos, renversant les réformes mises en place par son prédécesseur, , lesquelles avaient suscité la haine de la noblesse civile et de l'Église et conduit à son renversement. Sur le plan extérieur, Constantinople perdit aux mains des Normands ce qui lui restait de possessions en Italie, pendant que dans les Balkans, les Magyars occupaient Belgrade et qu'en Asie mineure, ses troupes subirent plusieurs défaites contre celles du sultan seldjoukide Alp Arslan.
Famille et premières années thumb|left|Principales régions de l'Anatolie byzantine peu après l'an mil.
Le futur empereur appartenait à la famille des Doukas, riche famille de propriétaires terriens en PaphlagoniePsellos, Chronographie, (), 6.Sur les Doukas, voir Khazhdan (1991), « Doukas », , .
On sait très peu de choses sur les débuts de sa carrière, si ce n'est qu'il a été emprisonné par Jean l'Orphanotrophe, ministre de , pour avoir soutenu un rebelle. Puis, il apparaît parmi les partisans d' (), lesquels se coalisent pour renverser () en 1057. S'il se dit militaire, rien n'atteste qu'il ait occupé un quelconque poste dans l'armée.
Psellos qui le vénérait et avait contribué à son élévation le présente comme un homme modeste et effacé, replié sur lui-même et détestant la gloire du pouvoir : « Donc, il voulait rester replié en lui-même et il méprisait exagérément les dignités magnifiques ; il se vêtait de façon assez négligée et s'arrangeait d'une façon assez rustiquePsellos, Chronographie, (Isaac Comnène), 87.. » Son premier souci était de « mettre de l'équité et du bon ordre dans les affaires, de couper court à la cupidité et d’introduire la modération et la justice Psellos, Chronographie, (), 2.. »
Beaucoup moins louangeur, Jean Zonaras affirme d'abord que ce n'était pas un « pur » Doukas, mais que la branche mâle de la famille étant éteinte, il n'y appartenait que par une branche matrilinéaireZonaras, 18.8.13-14.. De même que Michel Attaleiatès, il lui reproche son avarice et son attachement à l'argent qui le conduiront à négliger l'arméeAttaleiates, History 77.2-19 / 58.18-59.5; Zonaras 18.8.18.
Tous les chroniqueurs de l'époque s'entendent toutefois pour dire qu'il était extrêmement pieux, détestait l'injustice et se refusa toujours à imposer les châtiments corporels qui étaient courants à cette époqueZonaras 18.8.15 Skylitzes Continuatus 112.11-16.
Lorsque le général Constantin Dalassène, dont il avait marié la filleIl ne semble pas y avoir eu d’enfants de ce premier mariage., fut emprisonné sur ordre de Jean l'Orphanotrophe à la suite d'une révolte à Antioche dont il avait été gouverneur, Constantin fut lui aussi brièvement emprisonné en 1034 et dut se retirer sur ses terresCheynet et Vannier (1986), Kazhdan et Epstein (1985), Patlagean (2007), .
On ne le voit réapparaître qu'en 1057 lorsque, à la suite des insultes proférées contre et Katakalôn Kékauménos par Voir article « Comnène », les généraux d'Asie mineure complotèrent pour renverser celui-ci. Après avoir contacté Nicéphore Bryenne, les généraux Romain Skléros, Michel Bourtzès, Nicéphore Botaniatès et les fils de Basile Argyros se réunirent à Gounaria en Paphlagonie pour proclamer un nouvel empereur. Leur premier choix semble s'être porté sur Constantin Doukas, mais celui-ci refusa l'offre, préférant céder la place à Isaac Comnène et prendre le deuxième rang Psellos, Chronographie, (), 5-14, () 8; Orationes funebres, 2, ; Attaliatès 56-59.
Avènement thumb|left|L’Empire byzantin en 1045.
Arrivé au pouvoir, Isaac s’était hâté de récompenser ses partisans : son frère Jean fut nommé domestique des Scholes (armée d'Occident) et reçut le titre de curopalate, titre qui fut également accordé à Kékauménos et BryenneCheynet (1996), Kadellis (2017) . Son allié des premières heures, Constantin, fut fait « césar », donc numéro deux du régime et héritier présomptif du trônePsellos, Chronographie (Isaac Comnène), 88. On le retrouve près du lit de mort de l'empereur, « tout rougissant et les yeux pudiquement baissés, comme à son habitude, […] les mains cachées sous son vêtement, selon la coutume Psellos, Chronographie, (Isaac Comnène), 89) ».
Son fils unique, Manuel, étant décédé, l'empereur Isaac devait désigner son successeur. Contre l'avis de l'impératrice Catherine qui le suppliait de conserver le pouvoirPsellos, Chronographie, (Isaac Comnène), 82 Isaac confirma alors l'élévation de Constantin au trône : « Déjà lorsque je (Isaac) fus choisi pour être empereur, c'est toi que je regardais comme le plus imposant de nous deux et comme celui à qui convenait le mieux l'appareil impérial.
Presque immédiatement, toutefois, l'empereur semble s'être ravisé : ce grand intellectuel, charmant et apprécié de tous, mais sans grande fermeté, aurait-il l'énergie de poursuivre les réformes que lui-même avait instaurées ? Dans un moment de rémission, Isaac aurait fait part de ses doutes à son ami et confident Psellos, lequel, pour mettre fin aux hésitations de l'empereur, aurait dès le lendemain fait asseoir Constantin sur le trône, le chaussant des bottines de pourpre, signe de l’autorité impériale, avant de le présenter au Sénat et aux officiers de l'arméePsellos, Chronographie, , « Constantin Doukas », 10.Psellos, dont l’humilité n’était pas la plus grande qualité, est le seul à rapporter cet épisode qui le présente, tel son grand rival Michel Cérulaire, comme « faisant et défaisant les empereurs ».
L'épouse d'Isaac Comnène, l'impératrice Catherine, continua à vivre au Palais et son nom était même acclamé avant celui de Constantin Doukas. Ce règne conjoint ne dura cependant que quelque temps après quoi elle se retira avec sa fille, Marie, au monastère du Myrelaion sous le nom de Xénè (Hélène)Varsos (1984),.
Règne
Politique intérieure
Devenu empereur à l'âge de cinquante-trois ans, Constantin s'appuya pour gouverner sur son frère, Doukas, sur Psellos et sur son épouse, Eudocie Makrembolitissa, nièce du défunt patriarche Psellos, Chronographie, (), 26.Treadgold (1997) .
Soucieux d'éviter l'hostilité de la bureaucratie civile, de l'Église et de la population qu'avait value à Isaac ses réformes trop rapides et impopulaires, Constantin se hâta d'abolir les mesures de son prédécesseur et de restaurer dans leurs rangs les personnes qui avaient été ou bien destituées ou dont le rang (et les émoluments afférents) avaient été réduits. Résultat : il échappa de peu, quelques mois plus tard, à une tentative de coup d'État mené par le préfet de Constantinople qui voulait continuer l'entreprise commencée par IsaacPsellos, Chronographie, , (), 22. Devant faire des économies, il permit aux militaires de rejoindre les rangs de l'administration civileAttaliates, 76. 10-12. Et pour se concilier l'Église, il fit de généreux dons à divers monastères, ce qui requit de nouvelles taxes, lesquelles devaient inspirer une rébellion en 1066 dans le nord de la GrèceKazdhan (1991), « Doukas », , Treadgold (1997) .
Un de ses principaux soucis sera l'administration de la justice, présidant lui-même divers procès : « Il se tourna vers le jugement des procès […] Il se fit dur pour les fauteurs d'injustice, tandis que pour leurs victimes, il se montrait plein d'affabilité et de bienveillancePsellos, Chronographie, (), 16.. Détestant les mutilations qui avaient cours jusque-là, il s'abstint de tout châtiment corporel, menaçant violemment, pour inspirer la crainte et ne pas avoir à sévir ultérieurementPsellos, Chronographie, (), 18. Lors même de la tentative de coup dirigée contre lui, nombre de rebelles furent exilés et leurs propriétés confisquées, mais aucun ne fut exécutéAttaliates, 71-75.
Tout comme son prédécesseur, qui en deux ans n'avait pas eu le temps de rétablir complètement les finances de l'État, dut faire face à une situation financière difficile. Se refusant à dévaluer la monnaie comme l'avaient fait les derniers Macédoniens (avec les conséquences inévitables sur le pouvoir d’achat de l'aristocratie et des propriétaires-fermiers), il tenta, fidèle à son caractère, d'être un « administrateur du juste milieu »Psellos, Chronographie, (), 3Attaliates 71, 76-77 tentant de pratiquer une politique d'austérité tout en générant de nouveaux revenus. Ainsi, après sept ans de règne, il devait laisser les coffres de l'État « non pas tout à fait pleins, ni même pleins jusque vers les bords, mais pleins à moitié » .
Politique étrangère vignette|gauche|La fin de l'Italie byzantine.
Cette politique devait le conduire à négliger l'armée, principal composante du budget de l'État, à un moment où l'Empire était attaqué sur tous les fronts. Psellos lui-même dut reconnaître que sur ce point, « il manqua le but »Psellos, Chronographie, (), 17.. Moins obséquieux que Psellos, Michel Attaleiatès l'accusera d'avoir licencié les soldats les mieux entraînés et les plus compétents, se contentant de ceux qu'il fallait payer le moins cher et négligeant de les équiperAttaliates, 76-79; voir aussi Skylitzes continuatus, 112-113.
Sous son règne, ce qui restait de l'Italie byzantine, prise entre les Normands, la papauté et les États lombards, devait pratiquement disparaître. Arrivés en Italie vers 1035, les frères Guillaume, Drogon et Robert de Hauteville (dit Robert Guiscard) de la maison normande de Hauteville, avaient conquis l'Apulie et la Calabre. Grâce à une entente avec le pape en 1059, ils purent se diriger vers le sud de l'Italie conquérant progressivement l'ensemble des possessions byzantines de la région. En 1060, ils s'empareront de Rhêgion (aujourd’hui Reggio de Calabre, face au détroit de Messine) et de Tarente (dans les Pouilles). Profitant de l'absence de Robert Guiscard parti conquérir la Sicile, l'empereur dépêcha une armée reconquérir Tarente et la Longobardie, mais Robert Guiscard devait recouvrer le territoire dès son retour en 1062. Il ne restera plus que la région côtière autour de Bari (plus au nord dans les Pouilles) dont Robert commencera le siège une année après la mort de et dont la reddition en 1071 marquera la fin de la présence byzantine en ItalieSkylitzes continuatus, 169; Attaliates, 92Treadgold (1997) Kaldellis (2017) .
thumb|left|Les royaumes d'Arménie au .
En 1064, la scène se porta en Asie mineure où le nouveau sultan, Alp Arslan (), après avoir établi son pouvoir chez lui, décida de profiter de la faiblesse de l'Empire byzantin et de marcher sur l'Arménie, conquérant d'abord Ani (aujourd’hui dans la province turque de Kars au sud de la frontière arménienne) occupée par les Byzantins depuis 1045 Attaleiates, 79-82. Contrairement aux raids précédents qui visaient surtout à accumuler du butin, il s'agissait cette fois d'une guerre de conquête. Les Turcs poursuivirent alors leur avance vers la Géorgie où le prince de Tashir se soumit. La seule consolation pour les Byzantins fut que le prince du Vanand, à l'ouest d'Ani et dont la capitale était Kars, craignant d'être la prochaine victime, décida de céder son territoire à l'empereur en échange de propriétés en Cappadoce pour lui et sa famille. Toutefois, après son départ, la population se soumit aux TurcsKaldellis (2017) .