La colonie française de Saint-DomingueLe nom de « Saint-Domingue », qui, selon le contexte, peut désigner l'ancienne colonie française, mais aussi l'ensemble de l'île d'Hispaniola, la ville de Santo Domingo, actuelle capitale de la République dominicaine (la Capital), voire, par extension la République dominicaine elle-même, est une francisation du nom espagnol Santo Domingo (Saint Dominique)., située sur la partie occidentale de l'île d'Hispaniola (aussi appelée Haïti, au sens large du motLe mot « Haïti » (d'origine amérindienne) est aussi ambigu : il peut désigner soit l'île entière, soit l'actuelle république d'Haïti.), est officiellement une possession française à partir du traité de Ryswick, par lequel l'Espagne cède ce territoire à la France () et jusqu'à sa prise d'indépendance sous le nom d’Haïti (), son premier chef de l'État étant Jean-Jacques Dessalines, proclamé empereur d'Haïti sous le nom de Jacques .

Dès la fin des années 1620 (époque du ministère de Richelieu), des Français sont présents dans la partie ouest d'Hispaniola, particulièrement dans l'île de la Tortue et principalement sous la forme de la piraterie (François l'Olonnois). Jusqu'au début des années 1680, l'ouest d'Hispaniola, déserté par les colons espagnols, est en effet un repaire de flibustiers, avec deux bases principales : l'île de la Tortue sur la côte nord et l'Île-à-Vache sur la côte sud.

Vers 1680, la France impose sa présence militaire dans l'ouest d'Hispaniola, au détriment des Espagnols, mais aussi des Anglais. De 1680 à 1700, les gouverneurs désarment progressivement les flibustiers afin de développer une économie de plantation, orientée notamment vers le sucre.

Après le traité de Ryswick et la reconnaissance officielle de l'Espagne, la colonie de Saint-Domingue prend une place de premier plan dans la production sucrière française et même mondiale, employant en 1788 plus de et . Une population propre à Saint-Domingue se forme progressivement, donnant naissance aux .

De nombreux négociants rochelais établissent des relations commerciales avec Saint-Domingue, donnant une importance singulière au port de La Rochelle sur la façade atlantique.

Hispaniola avant l'arrivée des Français (1492-1630) Débuts de la colonisation par les Espagnols (1492-1530)

vignette|Organisation politique de l'île en 1491 avec les royaumes taïnos (Caciquats d'Hispaniola) et les villes principales.|gauche Après la découverte de l'île par Christophe Colomb en octobre 1492, Hispaniola est, jusqu'à la conquête de Cuba en 1511, le centre de la colonisation espagnole, d'abord sous la direction de Colomb lui-même (« vice-roi des Indes » jusqu'en 1500), puis d'autres vice-rois. Après la conquête du Mexique (1521) et la constitution de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne (capitale : Mexico), Hispaniola devient une simple colonie, pourvue d'un gouverneur, au sein de cette vice-royauté. vignette|gauche|Conquistadors espagnols marquant au fer les autochtones réduits en esclavage. Les Espagnols s'intéressent principalement aux (faibles) gisements d'or qui s'y trouvent, mais développent tout de même une colonisation agricole (encomiendas). La population indigène, des Arawaks et des Taïnos, diminue considérablement du fait de l'arrivée des Européens (épidémies, réduction en esclavage) et finit par disparaître.

Pirates et corsaires dans la partie ouest de l'île (à partir de 1530)

À partir de 1530, la production d'or faiblit fortement : les colons concentrant alors leurs efforts sur la partie orientale de l'île, abandonnent la partie occidentale qui devient la proie facile des pirates français ou anglaisEn 1530, les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas des Habsbourg sont une possession de Charles Quint, qui est aussi roi d'Espagne. Il est donc peu probable qu'il y ait des « pirates néerlandais » à Hispaniola. En revanche, c'est possible à partir des années 1580 avec la formation des Provinces-Unies, du fait de l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II (fils de Charles Quint).. vignette|Boucanier en 1698. Les animaux domestiques abandonnés par les premiers colonisateurs (chevaux, vaches et chiens), vivent en liberté dans l'île et constituent une réserve de chasse facile pour les boucaniersMichel Rodigneaux, ..

Les boucaniers s'installent notamment à la base du Cap-Monte-Cristo, au nord, qui est la frontière actuelle entre Haïti et la République dominicaineSociété de géographie (France), .. Ils s'installent aussi à Port-de-Paix et Petit-Goâve et sur l'îlot de Port-MargotJean Merrien, ..

Malgré une politique de la terre brûlée menée par le roi (roi de 1598 à 1621), destinée à lutter contre leurs raids de pillages, les boucaniers renforcent leur présence.

Entre 1600 et 1630, apparaissent les corsaires (officiellement : marins au service d'un pays en guerre attaquant les navires et territoires ennemis), qui commencent à installer des bases permanentes dans la mer des Caraïbes, dans les secteurs abandonnés par les Espagnols, comme l'île à Vache, l'île de la Tortue ou la côte nord-ouest d'Hispaniola.

La politique coloniale française sous Louis XIII et Louis XIV

vignette|Espace caraïbe vignette|Carte de l'île d'Hispaniola. Le cardinal de Richelieu, qui devient principal ministre de en 1623, dote la France d'une politique coloniale. Jean Cavelet, seigneur de Herteley, homme de confiance de Richelieu et un des futurs directeurs de la Compagnie de Saint-Christophe, s’engage dans le financement des activités de flibuste de Pierre Belain d'Esnambuc avec Urbain de Roissey, sieur de Chardonville.

Durant cette période, la présence française est attestée surtout par des documents écrits à l'île de la Tortue, en raison de son importance militaire, mais on en trouve des traces sur les côtes de Saint-Domingue.

L'île de la Tortue (1629-1665) Vue d'ensemble vignette|L'Île de la Tortue au . D'abord installés sur l'île de Saint-Christophe, les Français se concentrent ensuite sur la Martinique et la Guadeloupe, mais certains s'installent plus à l'ouest, sur l'île de la Tortue, de façon non officielle car l'Espagne se considère encore comme possesseur de toutes les îles des Caraïbes (en vertu du traité de Tordesillas de 1493). La Tortue va devenir le point de ralliement des flibustiers anglais, français et hollandais, aux côtés des boucaniers (Frères de la côte) qui assurent l'approvisionnement en viande.

Durant cette période, l'île de la Tortue est l'objet d'un conflit opposant Espagnols, Français et Anglais, mais les Français l'emportent en fin de compte et consolident leur implantation sur Hispaniola.

Les tentatives de pratiquer l'esclavage échouent : les esclaves introduits à la Tortue . .

Chronologie En 1629, Pierre Belain d'Esnambuc et Pierre Vadrosque, chassés de Saint-Christophe, s'installent sur l'île de la Tortue. En 1630, les Espagnols (don Fadrique de Toledo) reprennent le contrôle de l'île de la Tortue. Expulsés, une partie des flibustiers se réfugie sur l'île d'Hispaniola elle-même.

Période anglaise (1632-1640) Les Espagnols cèdent ensuite l'île aux Anglais, qui la renomment « Isle of Association. ». En 1632, Anthony Hilton est nommé gouverneur de l'île. En 1635, il est remplacé par Nicholas Riskinner, qui meurt peu après. Des affrontements éclatent entre colons anglais et français, qui sont revenus. En 1638, sous la direction de Don Íñigo de la Mota, les Espagnols attaquent de nouveau les colonies mixtes de pirates français et hollandais sur la Tortue. En 1639, de nouveaux colons anglais venus de la Barbade sous la direction de Robert Flood s'installent dans le but de cultiver le tabac.

Période française : François Levasseur (1640-1652) et l'ordre de Saint-Jean (1651-1654) En 1640, le huguenot François Levasseur et ses coreligionnaires sont envoyés par Longvilliers de Poincy, gouverneur de Saint-Christophe, prendre le contrôle de l'île de la Tortue"Les protestants à la Martinique sous l'ancien régime" par Jacques Petitjean-Roget, dans la revue d'histoire Outre-Mers en 1955 . Ils font édifier le fort de La Roche sur le piton rocheux qui domine le port au sud (Basse-terre) et font construire des casernes capables d'accueillir trois cents hommes, avec des magasins à poudre et des canons. L'année suivante, ils expulsent les colons anglais, mais permettent aux pirates anglais ou hollandais de rester. En 1648, les Anglais tentent de reprendre le contrôle de l'ile, mais sont repoussés par Levasseur. En 1650, Levasseur fait venir plusieurs centaines de prostituées européennes pour mettre fin au « matelotage » (relations homosexuelles dans le milieu des pirates et boucaniers). En 1651, concède (dont l'île de la Tortue), à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Louis d'Ache, chevalier de Fontenay, est nommé gouverneur. En 1652, Levasseur est assassiné, probablement à cause de sa religion ; ses deux lieutenants, Thibault et Martin Poincy et le chevalier de Fontenay se partagent son héritage.

Retour des Espagnols (1654) En 1654, de Fontenay doit se rendre à l'Espagnol Don Gabriel Rozas de Valle Figueroa après avoir . Les flibustiers quittent l'île et se réfugient au Petit-Goâve, sur la côte ouest de Saint-Domingue où ils recréent leur « république flibustière » avec tripots, entrepôts et chantiers de réparation.

Reprise en main par la France (1656) En 1656, Jérémie Deschamps du Rausset obtient du roi de France le titre de lieutenant du roi en l'île de la Tortue. En 1664, du Rausset doit rétrocéder l'île à la Compagnie des Indes Occidentales moyennant , après avoir été embastillé pour avoir essayé de la vendre aux Anglais pour . En 1665, Louis XIV nomme Bertrand d'Ogeron de La Bouëre gouverneur de l'île. Il contribue au peuplement de Saint-Domingue en assurant le transport de centaines d'engagés, qui en échange de la gratuité du voyage doivent travailler pendant trois ans et sont de ce fait surnommés « les trente-six mois ». Ces engagés, partis de La Rochelle, sont d'abord

Guerre de Dévolution (1666-1670) Cette période voit les premières fissures dans la traditionnelle alliance contre l'Espagne des flottes française, anglaise et hollandaiseBien que catholique, la monarchie française considère longtemps l'Espagne catholique des Habsbourg, qui contrôle les Pays-Bas méridionaux, comme un adversaire plus dangereux que les protestants anglais et néerlandais. En 1666, Jean Bart s’engage sur le Sept-Provinces, navire de l'amiral Michiel de Ruyter, chef de la flotte des Provinces Uniesofficiellement : république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, pour combattre les Anglais.

C'est le début de la guerre de Dévolution, Français contre Espagnols et Hollandais. Néanmoins les Hollandais furent flibustiers aux côtés des Anglais et des Français et réciproquement. Les flibustiers François l'Olonnais et Michel le Basque, organisent la première grande expédition de flibuste avec la prise et le pillage de Maracaibo. Bertrand d'Ogeron de La Bouëre (et plus tard son neveu Pouancey) vend aux flibustiers et aux boucaniers des femmes blanches à marier qu’il fait venir d'orphelinats d’Europe. ou d'autres déportées comme Anne Dieu-le-veut.. Début de la colonisation de Port-de-Paix. Le flibustier Delile prend et pille la ville de Saint-Yague dans la partie espagnole de Saint-Domingue. , François Trébutor commandant la frégate La Sainte-Catherine armée par le gouverneur reçoit une commission (lettres de course) d'Ogeron permettant la flibuste. La population est estimée à en 1669 (Tortue et côte nord-ouest réunies). C'est trois fois plus en 1677Françoise Hatzenberger, ., mais les plantations ne commencent que plus tard, preuve que le secteur est alors une base de repli pour les petits planteurs de tabac et flibustiers de toute la Caraïbe.

Première expansion sucrière (1670-1684)