La Conférence Berryer est un spectacle oratoire mensuel organisée par la Conférence des avocats du barreau de Paris. Deux candidats y prononcent chacun un discours sur un sujet délibérément paradoxal ou humoristique, avant d’être critiqués par les douze Secrétaires de la Conférence, dont les interventions mêlent analyse rhétorique et tonalité satirique.
Créée en 1871 et inspirée de l’héritage de l’avocat et orateur Pierre-Antoine Berryer, dit le « Prince de l’éloquence »., la Conférence Berryer s’est imposée comme l’un des spectacles les plus emblématiques du barreau de Paris..
Traditionnellement tenue dans la Salle des Criées de la Cour d'appel de Paris, elle fait ponctuellement l’objet de délocalisations dans d’autres barreaux ou institutions en France et à l’étranger.. L’événement accueille régulièrement des personnalités issues du monde politique, judiciaire ou artistique..
Historique Historiquement, le principe des conférences des avocats semble trouver sa source dans la basoche, certains vont même jusqu'à lui trouver une filiation avec les goliards. Au XVIIème siècle, à l'issue de leur formation, les jeunes avocats participent à des « conférences », auprès d'anciens, où ils perfectionnent l'art de la plaidoirie. Ainsi, en 1710 se tient la première « conférence des avocats ». La Conférence Berryer naît en 1871, dans le prolongement de ces conférences également appelées « parlottes »... Inspirée par la figure de Pierre-Antoine Berryer, la Conférence Berryer vise à associer exercice oratoire, liberté de ton et dimension satirique.
Par ailleurs la Conférence Berryer a une dimension pédagogique. Selon Pierre France, la Conférence Berryer est « un lieu de préparation pour passer le concours de la Conférence du barreau de Paris (crée en 1810) et en devenir secrétaire » ; « Historiquement, l’exercice constitue une opportunité pour être repéré par les secrétaires ». Comme l'indique Léon Deroy dans son rapport au Bâtonnier de Paris de 1882, la Conférence Berryer « c'est, on le voit, une façon de répétition générale des discussions de la grande Conférence ».
Depuis les années 2000, l'événement devient plus régulier, alors qu'il était jusque là très épisodique et presque tombé en désuétude dans les décennies précédentes, et connaît une médiatisation croissante, probablement liée au développement des réseaux sociaux, mais aussi à une réappropriation par les avocats de formats comiques populaires comme celui du tribunal des flagrants délires. Certaines séances sont organisées hors de la Salle des Criées de la Cour d'appel de Paris, notamment dans des sites parisiens (théâtre Hébertot, théâtre de l'Atelier, siège du Parti communiste français) ou dans d’autres barreaux, à Bruxelles, Lausanne, Genève, Abidjan ou Toulouse, ce qui contribue à diffuser la tradition oratoire de la Conférence. Exceptionnellement la Conférence organise parfois une Berryer des Bâtonniers, où les rôles de candidats sont tenus par des candidats au poste de Bâtonnier de Paris.
Organisation et déroulement
Secrétaires de la Conférence La Berryer est animée par les douze Secrétaires de la Conférence, jeunes avocats élus chaque année lors du concours d’éloquence. Ils président à tour de rôle les séances et assurent des critiques publiques aux candidats, connues pour leur style hyperbolique et volontiers ironique.
L'exercice est dirigé par le quatrième Secrétaire qui tient systématiquement un rôle de présentateur de l'exercice. La fonction de quatrième Secrétaire a été exercée par Jean-Yves Le Borgne, Christian Saint-Palais, Albéric de Gayardon, Bertrand Périer et Antonin Lévy.
Déroulement type Dans son format moderne, la Conférence Berryer est une parodie du premier tour du concours de la Conférence, par lequel les secrétaires de la Conférence élisent leurs successeurs ; elle en détourne les modalités et le format en étant un exercice de critique volontairement non-constructive et méchante. Une séance suit une structure récurrente, prenant la forme d'une tradition immémorielle : introduction par le quatrième Secrétaire ; présentation de l'invité par un des Secrétaires et droit de réponse de l'invité ; premier discours de candidat et critiques correspondantes ; chaque candidat est censé effectuer un discours d'une dizaine de minutes sur les sujets établis par les secrétaires, connus environ quinze jours à l'avance. second discours et critiques ; contre-critique : un ancien Secrétaire de la Conférence jaillit du public et critique les Secrétaires tour à tour ; intervention finale de l'invité ; conclusion : annonce de la Berryer suivante par le quatrième Secrétaire l'invité signe, dans les coulisses, le livre d'or de la Conférence.
L’ensemble prend la forme d’une joute oratoire publique mêlant tradition judiciaire et esprit satirique.
Candidats et Invité Deux candidats, souvent jeunes étudiants en droit, font les deux discours. Les candidats sont invités à se manifester auprès des secrétaires à chaque annonce de Berryer.
Chaque séance est présidée par une personnalité célèbre qui peut intervenir tout au long de l'exercice. Parmi les invités de la Conférence Berryer figurent : Salvador Dali, Jean-Paul Sartre, Romain Gary et Serge Gainsbourg, etc.
Le principe d'un invité assumant la présidence d'honneur de la séance de la Conférence Berryer est attesté au moins depuis 1881, où le sénateur Joseph Michel a présidé une séance au cercle catholique du Luxembourg dont le sujet était : « L'enfant naturel reconnu peut-il être adopté par son père ou sa mère qui l'a reconnu ? »..
Sujets Au et au début du , les sujets restent juridiques, avec, au fur et à mesure du temps, un aspect comique qui commence à poindre, souvent fondé sur le caractère absurde d'une situation lorsqu'on l'analyse sous un prisme exclusivement juridique. Ainsi, à titre d'exemple, le , la Conférence Berryer s'est réunie autour du sujet : « Les créanciers d'un auteur dramatique peuvent-ils faire représenter une pièce de leur débiteur, lorsque cette pièce est au répertoire ? ».. En 1922, le Figaro mentionne une Conférence Tronchet dont le sujet était : « Le fils de l'une des deux sœurs siamoises peut-il être considéré juridiquement comme le neveu de sa mère et le fils de sa tante ? ». De même, en 1935, un journal rapporte une Conférence Tronchet dont le sujet était : « Un cannibale appartenant à nos possessions coloniales qui dévore le cadavre d'un homme qu'il n'a pas tué, commet-il le délit de recel de cadavre ? ».
Autrefois, la Conférence Berryer pouvait également se réunir pour reconstituer des procès réels ou fictifs. Ce fut le cas avec le procès de l'affaire Marie Lafarge en 1924, ou bien avec le procès de Thérèse Desqueyroux, en présence de François Mauriac en 1930.
Pour les Conférences Berryer plus récentes, les sujets sont moins juridiques et ont une visée comique assumée. Le comique dans le sujet peut être fondé entre autres sur un jeu de mots par rapport au nom de l'invité, un sous-entendu grivois ou encore un clin d'œil à la biographie de l'invité. « Cantona que l'amour ? » pour Eric Cantona, « Faut-il accepter la double peine ? » pour Ovidie ou « Faut-il ouvrir le manuel ? » pour Manuel Valls.
Critiques et réception La Conférence Berryer fait régulièrement l’objet de critiques liées à son ton volontairement provoquant, à la liberté prise par les Secrétaires, ou à certaines prises de position d’invités, ce qui fut notamment le cas pour la Berryer Didier Raoult, la Berryer Patrick Balkany, ou encore la Berryer Jean-Marie Messier. De même, la Berryer Passi a généré une publicité négative à cause de certains débordements. Enfin, plus récemment, la Berryer Charles Alloncle a généré un vif mouvement de protestations de la part du Syndicat des avocats de France (SAF).
Marque En 2015, le nom « Conférence Berryer » a été déposé à l’Institut national de la propriété intellectuelle par l'Association amicale des Secrétaires et anciens Secrétaires de la Conférence des avocats à Paris, et ne peut être utilisé que par les Secrétaires en exercice de la Conférence des avocats du Barreau de Paris..
Références
Voir aussi Articles connexes Éloquence Conférence des avocats du barreau de Paris Pierre-Antoine Berryer
Liens externes Site officiel de la Conférence Jus pour rire. La conférence Berryer et le rire avocat
Catégorie:Droit Catégorie:Spectacle comique