Le Code de Hammurabi (ou Code d'Hammourabi) est un texte juridique babylonien daté d'environ 1750 , à ce jour le plus complet des codes de lois connus de la Mésopotamie antique. Il a été redécouvert en 1901-1902 à Suse en Iran, gravé sur une stèle de de haut comportant la quasi-totalité du texte en écriture cunéiforme et en langue akkadienne, exposée de nos jours au musée du Louvre (salle 227) à Paris. Il s'agit en fait d'une longue inscription royale, comportant un prologue et un épilogue glorifiant le souverain Hammurabi, qui a régné sur Babylone d'environ 1792 à 1750 , dont la majeure partie est constituée de décisions de justice.
Depuis sa découverte en 1901-1902 sur une stèle mise au jour lors des fouilles de Suse dirigées par Jacques de Morgan, cet ensemble de décisions est désigné comme un « code » et chaque décision comme autant de « lois » ou « articles » relatifs à différents aspects de la vie de la société babylonienne de la période. La nature exacte du texte est l'objet de débats : bien qu'il soit souvent présenté comme un code de lois dont les dispositions sont destinées à être appliquées dans le royaume de Hammurabi, les assyriologues qui l'ont étudié plus précisément insistent sur sa fonction politique de glorification du roi et y voient plutôt une sorte de traité juridique visant à conserver le souvenir du sens de la justice et de l'équité de Hammurabi.
Quoi qu'il en soit, y apparaissent des informations essentielles pour la connaissance de différents aspects de la société babylonienne du : organisation et pratiques judiciaires, droit de la famille et de la propriété, statuts sociaux, activités économiques, entre autres. Il convient souvent de compléter ces informations par celles fournies par les nombreuses tablettes cunéiformes de la même époque exhumées sur les sites du royaume de Babylone pour mieux comprendre le contenu du texte.
Contexte de rédaction
Le Code de Hammurabi est rédigé durant la période dite « paléo-babylonienne » (babylonienne ancienne), sous la première dynastie de Babylone, plus précisément vers la fin du règne du roi Hammurabi qui l'a commandité et l'a sans doute formulé en grande partie. Celui-ci aurait régné de 1792 à 1750 selon la « chronologie moyenne » qui est la plus usitée, mais il est possible qu'il faille le situer à une date plus récente (1728 – 1686 selon les tenants de la « chronologie basse »), la datation absolue étant imprécise pour une période aussi reculée. Quand Hammurabi succède à son père Sîn-muballit sur le trône de Babylone, son royaume est faiblement étendu mais domine déjà des villes importantes comme Kish ou Sippar. Il est entouré de royaumes puissants : Larsa au sud, Eshnunna et Ekallatum puis Mari au nord. Après une première moitié de règne peu active sur le plan militaire, Hammurabi réussit à vaincre et annexer ses voisins, dominant alors la majeure partie de la Mésopotamie. C'est donc le véritable fondateur du royaume babylonien en tant que puissance politique de premier plan dans l'histoire du Proche-Orient ancienLes connaissances sur l'histoire politique du règne de Hammurabi sont présentées dans et ..
Du point de vue de la littérature juridique, le royaume babylonien dispose de structures judiciaires typiques de la tradition mésopotamienne : le roi est le juge suprême, les membres de l'administration (notamment les gouverneurs) ont souvent des attributions judiciaires de même que les autorités locales (conseils d'Anciens et conseils de quartiers des villes). Il existe également des juges professionnels (dayyānum). Ces magistrats rendent justice souvent de façon collégiale, après une procédure d'instruction reposant sur la recherche de preuves, notamment des témoignages et des documents écrits comme des contrats présente les sources juridiques de la période.. Cela explique la quantité de documents juridiques connus pour cette période. Depuis au moins la période d'Ur III et le règne d'Ur-Nammu (2112 – 2094 ), les rois mésopotamiens ont pris l'habitude de compiler des recueils de sentences juridiques, et c'est cette tradition que reprend Hammurabi en écrivant son Code au moment où il procède à l'organisation de l'administration de ses conquêtes et où il cherche à faire passer son œuvre à la postérité ; .
Sources : la stèle et les copies Stèle du Code
vignette|left|Portrait du père Jean-Vincent Scheil, professeur d'assyriologie à la Sorbonne, qui a participé à la découverte de la stèle et à sa première traduction.
Le Code de Hammurabi est essentiellement connu par une stèle dont les deux fragments principaux ont été exhumés par Gustave Jéquier et Louis-Charles Watelin en décembre 1901 et en janvier 1902 à Suse, ancienne capitale de l'Élam, de nos jours située dans le Sud-Ouest de l'Iran (province du Khuzistan), lors de fouilles conduites par une mission française dirigée par Jacques de Morgan.
La stèle y a été apportée vers 1155 en compagnie d'autres monuments mésopotamiens (comme la stèle de victoire du roi Naram-Sin édifiée en l'honneur de Naram-Sin d'Akkad ou divers kudurrus) par les rois élamites qui avaient conquis et pillé les grandes villes du royaume de Babylone. L'origine exacte de cette stèle est peut-être le temple du dieu-soleil Shamash situé à Sippar, au nord de Babylone, à moins qu'elle ne provienne de cette dernière. Elle est détruite à un moment puisqu'elle a été retrouvée brisée, et il est impossible de savoir à quelle date : Morgan, son inventeur, a supposé que c'était arrivé au moment du sac de la ville par les troupes assyriennes de 648 , sans élément en ce sens. Le colophon d'une copie du prologue du Code mise au jour dans la bibliothèque du temple de Shamash à Sippar et apparemment datée du indique qu'un scribe originaire de la ville d'Agadé a fait une copie du texte de la stèle de Suse. Il croyait de façon erronée qu'elle avait été érigée là par Hammurabi lui-même, puisqu'il explique le passage copié ainsi : « Selon la teneur du texte exemplaire de la stèle ancienne que Hammurabi, roi de Babylone, a érigée à Suse ». La stèle serait donc encore visible à Suse à cette périodeD. Charpin, « Les soldats d'Assurbanipal ont-ils détruit le Code de Hammu-rabi lors du sac de Suse ? », dans NABU 2003/4 n°77, p. 87-88..
centré|vignette|246x246px|Stèle du code de Hammurabi lors de sa découverte vers 1901, en présence de Gustave Jéquier.
Les fouilleurs français ont emporté la stèle au musée du Louvre, où elle est l'une des pièces maîtresses du département des Antiquités Orientales, tandis que le révérend père dominicain Jean-Vincent Scheil, qui a participé à sa découverte, en a publié la première traduction en 1902. J.-V. Scheil, « Code des lois de Hammurabi, roi de Babylone, vers l'an 2000 », dans MDP IV, Textes élamites-sémitiques, Deuxième série, Paris, 1902, ..
La stèle mesure de haut et de large environ, taillée dans un monolithe de basalte noir extrait dans les montagnes du Zagros ou de Haute Mésopotamie. Son sommet cintré est sculpté en bas-relief sur le devant. Y est représentée une scène de rencontre entre le roi Hammurabi et le dieu Shamash. Le roi, représenté à gauche, se tient debout la main droite levée en signe de respect envers la divinité. Il porte une longue barbe, est coiffé d’un bonnet royal à rebord large, en vigueur depuis l'époque de Gudea (), et vêtu d'une robe longue à plis verticaux. Le dieu-soleil Shamash, situé à sa droite, est assis sur un trône. Il porte la tiare à cornes caractéristique des divinités, arbore une longue barbe et est vêtu d'une robe à volants. Il est identifié comme le dieu-soleil par les rayons qui jaillissent au-dessus de ses épaules ainsi que par les trois rangées d’écailles sur lesquelles il pose ses pieds : elles représentent les montagnes de l'Est que le soleil franchit tous les matins. Il remet au roi les insignes de la royauté, le bâton et un objet circulaire (anneau ou cercle) qui symbolisent l'équité. Voir aussi A. Benoit, Art et archéologie : les civilisations du Proche-Orient ancien, Paris, 2003, . Pour les interprétations de l'anneau et du cercle, voir dernièrement : K. Slansky, « The Mesopotamian “Rod and Ring”: Icon of Righteous Kingship and Balance of Power between Palace and Temple », dans H. Crawford (dir.), Regime Change in the Ancient Near East and Egypt, From Sargon of Agade to Saddam Hussein, Oxford, 2007, et S. Démare-Lafont, « La majesté royale en Mésopotamie. Une déambulation dans les salles orientales du Louvre », dans A. Helmis, N. Kalnoky, S. Kerneis (dir.), Vertiges du droit, Mélanges franco-helléniques à la mémoire de Jacques Phytilis, Paris, 2011, .. Ce bas-relief est de facture classique par son style et sa composition ; il s'inspire notamment des scènes dites de « présentation » courantes sur les sceaux-cylindres depuis la fin du La présence de Shamash est liée à sa fonction de dieu de la justice (le prologue du Code le désigne comme le « grand juge du Ciel et de la Terre »)..
centre|vignette|210x210px|Détail du bas-relief de la stèle : Hammurabi face au dieu Shamash (sur le trône).
Le reste de la stèle porte le texte du Code, la plus longue inscription continue en écriture cunéiforme qui soit connue. Le texte est gravé en langue akkadienne (dans sa variante dite « paléo-babylonien ») dans des signes cunéiformes volontairement archaïsants, qui reprennent la graphie courante dans les inscriptions des rois d'Akkad et d'Ur III et non celle caractéristique de sa période de rédaction, un peu comme la graphie d’inspiration romaine est restée courante dans les inscriptions officielles européennes à l'époque moderne. Le choix d'inscrire le texte dans des cases procède de la même idée. La lecture se fait verticalement dans les cases, qui dans les transcriptions scientifiques sont présentées tournées à 90° dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, pour pouvoir être lues en lignes horizontales de gauche à droite. Sur la stèle, le passage d'une case à l'autre se fait de droite à gauche (de haut en bas dans les publications scientifiques), les cases étant donc regroupées en rangées (ou colonnes), lesquelles se succèdent de haut en bas. Il n'y a aucun système de ponctuation et pas de marque de césure entre les grandes sections du texte ou entre les « articles » qui sont des constructions des traducteurs modernes. Le texte comportait environ cases à l'origine, mais sept rangées manquent en bas de la face, effacées par les Élamites, sans doute dans le but d'y graver ensuite une inscription à la gloire de leur propre roi, ce qu'ils n'ont jamais eu l'occasion de faire. Si la stèle permet de connaître l'essentiel du texte, il y a donc une lacune (à partir du § 66).
Autres exemplaires Le Code de Hammurabi était vraisemblablement gravé sur d’autres stèles disposées dans d'autres grands sanctuaires du royaume de Babylone, qui n'ont pas été retrouvées, à moins que d’autres fragments trouvés à Suse n'en soient issus. Une partie des lacunes de la stèle peut être complétée par la quarantaine de copies d’extraits du Code inscrits sur des tablettes d'argile mises au jour dans divers sites archéologiques mésopotamiens, qui apportent également des informations sur l'existence de légères variantes du texte. Une copie du prologue présente ainsi une variante de forme (un registre de langue plus simple), de même que de fond (la liste des bienfaits du roi est moins complète que celle de la stèle, dénotant sa rédaction antérieure de la liste). Les copies les plus récentes datent de la période néo-assyrienne (911-609 ), ce qui montre que le Code de Hammurabi est resté un modèle scolaire ou juridique transmis pendant au moins un millénaire. Il a également fait l'objet de commentaires ésotériques.
Organisation et nature du texte
Un recueil législatif du Proche-Orient ancien
Le texte du Code de Hammurabi est divisé en trois parties : un prologue historique en langue littéraire commémorant les accomplissements de Hammurabi en sa fin de règne ; les « lois » ou décisions de justice rendues par le roi ;