Louis-Stephen St-Laurent (baptisé Louis-Étienne), né le à Compton (Québec), mort le à Québec, est un avocat, professeur et homme d'État canadien. Il est le premier ministre du Canada du au L'Encyclopédie canadienne : St-Laurent, Louis Stephen.

Biographie Jeunesse et carrière Louis St-Laurent est né à Compton, dans les Cantons de l'est, au Québec, de Jean-Baptiste-Moïse Saint-Laurent, un père canadien-français et de Mary Anne Broderick, une mère d'origine irlandaise. Il grandit en étant complètement bilingue. Il fait ses études et obtient des diplômes au Séminaire Saint-Charles (en 1902) a Sherbrooke et à l'Université Laval (en 1905) à Québec. On lui offre une bourse Rhodes après sa diplomation de l'Université Laval en 1905, mais il la refuse. En 1908, il épouse Jeanne Renault (1886-1966) avec qui il a deux fils et trois filles.

St-Laurent commence sa carrière comme avocat de 1905 à 1914 et devient ensuite professeur de droit à l'Université Laval. Il pratique le droit corporatif et constitutionnel au Québec et devient un des conseillers les plus respectés au pays. Il est président de l'Association du Barreau canadien de 1930 à 1932.

Son père, un petit commerçant de Compton, était un partisan dévoué du Parti libéral du Canada et était particulièrement épris de Wilfrid Laurier. Louis St-Laurent hérite des affiliations politiques de son père mais, bien que partisan libéral, demeure à l'écart de la politique active pour la plus grande partie de sa vie, se concentrant d'abord sur sa carrière d'avocat et sa famille. Il devient l'un des avocats les plus en vue du Québec et est tellement estimé qu'on lui offre un poste au cabinet du premier ministre progressiste-conservateur Arthur Meighen en 1926. Il est bâtonnier du Québec de 1929 à 1930.

Carrière politique Ministre dans le cabinet de Mackenzie King vignette|Mackenzie King et St-Laurent à la Conférence de San Francisco, mai 1945 Ce n'est que vers l'âge de 60 ans qu'il consent enfin à se lancer en politique lorsque le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King en appelle à son sens du devoir en 1941. Ayant grandement besoin de ministres solides venant du Québec, le premier ministre King recrute Saint-Laurent dans son cabinet de temps de guerre pour le nommer au poste de ministre de la justice après la mort de son lieutenant québécois, Ernest Lapointe. St-Laurent consent à se rendre à Ottawa avec l'entente que son incursion en politique est temporaire et qu'il reviendra au Québec lorsque la guerre sera terminée. Le , il est élu lors d'une élection partielle dans la circonscription de Québec-Est, libérée par la mort d'Ernest Lapointe.

St-Laurent appuie la décision de King d'imposer la conscription en 1944, malgré l'opposition de la plupart des Canadiens français (voir crise de la conscription (1944)). Son appui fait en sorte que seuls quelques députés libéraux québécois quittent le parti, et est donc crucial à l'unité du parti et du gouvernement. vignette|gauche|Louis St-Laurent et ses petits-enfants durant la fête de Pâques, 1948. King vient à voir St-Laurent comme le ministre en qui il a le plus confiance et son successeur naturel. Il le convainc qu'il est de son devoir de rester dans le gouvernement après que la guerre soit terminée, afin d'aider à la construction d'un nouvel ordre international d'après-guerre. King le nomme donc secrétaire d'état aux Affaires extérieures en 1945, un dossier que King avait jusque-là toujours gardé pour lui-même. Dans ce nouveau rôle, St-Laurent représente le Canada à la conférence de Dumbarton Oaks et à la conférence de San Francisco, qui mènent à la fondation de l'Organisation des Nations unies (ONU).

Lors de ces conférences, St-Laurent prône l'adoption d'une force militaire onusienne et est poussé par sa conviction que l'ONU serait inefficace en temps de guerre et de conflit armé sans quelque moyen militaire d'imposer sa volonté. Cette force qu'il propose serait utilisée dans des situations qui demandent à la fois du tact et de la puissance pour préserver la paix ou prévenir le combat. En 1956, cette idée est actualisée par St-Laurent et son secrétaire d'état aux Affaires extérieures, Lester B. Pearson, lors du développement des troupes de « maintien de la paix » de l'ONU, qui aident à mettre fin à la crise du canal de Suez. Cela n'empêche guère la mort dans des circonstances non-élucidées de l'ambassadeur du Canada en Égypte d'Herbert Norman le .

Voyant approcher la fin de son temps à la tête du Parti libéral, King persuade St-Laurent qu'il est de son devoir de lui succéder en tant que chef du parti et premier ministre afin d'assurer l'unité du parti et du pays. Cela continuerait également la tradition du Parti libéral qui veut qu'il alterne entre chefs anglophones et francophones.

Premier ministre du Canada vignette|Louis St-Laurent élu chef du Parti libéral du Canada, 7 août 1948 En 1948, King prend sa retraite et persuade ses ministres d'appuyer la nomination de St-Laurent à la tête du Parti libéral en . St-Laurent est élu, et devient chef du parti et premier ministre du Canada.

À l'élection fédérale de 1949, qui suit son accession à la tête du parti et du pays, plusieurs, même des libéraux, se demandent si cet homme timide et réservé, d'une digne allure de grand-père, attirera la population d'après-guerre du Canada. vignette|gauche|« L'oncle Louis ne peut pas perdre! »En campagne électorale, l'image de St-Laurent est développée pour en faire un « personnage », ce qu'on considère être la première « image médiatique » utilisée en politique canadienne. St-Laurent jase avec des enfants, prononce des discours en manches courtes et possède une allure d'homme ordinaire qui séduit les électeurs. Lors d'un évènement de la campagne de 1949, il débarque du train et gravite vers un groupe d'enfants sur la plateforme, et commence à leur faire la conversation. Un reporter publie un article intitulé « "Uncle Louis" can't lose! » (« L'oncle Louis » ne peut pas perdre!) ; il acquit ainsi le surnom de "Uncle Louis" dans les médias anglophones. Grâce à toute cette imagerie populaire, il mène son parti à la victoire électorale face au Parti progressiste-conservateur, dirigé par George Drew.

Sa réputation en tant que premier ministre impressionne. Exigeant de tous ses ministres et députés qu'ils soient travailleurs, il travaille dur lui-même. Il est réputé pour être aussi compétent dans certains dossiers ministériels que les ministres détenant ces dossiers.

Politique étrangère St-Laurent et son cabinet président à l'expansion du rôle international du Canada dans le contexte de l'après-guerre. Son désir explicite est que le Canada occupe dans le monde un rôle de « puissance moyenne » sur les plans social, militaire et économique.

Sur la question militaire, St-Laurent est un grand partisan et une force motrice de l'établissement de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord en 1949, jouant le rôle d'architecte et de signataire du document du traité. Son implication dans une telle organisation marque une séparation avec le style de Mackenzie King, qui avait toujours été réticent à se joindre à une alliance militaire. Sous sa direction, le Canada appuie les Nations unies dans la guerre de Corée et engage la troisième plus grande contribution aux troupes, vaisseaux et avions des forces de l'ONU dans le conflit. S'inspirant de Laurier, chef libéral tant admiré par son père, par exemple pour de la manière qu'il s'occupa de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud en 1899, et désirant éviter par-dessus tout une autre crise de la conscription comme celles vécues au Canada en 1917 et en 1944, les troupes envoyés en Corée sont sélectionnés sur une base strictement volontaire. Il évite ainsi le conflit anglais-français, qui avait divisé le pays lors de la participation canadienne aux deux guerres mondiales, et de s'attirer la colère d'une portion grandissante de la population canadienne, qui s'oppose à la guerre, ce qui avait ravagé deux générations successives.

En 1956, sous sa direction, le secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Pearson, aide à résoudre la crise du canal de Suez entre le Royaume-Uni, la France, Israël et l'Égypte en mettant de l'avant la position de 1946 de Saint-Laurent pour une force militaire sous le contrôle de l'ONU. Certains affirment que les actions de St-Laurent et Pearson auraient évité une guerre nucléaire. Ces actions sont reconnues en 1957, lorsque Pearson reçoit le prix Nobel de la paix.

St-Laurent appuie très rapidement la proposition du premier ministre britannique Clement Attlee de transformer le Commonwealth britannique d'un club de dominions à majorité blanche en un partenariat multiracial. Les dirigeants des autres « dominions blancs » soent moins enthousiastes. C'est St-Laurent qui propose la formule reconnaissant le roi George VI comme chef du Commonwealth comme moyen de permettre à l'Inde de demeurer membre de l'association internationale une fois transformée en république.

Politique intérieure Le gouvernement dirigé par St-Laurent est modérément progressiste et financièrement conservateur en remboursant la totalité de la dette accumulée par le Canada au cours des deux guerres mondiales et la Grande Dépression à l'aide des surplus générés par les impôts, dont l'armée n'a plus besoin. Avec les revenus restants, St-Laurent préside à l'expansion des programmes sociaux du Canada, incluant la création du Conseil des arts du Canada, et l'expansion graduelle des programmes de bien-être social telles que les allocations familiales, les pensions de retraite, le financement gouvernemental de l'éducation post-secondaire et une forme primitive d'assurance-maladie (appelée « assurance-hôpital » à l'époque), qui jette les bases du système d'assurance-maladie de Tommy Douglas en Saskatchewan et du système d'assurance-maladie national de Pearson dans les années 1960. De plus, il modernise et établit de nouvelles politiques sociales et industrielles pour le pays pendant son temps au poste de premier ministre. vignette|290px|gauche|Le premier ministre Louis S. St-Laurent et l'honorable A. J. Walsh se serrent la main après la signature de l'entente admettant Terre-Neuve dans la Confédération.

En 1949, St-Laurent institue la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada, qui débouchera notamment sur la création de la Bibliothèque nationale du Canada, le déménagement à Montréal et l'agrandissement de l'Office national du film et le début du financement fédéral des universités.

La même année, il met fin à la pratique de porter des causes canadiennes en appel au comité judiciaire du Conseil privé de la Grande-Bretagne, faisant de la Cour suprême du Canada le dernier recours d'appel disponible aux canadiens. Cette même année, il négocie une nouvelle version de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1949, qui donne au Parlement du Canada l'autorité de modifier des parties de sa constitution. De plus, cette même année, suivant deux référendums locaux, St-Laurent et Joseph R. Smallwood, négocient l'entrée de Terre-Neuve dans la confédération canadienne. En 1952, St-Laurent nomme Vincent Massey au poste de gouverneur général, la première personne née en sol canadien à occuper ce poste. Chacune des actions susmentionnées ont depuis été considérées comme significatives pour la cause de l'autonomie canadienne vis-à-vis du Royaume-Uni, ainsi que le développement d'une identité nationale sur la scène internationale.