John Paul Jones, né à Arbigland près de Kirkbean (Écosse) le et mort à Paris le , est un officier de marine écossais. Engagé dans la marine américaine, il est l'un des héros sur mer de la guerre d'indépendance des États-Unis. Bien qu'il se soit fait des ennemis au sein de l'élite politique américaine, son action pendant la révolution lui vaut une réputation qui dépasse les frontières de la jeune nation et qui persiste aujourd'hui. Il sert par la suite dans la Marine impériale russe.
Au cours de son combat contre le , Jones prononce, selon le récit qui sera fait par la suite par son premier lieutenant, une réplique passée à la postérité. Au capitaine britannique qui lui enjoint de se rendre, il répond : « I have not yet begun to fight! » (« Je n’ai pas encore commencé à me battre ! »).
Biographie Origines et débuts John Paul (il ajoutera « Jones » par la suite à son nom) naît le au domaine d'Arbigland près de Kirkbean dans le Stewartry of Kirkcudbright sur la côte sud-ouest de l'Écosse. Selon , il serait né dans la presqu'île de Sainte-Marie sur les côtes de Galloway vers 1736. Son père, John Paul , est jardinier du comte de Selkirk à Arbigland, et sa mère se nomme Jean Duff. Ses parents se marient le à New Abbey, Kirkcudbright. John Paul entre dans la marine marchande à l'âge de 13 ans, mettant les voiles depuis Whitehaven, situé dans le comté de Cumberland, en tant qu'apprenti-contremaître à bord du Friendship sous les ordres du captain Benson. Son frère aîné, William Paul, s'était marié et installé à Fredericksburg en Virginie, qui sera la destination de plusieurs voyages de son frère cadet.
Pendant plusieurs années, John Paul navigue à bord de différents navires marchands et négriers, parmi lesquels le King George en 1764 en tant que troisième lieutenant, et le Two Friends en tant que premier lieutenant en 1766. Après quelques années passées en mer, il est dégoûté par la cruauté de la traite négrière et, en 1768, il abandonne son poste à bord du Two Friends alors que ce dernier est à l'ancre en Jamaïque. Il parvient à négocier son retour en Écosse à bord d'un autre navire et retrouve un poste équivalent.
Pendant son voyage suivant à bord du brick John, qui prend la mer en 1768, le jeune John Paul va voir sa carrière progresser rapidement et de manière inattendue après la mort soudaine du capitaine et d'un sous-officier de la fièvre jaune. John prend le commandement du navire et parvient à le ramener sain et sauf au port le plus proche. En remerciement, les propriétaires écossais du navire le nomment commandant du brick et de son équipage et lui offrent 10 % de la valeur du chargementJohn Paul Jones Timeline, SeacoastNH.com.. Il commande ce bâtiment lors de deux voyages aux Indes occidentales avant de rencontrer des difficultés.
Pendant son second voyage en 1770, John Paul fouette vigoureusement l'un de ses marins, et sera accusé de maintenir la discipline par des moyens « inutilement cruels ». Bien que ces accusations aient été — dans un premier temps — rejetées, sa bonne réputation est détruite lorsque le marin fouetté meurt quelques semaines plus tard. Les sources divergent sur le fait qu'il ait été arrêté pour son implication dans la mort de cet homme, mais, quoi qu'il en soit, les conséquences négatives que cause cette mort sur sa réputation sont indiscutables.
Quittant l’Écosse, John Paul reçoit le commandement d'un bâtiment enregistré à Londres, le Betsy, pendant une période de 18 mois, au cours de laquelle il s'engage dans la spéculation commerciale avec Tobago. Cependant, son commandement prend fin lorsque John tue avec son épée un membre de son équipage, le charpentier Blackton, qui s'était mutiné pour une question de salaire.. Des années plus tard, dans une lettre adressée à Benjamin Franklin il décrira l'incident et affirmera qu'il était dans un état de légitime défense. N'ayant pas été jugé par une Admiral's Court, il se sent obligé de fuir, dans l'espoir d'éviter la prison, et de trouver refuge auprès de son frère ainé à Fredericksburg, Province de Virginie, laissant sa fortune derrière lui. Il est dès lors considéré comme un pirate par les Britanniques.
À Fredericksburg, il entreprend de remettre en ordre les affaires de son frère, qui était mort sans laisser de descendance ; et il ajoute alors Jones, à la fin de son nom de naissance. Il existe depuis longtemps en Caroline du Nord des récits qui affirment que John Paul aurait ajouté « Jones » à son nom en l'honneur de Willie Jones d'Halifax, en Caroline du NordCotten, Elizabeth. The John Paul Jones-Willie Jones Tradition Charlotte: Heritage Printers, 1966Old Halifax, Ambistead C. Gordon., sans qu'on puisse établir leur véracité.
Ses prédispositions en faveur de l'indépendance de l'Amérique se renforcent et seront confirmées par la suite. À partir de cette époque, et comme il le confirmera par la suite au baron Joan Derk van der Capellen tot den Pol, l'Amérique devient « le pays de son tendre choix ». Peu de temps après, John Paul « Jones » rejoint la Marine américaine pour se battre contre les Britanniques.
En Amérique du Nord Les sources divergent quant à cette période de la vie de John Paul Jones, en particulier en ce qui concerne sa situation de famille, rendant difficile l'explication des motifs qui poussent Jones à émigrer en Amérique. Que les plans qu'il avait d'établir une plantation aient échoué ou qu'il ait été motivé par son esprit révolutionnaire, ces questions font aujourd'hui encore l'objet de débats.
Ce qui est tenu pour certain, c'est que Jones part pour Philadelphie peu de temps après s'être établi en Amérique du Nord pour se proposer en tant que volontaire dans la Continental Navy nouvellement créée, qui est l'ancêtre de la United States Navy. À cette époque, vers 1775, la Navy et les Marines sont en train d'être mis sur pieds et la demande est forte d'officiers supérieurs et de capitaines de qualité. Sans le soutien et la protection de Richard Henry Lee qui connaissait ses talents de marin, la carrière de Jones aurait pris un autre tournant. Cependant, avec l'aide de membres influents du Continental Congress, Jones est nommé — le — premier lieutenant de la frégate de 24 canons récemment commissionnée au sein de la Continental NavyS.E. Morison, John Paul Jones: A Sailor's Biography, Naval Institute Press, 1999, , p. 52..
La guerre d'indépendance des États-Unis Premiers commandements Jones met les voiles depuis la rivière Delaware en à bord de l’Alfred dans ce qui devait être la première croisière de la Continental Navy, l'ancêtre de lUnited States Navy. À bord de ce bâtiment, Jones a l'honneur de hisser pour la première fois le pavillon américain sur un navire de guerre. Jones arbore en réalité le Grand Union Flag, et non pas l'actuel drapeau des États-Unis qui apparaîtra par la suite. La flotte, qui devait selon les plans initiaux croiser le long des côtes, reçoit l'ordre du Commodore Esek Hopkins de mettre les voiles en direction des Bahamas, où un raid est lancé sur Nassau pour s'emparer du matériel militaire qui y était stationné. Au retour de la flotte, elle fait une rencontre malheureuse avec une frégate britannique de sixième rang. En mai 1776, Jones reçoit le commandement du sloop . Le Congrès avait alors récemment ordonné la construction de treize frégates pour la Marine américaine, et l'une d'entre elles devait être confiée à Jones. En échange de cette commission prestigieuse, Jones accepte de commander la Providence, de taille inférieure, en attendant. Pendant ses six semaines de croisière, Jones capture seize bateaux et inflige des dégâts importants à la flotte de pêche britannique au large des côtes de Nouvelle-Écosse. Jones reçoit un nouveau commandement après que le commodore Hopkins ait ordonné de libérer des centaines de prisonniers américains forcés de travailler dans les mines de charbon de Nouvelle-Écosse et d'attaquer la flotte marchande britannique dans les parages. Le , Jones met les voiles à bord de l'USS Alfred pour mener à bien cette mission. Bien que les conditions climatiques hivernales aient empêché la libération des prisonniers, les Américains parviennent à capturer le Mellish, un vaisseau transportant des vêtements d'hiver, ravitaillement vital destiné aux troupes de John Burgoyne, présentes au Canada.
Commandement du Ranger Malgré ses succès en mer, à son retour à Boston le , les désaccords de Jones avec les autorités en place atteignent un niveau supplémentaire. Alors qu'il se trouve au port, une dispute éclate entre lui et le commodore Hopkins, dont Jones pensait qu'il ralentissait son avancement et s'employait à faire rejeter ses plans de campagne. À la suite de cette altercation et d'autres plus anciennes, Jones est puni en se voyant confier le commandement d'un bâtiment moins important, l' nouvellement construit. Il reçoit ce commandement le (le jour même où le nouveau drapeau Stars and Stripes est adopté).
Après avoir effectué les préparations nécessaires, Jones reprend la mer en direction de la France le avec l'ordre de défendre la cause américaine de quelque manière que ce soit. Les commissaires envoyés en France par le Congrès américain, Benjamin Franklin, John Adams et Arthur Lee, écoutent les recommandations stratégiques de Jones. Ces derniers lui assurent le commandement de L'Indien, un nouveau vaisseau en train d'être construit pour les États-Unis à Amsterdam. Cependant, la Grande-Bretagne, parvient à empêcher la livraison de L'Indien aux Américains en exerçant des pressions sur les Provinces-Unies et en obtenant qu'à la place il soit vendu à la France (qui n'était pas encore alliée aux insurgents américains à l'époque). Jones se voit à nouveau privé de commandement, ce qui lui rappelle la période qu'il a connue à Boston entre la fin 1776 et le début de l'année 1777. Il est probable que c'est pendant cette période que Jones développe une solide amitié avec Benjamin Franklin, qu'il admirait grandement. En 1778, il est admis, en compagnie de Benjamin Franklin, dans la loge maçonnique « Les Neuf Sœurs ».
Le , le royaume de France signe le Traité d'alliance avec les États révoltés d'Amérique, reconnaissant formellement l'indépendance de la nouvelle république américaine. Huit jours plus tard, l'USS Ranger commandé par le Captain Jones est le premier bâtiment de guerre américain à être salué par une nation étrangère, par neuf coups de canons tirés sur ordre du capitaine de vaisseau Lamotte-Picquet. Jones écrit à propos de cet événement : « I accepted his offer all the more for after all it was a recognition of our independence and in the nation » (« J'ai accepté cette offre d'autant plus qu'après tout il s'agissait de la reconnaissance de notre indépendance et de notre nation. »).
Finalement, le , Jones quitte Brest et dirige le Ranger vers la côte occidentale de la Grande-Bretagne.
Attaque des côtes britanniques à bord du Ranger thumb|right Après quelques succès initiaux contre des navires marchands britanniques en mer d'Irlande, le , Jones persuade son équipage de lancer une attaque le port côtier de Whitehaven, la ville où il avait débuté quelques années auparavant sa carrière maritime. Jones écrira par la suite à propos des médiocres qualités de commandement de ses officiers (ayant dans un premier temps évité avec tact ces questions dans son rapport officiel) : « Leur objectif, disaient-ils, était le gain et non l'honneur. Ils étaient pauvres : au lieu d'encourager la moralité de leur équipage, ils les incitaient à la désobéissance ; ils les persuadaient qu'ils avaient le droit de juger si une mesure qui leur était proposée était bonne ou mauvaise. »En ...
Des vents contraires contraignent le capitaine du Ranger à renoncer à l'attaque de la ville, et poussent son bâtiment en direction de l'Irlande, causant de nouvelles pertes à la marine marchande britannique en chemin.