L'Union minière du Haut Katanga (UMHK) était un groupe industriel minier belge établi au Katanga, dans l'actuelle République démocratique du Congo (anciennement État indépendant du Congo de 1885 à 1908, Congo belge de 1908 à 1960 et Zaïre de 1972 à 1997).
Les exploitations se situaient principalement dans la Ceinture de cuivre.
Aperçu historique L'histoire de l'Union minière - dite jusqu'en 1967 Union minière du Haut-Katanga (UMHK) - s'étend sur trois quarts de siècle, soit de sa création en 1906 à sa liquidation en 1981. Ces 75 années peuvent être divisées en deux phases de longueur inégale. De 1906 à 1967, la société exploite directement des mines de cuivre (et accessoirement d'autres métaux) au Katanga congolais. En 1967, ses actifs sont nationalisés au profit de l'État congolais. De 1967 à 1981, l'Union minière SA exerce en quelque sorte le rôle d'ingénieur-conseil dans les affaires de la SGM (Société générale des minerais). Celle-ci collabore avec la Gécomin (future Gécamines) à la mise en valeur du patrimoine minier du Katanga. D'autre part, l'Union minière s'efforce d'acquérir un nouveau patrimoine minier direct, de diversifier géographiquement ses exploitations et de coordonner l'ensemble des activités du secteur des non ferreux en Belgique.
Au moins une partie de son histoire, l'Union minière du Haut Katanga a usé du travail forcé..
Les origines (1906) thumb|Minerai de malachite de Lubumbashi L'existence d'importants gisements de cuivre au Katanga était connue de très longue date lorsque le géologue belge Jules Cornet en fit une première appréciation scientifique, lors d'une expédition au Katanga en 1891. Mais à l'époque, le Katanga était trop isolé pour qu'on puisse envisager une exploitation industrielle des gisements repérés, aussi importants qu'ils fussent. Les prospections reprirent en 1899 sur l'initiative du Britannique Robert Williams (1860-1938), un ami de l'homme d'affaires Cecil Rhodes. Une équipe de géologues anglais dirigée par Georges Grey et le géologue Studt fut autorisée à prospecter au Katanga. Entre 1902 et 1906, elle identifia les principaux gisements de cuivre et d'étain de la province du Katanga.
L'Union minière du Haut-Katanga (UMHK) fut fondée de toutes pièces le par différents intervenants : le Comité Spécial du Katanga, société mixte constituée en 1900 en association par l'État indépendant du Congo et une société privée, la Compagnie du Katanga ; la Tanganyika Concessions Limited, société britannique créée par Robert Williams, qui fit apport de la carte des gisements miniers repérés entre 1901 et 1906 par l'expédition ; la Société générale de Belgique, la principale banque belge, qui intervenait ainsi pour la première fois dans l'économie du Congo. Elle le fit sur la demande expresse du roi Léopold II de Belgique, qui espérait contrebalancer ainsi l'influence britannique sur le Katanga minier.
Concrètement, l'UMHK était dirigée de Londres à ses débuts, car les Britanniques disposaient de la moitié du capital et du savoir-faire nécessaire dans le domaine de l'extraction minière et métallurgique. Ils contrôlaient la principale voie d'accès aux sites (le premier chemin de fer à atteindre le Katanga venait du Sud, via la Rhodésie) et ils fournissaient la main-d'œuvre (recrutée essentiellement en Rhodésie). Sous l'égide de Jean Jadot, la Société Générale s'efforce de réduire progressivement cette influence britannique. Pour cela, elle développe d'autres voies d'évacuation du cuivre (chemin de fer du BCK), organise des centres de recrutement au Congo et fédère autour d'elle les différents actionnaires belges (ainsi que les pouvoirs publics, qui délèguent tout pouvoir à la Générale).
Débuts difficiles vignette|Les usines d'Élisabethville (ancien nom de Lubumbashi) en 1917. L'UMHK a reçu le droit d'exploiter tous les gisements de cuivre situés dans une concession de , ainsi que tous les gisements d'étain compris dans une concession distincte de . Elle est également autorisée à exploiter, dans une zone définie, les substances utiles (fer, charbon, calcaire, et autres nécessaires au traitement des minerais) et les chutes d'eau (en vue de la production de force motrice).
Les difficultés ne manquent pas au commencement de la société : difficultés techniques parce que l'implantation de méthodes industrielles de pointe en pleine Afrique nécessite de longs tâtonnements ; difficultés d'approvisionnement en matières premières, comme le coke nécessaire à la fusion du minerai oxydé (coke qu'on fera finalement venir de Rhodésie) ; difficultés de communication avec les places commerciales, résolues en partie en 1918 par la jonction d'une voie de chemin de fer local avec le réseau ferroviaire rhodésien ; difficultés de main-d'œuvre car le Katanga est peu peuplé et le recrutement d'ouvriers se fait à plusieurs centaines de km des sièges d'exploitation ; difficultés d'organisation enfin, dues à la dualité de la Direction, la société relevant sur le plan administratif de son siège bruxellois et sur le plan technique de la Tanganyika Concessions Ltd. Si le premier lingot de cuivre est coulé en 1911, il faut attendre 1925 environ pour que l'exploitation industrielle atteigne sa vitesse de croisière. À deux reprises, en 1911 et en 1921, la Société Générale de Belgique arrache à la direction de l'Union Minière la décision de principe de mettre fin à l'exploitation !
Premiers succès Surmontant ces difficultés, grâce notamment à une demande de cuivre en forte hausse pendant la Première Guerre mondiale, l'Union minière figure dès 1922 parmi les cinq principaux producteurs de cuivre du monde. Elle le restera désormais jusqu'à la perte de ses mines africaines, en 1967. La production de cuivre atteint tonnes en 1923 et en 1930. Les concessions d'étain s'avèrent, au contraire, dans la plupart des cas peu rentables. La mise en valeur des gisements de cuivre entraîne la production de plusieurs métaux associés : cobalt, zinc, radium. Depuis les années 1920, l'Union minière est le premier producteur mondial de cobalt et de radium.
Le radium, élément naturellement radioactif, est étudié dès 1900 pour le traitement des cancers ou curiethérapie : les cellules cancéreuses s’avèrent plus radiosensibles que les cellules saines. Mais pendant vingt ans, l’essor de la curiethérapie est handicapé par la rareté du radium. On ne le trouve que dans les minerais uranifères dont les gisements connus se situent en Bohême, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou à Madagascar. La situation change dans les années 1920 avec la mise en exploitation d’un gîte d’uranium dont l’Union Minière a la concession : la mine de Shinkolobwe. Le minerai katangais s’avère d’une richesse exceptionnelle : certains blocs ont une teneur de 60 % et plus en uranium. Dès 1923, l’Union minière est le premier producteur de radium au monde grâce à une raffinerie installée à Olen par une filiale, la Société générale métallurgique d’Hoboken.
L'UMHK développe sur place, au Katanga, des installations industrielles qui comprennent : des concentrateurs situés à proximité des mines les plus importantes ; une usine de métallurgie thermique à Lubumbashi ; une usine d'électrolyse de cuivre et de cobalt et une fonderie électrique de cobalt à Jadotville (Panda-Shituru) à km au Nord-Ouest d’Élisabethville (Lubumbashi).
L’UMHK emploie un nombre croissant de travailleurs africains : en 1919, en 1929. Une telle expansion, dans une province peu peuplée, amène la compagnie à recruter massivement à l’extérieur du Katanga, en Rhodésie d’abord puis dans d’autres régions du Congo (Lomami, Kasaï, Maniema) et au Ruanda-Urundi. En Belgique, l’opinion est divisée sur cette façon de recruter des indigènes souvent contre leur gré et à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de naissance. Par ailleurs, les conditions de vie de la main-d’œuvre africaine sont mauvaises au début des années 1920. Pour faciliter le recrutement et encourager ses ouvriers à signer des contrats de durée, la direction de l’Union minière change radicalement d’attitude entre 1924 et 1926 : elle mène désormais une politique bienveillante et paternaliste.
Marasme des années 1930 La crise des années 1930 provoque un engorgement du marché du cuivre qui est très dur à surmonter. La production de l'UMHK tombe de tonnes en 1930 à en 1932, puis remonte à tonnes en 1933 et tonnes en 1934. Un grand nombre de travailleurs sont renvoyés dans leurs foyers d'origine. Durant ces années noires, où il est de nouveau question de liquider l'affaire, l'exploitation des minerais de radium et de cobalt est arrêtée : les stocks existants suffisent à un marché particulièrement étroit.
La Seconde Guerre mondiale et le projet Manhattan thumb|Mine de Shinkolobwe en 1925. L'uranium pour le projet Manhattan et les Bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki provenait de cette mine.
La Seconde Guerre mondiale sera vécue au contraire comme une période de plein rendement. Pour la cause alliée, la production de cuivre est poussée au maximum. De nouvelles usines et de nouvelles installations sont aménagées, notamment une usine de convertissage pour le traitement des mattes. L'exploitation intensive de l'étain disponible amène l'épuisement des gisements.
Quant à l'uranium congolais, il va jouer un rôle déterminant dans l'histoire mondiale. La découverte en 1938 de la fission du noyau de l’atome par Otto Hahn et Friedrich Straßmann a donné un coup de fouet à la recherche sur la structure de la matière. En 1939 déjà, l’Union minière passe un contrat avec le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à Paris. Il porte sur la mise au point par Frédéric Joliot-Curie et une équipe de physiciens français d’un procédé pour produire de l’énergie à des fins industrielles au départ d’une fission nucléaire en chaîne. La guerre interrompt ces travaux, pour lesquels l’Union minière avait déjà livré cinq tonnes d’oxyde d’uranium, ou huit tonnes selon Bertrand Goldschmidt..
Par ailleurs, durant la « drôle de guerre » (-), Sengier, administrateur délégué de l'UMHK, est sensibilisé par le scientifique britannique Henry Tizard au danger que représentent les stocks d’uranium de l’Union minière s’ils tombent aux mains de l’envahisseur allemand. Il les fait évacuer vers différents ports belges et français. Mais la rapidité de l’avancée allemande est telle que plus de matières uranifères, contenant environ d', sont saisies par l’occupant. Aux États-Unis où il s'est replié, Sengier, qui dispose déjà de quelque d’uranates bruts, en fait expédier supplémentaires du Katanga et les entrepose à New York. Ces stocks, puis de nouvelles livraisons expédiées directement d'Afrique, vont jouer un rôle crucial dans la guerre puisqu'elles interviendront pour une large part dans la construction des premières bombes nucléaires américaines (Projet Manhattan).
La prospérité des années de guerre froide Durant les premières années de l'après guerre, l'exploitation garde un rythme soutenu. La société procède en 1946 et 1947 à deux augmentations de capital très importantes, par incorporation de réserves, de fonds de prévision, de fonds de renouvellement et par réévaluation d'actifs. Le capital est ainsi porté de à . L'importance croissante des exploitations justifie l'extension des moyens de production de la force motrice. La construction de trois nouvelles centrales hydro-électriques entre 1947 et 1957 permettra de surmonter cette difficulté. Au total, ce ne sont pas moins de qui sont investis entre 1947 et 1952, tant dans la construction de nouvelles usines et centrales hydro-électriques que dans l'extension d'installations existantes.