Isabelle Gatti de Gamond, née à Paris le et morte à Uccle le , est une féministe belge, spécialiste de l'éducation.

Biographie Jeunesse Fille de Zoé de Gamond, pédagogue, féministe et fouriériste et de Jean-Baptiste Gatti, artiste peintre et républicain italien., Isabelle naît à Paris le ..

La famille s'installe à Bruxelles. En 1847, sa mère est nommée inspectrice d'écoles primaires pour filles et écoles normales d'institutrices. De santé fragile, Zoé de Gamond meurt en 1854. La famille a peu de moyens. Dès lors, vers dix-sept ans, Isabelle part travailler pour cinq ans comme préceptrice de deux jeunes filles dans une riche famille patricienne en Pologne. Durant ses temps libres, et profitant de la riche bibliothèque, elle complète sa formation en étudiant le grec, le latin, la philosophie et les sciences.

Vers 1861, elle rentre à Bruxelles et entreprend de suivre les cours publics organisés par la ville, où elle retrouve comme professeur Henri Bergé, un ami de la famille. Elle se lie également avec Marie Errera.

Engagement féministe En 1862, Isabelle lance la revue L'éducation de la femme., où elle affirme la nécessité d'un enseignement féminin plus poussé. Deux ans plus tard, ses idées prennent corps. Grâce à l'entregent d'Henri Bergé, elle obtient l'aide de Bruxelles pour créer son école. C'est ainsi qu'en , le premier Cours d'Éducation pour jeunes filles s'ouvre sous son égide Rue du Marais à Bruxelles, administrant aux jeunes filles une formation scientifique solide délivrée de toute emprise cléricale.. Il s'agit de la première véritable école communale laïque d'enseignement moyen pour filles de Belgique.. L'école accueille des écolières qui deviendront des personnalités, telles la première femme à entrer à l'université en Belgique ou Paule Lamy, la première Belge ayant prêté serment comme avocate, ou encore Marie Janson, première femme belge élue sénatrice..

Si l'école répond aux vœux de la bourgeoisie libérale, elle provoque l'ire de l'opinion catholique. La presse conservatrice déclenche une violente campagne contre Isabelle Gatti de Gamond qui va durer plusieurs années, certains journaux allant même jusqu'à se livrer à des insinuations malveillantes sur sa vie privée et à la surnommer « la fille Gatti »..

Malgré cette opposition pugnace, son ouvrage Cours d'Éducation pour jeunes filles connaît un franc succès. L'école s'étend, de nouvelles implantations voient le jour.. Isabelle Gatti de Gamond y développe une pédagogie novatrice, rédigeant ses manuels scolaires et formant elle-même son équipe d'institutrices dont Marie Popelin, Augustine De Rothmaler et Henriette Dachsbeck. En 1880, elle crée une section de régentes avec Charles Buls et en 1891, elle installe une section pré-universitaire.

L'âge de la retraite venu, elle quitte la direction de l'école en 1899. Si, comme directrice, elle s'est imposé un certain devoir de réserve, elle affiche dès lors ses convictions féministes, rationalistes et politiques, rejoignant notamment les rangs du Parti ouvrier belge (POB). Elle y œuvre pour la justice et l'émancipation, affirmant que « le socialisme est en même temps le féminisme ». Elle collabore régulièrement avec les Cahiers féministes, Le Peuple, le Journal de Charleroi et Le Conscrit, un journal antimilitariste. Secrétaire de la Fédération nationale des femmes socialistes, elle milite pour les droits politiques des femmes, exigeant le suffrage universel. Espoir cependant déçu lorsque le conseil général du Parti ouvrier belge suspend le mouvement pour le suffrage féminin en 1901, sous prétexte qu'il favoriserait les cléricaux..

Membre du Comité de la fédération nationale des libres penseurs, elle participe aux travaux de la Libre Pensée et se rend notamment au congrès international de la Libre pensée à Madrid en 1892. Elle fait partie du comité de surveillance de l'Orphelinat rationaliste dès sa fondation en 1893. En 1900, elle en devient directrice, fonction qu'elle assume jusqu’à sa mort. C’est sous sa direction qu'est créée la première école primaire mixte, annexée à l’orphelinat, et construite l’annexe de la rue Marconi, à l’époque rue Verte.

Dans un texte de 1903, elle décrit les méthodes éducatives mises en œuvre à l'Orphelinat : .. Les principaux traits de ces nouveaux établissements ont été ébauchés à Cempuis, et reproduits à Forest-Bruxelles.

En , Isabelle Gatti de Gamond apporte sa contribution au mouvement des Universités populaires (UP) en inaugurant devant plus de l’amicale de jeunes filles à l’UP de Marcinelle, avec une causerie sur la jeune fille..

Franc-maçonnerie et fin de vie Vers 1903, elle est initiée dans la loge maçonnique « Diderot » de la Grande Loge symbolique écossaise mixte et maintenue (GLSE II), à Paris. C'est la première femme belge franc-maçonne..

Elle meurt le à Uccle., des suites d'une opération chirurgicale. Ses funérailles sont l'occasion d'un imposant rassemblement et c'est Histoire de la Fédération belge du Droit humain. Tome I. Des origines à la guerre 1940-1945. Éditions du Droit humain, Bruxelles, 1978, . qui prononce l'éloge maçonnique au nom de la loge « Diderot ». Elle est enterrée au cimetière du Dieweg à Uccle, où sa sépulture est toujours visible. Par testament, elle lègue sa fortune à trois organismes : l'Orphelinat rationaliste, le Cours d'infirmiers et d'infirmières rationalistes créé par César De Paepe et la Libre Pensée.

Jules Destrée rend hommage à son soutien « sans ménagement aux universités populaires, aux amicales, aux œuvres d’instruction et d’éducation populaire ». Isabelle Gatti de Gamond a ainsi contribué à former des femmes instruites qui se mettent au service de l’éducation populaire.

Hommages En 2005, les téléspectateurs de la télévision belge de langue néerlandaise, la VRT, la classent à la de son émission (« Le plus grand Belge ») La RTBF, ceux de la chaîne de télévision francophone belge l'ont classée à la de l'émission Le plus grand Belge À Bruxelles, une école porte son nom : l'Athénée royal Isabelle Gatti de Gamond. Il s'agit de l'école qu'elle a fondée en 1864 rebaptisée en son honneur Des rues portent son nom à Uccle, Pont-à-Celles et Charleroi Le , le rend hommage à Isabelle Gatti de Gamond.

Publications L'enseignement de la grammaire mis en harmonie avec les méthodes nouvelles, Bruxelles : Henri Manceaux, 1868 Historiettes imitées de l'anglais et de l'allemand, Bruxelles : Lebègue, 1869 Cours d'éducation et d'instruction pour les jeunes filles. Année préparatoire, Paris : A. Ghio, s.d. L'instruction supérieure de la femme. Une expérience sociologique en Angleterre, Bruxelles : H. Lamertin, 1891 Projet d'un enseignement supérieur spécial pour les femmes, Bruxelles : H. Lamertin, 1893 Éducation-Féminisme, édité par les soins d'Hector Denis et d'Eugène Hins, Paris-Bruxelles : V. Girard et E. Brière & Henri Lamertin, 1907 Question sociale, morale et philosophie, édité par les soins d'Hector Denis et d'Eugène Hins, Paris : V. Girard ; Bruxelles : Henri Lamertin, 1907.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Isabelle Gatti de Gamond et l'origine de l'enseignement secondaire des jeunes filles en Belgique, B.J. Baudart, Bruxelles : Librairie Castaigne, 1949 Isabelle Gatti de Gamond hors du féminisme bourgeois, Anne Morelli, dans Sextant, (hiver 1993), Isabelle Gatti de Gamond, dans De Morgen, .

Articles . .

Articles connexes Louise de Craene-Van Duuren

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