Le lac Titicaca, situé dans la cordillère des Andes, est traversé par la frontière entre la Bolivie et le Pérou. C'est le plus grand lac d’eau douce d'Amérique du Sud en volume d'eau M. J. Grove, P. A. Baker, S. L. Cross, C. A. Rigsby et G. O. Seltzer, , in Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology , 2003, . C. Rigsby, P. A. Baker et M. S. Aldenderfer, , in Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, , 2003, . et en longueur, mais pas en superficie (le lac Maracaibo couvre une superficie de plus de ). Il est aussi considéré comme le plus haut lac navigable du monde (altitude : )CIA Factbook (cliquer sur )., mais ce n'est rigoureusement exact que si on limite cette acception aux navires commerciaux de grande taille.
C'est par ce lac qu'est née la culture aymara avant la colonisation et la christianisation. Il existe une légende en relation avec ce lac : le premier dieu Viracocha a surgi de ce lac et a créé le monde ainsi que toutes les civilisations des Andes.
Étymologie du mot Titicaca Le lac Titicaca semble tenir son nom d'un rocher situé sur l'Isla del Sol et appelé Titi Khar'ka, ce qui signifie « Roc du puma » en aymara.. Selon une autre hypothèse, Titicaca serait une déformation de titijaya, qui veut dire « puma de pierre » (par référence aux pumas noyés et transformés en statues de pierre selon une légende locale). mais également « homme de cendre » (en effet les indigènes vivant autour de ce lac avaient coutume d'y brûler des hommes en offrande à Ayuma, dieu de la vie et de la mort).
Enfin une autre hypothèse attribuerait le nom de Titicaca a une colline sur l'Isla del Sol, qui en langue péruvienne signifie "colline de plomb"
L'Isla del Sol est le véritable centre de la mythologie inca.
Description
Le lac Titicaca s'étend sur environ , parmi lesquels (56 %) correspondent au territoire péruvien et le reste (, ou 44 %) à la Bolivie.
Il est au centre d'un grand bassin ayant une superficie de l'ordre de , dont au Pérou. La superficie de son bassin versant appartient donc à plus de 80 % au territoire péruvien. On subdivise son bassin versant en .
Lui-même se décompose en deux parties, le lac majeur (Lago Grande, aussi Lago Chucuito) et le lac mineur (Wiñaymarca, aussi Lago Pequeño au Pérou), séparés par le détroit de Tiquina qui a une longueur de .
Sa longueur est de , sa largeur de .
Situé dans les Andes, à d'altitude, il a une profondeur moyenne de et une profondeur maximale de .
Plus de vingt-cinq rivières se jettent dans le lac. Le lac compte 41 îles dont certaines sont habitées.
Le volume d'eau contenu est de (soit de mètres cubes). Ses eaux bleues sont de l'eau douce.
Il est rempli d'eaux provenant du ruissellement pluvial et de la fonte des neiges. De loin en loin, sur les îles naturelles, on observe des cultures en terrasses, soigneusement séparées par des murs de pierres sèches et des haies de cactus, ainsi que des villages.
La longueur totale de ses rives est de .
Les principales villes riveraines sont Puno au Pérou et Copacabana en Bolivie.
Depuis le , le lac Titicaca est un site Ramsar pour l'importance de ses zones humides.
Le lac a été proposé par la Bolivie en 2003 et le Pérou en 2005 pour une inscription au patrimoine mondial et figure sur la « liste indicative » de l’UNESCO dans les catégories patrimoine culturel et naturel.
Plus de trois millions d'agriculteurs et éleveurs péruviens et boliviens dépendent du bassin du lac pour nourrir leur bétail et irriguer leurs cultures.
Géologie Le lac est le vestige d'une lagune datant de l'ère quaternaire qui occupait l'Altiplano.
thumb|left|Lever du soleil sur l'île de la Lune vu depuis l'île du Soleil.
Affluents et apports Le lac Titicaca est alimenté par plus de 25 rivières.
La plus grande partie des apports d'eaux superficielles dans le bassin versant du lac provient du Pérou. Les rivières principales qui l'alimentent sont le río Ramis avec , le río Huancané avec , le río Coata (), et le río Ilave (). Parmi les affluents secondaires il faut citer le río Illpa, le río Yanarico et le río Zapatilla.
D'après la FAO, l'ensemble des apports constitue une masse d'eau de plus de annuellement, soit environ cubes par seconde.
Le lac Titicaca lui-même déverse ses excédents dans le lac Uru Uru et le lac Poopó par l'intermédiaire du río Desaguadero. Mais seulement 7 % des apports se retrouvent dans le débit de ce dernier, le reste étant perdu par évaporation.
Bilan hydrique du lac Titicaca vignette| Le bilan hydrique d'un lac tel que le Titicaca est le résultat de l'équation : quantités entrées - quantités sorties = variation du niveau du lac, où les entrées sont réparties entre les quantités amenées par l'ensemble des affluents, plus la somme des précipitations tombées sur la surface du lac, et les sorties sont les quantités évaporées plus le débit de l'émissaire. Il s'agit bien sûr de quantités moyennes par unité de temps.
Les scientifiques des deux pays, après avoir collecté ces données entre 1960 et 1990, en sont arrivés à déterminer les quantités que voici : Entrées Apport des cours d'eau tributaires : Pluies sur le lac : Sorties Évaporation : Fuites et autres pertes : négligeables Débit de l'émissaire (le río Desaguadero) :
Calcul de l'évaporation
Îles Les îles les plus peuplées sont l'isla del Sol en Bolivie avec , Amantani avec plus de et Taquile avec (environ ), ces deux dernières se trouvant du côté péruvien. Les populations riveraines sont des Quechuas et des Aymaras. L'île de Suasi est une île privée de située au nord-est du lac du côté péruvien.
Amantaní
L'île d’Amantaní se trouve sur la partie péruvienne du lac Titicaca. De forme circulaire, elle a une superficie de , et une population de répartis en .. Elle est parfois appelée « île du Kantuta », parce qu'on y trouve en abondance la Cantua buxifolia, que la Bolivie et le Pérou ont choisi comme plante-emblème.
Isla del Sol
L'Isla del Sol (Île du Soleil) est une île bolivienne située sur le lac Titicaca. Elle a une longueur de pour de large et une superficie de . C'est la plus grande île du lac. Son nom originel était Isla Titikaka, et c'est elle qui a donné son nom au grand lac. L'île fait partie du département de La Paz et de la province de Manco Kapac.
Taquile
Taquile est une île vallonnée péruvienne située à à l’est de Puno. Taquile mesure environ de long sur 1,6 de large avec une superficie de . La vie à Taquile est encore largement épargnée par la modernité du continent. Il n’y a pas de voiture sur l’île, ni d’hôtel, et seuls quelques petits magasins vendent des produits de base. Taquile est surtout connue pour son artisanat, de la plus haute qualité, non seulement au Pérou, mais aussi dans le monde. « Taquile et son art textile » ont été reconnus « Chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’Humanité » par l’UNESCO.
Autochtones Uros thumb|Des Indiens Aymaras, habitant les îles des Uros. thumb|left|Aymaras sur Isla Summa Willjta du lac Titicaca, au Pérou. Le lac Titicaca est pour les peuples autochtones des Andes le berceau du premier Inca qui aurait surgi de ses eaux : ils considèrent donc « l'île du Soleil » comme un lieu sacré, comme au temps de l'empire.
Une légende locale autochtone prétend que les premiers habitants de la région avaient six doigts et s'appelaient les Uros.
De nos jours, on appelle Uros ceux qui vivent sur des îles flottantes. Celles-ci sont fabriquées à partir de roseaux flottants (en fait du jonc Totora) et sont devenues une étape touristique presque « obligatoire », ce qui permet aux habitants de vivre en partie de ce tourisme.
En réalité, la dernière véritable indigène Uros est décédée en 1959 et les occupants des îles sont depuis des Aymaras qui s'accrochent depuis longtemps aux terres bordant le Titicaca.
Les Aymaras y font pousser du quinoa, plante cultivée pour ses graines riches en protéines et y élèvent des lamas. Ils traversent (n'est plus vrai en 2016) le lac à bord de leurs barques en totora (jonc tressé) et en profitent parfois pour faire un peu de contrebande. Les fameux bateaux en jonc totora traditionnels sont maintenant remplacés par des barques en fibre de verre ou en plastique, et à moteur, Les seuls bateaux en totora sont pour les touristes.
Civilisation de Tiwanaku Une équipe internationale d’archéologues Belges et Boliviens étudie les vestiges enfouis dans le lac depuis plusieurs millénaires, issus des civilisations précolombiennes tiwanaku (500-1150) et inca (1400-1532).
La grande civilisation des Tiwanakus, qui pour de nombreux spécialistes représente le premier empire andin, s'est épanouie sur les rives du lac Titicaca entre le de notre ère. Les Tiwanaku se servaient du lac pour faire des offrandes, telles que des feuilles d'or ou des ossements de lama adressés au dieu aux bâtons (Viracocha dans la mythologie Inca). En 2007, une équipe archéologique bolivienne et Christophe Delaere ont mis au jour plusieurs structures massives dont une pyramide et un temple semi-souterrain dans la capitale des Tiwanakus, Tiahuanako. Ces monuments témoignent de la complexité de cette civilisation.
Grâce à la proximité du lac, les Tiwanakus étaient de prospères agriculteurs, qui tiraient leurs richesses de la terre fertile. La civilisation se servait du lac Titicaca pour des activités économiques et commerciales. Un grand nombre de fouilles sur ce site, dont celle de 2007 , ont sorti de l’eau des objets destinés à la pêche par exemple, une pierre de lest ainsi que des fragments de céramique brûlée qui auraient pu correspondre à des marmites contenant de la nourriture. Ces découvertes démontrent que la civilisation se servait du lac Titicaca pour des activités économiques et commerciales.
À l'opposé, pour les Incas, le lac était un lieu strictement sacré où seuls les rituels étaient permis . L’enquête archéologique effectuée par Christophe Delaere a démontré que le lac Titicaca, où la pêche et la navigation étaient interdites à l’époque des Incas, fut auparavant utilisé par les Tiwanakus à des fins commerciales. Comme l’a mentionné par ailleurs l’archéologue belge, Peter Eeckhout : .
Légende des dieux de la montagne vignette|Lac Titicaca (situé à une altitude de 3 812 mètres sur le plateau de l'Altiplano) : Île flottante et bateau en roseaux de Totora. Une légende raconte que les hommes vivaient heureux dans une vallée fertile. Rien ne leur était interdit sauf monter dans la montagne. Le diable, jaloux de leur tranquillité, leur dit d'aller dans la montagne chercher le feu sacré, sinon un malheur s'abattrait sur eux. Mais les dieux de la montagne appelés « Apus » les surprirent et firent sortir des cavernes des pumas, qui dévorèrent toute la population. Inti, le dieu du soleil qu'ils vénéraient, pleura pendant et sans s'arrêter, ce qui inonda la vallée et créa le lac Titicaca ; seul un couple survécut en se mettant dans une barque. Ils dirent que, de leur barque, ils avaient vu les pumas, qui s'étaient transformés en pierre. C'est pour cela que le lac s'appelle « el lago de los pumas de piedra », le lac aux pumas de pierre.
Ces pumas de pierre sont aujourd'hui représentés dans la symbolique Aymara par la figure de proue des bateaux (les balsa), une tête de puma tressée.