La psychanalyse de l'enfance (ou psychanalyse de l'enfant) est la psychanalyse axée sur l'enfance.
La psychanalyse, avec Sigmund Freud, s'est intéressée à l’enfance à travers la mise en évidence d'une sexualité infantile et d'une causalité psychique inconsciente importante, susceptible d'avoir des effets tout au long de la vie. À sa suite, Anna Freud, Melanie Klein, Donald Winnicot ou Françoise Dolto se sont plus spécialement consacrés à la compréhension des mécanismes précoces de la constitution du psychisme et ont mis en place dans leur pratique une technique adaptée à la psychanalyse des enfants. Jacques Lacan élabore la psychanalyse de l'enfance à partir du lien que l'enfant entretient avec le langage, le considérant comme un sujet à venir: « L'enfant, dès qu'il parle, est déjà pris dans le réseau des discours qui le précèdent. » La psychanalyse lacanienne envisage pour l'enfant, « un rapport fondé à la liberté ».
Histoire
Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée: « Psychanalyse des enfants (ou de l'enfant ou d'enfant) », Paris, Fayard, Le Livre de Poche / La Pochothèque, 2011, . , écrivent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon. Selon Antoine Guedeney, la « psychanalyse de l'enfant » désigne Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), entrée « Psychanalyse de l'enfant » (Auteur de l'article: Antoine Guedeney), Paris, Hachette Littératures, 2005, .. Origines
Dès le début, la psychanalyse est concernée par l'enfance dans la mesure où la théorie de la séduction découverte au contact de femmes hystériques par Sigmund Freud renvoie au trauma « en deux temps » (« cas Emma »), la séduction par l'adulte (le père ou un substitut du père) s'étant passée dans un premier temps antérieur, situé dans l'enfance. Avec l'abandon en 1897 de la théorie de la séduction dite de la neurotica, Freud passe à une théorie du fantasme inconscient dans la réalité psychique en même temps qu'il le complexe d'Œdipe. À partir de 1905, dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, il reconnaît l'existence de la pulsion sexuelle dans l'organisation sexuelle infantile et l'importance de la sexualité infantile ainsi que son retentissement ultérieur dans toute la vie de l'adulte. Les déviances sexuelles possibles dans la vie adulte avaient été exposées par Freud dans le premier des trois essais résumé des 3 essais sur la théorie sexuelle (section 2.La sexualité infantile).
Pour ce qui est non pas de la théorie mais du traitement psychanalytique des enfants, on ne trouve qu'un exemple relatif à Freud, celui de l'enfant d'un ami à lui Herbert Graf, 5 ans, dit le petit Hans dans Cinq psychanalyses où cette analyse de la phobie d'un enfant de cinq ans est rapportée en 1909. La cure n'est pas menée par Freud lui-même, mais par le père de l'enfant. Il a par ailleurs reçu en traitement des adolescentes, qui sont devenu des références importantes dans la littérature psychanalytique : le cas Dora et le cas de la jeune homosexuelle.
À la suite de Freud Hermine Hug-Hellmuth a été la première à tenter d'appliquer la méthode psychanalytique directement aux enfants. En 1911, elle publie Analyse eines Traumes eines fünfeinhalbjährigen Jungen qui est son premier écrit psychanalytique et la première occurrence de son pseudonyme. Dans cette étude de cas, elle prend pour objet d'étude Rolf Hug, le fils de sa demi-sœur Antonia Hug. Mais c'est surtout avec Melanie Klein qu'apparaît la notion d' « analyse d'enfant », au sens d'une Antoine Guedeney, dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), entrée « Psychanalyse de l'enfant », . de l'analyse d'enfant dans l'histoire de la psychanalyse.
Parmi les premiers psychanalystes, Sándor Ferenczi pose les premières briques d'une interprétation analytique de la vie psychique de l'enfant en reprenant et en faisant progresser la théorie de la séduction dans le cadre de son article sur la « confusion des langues entre l'adulte et l'enfant » (1932). Sur le plan clinique, il décrit en 1913 « la cure du petit Arpad »A. Guedeney, Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A. de Mijolla), entrée « Psychanalyse de l'enfant »..
Melanie Klein, dont Ferenczi fut le premier analyste, théorise certains mécanismes plus spécifiques du psychisme de l'« infans », l'enfance d'avant la parole, selon Ferenczi, puis selon Lacan).
Donald Winnicott, pédiatre proche de Klein, met l'accent sur le rôle d'une « mère suffisamment bonne » dans le développement psychique de l'enfant, le rôle de l’environnement maternel réel différent de l'objet « phantasmatique » de M. Klein. En effet, « en découvrant la théorie freudienne, telle qu'elle était alors enseignée, Winnicott s'aperçut que l'on se référait essentiellement au complexe d'Œdipe et que l'on méconnaissait le développement précoce de l'enfant »http://www.psycho-ressources.com/elisabeth-c-rei-txt-winnicot.pdfPropos de Winnicott lui-même : « Pendant vingt ou trente ans, je fus un phénomène isolé. Il n'y avait alors aucun analyste qui fût également pédiatre. À cette époque, dans les années 1920, tout était centré sur le complexe d'Œdipe. L'analyse des psychonévroses conduisait l'analyste à revenir sans cesse sur les angoisses relevant du domaine de la vie pulsionnelle, dans la relation de l'enfant avec ses deux parents, vers l'âge de 4-5 ans. Pourtant, d'innombrables histoires de cas me montraient que les enfants qui avaient des troubles névrotiques, psychotiques, psychosomatiques ou antisociaux, avaient manifestés des difficultés dans leur développement affectif au cours de la toute première enfance et même au stade du nourrisson. Il y avait, quelque part, quelque chose qui n'allait pas. » .
Sophie Morgenstern, après avoir travaillé à la clinique du Burghölzli auprès d'Eugen Bleuler, pose, avant la Deuxième Guerre mondiale, quelques jalons dans le domaine du traitement des enfants par la psychanalyse en psychiatrie. Elle eut notamment pour élève Françoise Dolto à qui elle demandera d'avant tout écouter les enfants, sans agir elle-même, afin de recueillir d'abord leur parole. Dolto qui toute sa vie affirmera que ce sont les enfants qui lui ont tout appris et défendra le point de vue, à la suite de l'enseignement de Lacan, d'avoir à les appréhender comme des sujets dès le plus jeune âge, bien avant l'âge « œdipien », ce qui fera débat tout au long du ! Lacan, dès 1936, s'est intéressé à l'observation du tout petit enfant devant son reflet devant le miroir. Il en a formalisé le concept du Stade du miroir, comme formateur de la relation au moi et constitutif du Je. En 1956, il a théorisé le cas de Hans et modernisé le complexe d’œdipe en donnant la primauté à la fonction de la castration en tant qu'elle est symbolique.
En Suisse, la psychologue Madeleine Rambert forme dès 1942 une école de psychanalyse d'enfants : on retient d'elle notamment sa technique du « Jeu de guignol ».
Les principaux théoriciens Melanie Klein Melanie Klein envisage la psychanalyse des enfants dans la lignée de Sándor Ferenczi et à partir des travaux de Karl Abraham, ses deux analystes, Melanie Klein s'attache à étendre les théories freudiennes pour leur permettre d'intégrer l'enfance depuis la naissanceMelanie Klein, La psychanalyse des enfants, Éd. Presses universitaires de France, , 2009, . Elle reste en opposition constante avec Anna Freud, et une référence en matière de décryptage des mécanismes de la petite enfance. Melanie Klein a conceptualisé et théorisé les positions : Position schizo-paranoïde et Position dépressive. Ses concepts feront l'objet de vulgarisations par ses successeurs avant d'intégrer les concepts de psychanalyse élémentaires. Dès 1920, elle développe une application de la cure psychanalytique qu’elle transpose pour les enfants grâce à la technique du jeu.
Anna Freud : Le traitement psychanalytique des enfants Anna Freud, quant à elle, a une application toute différente de la thérapie à mettre en œuvre avec les enfants. Elle écrit La psychanalyse des enfants où elle cherche l'application des principes de son père, mais elle cherche surtout à instaurer un transfert positif entre le patient enfant et l'analyste. Elle considère comme Freud que le surmoi n'apparaît que tardivement, ce qui lui sera largement reproché, au point souvent d'oublier ses apports qui concernent donc l'enfance au sens large, englobant l'adolescence.
Elle décrit notamment des lignes de développements qui mènent à l'état adulte en distinguant des passagesSource http://www.psynem.necker.fr/PedopsychiatriePsychanalyse/Biographies/freudAnna.htm : de l'état de dépendance à l'autonomie affective et au taux de relation d'objet de type adulte de l'allaitement à l'alimentation rationnelle de l'incontinence au contrôle des sphincters et urétral de l'insouciance au sens des responsabilités en ce qui concerne la manière de traiter son propre corps de l'égocentrisme à la camaraderie du corps au jouet et du jeu au travail.
Donald Winnicott : La théorie de la relation parent-nourrisson Hors de ce conflit, bien que proche de Mélanie Klein, Donald Winnicott tisse un ensemble de théories, moins nécessairement liées aux concepts et surtout au langage freudien, mais réputées beaucoup plus accessibles au néophyte. Il forme un troisième clan, il apporte surtout des explications inédites sur les logiques de mise en place de la psyché du nourrisson, en appliquant et en développant les concepts de Mélanie Klein.
Il ajoute, entre autres, les idées de mère suffisamment bonne, de vrai et faux self, ainsi que celle d'objet transitionnel.
René Spitz : L'embryogenèse du moi René Spitz effectue un travail sur le développement de la naissance à la paroleRené Spitz, De la naissance à la parole. La Première année de la vie (1957), Puf, 2002., notamment sur l'état de dépression de l'enfant abandonné.
Il crée les notions de dépression anaclitique et d'hospitalisme.
Françoise Dolto : psychanalyse et pédiatrie Françoise Dolto développe l'application de la psychanalyse à l'enfance, comme elle l'explique dans sa thèse en 1939 : Psychanalyse et pédiatrie.
Elle met en avant le fait de considérer l'enfant depuis son plus jeune âge comme un individu à part entière, doué de compréhension et capable d'expression, avec qui il faut communiquer de façon vraie.
Elle précise, entre autres, le rapport de l'enfant à l'image du corps, et explique d'une façon nouvelle le rôle du père dès le plus jeune âge.
La scission Anna Freud, Melanie Klein
Un débat s'établit donc très tôt entre les idées d'Anna Freud et celles de Melanie Klein, mais il ne devient réellement houleux qu'à partir de l'émigration de Sigmund et Anna Freud à Londres, en 1938, puis après la mort de Freud en 1939Pearl H. King et Riccardo Steiner, Les Controverses Anna Freud Melanie Klein 1941-1945, coll. « Histoire de la psychanalyse », Paris, Puf, 1996, 858 p. - (en) The Freud-Klein Controversies, 1941-1945, Londres, Routledge, 1991..
La psychanalyse des enfants se heurte à la définition même du transfert, soit la réédition de relations infantiles. Ce point central, tant débattu, amène la psychanalyse à réinterroger sa pratique.
Anna Freud note quatre points de la psychanalyse classique : reconstruction du passé (s'appuyant sur la mémoire du patient) ; interprétation des rêves ; association libre ; interprétation du transfert.
Pour Anna Freud, ces quatre points seraient impossibles dans la psychanalyse de l'enfant. L'enfant est dépendant des parents et ne pourrait développer de transfert. Il faudrait donc modifier la méthode, la mâtinant de pédagogie.
Melanie Klein réfute ces quatre points et propose, elle, en utilisant le dessin au lieu du rêve, d'appliquer à la psychanalyse des enfants les mêmes règles fondamentales qu'avec les patients adultes. Il ne s'agit cependant pas de prendre la psychanalyse de l'adulte mais bien d'apprendre à travailler avec l'enfant, ce qui permet la formation d'une complète névrose de transfert.