vignette|La Kotwica, symbole de l'Armia Krajowa, constituée des lettres P et W pour « » (« Nous vengerons Wawer »). La Résistance polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l'Armia Krajowa (Armée de l’intérieur ou AK) à son avant-garde, fut le plus grand mouvement de résistance dans toute l'Europe occupée, couvrant les zones d'occupation allemande et soviétique. Dans tous les pays occupés d’Europe existaient des structures souterraines, mais il n’y a que sur le territoire de la Pologne occupée qu’existait un véritable État clandestin avec son pouvoir exécutif, ses partis politiques, son administration et son armée secrète aux ordres du Gouvernement polonais exilé à Londres. Ce gouvernement, qui s'est reconstitué à l'étranger après la défaite en , pour continuer, au nom du peuple polonais, la lutte contre l'agresseur, était reconnu par une majorité de Polonais, par les Alliés et même quelque temps par les Soviétiques.

Sur le plan international, la Résistance polonaise est connue pour avoir apporté des renseignements militaires aux Alliés, avoir perturbé les lignes d'approvisionnement allemandes du front de l'Est et avoir contribué à alerter le monde sur la mise en œuvre de la solution finale et sauver des vies juives de la Shoah en Pologne.

Origines Depuis , la Pologne subit de la part des nazis et des soviétiques une occupation féroce. Le pays est considéré comme une zone d’expansion coloniale : les élites polonaises (intellectuels, religieux, militaires) font l’objet d’exécutions massives, des centaines de milliers de paysans polonais sont expropriés et expulsés pour faire place aux colons allemands, les Juifs qui sont plus de trois millions en Pologne sont entassés dans des ghettos et mis aux travaux forcés, de même que les tsiganes et autres populations persécutées par le régime nazi.

Organisations vignette|Des soldats de Kedyw dans la rue Stawki dans le quartier de Wola - Insurrection de Varsovie en 1944. vignette|Partisans polonais de la région de Kielce - unité « Jędrusie » en 1945. Dès le début de l’occupation, de nombreuses organisations armées secrètes virent le jour. Ce furent cependant les structures soumises au gouvernement polonais en exil à Londres qui eurent le plus d’importance.

Armia Krajowa (« Armée de l'Intérieur » ou AK), fidèle au gouvernement polonais en exil, fut la plus importante de toutes les organisations de résistance polonaise. Créée à l’automne 1939 comme le Service à la Victoire de la Pologne (Służba Zwycięstwu Polsce), puis transformé en en Union de la lutte armée (Związek Walki Zbrojnej, ZWZ) pour devenir en 1942 l’Armée Intérieure (Armia Krajowa, AK), elle intégra la plupart des autres groupes polonais de résistance armée (à l'exception des communistes et des groupes d'extrême droite)Marek Ney-Krwawicz, The Polish Underground State and The Home Army (1939–45). Translated from Polish by Antoni Bohdanowicz. Article on the pages of the London Branch of the Polish Home Army Ex-Servicemen Association. Consulté le 14 mars 2008. Armia Krajowa. Encyklopedia WIEM (consulté le 2 avril 2008).. Elle était le bras armé de l'État polonais clandestin et était organisée sur le modèle d’une armée régulière, avec un état-major, ses propres mesures de justice, une aumônerie et une administration territoriale. Elle fonctionnait en Pologne occupée mais également en Allemagne, en URSS et en Hongrie où elle menait des actions de diversion et d’espionnage. Le but de l’AK était l’insurrection générale mais les autorités émigrées, qui craignaient les représailles contre la population civile, s’opposaient aux activités militaires excessives, surtout à la guérilla. On tentait de limiter les actions courantes à la propagande, au renseignement, à la diversion, au sabotage, à la défense de la population, à l’exécution des sentences contre les collaborateurs ou les plus dangereux représentants des autorités d’occupation. Entre 1940 et 1944, les troupes de l’AK (et du ZWZ) menèrent environ 730 actions de ce type. La lutte ouverte fut menée à partir au milieu de l’année 1944, dans le cadre de l’Action « Burza (Opération Tempête). Son point culminant fut l’insurrection de Varsovie.

La plupart des autres organisations de résistance polonaises furent créées par un parti politique ou une faction, dont :

(« Bataillons des paysans »). Créés par le Parti paysan polonais (PSL) en 1940-1941, ils fusionnèrent en partie avec l’AK de 1942 à 1943. ; Gwardia Ludowa WRN (« Garde populaire Liberté, Égalité, Indépendance »). Créé en 1939 d'une faction du Parti socialiste polonais, Liberté, Égalité, Indépendance, ce mouvement rejoignit le ZWZ vers 1940, et par la suite fusionna avec l’AK.. ; Konfederacja Narodu (« Confédération de la Nation »). Créée en 1940 d'une faction du parti d'extrême droite (Camp national-radical ou ONR), elle fusionna partiellement avec le ZWZ vers 1941 pour finalement rejoindre l’AK vers la fin de 1943 ; Narodowa Organizacja Wojskowa (« Organisation militaire nationale » ou NOW). Créée par Stronnictwo Narodowe () en 1939, elle fut en grande partie intégrée à l’AK autour de 1942. ; Narodowe Siły Zbrojne (« Forces armées nationales » ou NSZ). Créées en 1943 à partir des unités mécontentes de NOW, elles n'étaient pas entièrement subordonnées à l’AK, mais considérées comme alliées. ; Obóz Polski Walczącej (« Camp de lutte polonais »), établi par (Camp de l'unité nationale ou OZN ou Ozon) en , il fut subordonné à l’AK en 1943. ; Armia Ludowa (« Armée populaire » ou AL). Organisation pro-soviétique et communiste, soutenue par l'Union soviétique et contrôlée par le (« Parti ouvrier polonais » ou PPR) Armia Ludowa. Encyklopedia PWN (consulté le 21 décembre 2006)., elle fut créée le et refusa de rejoindre l’AK.

Effectifs Dans l'ensemble, la résistance polonaise est souvent décrite comme la plus importante ou l'une des plus importantes organisations de résistance durant la Seconde Guerre mondiale en Europe.

À sa création en , Armia Krajowa comptait environ . Au début de 1943, elle était forte d'environ . En été 1944, lorsque l'Action Burza fut déclenché (opération Tempête), ses effectifs s’évaluent entre Roy Francis Leslie, The History of Poland Since 1863, Cambridge University Press, 1983, , Google Print, et Stanisław Salmonowicz, Polskie Państwo Podziemne, Wydawnictwa Szkolne i Pedagogiczne, Varsovie, 1994 , .

Les effectifs de la deuxième plus grande organisation de résistance, Bataliony Chłopskie (Bataillons de paysans), avant leur fusion partielle avec l’AK été 1944, sont estimés à environ .

Le troisième plus important groupe était le Narodowe Siły Zbrojne (Forces armées nationales ou NSZ) avec environ vers 1943-1944; seule une petite partie de cette force fusionna avec l’AK.

Une estimation datant de l'été 1944 évaluait la force de l’AK et ses alliés, y compris le NSZ, à .

À son apogée en 1944, Armia Ludowa (communiste), qui ne fusionna jamais avec l’AK, comptait environ .

Actions, opérations et services de renseignement les plus notables 1939

Création de vignette|redresse|Witold Pilecki, fondateur de l'organisation TAP et agent secret de la résistance polonaise à Auschwitz.

Le , deux soldats de l'armée polonaise Witold Pilecki et le major Jan Włodarkiewicz fondent la Tajna Armia Polska (« Armée secrète polonaise », TAP), l'une des premières organisations de résistance en Pologne occupée. Pilecki devient son commandant organisationnel alors que la TAP s’étendait pour couvrir non seulement Varsovie, mais également Siedlce, Radom, Lublin et d'autres grandes villes du centre de la Pologne. En 1940, la TAP dispose d’environ (plus de la moitié d'entre eux sont armés), quelque 20 mitrailleuses et plusieurs fusils antichars wz.35. Plus tard, l'organisation est incorporée à la Związek Walki Zbrojnej (Union pour la lutte armée, ZWZ), rebaptisée ensuite et mieux connue sous le nom d'Armia Krajowa (Armée de l’intérieur ou AK).

1940 312x312px|vignette|gauche|Major Henryk Dobrzański alias « Hubal ». vignette|« Hubal » et son unité de partisans - hiver 1940. vignette|gauche|Une , peut-être celle dans laquelle Witold Pilecki fut capturé à l'automne 1941, dans le quartier de Żoliborz à Varsovie.

Soulèvement de Dans la nuit du 21 au , dans la ville de Tchortkiv (actuellement en Ukraine) occupée par les Soviétiques, éclata le premier soulèvement civil polonais contre les forces d'occupation. 100 à 250 Polonais, pour la plupart des adolescents des écoles secondaires, prirent d'assaut les casernes de l'Armée rouge et une prison, afin de libérer les soldats polonais qui y étaient emprisonnés. Après une courte fusillade dans laquelle trois soldats soviétiques et 14 Polonais trouvent la mort, les attaquants sont dispersés. Il y a de nombreux blessés. En représailles, les troupes de la police secrète soviétique (NKVD) incarcèrent quelque 150 hommes, 24 étudiants sont interrogés brutalement et torturés.

En , après l'arrestation et la déportation au camp d'Auschwitz de ses membres, la direction du TAP considéra l'idée d'envoyer quelqu'un à l'intérieur du camp pour étudier la possibilité de les faire libérer ou d'organiser leur évasion. Witold Pilecki se porta volontaire pour cette mission. Le , Pilecki se laissa délibérément prendre lors d'une rafle à Varsovie et se fit déporter à Auschwitz. Dans le camp, il reprit contact avec les membres de TAP arrêtés : Władysław Surmacki, Władysław Dering, Jan Dangl, Stanisław Maringe et d'autres. Ensemble, ils fondent le mouvement clandestin - ZOW (en français : « Union des organisations armées »). En , ZOW envoie son premier rapport sur le fonctionnement du camp et le génocide qui s'y déroule à l'état-major à Varsovie.

Major Hubal Fin , n'acceptant pas de voir son détachement dissous, major Dobrzański prit le nom de guerre "Hubal" et forma le dernier détachement de soldats réguliers à se battre en Pologne (son unité de cavalerie continua à arborer l'uniforme). Ce fut le premier groupe de résistance armé constitué. En , Hubal et ses hommes détruisent un bataillon et causent de lourdes pertes à un autre détachement allemand dans une escarmouche près du village d’Huciska. Quelques jours plus tard, dans une embuscade près du village de Szałasy, Hubal inflige de lourdes pertes à une autre unité allemande. Pour contrer cette menace, les autorités allemandes forment une unité spéciale anti-partisan mixte SS-Wehrmacht, forte de huit mille hommes et comprenant un groupe de Panzer, bien que l'unité du major Dobrzanski ne dépassa jamais .

Wawer À la fin de 1940, Aleksander Kamiński créa une organisation de résistance de la jeunesse polonaise Wawer. Elle faisait partie des (littéralement « Rangs gris », nom de code de l'Association clandestine des scouts polonais). Cette organisation réalisa de nombreuses opérations de sabotage en Pologne occupée. Sa première action fut de commémorer le premier anniversaire du massacre de Wawer. Le , en représailles de la mort de deux sous-officiers allemands, le major général Friedrich Wilhelm Wenzel condamna à mort 114 hommes, âgés de 16 à 70 ans arrêtés à Wawer (un quartier de Varsovie) et à Anin. Vers Noël 1940, les membres de Wawer peignirent « Pomścimy Wawer » (Nous vengerons Wawer) sur les murs de Varsovie. Au début, ils peignaient l'ensemble du texte, puis pour gagner du temps ils le raccourcirent à deux lettres, P et W. Plus tard, ils inventèrent la Kotwica (Ancre) qui devint le symbole de la résistance polonaise en Pologne occupée.

1941 Opération N

L'opération N débuta en . Dirigée par Tadeusz Żenczykowski et menée jusqu'à , elle impliquait le sabotage, la subversion et des activités de propagande noire.

Rapports Pilecki En , les rapports de Witold Pilecki furent transmis au gouvernement polonais à Londres et, à travers lui, au gouvernement britannique et à d'autres instances alliées. Ces rapports informèrent les Alliés sur l'Holocauste et furent la principale source de renseignements sur Auschwitz-Birkenau.

Exécution des collaborateurs nazis