Une société de tir est un regroupement de personnes pratiquant le tir. Originellement consacrées au tir à l'arc, elles se sont plus récemment (principalement au ) transformées en sociétés, puis clubs ou associations de tir sportif.

Leurs activités se pratiquent souvent sur un champ de tir ou dans un stand de tir où les pratiquants peuvent s'entrainer par exemple au tir au pistolet ou à la carabine, debout ou couché, avec ou sans appui. On y pratique parfois aussi le tir à l'arbalète ou le tir à la poudre noire et aux armes « anciennes », ou encore le ball-trap.

Le tir est pratiqué sur des cibles (fixes ou mouvantes) en salle, ou en extérieur, éventuellement en mode ball-trap. Comme le tir à l'arc, le lancer de javelot, cette activité utilise des armes susceptibles de tuer, plus dangereuses encore en cas de ricochet ou de mauvaise manipulation et qui nécessitent donc un règlement et un lieu appropriés.

Histoire thumb|right|Archers lors du jeu du papegai à Avignon au . thumb|right|Arquebusiers lors du jeu du papegai à Rennes en 1532. thumb|Épreuve de tir aux Jeux olympiques d'été de 1900. thumb|Le président finlandais Pehr Evind Svinhufvud tire au pistolet en 1934.

Des origines au milieu du Il existait à la Renaissance, notamment en ItaliePécout G (1990) Les Sociétés de tir dans l'Italie unifiée de la seconde moitié du . Mélanges de l’école française de Rome. Italie et Méditerranée, 102(2), 533-676.Pécout G (1990) Les sociétés de tir dans l’Italie unifiée de la seconde moitié du . La mise en place d’une sociabilité institutionnelle entre volontariat, loisir et apprentissage civique. Mélanges de l’école française de Rome. Italie et Méditerranée, 102-2. et en Espagne, des sociétés ou des lieux où les militaires ou une partie du public pouvait s'entrainer à la pratique du tir à l'arc ou à l’arbalète sur cible, généralement pour se préparer à la guerre ou entretenir les capacités des soldats. Un texte du début du (boniment de jongleur espagnol racontant un voyage en Andalousie) évoque le nombre de quarante-quatre stands de tir à l'arc dans la seule ville de Ceuta (dite ville des archers)Colin, G. S., & Ricard, R. (1946) Tanger et Ceuta dans un boniment de jongleur espagnol du ; . Bulletin Hispanique, 48(3), 262-263. Ces stands furent détruits ou interdits durant l'occupation portugaise à partir de 1415. En France, dès le et jusqu'au , on trouvait notamment les compagnies du PapeguayLavalley, G. (1881). Les compagnies du Papeguay, particulièrement à Caen, étude historique sur les sociétés de tir avant la Révolution.

Ainsi, en 1618, Louis XIII autorise et règle le fonctionnement d'une société de tir à Brioude, en Auvergne. Au mois de mai de chaque année, ses membres se réunissaient pour tirer, soit à l’arc, soit à l’arbalète (et plus tard au mousquet et à l’arquebuse) sur des papeguays (alias papegais). Nommé roi de l’oiseau, le vainqueur jouissait pendant un an du droit de porter l’épée, était exempt de guet et recevait un prix de quinze livres.

Avec l'apparition des armes à feu, et surtout après leur diffusion hors de la sphère militaire, sont apparues les sociétés de tir, notamment destinées à la préparation militaireAubry MT (1979) Sociétés de tir et de préparation militaire en Meurthe-et-Moselle de 1872 à 1914. Bibliothèque nationale.. Elles furent particulièrement actives en Europe après les guerres des années 1850 à 1870 dans un esprit de revanche et/ou de défense nationale, le bon patriote étant incité à s'impliquer dans une préparation militaire et dans la pratique du tir. Comme d'autres sports, notamment la gymnastique, le tir est donc instrumentalisé par la politique et les mouvements nationalistes, notamment en Grande-Bretagne, en Italie, en France, et en Allemagne (dont l'Alsace occupée), pays qui seront impliqués ultérieurement dans deux guerres mondiales.

Parallèlement, le tir fait son apparition comme discipline olympique dès les premiers jeux de 1896.

En France, après 1870

En France, les sociétés de tir Répertoire numérique de la Série R / Affaires militaires et organismes du temps de guerre (1800-1940), par Adeline Barb Sylviane Delaby Danielle Hédin Régine Petitjean, Archives départementales de la Meuse (2006). Sous couvert de pratique sportive, ces sociétés de tir étaient donc une préparation à la guerre en temps de paixChrastil, R. (2005). Military Preparation in Peacetime: Training Societies, 1871–92. Dix Neuf, 4(1), 35-51 (lien vers l'article (payant))., préparation largement financée par les ministères de la Guerre, les associations patriotiques et les autorités locales. On est loin de l'esprit que le baron Pierre de Coubertin voudra insuffler aux sports et au modèle des jeux olympiquesLanfranchi P (2000) Entre initiative privée et question nationale. Genèse et évolution des politiques sportives en Europe (Grande-Bretagne, Allemagne, France, Italie). Politix, 13(50), 29-48.. Le tireur d'élite devient en quelque sorte un athlète de haut niveau, supposé refléter la puissance de l’État ou du pays qu'il représente dans les concours et jeux internationaux Arnaud, P. (Ed.). (1997). Les Athlètes de la République : gymnastique, sport et idéologie républicaine, 1870-1914. Éditions L'Harmattan.. Certaines sociétés de tir paradent et défilent volontiers possédant parfois même leur propre orchestreP Gerbod (1980) L'institution orphéonique en France du Ethnologie française - JSTOR.

Dès 1871, Jules Simon, ministre de l’Instruction publique, transmettait aux recteurs « une circulaire du ministre de la guerre dans laquelle il était stipulé : « Le gouvernement attache la plus grande importance à ce que les exercices corporels, y compris le maniement du fusil, occupent désormais une large place dans l’éducation de la jeunesse ». Dans une circulaire ministérielle du , Jules Ferry indique que « Le Sénat et la Chambre des députés ont affirmé d’une manière éclatante leur sollicitude pour un enseignement que l’on peut considérer comme le complément indispensable des études scolaires et comme un moyen très efficace d’assurer le bon fonctionnement de nos lois militaires. (…) Les exercices de l’école du soldat (…) préparent directement les jeunes gens au service militaire. Il en est de même des promenades, qui ont pour objet de leur faire contracter l’habitude de la marche et dont on peut profiter pour leur donner des notions de topographie fort utiles. L’enseignement du tir présente également un grand intérêt (…) ». Puis par décret du le tir devient, dans l'enseignement primaire, une discipline scolaire obligatoire pour les garçons . Deux circulaires des et prescrivent diverses mesures relatives aux exercices de tir dans les écoles primaires : « Les instituteurs seront invités d’une façon pressante à donner l’instruction du tir à courte distance dans leur école ; il leur sera recommandé, s’ils n’ont déjà une organisation fonctionnant à leur satisfaction, de procéder à la création de petites sociétés scolaires de tir et d’y ajouter une section post-scolaire destinée à assurer la continuation des exercices dans les sociétés jusqu’au service militaire et même après, s’il convient » . Réactivé avec force en 1907, l'enseignement du tir à l'école primaire tombe progressivement en désuétude à partir de la réforme de 1925 pour aboutir dans les années 1930 à un décret d'abrogation émanant du ministre de la Guerre, le maréchal Pétain.

Est créé parallèlement, au début du , l'instigation du gouvernement français, une Union des sociétés d’éducation physique et de préparation au service militaire qui sera aussi désignée ultérieurement « Union Chéron » d'après le nom de son président Adolphe Chéron). Cette Union vise à rassembler sous son égide toutes les sociétés agréées de ces deux disciplines, déjà organisées au sein de l’Union des sociétés de gymnastique de France d'une part et de l’Union des sociétés de tir de France qui s'opposaient au plan confessionnel. Ces trois mouvements, fortement concurrencés par le scoutisme , seront balayés par la Seconde Guerre mondiale, après laquelle les organisations sportives et religieuses se montreront plus neutres.

Matériel Fin - début , les sociétés de tir disposent, alors : - de pas de tir à 45 mètres, dotés de fusils de guerre Lebel (1886) et Gras (1874) ; - de pas de tir à 12 mètres, avec des armes d’épaule de petit calibre (bosquette 6mm et carabine Flobert). Bon nombre de sociétés s'inspireront de cette dernière en prenant le nom de "Flobertistes"Historique du tir sportif sur le site de l'Association "L'Avenir de Saint Rémy", dénominations que l'on retrouve encore de nos jours. Ces mêmes carabines Flobert équipent d'ailleurs les écoles primaires, mais sont réservées aux enfants de plus de 10 ans.

Après la Première Guerre mondiale, l'industrie du cinéma invente des appareils spéciaux dits « Ciné-Tir » qui servent dans la pratique du tir et de son enseignementLevine, A. (2004). Cinéma, propagande agricole et populations rurales en France (1919-1939) (No. 3, ). Presses de Sciences Po..

Cas de l'Alsace après 1918 Après l'armistice de 1918, en Alsace, les dirigeants sportifs catholiques de la ligue régionale Avant-garde du Rhin (AGR) font une priorité de la préparation militaire et du tir ; . En 1921, l'AGR est au summum de sa renommée et de sa force mobilisatrice : du 5 au , alors que la France est encore en pleine reconstruction, l'AGR réussit lors de son concours international de gymnastes catholiques à réunir à Strasbourg environ venus voir venus de « France de l’intérieur », de Belgique, du Luxembourg, d’Italie, de Suisse, de Tchécoslovaquie et de Yougoslavie.

La revue les Jeunes d’Alsace (...) et Ces marches se pratiquent à la manière d'une procession laïque et religieuse : une fois par an, un jour déterminé du mois de mai. ; les jeunes sont ainsi embrigadés avec des méthodes proches de celles utilisées en Italie et bientôt en Allemagne par les grands « mouvements de jeunesse » qui associent alors volontiers religion catholique, politique et propagande patriotique en faveur d'une cause nationaliste, tout en mettant en avant le corps via l’activité sportive, en pleine nature, de même qu'un aspect « festif », mais très encadré (défilés, compétition et fêtes en plein air). L'objectif premier est dans ce cas la formation militaire, mais en cherchant à susciter un enthousiasme mobilisateur de la part des enfants et de leurs parents. Ceci se fait par de grandes démonstrations de convivialité, de grands spectacles et cortèges dans les rues et les stades, parfaitement organisés, disciplinés et d'autant plus édificateurs, qu'on y fait chanter par les enfants et adolescents des chants religieux. Ces chants sont très éloignés des cantiques qui accompagnaient les processions religieuses traditionnelles ; ils sont plutôt calqués sur des marches militaires, dont les paroles affirment la foi et la défense de valeurs que l'on peut qualifier de patriotisme religieux, ce qui donne à ces groupes une « légitimité » supplémentaire qu'il serait dans la société catholique alsacienne de l'époque bien difficile de contredire.

En Suisse En raison de la forme de son armée-citoyenne, la Suisse est un cas particulier : sur un territoire relativement petit, on trouve 136 sociétés et 128 cercles des sociétés de tir à 300 mètresDafflon, B. (2000). 10-Fusions de communes: éléments d'étude pour une dimension de référence. Annuaire des collectivités locales, 20(1), 135-153.

Dans les canton de Neuchâtel et de Vaud, on appelle parfois « abbaye » une société de tir ou confrérie de tireurs, par extension également le concours de tir organisé par une telle société ou la fête villageoise.

Sociétés de tir et chasse