thumb|The Yes Men en 2007. Les Yes Men (les « béni-oui-oui ») sont deux activistes américains qui dénoncent le libéralisme par la caricature et le canular. Le duo est constitué de Jacques Servin et , connus sous les pseudonymes d'Andy Bichlbaum et Mike Bonanno.

En se faisant passer pour des intervenants de l'OMC, ils ont entre autres prononcé des discours satiriques sur la privatisation du marché des votes et sur l'apologie de l'esclavage à domicile, lesquels n'ont pas suscité de réaction particulière de la part des spectateurs et participants présents, si ce n'est des remerciements.

Ils ont ensuite diversifié leurs cibles, parmi lesquelles George W. Bush et le groupe chimique Dow Chemical.

Le , ils ont diffusé à cent mille exemplaires dans les rues de New York un faux numéro du New York Times titrant à la une (« La guerre d'Irak est finie »)« La guerre en Irak est finie annonce un faux NY Times », Le Figaro, 13 novembre 2008..

Origine « Yes-man » est une expression anglophone équivalente au français « béni-oui-oui ». Les Yes Men font partie des fondateurs du collectif activiste et artistique RTMark qui s'est fait connaître, en 1993, pour avoir échangé les boites vocales de 300 poupées Barbie et G.I. Joe avant de les remettre en magasin. En 1996, ils ont réussi à faire ajouter au jeu de simulation SimCopter (écoulé à exemplaires) des hommes s'embrassant, au nez et à la barbe de la société créatrice Maxis.

Sous le nom de Yes Men, ils se sont fait remarquer avec le site gwbush.com, qui était une version légèrement modifiée du site de George W. Bush Jr, alors candidat à la présidence. Ce dernier avait commenté l'affaire en affirmant qu'il fallait limiter la liberté d'expression sur Internet. Continuant dans le registre de l'imposture, ils utilisent l'ancien nom de l'OMC et créent le site gatt.org, suffisamment proche du site officiel pour leur valoir des propositions d'interventions à des conférences.

Actions ciblant l'OMC Les interventions sont filmées et distribuées commercialement.

Lors du sommet de l'OMC de , à Salzbourg, en Autriche, Andy Bichlbaum intervient sous le nom de Andreas Bichlbauer et fait un exposé alarmiste.

Il se fait passer pour Hank Hardy Unruh au séminaire Textiles of the Future à Tampere en Finlande () pour une intervention spectaculaire..

Privatiser le marché des votes

Sujets abordés : L'éradication des coutumes au nom du libre-échange, en supprimant par exemple les siestes au milieu des horaires de bureau comme cela se fait dans certaines régions d'Espagne ou d'Italie par exemple. La perte de capitaux que représente l'investissement dans le système inefficace des campagnes électorales, et l'avantage que présenterait la vente aux enchères des votes (ancien site vote-auction.com).

Cette intervention ne provoqua pas de réaction particulière chez le public et récolta même quelques remerciements.

La délocalisation plus rentable que l'esclavage En 2001, un mail demande à gatt.org l'intervention de l'OMC à une conférence intitulée « Les textiles du futur » en Finlande, les Yes Men répondent à l'appel en poussant jusqu'au grotesque : l'abolition de l'esclavage fut une entrave à la liberté des confédérés. Ils continuent alors en précisant qu'elle aurait de toute façon fini par arriver naturellement. En effet l'esclave coûte cher car il faut le nourrir et l'habiller, alors qu'un employé délocalisé ne coûte qu'un maigre salaire. Aucune réaction ne se fait dans le public jusqu'à la présentation de l'AVE (Appendice de Visualisation des Employés), un accessoire en forme de phallus doré censé être un appareil permettant le contrôle et la soumission totale de l'esclave. Les seules réactions qui suivent sont des éclats de rire, sans que la supercherie ne soit découverte. Plus tard, une femme se dira extrêmement offensée du fait que l'outil ne soit présenté que sous une forme masculine.

Le recyclage des excréments pour le tiers-monde Devant l'absence de réaction des assemblées, les Yes Men décident de pousser le canular plus loin. Ils le testent sur des étudiants. Lors d'une présentation dans un amphithéâtre, ils distribuent des hamburgers puis énoncent la thèse suivante : la famine dans le tiers monde est un problème pour l'OMC car les personnes qui meurent de faim travaillent mal et produisent peu de richesses. L'OMC propose donc une solution économique : munir les pauvres en filtres permettant de recycler les excréments pour en faire de la nourriture. Ils expliquent qu'un partenariat s'est fait avec McDonald's et qu'il pourrait être judicieux de construire des pipelines important des pays riches la matière première.

Cette fois-ci, l'assemblée réagit, d'autant plus qu'elle apprend que les hamburgers qu'elle mange sont ces produits expérimentaux. Les Yes Men se font huer, quelqu'un élève la voix : « Monsieur, je ne nourrirais même pas mon chien avec ça, et c'est à des êtres humains que vous voulez donner ça ! »

Les Yes Men concluent de ces expériences que les étudiants sont plus intelligents que les précédents parterres de gens qu'une éducation néolibérale a rendu dociles ou inattentifs à n'importe quelle idée qui leur est proposée.

La fin de l'OMC Les Yes Men, voyant que le canular des excréments est trop gros, décident de le remplacer par un autre, dans la conférence de Sydney qu'ils préparent. À Sydney, ils expliquent que l'OMC a compris que la mondialisation qu'elle voulait avait pour conséquence majeure de fragiliser les plus faibles. Par conséquent, l'OMC va être dissoute pour laisser la place à un organisme qui s'assurera que les entreprises soient responsables envers tous les citoyens du monde..

L'assistance plébiscite la décision et émet même des suggestions pour la nouvelle organisation, comme celle de placer son siège dans un pays du Sud (certains pays ne peuvent pas se payer de bureaux à Genève, là où se trouve le siège de l'OMC). La presse relaie l'information Communiqué prétendument officiel des Yes Men provoquant des réactions auprès de réels responsables officiels Article dans la presse canadienne, avant que l'OMC ne démente l'information.

Autres cibles George W. Bush

En 2004, les Yes Men, « déguisés » en groupe indépendant appelant à la réélection de George W. Bush, nommé (« Oui, Bush peut le faire ! ») yesbushcan.com., ont parcouru les États-Unis dans une camionnette colorée pour, entre autres, encourager les gens à signer un « gage de patriotisme » par lequel ils se portaient volontaires pour accueillir près de chez eux un site de stockage des déchets nucléaires, à envoyer leurs enfants faire la guerre à l'étranger et à abandonner une partie de leurs droits constitutionnels

Dow Chemical

Le , vingtième anniversaire de la catastrophe de Bhopal, Andy Bichlbaum apparaît en direct sur la chaîne de télévision BBC World en affirmant s'appeler Jude Finisterra et être un porte-parole de Dow Chemical, géant américain de l'industrie chimique qui a absorbé en 2001 Union Carbide, une compagnie qui détenait 50,09 % de l'usine responsable de la catastrophe de Bhopal, laquelle a fait des dizaines de milliers de morts et d'invalides.

Sur leur faux site web de Dow dowethics.com , faux site web de Dow., les Yes Men commencent par affirmer aussi clairement et nettement que possible que la Dow Chemical n'a en aucun cas l'intention de réparer les dommages de la catastrophe. La Dow est alors très critiquée et nie (tout comme la fausse Dow, celle des Yes Men) cette affirmation, mais sans prendre de mesure concrète. Les Yes Men décident donc d'augmenter la pression, « Jude Finisterra » annonçant à la télévision que Dow a prévu de vendre Union Carbide et d'utiliser les de dollars produits par cette vente pour fournir des soins médicaux aux victimes, nettoyer le site et financer des recherches sur les dangers des autres produits de la compagnie. En , la valeur en bourse de Dow chute de deux milliards de dollars.. Cette fausse information est largement répercutée dans les médias pendant deux heures avant d'être démentie par Dow dans un communiqué de presse, ce qui provoque une couverture médiatique encore plus importante.

thumb|Les Yes Men présentent la mascotte Gilda le . Le , lors d'une conférence à Londres devant environ 70 professionnels de la banque, Erastus Hamm, un soi-disant « représentant de Dow », dévoile un calculateur de risque acceptable : un logiciel prétendument capable de calculer, en fonction d'une multitude de paramètres (nationalité surtout), le nombre de morts qu'une entreprise peut faire avant que la situation ne lui devienne préjudiciable. Il présente de plus la mascotte du risque acceptable : un squelette doré grandeur nature nommé Gilda. La présentation, comme d'habitude totalement grotesque et dont l'animation saccadée prête à rire par son ridicule, montre un squelette doré faisant des pas de danse classique devant diverses photos comme celle du Taj Mahal.

Il explique alors le principe du « golden skeleton » : , c'est-à-dire quitte à faire quelque chose de moralement préjudiciable entraînant la perte de vies humaines, autant que cela soit fait en vue de rapporter un maximum de profits. Il prend l'exemple de l'entreprise IBM qui, lors de la Seconde Guerre mondiale, fournissait aux nazis des technologies de bases de données afin d'aider à déporter les juifs : , dont il encourage ensuite le principe sur cette base.

Il souligne ainsi les leçons que Dow-Chemical a su tirer de l'accident de Bhopal : au lieu d'éviter qu'une telle catastrophe ne se reproduise, mieux vaut faire en sorte qu'elle rapporte beaucoup d'argent la prochaine fois. De nombreux hauts-financiers lui demandent à la fin comment acheter ce logiciel.

Ouragan Katrina En 2005, après le passage de l'ouragan Katrina, Andy se fait passer pour un membre important du ministère du logement et annonce la réouverture de tous les logements sociaux. Le ministère du logement sera très mal à l'aise lorsqu'il devra démentir l'information.

Patrick Balkany

Les Yes Men ont piégé Patrick Balkany en . Croyant être interviewé en direct par une chaîne de télévision américaine, le député UMP des Hauts-de-Seine affirme alors qu', que les pauvres et que les quelques sans-abri sont pour la plupart des gens Balkany : les pauvres "vivent très bien" , Le Nouvel Observateur, ..

Halliburton

Employant leur tactique habituelle, les Yes Men ont monté un faux site WebFaux site Web d'Halliburton ressemblant à celui d'Halliburton, et ont reçu par cet intermédiaire, de la part de personnes confondant ce faux site avec l'officiel, une invitation à une conférence de professionnels de l'assurance se déroulant le . Les Yes Men s'y sont rendus en se faisant passer pour des porte-paroles d'Halliburton et ont commencé par mettre en garde leur auditoire contre le réchauffement de la planète avant de présenter une prétendue invention d'Halliburton, la SurvivaBall (boule de survie), un dispositif gonflable enveloppant destiné à protéger ceux qui l'utilisent des conséquences du réchauffement de la planète.

Sur les plans de coupe, la SurvivaBall est présentée comme un appareil portatif de survie et de confort intégrant de nombreux dispositifs de haute technologie ("son coût prohibitif ne la rendra accessible qu'aux plus riches"). En réalité, la SurvivaBall est tout simplement un costume gonflable faisant ressembler son porteur à une boule dont ne dépassent que les pieds, les mains et la tête. L'ensemble est taillé pour donner l'apparence d'un gros parasite (un pou) à son porteur. Ce genre de costume, utilisé d'ordinaire pour des jeux télévisés, est ensuite essayé de manière sérieuse par des financiers en pleine rue. En plus de donner une apparence totalement grotesque, ils sont parvenus à convaincre du caractère protecteur du costume (contre les rayonnements ionisants, etc.). L'auditoire n'a pas tiqué devant l'aspect ridicule de l'objet et l'aberration scientifique des propos.

Le Pacte écologique