La bataille de Molins de Rei est un épisode de la guerre d'indépendance espagnole ayant eu lieu le à Molins de Rei, à l'ouest de Barcelone. Elle oppose une armée française menée par le général Laurent de Gouvion-Saint-Cyr à une armée espagnole menée temporairement par Théodore de Reding de Biberegg et le comte de Caldagues, en l'absence du commandant en chef . L'affrontement se solde par une victoire française.
Le soulèvement du Dos de Mayo a pris au dépourvu l'armée d'occupation française en Espagne. À la fin du mois d', la garnison franco-italienne de Barcelone se retrouve isolée et assiégée par les troupes espagnoles. Napoléon met rapidement sur pied un puissant corps d'armée dont il confie le commandement à Gouvion-Saint-Cyr et ordonne à ce général de se porter au secours de la ville. Après une campagne difficile, Saint-Cyr bat un contingent espagnol à la bataille de Cardedeu et atteint Barcelone. Ayant appris que ses adversaires occupent une forte position derrière le Llobregat, Saint-Cyr quitte Barcelone pour les en chasser.
Saint-Cyr tente un coup de bluff en effectuant une manœuvre de diversion sur le front de la position espagnole tout en envoyant le gros de ses forces franchir le Llobregat pour tourner l'aile droite espagnole. Les troupes de Reding et de Caldagues sont enfoncées, abandonnant aux Français prisonniers, toute leur artillerie et Caldagues lui-même.
Contexte
Entrée des Français en Espagne et échecs initiaux
Après avoir successivement contraint le roi Charles IV et son fils Ferdinand à renoncer au trône d'Espagne, Napoléon proclame son frère aîné Joseph Bonaparte comme le nouveau monarque espagnol. Sous divers prétextes, l'empereur français ordonne ensuite à une partie importante de son armée de pénétrer en Espagne, ce qui débouche en sur l'occupation par les Impériaux de Barcelone et de plusieurs autres forteresses proches de la frontière. Le , des émeutes de rues à Madrid sont sévèrement réprimées par la garnison française du maréchal Joachim Murat. Dans les jours et semaines qui suivent, la population espagnole se soulève contre l'occupant.
Le corps d'observation des Pyrénées orientales, sous les ordres du général Guillaume Philibert Duhesme et fort de hommes, se trouve alors en Catalogne. Il aligne la division du général Joseph Chabran, pourvue d'un bataillon suisse et de sept bataillons français pour un total de soldats, la division du général Teodoro Lechi, dotée de baïonnettes réparties en quatre bataillons italiens et deux bataillons napolitains, et deux brigades de cavalerie commandées par les généraux Bertrand Bessières et François Xavier de Schwarz comptant respectivement 825 cavaliers organisés en deux régiments provisoires et 892 sabres italiens et napolitains. À ces effectifs s'ajoutent 356 artilleurs et conducteurs du train. Chargé par Napoléon d'aider à la prise de Valence et de Lérida tout en se maintenant à Barcelone, Duhesme doit cependant composer avec la faiblesse de ses moyens et l'intensification de la révolte qui rendent très vite impossible la mise en œuvre de cette stratégie.
De fait, la situation sur le terrain ne tourne pas à l'avantage des Français. Schwarz et Chabran échouent à conquérir le col d'El Bruc tandis que Duhesme, parti de Barcelone avec la moitié de son corps pour tenter de dégager la route vers la France, est repoussé à l'issue du premier siège de Gérone en juin. Ayant eu vent des difficultés rencontrées par Duhesme, Napoléon met rapidement sur pied une division de soldats à la valeur militaire douteuse dont le commandement est confié au général Honoré Charles Reille. Ce dernier parvient dans un premier temps à secourir le château de Sant Ferran à Figueras avant d'être tenu en échec devant Roses. À la fin du mois de juillet, Reille et Duhesme convergent sur Gérone depuis le nord et le sud et entament un second siège de la ville. Les opérations sont toutefois menées avec une telle lenteur côté français qu'un général espagnol, le comte de Caldagues, attaque les lignes des assiégeants et contraint ces derniers au repli. Si Reille effectue sa retraite sans encombre vers Figueras, les troupes de Duhesme sont harcelées sans relâche par les miquelets, sorte de milice catalane. La colonne de Duhesme est finalement de retour à Barcelone le , non sans avoir abandonné en chemin son artillerie et ses bagages.
Campagne de Gouvion-Saint-Cyr en Catalogne
Lorsque Napoléon prend enfin conscience de l'étendue des problèmes auxquels ses troupes sont confrontées en Catalogne, il procède à plusieurs changements importants. Dès le , un nouveau commandant, le général Laurent de Gouvion-Saint-Cyr, a été nommé à la tête des forces françaises de la région. Ces dernières doivent être renforcées par un contingent de hommes tiré des garnisons d'Italie, dont l'arrivée n'est toutefois pas attendue avant plusieurs semaines ; contrairement à la formation hétéroclite de Reille, il comprend deux divisions d'élite, une française et une italienne, sous les ordres respectifs des généraux Joseph Souham et Domenico Pino. L'ensemble est complété d'une petite division franco-italienne commandée par le général Louis François Jean Chabot, de la brigade de cavalerie italienne du général Jacques Fontane et du régiment de dragons français.
vignette|gauche|redresse|Le général Laurent de Gouvion-Saint-Cyr (par Charles-Aimé Forestier).
À la même époque, soldats espagnols sont stationnées aux Baléares, sans autre motif que la crainte de leur chef, le général Juan Miguel de Vives y Feliu, de voir ses nouveaux alliés britanniques s'emparer de l'archipel. Alors que ses troupes sont sur le point de se mutiner, Vives finit par autoriser le marquis del Palacio à se rendre sur le continent avec hommes, lesquels débarquent en Catalogne le . Nommé capitaine général de la Catalogne par les autorités locales, del Palacio entreprend le blocus de Barcelone. Simultanément, soldats espagnols supplémentaires dirigés par le général Théodore de Reding de Biberegg, partis de la province de Grenade, s'apprêtent à entrer sur le sol catalan, pendant que la division du marquis de Lazán, en provenance d'Aragon, a atteint Lérida. Les opérations autour de Barcelone durant l'été et l'automne pâtissent cependant de l'inertie de del Palacio, à tel point que celui-ci est remplacé le par Vives en tant que capitaine général. À cette date, les effectifs de l'armée espagnole sont de fantassins et de cavaliers. Vives resserre alors le blocus de Barcelone et parvient, le , à repousser la garnison à l'intérieur des murs de la ville, mais se montre dans l'ensemble aussi lent et peu inspiré que son prédécesseur.
vignette|La bataille de Cardedeu, le 16 décembre 1808, par Jean-Charles Langlois.
De son côté, soucieux de dégager au plus vite les troupes de Duhesme piégées dans Barcelone, Gouvion-Saint-Cyr investit Roses le et obtient la reddition de la place le suivant. Ayant ainsi écarté cette menace potentielle pour ses lignes de communication, le général français débouche sous les murs de Gérone avec hommes dans la deuxième semaine de décembre. Après avoir vainement tenté d'attirer la garnison espagnole à l'extérieur de la ville — le commandant de la forteresse, le général Mariano Álvarez de Castro, et son subordonné Lazán n'étant pas enclins à risquer leurs soldats dans une bataille rangée contre les forces bien supérieures en nombre de Gouvion-Saint-Cyr —, ce dernier réalise qu'un siège en règle de Gérone l'empêchera de secourir Barcelone dans les temps. Il choisit donc, dans une décision que sa biographe Christiane d'Ainval juge d'une , de se séparer de son artillerie et de son train d'approvisionnement puis, laissant en arrière la division Reille, de contourner Gérone par les montagnes afin de surprendre Vives.
Quand celui-ci, longtemps persuadé que la forteresse de Gérone constituerait pour les Français un obstacle insurmontable, apprend que Gouvion-Saint-Cyr s'est aventuré à travers les collines, il dépêche le général Reding avec une division pour l'arrêter. La menace se précisant, Vives se contente de fournir à Reding une brigade supplémentaire en guise de renfort, alors même qu'il a soldats à sa disposition. C'est ainsi que, le , Gouvion-Saint-Cyr arrive à proximité du village de Cardedeu, où il ne trouve déployés face à lui que les hommes et sept canons de Vives et Reding. Au cours de l'affrontement qui s'ensuit, les Français enfoncent les lignes espagnoles par une série d'attaques en colonnes massives, infligeant pertes à leurs adversaires au prix de seulement 600 tués ou blessés. Séparé de ses troupes, Vives s'enfuit vers la côte pour y être recueilli par un navire britannique, le HMS Cambrian, et conduit à Tarragone.
Prélude
Ce même , une sortie en force de la garnison française de Barcelone est repoussée par le comte de Caldagues. Cependant, informé dans la soirée de la défaite espagnole à Cardedeu, Caldagues abandonne le blocus et replie ses forces derrière le fleuve Llobregat, depuis Molins de Rei au nord jusqu'à Sant Boi de Llobregat au sud. Au cours de sa retraite, le général espagnol abandonne à ses adversaires un important dépôt de nourriture à Sarrià. Dans la matinée du , l'armée française de secours dirigée par Gouvion-Saint-Cyr fait son entrée dans Barcelone. Le général français constate toutefois avec dépit qu'aucun soldat de la garnison n'est là pour accueillir ses troupes victorieuses. Lorsque Duhesme se manifeste enfin, il affirme à Gouvion-Saint-Cyr que sa position n'était nullement périlleuse et que lui et ses hommes étaient encore capables de tenir six semaines de plus. Échaudé par l'attitude de son interlocuteur, Gouvion-Saint-Cyr produit une copie d'une lettre de Duhesme au maréchal Louis-Alexandre Berthier, affirmant que la garnison de Barcelone était dans une situation désespérée et avait besoin d'être secourue de toute urgence ; à la vue de cette missive, Duhesme se retire sans piper mot.
vignette|redresse|Le général Théodore de Reding de Biberegg.
En ce qui concerne Caldagues, la désertion d'environ un millier de miquelets a réduit son armée à hommes, auxquels ne tardent pas à s'ajouter les débris du contingent de Reding défait à Cardedeu, soit 3 à hommes. Le dispositif espagnol le long du Llobregat comprend les fortifications de campagne érigées pour les troupes de l'aile droite du blocus, distantes d'une dizaine de kilomètres seulement des faubourgs de Barcelone. Solides et correctement pourvus en artillerie lourde, ces retranchements présentent néanmoins l'inconvénient d'être trop étendus pour une armée de soldats. Le Llobregat est, en outre, guéable en de nombreux points, ce qui n'en offre que davantage de chances de succès à un éventuel assaillant. En l'absence de Vives, le commandement des forces espagnoles retombe sur le général Reding. Si lui et Caldagues sont conscients de la faiblesse de leur position, tous deux hésitent sur la conduite à tenir. La solution qui a leur préférence est se replier à l'ouest sur l'excellent site défensif d'Ordal et d'y bâtir un camp retranché ; une telle manœuvre suppose néanmoins d'abandonner la route reliant Barcelone à Lérida aux Français et de permettre à ces derniers de faire main basse sur les récoltes dans les plaines. En quête d'éclairages supplémentaires, Reding sollicite le conseil de Vives, qui se trouve alors à Sitges, mais celui-ci abdique toute responsabilité et laisse son lieutenant décider seul de l'opportunité d'une défense ou d'une retraite. La réponse de Vives ne parvient toutefois à son destinataire que dans la nuit du 20 au , heure à laquelle Reding, déterminé à faire la preuve de son courage aux yeux des Catalans, a résolu de combattre.