La bataille de Dompaire est une bataille de blindés qui a eu lieu les 12, 13 et entre les armées française et allemande près de la commune de Dompaire dans les Vosges, en France. Cette bataille s'inscrit dans le cadre de la campagne de Lorraine du front occidental lors de la Seconde Guerre mondiale.
La bataille voit la mise en place à la hâte par la Wehrmacht, d'une nouvelle brigade blindée allemande destinée à contrer l'avancée alliée après l'effondrement du front à la suite de la bataille de Normandie. Les armées françaises s'articulent principalement autour de la division blindée sous les ordres du général Leclerc.
La 112 Panzer Brigade, inexpérimentée, subit une série d'embuscades tendues par des unités blindées françaises avec le soutien aérien américain. Les équipages de chars français et les chasseurs-bombardiers américains combinés détruisent une grande partie de la brigade allemande avec peu de victimes. Les Allemands sont contraints de se replier, ce qui retarde la contre-offensive prévue en Lorraine.
Contexte La division blindée du général Leclerc entre au combat lors des dernières étapes de la bataille de Normandie où elle inflige de lourdes pertes à la Panzerdivision à Alençon. Après l'évasion de la mi-août, la division se dirige vers Paris et, le , après des affrontements sporadiques à la périphérie de la capitale contre l'arrière-garde allemande, parvient à libérer la capitale. Après un bref séjour sur place, le général Charles de Gaulle l'affecte ensuite à la nouvelle armée française en formation en Provence sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny. À cette époque, la division possède la plus grande expérience de toutes les unités françaises, entièrement approvisionnée par les États-Unis : chars, armes, fournitures, uniformes et équipements. Elle est composée d'anciens combattants sous les armes depuis plus de trois ans, issus principalement des troupes stationnées dans les colonies africaines« Au total, à l'automne de 1944, la France finira par disposer d'une armée effective de composée pour moitié d'éléments indigènes, Maghrébins, Africains et pour moitié d'Européens d'Afrique du Nord », Philippe Masson, L'homme en guerre, 1901–2001: de la Marne à Sarajevo, Editions du Rocher, 1997, .
gauche|vignette|Char M4 Sherman de la Division blindée lors de la fermeture de la poche de Falaise en Normandie en août 1944.
Leclerc réussi à convaincre le SHAEF de conserver sa division au sein de l'armée américaine, principalement pour des raisons politiques. Sa division est ensuite envoyée en Lorraine dans le cadre du corps américain du général Wade H. Haislip. La armée américaine du général George Patton a précédemment remporté des succès significatifs au cours de la première semaine de septembre, en s'emparant d'importantes têtes de pont sur la Moselle au nord et au sud de Nancy. Néanmoins, l'avancée alliée commence à ralentir à mesure que les réapprovisionnements (en particulier de carburants) se font rares et à mesure que les défenses allemandes se raidissent. L'avancée inattendue franco-américaine vers la Moselle met en difficulté le haut commandement allemand ; Hitler et l'OB West tentent de rassembler une force mécanisée substantielle pour lancer une contre-attaque dans la région Lorraine. L'armée de Patton commence à souffrir d'une grave pénurie de ravitaillement, notamment de carburant, en partie due à la décision d'Eisenhower de donner la priorité aux approvisionnements au groupe d'armées du maréchal Montgomery pour l'opération Market Garden.
Le , la Panzer-brigade tente une contre-attaque entre Mairy et Briey pour bloquer l'avancée du Corps américain du général Walker vers la Moselle, mais est repoussée avec de lourdes pertes. Deux jours plus tard, la Division blindée se divise en trois Groupements tactiques – le premier, le « Groupement Langlade » dirigé par le colonel Paul de Langlade, mène l'avancée française vers Épinal. Plus au nord, les deux autres groupements tactiques, le « Groupement Dio » et le « Groupement Billotte », soutiennent respectivement la division d'infanterie américaine et la division d'infanterie américaine. Le « Groupement Langlade » se compose d'un bataillon d'infanterie mécanisée, le Régiment de marche du Tchad (en half-tracks M3 ) et de deux bataillons de chars – le régiment de chasseurs d'Afrique et le Régiment de chars de combat. Ceux-ci sont également divisés en trois groupes, nommés d'après leurs commandants, Jacques Massu, Joseph Putz et Pierre Minjonnet. Chacun d'entre eux est composé de quelques compagnies d'infanterie montées sur des semi-chenillés M3, de 16 Sherman M4 et de trois ou quatre chasseurs de chars M10 Wolverine.
Le « Groupement Langlade » sonde les défenses allemandes vers Vittel puis s'empare de la ville le et fait de nombreux prisonniers. À peu près au même moment, les Allemands commandés par les généraux Johannes Blaskowitz et Hasso von Manteuffel déplacent leurs forces blindées pour tenter de bloquer l'avancée alliée ignorant en cela l'ordre d'Hitler. Il est ordonné à la brigade blindée du colonel Horst von Usedom de la division blindée de se diviser en deux groupes et de reprendre Vittel. Dans la soirée du 12, depuis sa base d’Épinal, le bataillon Panzer-Regiment 29 composé d'environ 45 chars Panther entre dans Dompaire à l'ouest d’Épinal. Le Panzer Battalion 2112 quant à lui, composé de 45 chars Panzer IV, avance vers l'ouest en direction de la ville de Darney.
Leclerc installe son poste de commandement à l'est de Vittel libérée. Le « Groupement Langlade » continue vers l'est et se dirige cette nuit-là juste en avant de Dompaire et Damas-et-Bettegney (environ à trois kilomètres au sud-est de Dompaire). Là, les civils français mettent en garde contre une avancée allemande vers la zone. Pendant ce temps, les Allemands se déplacent vers l'ouest mais ne réussissent pas à effectuer une reconnaissance. L'autre groupe de la Blindée se trouvent au nord et au sud, où l'unité de reconnaissance du lieutenant-colonel Nicolas Roumiantsoff couvre le flanc droit.
La brigade blindée allemande est armée de puissants chars, mais manque d'expérience. Les équipages des Panzers sont constitués de recrues très enthousiastes, mais très jeunes. Par rapport aux forces alliées, les Allemands ne disposent que de peu de soutien aérien et d'unités d'artillerie adéquates.
Bataille Langlade a l'intention d'envoyer le « Groupe Massu » commandé par le lieutenant-colonel Jacques Massu attaquer les Allemands concentrés à Dompaire qui se trouve dans une vallée étroite. Le « Groupe Minjonnet », dirigé par le lieutenant-colonel Pierre Minjonnet, doit frapper à droite de Ville-sur-Illon à Damas où se tient la route principale entre Dompaire et Épinal. Ils occuperaient également les collines en partie boisées, autour de Dompaire en positions dominantes, Langlade pourrait utiliser son artillerie contre des cibles plus en aval.
Dompaire Dans la soirée du , les chars allemands atteignent Dompaire. Von Usedom envoie le bataillon de chars Panther se déplacer sur et autour des positions entre la ville et Madonne-et-Lamerey où, sans le savoir, ils deviennent exposés par l'ouest. Von Usedom ne dispose que de six canons antichar et cinq obusiers. Beaucoup plus au sud-est, le bataillon de Panzer IV demeure à l'intérieur de Darney ; les équipages des chars doivent s'abriter de la pluie qui tombe durant la nuit. Les deux bataillons ne peuvent être en contact l’un avec l’autre, Von Usedom espère que ces conditions météorologiques immobilisent aussi l'aviation alliée.
Les Français prennent position sans aucune difficulté pour surprendre les Allemands. Le « Groupe Massu » s'avance vers les collines au sud et au sud-ouest de Dompaire pour prendre le contrôle de la ville. Les équipages de 40 Sherman et sept M10 profitent des heures d'obscurité pour faire le plein et se réarmer. Dans l'obscurité, à la périphérie sud-ouest, un groupe de reconnaissance français du escadron de chars dirigé par le lieutenant Jean Bailaud entre pour la première fois en contact avec les Allemands. Au cours d'un bref engagement, le Panther de commandement est mis hors service avec deux canons antichar. Au cours de ce contact, un Sherman est cependant détruit et un autre endommagé. Les Français se retirent, ce qui permet aux Allemands de continuer leur progression vers le sud-ouest de Dompaire. Les deux camps échangent des coups de feu à la tombée de la nuit, tandis que l'artillerie française tire sur toutes les entrées du village pour bloquer tout mouvement. Au même moment, Langlade reçoit l'assurance d'un soutien aérien allié.
Pendant ce temps, le « Groupe Minjonnet » à Ville-sur-Illon lance une reconnaissance en force vers Damas-et-Bettegney. Un contingent du Régiment Blindé de Fusiliers-Marins de la Marine nationale dirigés par le lieutenant Durville à bord de trois chasseurs de chars Siroco, Mistral et Simoun, s'avance vers le village dépourvu de résistance. À son approche, il fait face à un groupe de chars Panther. Dans l'échange de tirs, deux Panzers sont touchés et neutralisés, ce qui oblige les Allemands à battre en retraite, tandis que les Français perdent deux jeeps et un semi-chenillé. Les Français se replient ensuite sur Ville-sur-Illon et placent des batteries d'artillerie le long des collines en partie boisées au sud de Dompaire.
Le lendemain matin, l'infanterie française, appuyée par cinq Sherman, force les Allemands à quitter le village de Lavieville. Les troupes se dirigent ensuite vers Dompaire, les Français encerclent presque la ville. Pendant ce temps, les chars Panther avancent au sud de Madonne-et-Lamerey sur un terrain vallonné et boisé vers la périphérie est de la ville. Les Français déploient des chasseurs de chars M10 du Régiment blindé de Fusiliers-Marins sur les pentes en embuscade. Les deux chasseurs de chars Orage et Tempête repèrent bientôt et frappent trois Panthers à 900 mètres, stoppant immédiatement l'avancée allemande. Par ailleurs, les obusiers français de 105 mm du Groupe Minjonnet commencent à bombarder les Allemands, puis le groupe attaque Damas, qui tombe en moins de deux heures. L'avancée se poursuit jusqu'au hameau des Maisons rouges, entrainant la capture de cinquante Allemands et l'abandon du lieu. La route principale entre Dompaire et Épinal est donc coupée par les Français.
Soutien aérien américain vignette| P-47 Thunderbolt du 406th Fighter-Bomber Group Le char de communication US Tactical Air Liaison (TALO) commandé par le Colonel Tower, officier américain affecté au « Groupement Langlade » doit organiser avec Massu la coordination du soutien aérien des Hawker Typhoons de la RAF, mais ceux-ci sont affectés à une autre mission. Au lieu de cela, il va coordonner les attaques des chasseurs-bombardiers P-47 Thunderbolt du 406th Fighter-Bomber Group du XIX Tactical Air Command. Huit P-47D attaquent les Panzers à Madonne-et-Lamerey à l'aide de roquettes, bombes et tirs de mitrailleuses, donnant des résultats dévastateurs. Selon les Français, l'attaque désorganise la colonne allemande et au moins huit chars sont gravement endommagés, détruits ou abandonnés. La ville elle aussi est gravement atteinte.
Les groupes mécanisés français tentent d'encercler les Allemands à l'intérieur de Dompaire en occupant les voies principales. Une colonne de chars M4 Sherman s'avance de Lavieville jusqu'à la périphérie ouest de Dompaire. D'autres véhicules blindés et un peloton de M10 gravissent les collines en direction de Bouzemont derrière les Allemands. Les chasseurs de chars de Durville détruisent deux autres Panther, tandis que le reste du « Groupe Minjonnet » bloque la route d’Épinal.