thumb|La ferme historique de Grange Gaby, face au Mont Blanc, au sommet du Salève Grange Gaby est une ferme et résidence historique sur le Mont Salève Haute-Savoie (France), à , construite en 1854 par le professeur et philosophe genevois Ernest Naville (1816-1909).
Naville y a reçu des visiteurs prestigieux comme le capitaine Alfred Dreyfus, le futur premier ministre russe Piotr Stolypine ou Alice la grande-duchesse de Hesse accompagnée de son neveu Guillaume, futur Empereur d’Allemagne. Entièrement détruite par un incendie en , Grange Gaby a été reconstruite en 2001. Elle est aujourd’hui occupée par des descendant-e-s d’Ernest Naville.
Achat et construction
Sur le conseil de son médecin, le Marc d’Espine, qui lui recommande les cures et les excursions en altitude, et averti par le naturaliste et pharmacien genevois Henri-Albert Gosse de l’existence de terrains à vendre sur le Salève, Ernest Naville fait l’acquisition, entre le et le , de trois domaines, Grange Gaby, Grange Passay et La Pilaz, totalisant environ , et construit l’année suivante une maison en pierres, adossée à la ferme de Grange Gaby, à d’altitude, face à la vallée de l’Arve et à la chaîne du Mont-Blanc, sur la commune de Monnetier-Mornex.
Les notes transcrites par François Naville, petit-fils d'Ernest Naville., précisent que Grange Gaby a été acquise pour : . Les travaux, menés par un M. Tronchet, ont été menés à une vitesse étonnante, compte tenu d’un lieu reculé où il faut tout amener à dos de mulet. Ils débutent en et doivent se terminer le . On pose le toit de chaume en juin, on monte les meubles en août. Une pénalité de 10 fr. est prévue par jour de retard : en vain. Ernest et les siens s’y établissent le : il s’agit d’une petite colonie de 17 personnes (Naville, Micheli, d’Espine, Picot-Mallet) sans compter les domestiques.
Plantation des forêts
Le Salève, à l’époque, est presque totalement dépourvu d’arbres. Les chèvres ont consommé ce que les hauts-fourneaux rustiques, érigés en pleins champs pour traiter le minerai de fer, avaient laissé. À proximité de Grange Gaby, un hêtre a résisté. C’est à son ombre que, pendant les travaux, la famille prend son repas de midi ; on l’appelle « l’arbre du déjeuner ». Le premier soin d’Ernest Naville est de reboiser la montagne. Il faut pour commencer construire un mur à l’aide de gros blocs de pierre pour entourer « le parc », un espace de quatre hectares environ, destiné à recevoir les plantations de jeunes arbres, protégés contre les incursions du bétail.
Voici, tiré d’un manuscrit, les Annales de Grange-Gaby, le récit des plantations effectuées au cours des premières années : 1855 : Antoine Larnaz plante cent sapins à quelque distance du chalet, une haie de houx le long de la barrière et des saules [en réalité des frênes] sous l’étang. 1857 : Les premières grandes plantations ont lieu cette année du 16 au . Guillot, de Morcles, apporte et plante , , . 1870 : Sécheresse exceptionnelle. Il n’y a presque pas d’eau ni de lait à la montagne. On ne peut pas faire de semis forestiers, et la France déclare la guerre à l’Allemagne. 1871 : Montagne verte et fleurie, été chaud et pluvieux. Une pousse de mélèze atteint . 1872 : Les arbres ont souffert de la neige du printemps. Une pousse de sapin atteint . Semis abondants dans la Grande Gorge. 1874 : Jean Duperrex est nommé garde-forestier des propriétés. Cotton a semé trois poses à Grange Passay. Le rhododendron a fleuri. 1875 : Cotton sème des sapins blancs dans diverses parties du domaine. Louis Naville fait un essai de plantation de wellingtonias. Végétation remarquable, entretenue par des pluies fréquentes. 1876 : Semis de mélèzes et plantation de sapins de la pépinière. 1880 : Plantation de sapins le long de la route de Gaby à Passay. La plupart des cèdres et des wellingtonias sont morts de gel. Plantation par Cotton de sapins des « Pierres » amenés dans une hotte sur son dos.
La vie à Grange Gaby
Grange-Gaby devient, du temps d’Ernest Naville, une sorte de lieu de dévotion pour tous les admirateurs du patriarche élevé au rang de directeur de conscience, et parmi eux un grand nombre de femmes qui boivent ses paroles. On y trouve des altesses princières, telle la grande-duchesse de Hesse et son neveu Guillaume (un garçon turbulent selon Ernest, lequel ignore encore qu’il a affaire au futur Guillaume II, empereur d’Allemagne) ainsi que des membres de la noblesse russe, telles Madame Sacha Bézobrazoff et Madame L.-A. de Polozoff, avec qui il entretient une correspondance suivie. Comme nous l’indique sèchement une note du journal cité plus haut, d’autres russes intéressants passent au Salève, sans doute en raison du fait qu’au Cour des Bastions, Ernest et l’ambassadeur de Russie sont voisins. Extrait des Annales : .
Aucun des hôtes de la maison, sang bleu ou pas, grand esprit ou non, n’échappe à la corvée. Il s’agit d’aller chercher de l’eau à la source et de tracer dans les broussailles les sentiers qui sont visibles aujourd’hui encore sur tout le sommet de la montagne. Madame Claude Weber, dans la revue Salèves, nous apprend que les activités sont dirigées par Ernest, qui porte toujours sur lui un petit cor de chasse, surnommé par les enfants « la trompette du jugement dernier » :
La visite du capitaine Dreyfus Épuisé par sa détention au bagne de Cayenne de 1895 à 1899, le capitaine Alfred Dreyfus se repose au début de l’année 1900 à Cologny, près de Genève, chez Eugène-Albéric Naville (1850-1939), un Suisse résident à Paris où il dirige la Manufacture de produits chimiques de Saint-Denis et qui avait pris la défense ardente de Dreyfus, écrivant notamment plusieurs articles en ce sens dans le Journal de Genève. Le , ils vont ensemble à Grange Gaby rendre visite à Ernest Naville. Extraits du journal de Paul Naville, alors âgé de 20 ans, cités par Jean de Senarclens: . . . .
Avant l’incendie de qui a détruit Grange Gaby, on pouvait y voir une chaise sur laquelle le capitaine Dreyfus avait pyrogravé son nom.
Incendie et rénovation
Dans l’après midi du , un incendie se déclare à Grange Gaby, sans doute du fait de squatteurs maladroits ou malintentionnés: la maison était inoccupée à cette période de l’année. Les flammes sont repérées en début de soirée par le restaurant de l’Observatoire, au sommet du Salève, dont le propriétaire appelle les pompiers. Leur intervention permettra de sauver la grange, mais la partie d’habitation est presque entièrement détruite. Les travaux de rénovation à l’identique commencent en 1998 et se terminent en 2001. Depuis, Grange Gaby est habitée à l’année par des descendant-e-s d’Ernest Naville.
Références
Voir aussi
Grange Gaby