Le Rallye autrichien des Alpes 1973 (44. Österreichische Alpenfahrt), disputé du 12 au L'année automobile n°21 (1973/1974) - éditeur : Edita, Lausanne, est la neuvième manche du championnat du monde des rallyes 1973 (WRC), inauguré cette même année.

Contexte avant la course Le championnat du monde

1973 est la première année du Championnat Mondial des Rallyes pour Marques, qui a succédé au 'Championnat d'Europe des Rallyes pour Marques', disputé de 1968 à 1972. Constitué de treize épreuves internationales, il est réservé aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

Cette première édition du championnat se dispute entre les constructeurs Alpine-Renault et Fiat, qui ont prévu de participer à la majorité des épreuves. Avec quatre victoires (Monte-Carlo, Portugal, Maroc et Acropole), Alpine domine la compétition, son adversaire n'ayant remporté qu'une manche en Pologne.

L'épreuve

Disputé pour la première fois en 1910, le Rallye autrichien des Alpes fut longtemps considéré comme l'une des épreuves européennes les plus difficiles. Après la seconde guerre mondiale, pour raisons économiques, il fut également ouvert aux motocyclettes, les voitures ne devenant majoritaires qu'à partir du milieu des années 1960. Avant son intégration au premier championnat du monde des rallyes, l'épreuve compta pour le championnat d'Europe en 1964, puis de 1966 à 1969, ainsi qu'aux trois éditions ultérieures du Championnat international des marques.

Le parcours thumb|200 px|right|alt=Lunzer See|Le lac Lunzer (Lunzer See), terme de la deuxième étape départ : de Baden arrivée : à Baden distance : dont sur 27 épreuves spéciales (28 épreuves effectivement disputées dont une neutralisée, pour un total de chronométrésRevue Scratch n°10 - novembre 1973) surface : terre, à l'exception de la première épreuve spéciale disputée sur asphalte Parcours divisé en trois étapes Première étape Baden - Ottenstein, , du 12 au 11 épreuves spéciales (1 sur asphalte, 10 sur terre), Deuxième étape Ottenstein - Lunzer See, , du 13 au 8 épreuves spéciales (terre),

Troisième étape Lunzer See - Baden, , 8 épreuves spéciales (terre), (9 épreuves disputées, mais résultat de l'épreuve de Freingraben annulé par la CSI)

Les forces en présence Alpine-Renault thumb|200 px|left|alt=A110|L'Alpine A110 groupe 4 de 1973 Le constructeur dieppois a engagé deux berlinettes A110 groupe 4 (moteurs préparés par Mignotet, développant 175 chevaux), pour les équipages Bernard Darniche - Alain Mahé et Jean-Pierre Nicolas - Michel Vial. Toutes deux sont équipées d'un pont autobloquant et pèsent environ Revue Moteurs-courses n°99 - 15 mars 1973. La voiture de Darniche est neuve, alors que Nicolas dispose de celle pilotée par Jean-Luc Thérier au Rallye de Pologne. Thérier est absent en Autriche, engagé au Tour de France automobile qui se dispute à la même période. Avec un rapport poids/puissance très favorable, les Alpine sont une nouvelle fois parmi les favorites de l'épreuve, leur faible garde au sol pouvant toutefois constituer un handicap sur les chemins à ornières de la première étape. Le pilote local Walter Roser dispose quant à lui d'une version , engagée à titre privé.

BMW Comme à l'Acropole, l'usine a engagé deux 2002 groupe 2 à moteur deux litres seize soupapes préparées par Schnitzer et développant près de 220 chevaux pour Achim Warmbold - Jean Todt et Björn Waldegård - Hans Thorszelius. Ces voitures, qui pèsent environ Revue Sport Auto n°142 - novembre 1973, sont les plus puissantes du plateau et devraient se montrer redoutables sur les rapides pistes autrichiennes.

Fiat Seul à disputer l'intégralité du championnat, le constructeur italien a engagé trois spiders 124 rallye groupe 4 (, 165 ch, ) pour Håkan Lindberg (vainqueur ici l'année précédente), Raffaele Pinto et Alcide Paganelli. Moins rapides que leurs principales concurrentes, les Fiat ont pour atout majeur leur fiabilité.

Opel thumb|alt=Opel Ascona|Une Opel Ascona groupe 2 (vue ici lors d'une épreuve historique) : 180 chevaux pour les versions les plus affûtées. Pas de participation usine pour Opel, mais la filiale de GM peut toutefois compter sur la présence de Walter Röhrl qui dispose d'une Ascona groupe 2 préparée par Irmscher (2 litres, 180 chevaux, ). Au volant d'une voiture engagée par Hella, Gunnar Blomqvist peut également viser une place d'honneur.

Porsche L'Autrichien Klaus Russling dispose d'une Carrera groupe 4 engagée par l'écurie Leru.

Saab L'épreuve autrichienne convient bien aux Saab 96, très à l'aise dans les chemins à ornières malgré leurs . Deux voitures ont été engagées pour Stig Blomqvist et Per Eklund. Leur moteur Ford V4 de développe maintenant 165 chevaux, une puissance équivalente à celle des Fiat.

Toyota Ove Andersson, vainqueur de l'épreuve en 1971, dispose d'une Toyota Celica groupe 2 à moteur double arbre (, plus de 150 ch, ) engagée par le TTE.

Volkswagen Trois 1303 S groupe 2 (, plus de 130 ch, boîte 5 vitesses, ) préparées par Porsche-Autriche sont au départ, pilotées par Tony Fall, Harry Källström et Günther Janger. Le jeune espoir autrichien Franz Wittmann dispose d'une voiture identique, semi-officielleRevue L'Automobile n°330 - novembre 1973.

Citroën Z Team a engagé une DS 23 groupe 2 (, 185 ch, ) pour le pilote autrichien Richard Bochnicek.

Déroulement de la course Première étape Sur 96 équipages inscrits, seuls 74 équipages prennent le départ de la ville thermale de Baden, à environ au sud de Vienne. La première épreuve spéciale, longue de onze kilomètres, est la seule se disputant sur asphalte. D'emblée, le pilote allemand Achim Warmbold exploite la puissance de sa BMW pour dominer ses adversaires, prenant une seconde au kilomètre aux meilleurs d'entre eux emmenés par Bernard Darniche (Alpine) et Walter Röhrl (Opel). Les épreuves suivantes, sur terre, comportent de longues lignes droites et permettent à Warmbold de conforter son avance. Darniche perd plus de deux minutes à cause d'une sortie de route (manquant de garde au sol, la berlinette a décollé sur une ornière et s'est posée sur le talus), cédant la seconde place à Röhrl. Les Saab se montrent également très rapides, et Stig Blomqvist, après un début de course prudent, remonte rapidement à la troisième place. Warmbold se construit une avance de plus d'une minute, avant de lever un peu le pied en fin d'étape, étape que Blomqvist finit en trombe, arrachant la seconde place à Röhrl. Ce dernier va d'ailleurs devoir abandonner sur le parcours routier quelques kilomètres avant l'arrivée à Ottenstein, différentiel cassé, permettant à la seconde Saab pilotée par Per Eklund de prendre la troisième place.

thumb|250 px|right|alt=Saab 96|Une Saab 96 groupe 2. Très efficace sur les pistes autrichiennes, ce modèle permet à Blomqvist et à Eklund de se positionner aux avant-postes de la course. + classement à l'issue de la première étape Pilote Copilote Voiture Temps Écart Groupe 1 Achim Warmbold Jean Todt BMW 2002 Tii 1 h 28 min 35 s 7 2 2 Stig Blomqvist Arne Hertz Saab 96 V4 1 h 29 min 46 s 0 + 1 min 10 s 3 2 3 Per Eklund Bo Reinicke Saab 96 V4 1 h 30 min 17 s 4 + 1 min 41 s 7 2 4 Jean-Pierre Nicolas Michel Vial Alpine A110 1800 1 h 30 min 55 s 0 + 2 min 19 s 3 4 5 Björn Waldegård Hans Thorszelius BMW 2002 Tii 1 h 31 min 03 s 1 + 2 min 27 s 4 2 6 Bernard Darniche Alain Mahé Alpine A110 1800 1 h 31 min 54 s 7 + 3 min 19 s 0 4 7 Alcide Paganelli ‘Ninni’ Russo Fiat 124 Rallye 1800 1 h 32 min 07 s 7 + 3 min 32 s 0 4 8 Klaus Russling Wolfgang Weiß Porsche Carrera 1 h 32 min 13 s 0 + 3 min 37 s 3 4 9 Håkan Lindberg Helmut Eisendle Fiat 124 Rallye 1800 1 h 32 min 20 s 7 + 3 min 45 s 0 4 10 Ove Andersson Gunnar Häggbom Toyota Celica 1 h 33 min 06 s 0 + 4 min 30 s 3 2

Deuxième étape Les concurrents reprennent la route après seulement trois heures de repos. Aux avant-postes, Warmbold et Blomqvist continuent à assurer le spectacle. Touchant une borne kilométrique en début d'étape, Warmbold a endommagé le train arrière de sa BMW, mais son assistance parvient à réparer dans les délais et le pilote allemand conserve l'avantage. Menant sa Saab à la cravache, Blomqvist parvient à revenir à une trentaine de secondes de son adversaire, mais doit bientôt abandonner, différentiel cassé. Warmbold compte désormais trois minutes d'avance sur la Saab de Per Eklund, qui connaît quelques soucis de moteur (joint de culasse). Nicolas (Alpine) et Waldegård (BMW) se disputent la troisième place, à quatre minutes de l'homme de tête qui semble avoir la situation bien en main au terme de cette deuxième étape.

+ classement à l'issue de la deuxième étape Pilote Copilote Voiture Temps Écart Groupe 1 Achim Warmbold Jean Todt BMW 2002 Tii 2 h 39 min 48 s 9 2 2 Per Eklund Bo Reinicke Saab 96 V4 2 h 42 min 49 s 6 + 3 min 00 s 7 2 3 Jean-Pierre Nicolas Michel Vial Alpine A110 1800 2 h 43 min 46 s 4 + 3 min 57 s 5 4 4 Björn Waldegård Hans Thorszelius BMW 2002 Tii 2 h 43 min 57 s 8 + 4 min 08 s 9 2 5 Bernard Darniche Alain Mahé Alpine A110 1800 2 h 44 min 37 s 8 + 4 min 48 s 9 4 6 Håkan Lindberg Helmut Eisendle Fiat 124 Rallye 1800 2 h 45 min 31 s 4 + 5 min 42 s 5 4 7 Klaus Russling Wolfgang Weiß Porsche Carrera 2 h 46 min 14 s 3 + 6 min 25 s 4 4 8 Alcide Paganelli ‘Ninni’ Russo Fiat 124 Rallye 1800 2 h 46 min 14 s 5 + 6 min 25 s 6 4 9 Ove Andersson Gunnar Häggbom Toyota Celica 2 h 48 min 55 s 5 + 9 min 06 s 6 2 10 Günther Janger Harald Gottlieb Volkswagen 1303 S 2 h 49 min 32 s 2 + 9 min 43 s 3 2

Troisième étape La dernière étape, qui doit ramener les concurrents à Baden, se déroule sur un terrain favorable aux Alpine. Si Darniche, qui compte près de cinq minutes de retard sur la BMW de Warmbold, ne se fait aucune illusion quant à la possibilité de victoire à la régulière, il peut encore espérer viser la deuxième place, détenue par la Saab de Per Eklund. Il s'y emploie activement, et remporte les trois premières spéciales, reprenant environ vingt-cinq secondes à Eklund, Nicolas et Waldegård qui le précèdent. En tête, Warmbold se contente d'assurer, d'autant que le train arrière de sa BMW lui donne quelques inquiétudes. En milieu d'étape, profitant d'un raccourci découvert lors des reconnaissances de la course, l'équipage Warmbold-Todt rejoint l'assistance BMW, le temps gagné permettant une intervention des mécaniciens sans encourir de pénalité. La BMW de tête regagne ensuite le parcours officiel, mais se présente au contrôle horaire en sens inverse de la course ! C'est la mise hors-course immédiate. Arguant que le contrôle horaire avait été déplacé et que le raccourci emprunté figurait sur l'additif du road-book, BMW fait toutefois appel de cette décision et c'est dans la confusion la plus complète que l'équipage Warmbold-Todt poursuit sa route. La situation est d'autant plus confuse qu'en signe de protestation, Jacques Cheinisse, directeur sportif d'Alpine, fait bloquer l'itinéraire bis reliant les contrôles 52 et 53 pour obliger les concurrents à emprunter l'itinéraire officielRevue Moteurs-courses n°102 - 15 décembre 1973. Ces incidents assombrissent la fin de course, marquée par la remontée de Darniche qui pour un peu plus d'une seconde arrache la seconde place à Eklund. Seconde place qui se transforme d'ailleurs en victoire sur le tapis vert, les organisateurs confirmant l'exclusion de la BMW de Warmbold. Ce n'est que six mois plus tard que l'appel du constructeur munichois sera entendu par le tribunal de la FIA, redonnant la victoire à BMWRevue L'Automobile n°335 - avril 1974.

Classements intermédiaires Classements intermédiaires des pilotes après chaque épreuve spéciale.

Classement général thumb|300 px|right|alt=BMW 2002|Première victoire (controversée) en championnat du monde pour la BMW 2002 (vue ici lors d'une course historique)