Le jardin du palais Saint-Pierre est un jardin public lyonnais, situé dans l'enceinte du musée des Beaux-Arts de la ville.

Il s'inscrit dans un rectangle, délimité par les arcades de l'ancien cloître de l’abbaye bénédictine. De style régulier, il se compose de parterres de pelouse en demi-lunes ou rectangulaires, ponctués de végétation et de différentes sculptures.

Il est situé en plein centre-ville, sur la Presqu'île. Comme le musée des Beaux-Arts, le jardin est ouvert tous les jours, sauf les mardis et jours fériés, de 10h à 18h, avec une ouverture plus tardive le vendredi (à 10h30).

Histoire

Du : le jardin en friche Les jardins de l'abbaye apparaissent pour la première fois dans les sources dans un plan de J.M Dureau daté des environs de 1550. Il montre que l'abbaye occupait une surface au moins deux fois supérieure à l'espace actuellement couvert par le musée des Beaux-Arts. Un ensemble de jardins s'étendait au nord et à l'est de l'abbaye. On y distingue une succession de quatre jardins composés de deux jardins d'agrément. Ils sont constitués de berceaux de verdure et d'allées destinées à la promenade. Bien que séparés physiquement des jardins de l'abbaye, leur situation en prolongement le long des remparts et leur similitude en tout point (type de construction, disposition des carrés de culture, etc) laisse penser qu'il s'agit bien de la suite des jardins de l'abbaye. L'observation et la disposition de ces jardins, leur hiérarchisation, comparativement aux autres enclos monastiques en Europe à la même époque, peut supposer la succession suivante : les jardins d'agrément, le verger, le jardin de plantes médicinales, les potagers. Cette supposition n'est bien sûr pas concrètement vérifiable en l'état actuel des connaissances mais paraît réaliste..

Le , l'abbesse Anne d'Albert de Chaulnes décide de faire adopter en chapitre solennel le plan de reconstruction de l'ensemble de l'abbaye proposé par François de Royers de La Valfrenière, architecte déjà célèbre à Avignon. Les travaux finissent en 1687. Après ces travaux, il ne reste rien de l'ensemble de vastes jardins des siècles précédents. Un jardin est toutefois présent au sein même de l'abbaye, dans le cloître. À cette époque, il est composé de quatre galeries couvertes comprenant d'ordre dorique et qui supportent des terrasses. Les arcades sont fermées par de grands panneaux dont le bas est en chêne et le haut garni de vitraux enchâssés dans des plombs. Il faut descendre trois marches pour atteindre la cour. Elles sont bordées d'une grille de fer forgé posée en 1685. À l'époque, le jardin du cloître est composé de quatre grands parterres « bordés d'ifs ». Ils sont agrémentés de rangs de caisses d'orangers et de bases de faïence où poussent des plantes rares. Au centre, un miroir d'eau circulaire orne la composition. Il est flanqué de deux statues représentant la Concorde portant un rameau d'olivier et la Vertu invincible sous forme de Minerve sculptées toutes deux par Marc Chabry. Se trouvaient semble-t-il aussi à cette époque deux statues de Saint Michel et de Saint Gabriel.

Cette conception du jardin est typique des aménagements des et serait semblable selon une étudeÉtude réalisée par Anne Allimant, archéologue spécialisée dans la restauration des Jardins Historiques et par Stéphane Crozat, ethnobotaniste. « L'étude archéologique du jardin du musée de Gadagne », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Lyon, , 2000 aux jardins en terrasse du musée Gadagne. Cette disposition du cloître semble perdurer jusqu'à la Révolution française. Le cloître est transformé en jardin potager au moment de la revente de l'abbaye comme bien national.

Les grands travaux du C'est à cette période que le jardin du cloître, ainsi que l'ensemble des structures bâties de l'abbaye royale, ont subi les plus larges modifications, après le rachat en 1802 par la ville de Lyon. Commence alors une succession de nombreux travaux généraux de restauration et d'aménagement à l'intérieur des bâtiments et dans le cloître par les architectes municipaux Hôtelard et Gay jusqu'en 1818. Le palais est alors consacré au commerce et aux arts en y concentrant la Bourse, le Tribunal de Commerce, le Conservatoire des Arts et métiers, le musée des Beaux-Arts et les écoles spéciales nouvellement créées (dessin, chimie, mécanique, géométrie).

En 1822, un jardin pour l'enseignement de la fleur à l'école de dessin sur placeCHAUDENNERET Marie-Claude « L'enseignement artistique à Lyon au service de la Fabrique ? », dans Le temps de la peinture : Lyon 1800-1914, Lyon, Fage, 2007, 335 p., , notice BnF no FRBNF41073771)p28-35 est planté dans l'ancien cloître. Ce jardin montre l'importance de telles études pour la production des soieries lyonnaises et peut-être directement associé à l'important courant de la peinture de fleurs dans l'école lyonnaise, qui ne le trouvait pas assez riche et lui préférait le jardin des plantes. En 1828, une nouvelle fontaine décorative est installée à l'emplacement du miroir d'eau disparu depuis longtemps. Elle est composée d'un bassin au-dessus duquel deux consoles antiques soutiennent un sarcophage transformé en réservoir. Deux urnes romaines le surmontent. Au-dessus d'elles, une copie d'antique d'Apollon, sculptée par J.B. Vietty, termine la composition.

Le cloître de l'abbaye, dans son aspect actuel, date de 1884. Il est l’œuvre des architectes René Dardel et Abraham Hirsch. Il abritait l'un des plus anciens musées épigraphique français, fondé en 1805 à l'initiative de François Artaud qui présentait les blocs mis au jour dans la ville et le département et qui fut transféré en 1973 au musée gallo-romain de Fourvière. Il reste toutefois une importante section archéologique dans le musée, reliée à cette volonté. Chaque arcade était à cette époque composée comme un tableau, ce qui privilégiait l'aspect esthétique et pédagogique. Le décor restant de peintures, de mosaïques, de médaillons en bronze et de moulage d'antiques lui servait d'accompagnement. À partir de 1883, le jardin est aménagé en musée de sculpture en plein air et devient typique de la .

Entre 1832 et 1850, Dardel entreprend un grand chantier de reprise et de transformation des bâtiments, dû notamment aux conséquences des travaux organisés par Hôtelard et Gay. Il restaure le voûtement et les piliers du cloître et réalise des travaux pour la mise hors d'eau des terrasses. Il remplace aussi la barrière de fer par une balustrade de pierre avec acrotères, statues et met en place 62 vases décoratifs, dont certains subsistent aujourd'hui. En 1840, les vides entre les nouveaux balustres sont comblés par des moulages de plâtre reproduisant les bas-reliefs des Panathénées sculptées par Phidias. Ils sont remplacés moins de cinquante ans plus tard par d'autres moins sensibles aux intempéries. À partir de 1877, à la suite des travaux de démolitions intérieures réalisées sous le Premier Empire, de nombreuses fissures apparaissent sur les murs et les piliers du cloître menacent de s'effondrer. De nouveaux travaux de restauration sont confiés à l'architecte Abraham Hirsch à partir de 1878. Les portiques du cloître sont entièrement démolis et le système de voûte et de dallage des terrasses transformés. Les galeries sont reconstruites dans le respect scrupuleux de l'ancien plan.

Le terre-plein de la cour est abaissé et muni d'un système d'évacuation des eaux. C'est de cette époque que datent les peintures murales sous les arcades, qui reproduisent notamment le nom de Lyonnais célèbres, ainsi que les médaillons ornant les frontons. Les mosaïques colorées leur servant de fond sont de Charles Joseph Lameire . (1832-1910).En effet, en 1879, Hirsch dispose à l'emplacement des moulages du Parthénon, sur un fond de mosaïque, des médaillons représentant les plus célèbres artistes lyonnais. Le bassin central reste en place et il est encadré de parterres de formes géométriques et symétriques, plantés d'arbres à grand développement comme le voulait la mode des jardins publics à cette époque. Des paulownias, des bouleaux, un saule pleureur ( à l'arrière de l'Apollon du bassin), des tilleuls et des chênes sont donc placés, aux angles des parterres, un peu en retrait des allées. Ces arbres donnent un sentiment de sous-bois assez dense. L'arrière des parterres est encadré par des haies basses qui ourlent de part et d'autre l'allée de ceinture du jardin. Divers arbustes ornementaux agrémentent les grands arbres. À cela s'ajoutent des sculptures et des bancs.

Parmi les sculptures, plusieurs statues d'artistes du appartenant aux collections du musée sont installées dans le jardin, notamment des œuvres d'Auguste Rodin et Léon-Alexandre Delhomme.

Œuvres exposées

Les sculptures ornant le jardin ont changé selon les époques. Avant la mise en place de la fontaine actuelle se trouvait un miroir d'eau entouré de deux sculptures : la Concorde portant un rameau d'olivier et la Vertu invincible sous forme de Minerve de Marc Chabry. Au début du , le jardin comprenait d'autres sculptures que celles présentes aujourd'hui : un monument à Gaspard André, le Discobole de Christolles, des colonnes et des chapiteaux gothiques, l'Homme qui marche de Rodin et Centauresse et Faune de Courtet. Une commande de socles de sculptures passée en 1883 concerne Démocrite méditant sur le siège de l'âme de Delhomme, Giotto enfant de Legendre-Héral, Le joueur de flûte de Delorme, une sculpture représentant un bacchant et Chactas en méditation sur la tombe d'Atala de Duret. Le , le Discobole est envoyé à la fonte sous le régime de Vichy, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux. Le Centaure de Courtet est envoyé au parc à la Tête d'Or et l'Homme qui marche est renvoyé. Le monument à Gaspard André disparaît mais son buste est gardé. En , le Service des monuments historiques réclame les chapiteaux gothiques et les stèles. vignette|Le jardin entre 2011 et 2026, lorsque l’Apollon ne trônait plus sur sa fontaine.

Aujourd'hui Les sculptures du jardin du musée sont disposées et orientées en fonction du centre du jardin où est placée la fontaine. Elle comporte une sculpture représentant Apollon, copie de l'Apollino Médicis antiqueH 2053 et un sarcophage antique placé devant le piédestal qui forme un premier bassin dans lequel coule l'eau de la fontaine. L'Apollon initial en marbre a été commandé par François Artaud à Jean-Baptiste Vietty ; il est détruit par un orage violent le ; une copie en bronze est alors réalisée par la fonderie Durenne à partir d'un modèle en plâtre. Une étude des socles des sculptures présentes dans le jardin a montré qu'ils sont en eux-mêmes des œuvres d'art. Ils sont placés avant même que les sculptures aient été choisies et résultent parfois même d'un accord entre architectes et sculpteurs. Leur iconographie est en général liée au culte de Dionysos. vignette|La fontaine en 2026, après le retour de l’Apollon. En 2011, suite à un accident, l’Apollon est retiré du sarcophage de la fontaine ; il le regagne quinze ans plus tard, après une restauration dont le coût est compris dans le deuxième budget participatif de la mairie de Lyon.

Les sculptures Les bronzes : Démocrite méditant sur le siège de l'âme de Léon-Alexandre DelhommeBronze, 1868. A3066 Carpeaux au travail d'Antoine BourdelleBronze. H812. Bourdelle expose cet hommage personnel au Salon de la Société nationale des beaux-arts. L'idée de l'œuvre lui semble être venue à la suite d'une commande passée par Jacques Doucet d'un buste de Carpeaux. Cette œuvre semble être une fonte unique dont l'acquisition par le musée paraît avoir été réalisée dès 1910.