La colline de Lémenc est une colline située sur les communes françaises de Chambéry, Bassens et Saint-Alban-Leysse, dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Parmi les différents monts et collines que peut compter Chambéry, la colline de Lémenc revêt une certaine importance pour la commune, tant sur le plan géographique où elle constitue un site remarquable ainsi que son point culminant, que sur le plan historique dans la mesure où les premières installations humaines ont pris place à son pied puis sur ses pentes.

Toponymie La dénomination de la colline n'est pas entièrement définie : souvent nommée « Les Monts », elle peut aussi être appelée « Les Monts de Lémenc » ou « colline des Monts ».

« Lémenc » est le nom donné au lieu d'installation des peuples celtes puis romains, bien que celui-ci n’était situé qu'au bas de la colline. D'origine celtique, il apparait sous la forme de Leminco dans la table de Peutinger et de Lemincum dans l'Itinéraire d'Antonin durant l'époque romaine entre à partir du , avec des variantes telles que celle de Lemencum.

« Les Monts » a une origine moins connue. Le Dictionnaire du Duché de Savoie paru en 1840 évoque « Le Mont » pour désigner le « mamelon calcaire à droite en sortant de Chambéry » que représente la colline de Lémenc. Un peu plus tard, en 1861, Gabriel de Mortillet indique pour sa part « mont de Lémenc » tandis qu'au début du , Gabriel Pérouse préfère la forme « Les Monts de Lémenc » pour désigner la colline. « Les Monts » finissent alors par s'installer dans le courant du parmi les dénominations locales, si bien qu'elle est utilisée pour nommer en 1981 le nouveau tunnel des Monts qui traverse la colline d'ouest en est, ou encore pour désigner la forêt ou le point culminant de la colline. En outre, on retrouve également le terme « Mont » dans l’intitulé de l'actuel Institut Saint-Louis du Mont, ainsi qu'avec l'ancienne chapelle Notre-Dame du Mont, aujourd'hui disparue.

De nos jours Lémenc désignerait alors plutôt le quartier de Chambéry existant qui s'étend jusqu’à l'église Saint-Pierre de Lémenc, tandis que « Les Monts » désignerait plutôt sa partie supérieure et pas exclusivement son point culminant. Le tunnel des Monts traversant la colline relativement au-delà de l’église de Lémenc, il passerait donc bien sous les Monts.

Géographie thumb|Centre ancien de Chambéry au pied de la colline et Bassens à droite des antennes. Situation La colline de Lémenc est située à l'extrémité occidentale du massif des Bauges, à l'ouest du département de la Savoie, sur les communes de : Chambéry, sur ses pentes sud, à l’ouest à partir de ses escarpements rocheux et au nord au niveau de la faille du col de Saint-Saturnin ; Bassens, sur une partie ouest et nord du plateau, soit sur la plus grande partie de sa largeur ; Saint-Alban-Leysse, pour la partie la plus au nord s'étendant jusqu'à Saint-Saturnin.

Au-delà du col de Saint-Saturnin, le plateau et l'escarpement se poursuivent au nord sur la commune de Verel-Pragondran avec les communes de Sonnaz et Méry situées au pied des falaises. Toutefois, il est généralement estimé que la colline de Lémenc se termine au col et que sa longueur est alors d'environ à partir du centre de Chambéry.

Topographie thumb|left|Pente orientale de la colline à Bassens. La colline de Lémenc n’est pas véritablement une colline mais plutôt un plateau incliné au sud-est se terminant par un escarpement rocheux à son extrémité occidentale, constituant un balcon sur Chambéry et sa cluse. S'étendant sur un axe nord-sud, sa longueur de plus de se distingue par ailleurs de sa largeur d'environ et son altitude varie de à la base à ou selon l'IGN pour son point culminant, situé près de l’extrémité nord sur une partie plus communément appelée « Les Monts ».

En matière d'hydrographie, malgré une forte présence d'eau à Saint-Saturnin, servant par ailleurs de source d'eau potable à une partie de la ville de Chambéry et où le Tillet prend également sa source, la colline ne compte pas de cours d'eau du fait de sa surface calcaire relativement sèche. Elle est seulement contournée par la Leysse au sud et par le Nant Petchi à l'est.

thumb|Végétation au nord de la colline près de Saint-Saturnin, à Saint-Alban-Leysse.

Les hauteurs de la colline (« Les Monts ») sont notamment constituées de forêts et de divers boisements. Sur le territoire de Chambéry, il s'agit de l'une des deux forêts communales (avec le bois des Charmettes), d'une superficie de et composée notamment « de futaies de pin noir et de cèdre, de taillis chétifs de chênes et autres feuillus ». Sur la commune de Bassens sont notamment recensés des boisements de frênes et des charmaies à buis, et Saint-Alban-Leysse compte aussi une zone boisée au nord de la colline jusqu'à Saint-Saturnin.

En outre, bien que le climat de la région soit majoritairement montagnard (même si légèrement atténué par la présence du lac du Bourget situé plus au nord), du fait de ses affleurements calcaires plutôt chauds et rapidement secs, la colline de Lémenc présente également une végétation « méditerranéenne » peu courante dans la région, comprenant entre-autres des pelouses sèches de type pelouse calcaire. Sur son versant nord-occidental se trouve à ce titre un secteur d'intérêt écologique intitulé « chênaie thermophile des Monts ».

Les pentes orientales de la colline situées sur Bassens et Saint-Alban-Leysse sont pour leur part majoritairement composées de prairies et de surfaces agricoles. Des quartiers d'habitations existent néanmoins à proximité du Nant Petchi, et de nouveaux logements sont en cours de construction ou en projet au niveau des antennes relais sur la commune de Bassens à proximité de la limite est de Chambéry. Ces quartiers d'habitations sont néanmoins plus importants à Chambéry, sur les pentes sud de la colline à partir de l'église Saint-Pierre jusqu'au parc Piot, tout au long du boulevard des Monts.

Géologie thumb|La « dorsale de calcaire » s'étendant de gauche à droite, vue depuis Chamoux. Aussi appelée géologiquement « l'anticlinal de Lémenc », la colline de Lémenc constitue une « dorsale de calcaire » et présente des particularités géologiques lui valant d'être qualifiée aussi bien d'« accident transversal » (Gillio, 1946), que de « véritable élément exotique » (Veyret, 1945), ou encore d'être indiquée comme « suivant une ligne de contact anormal rarement observable » (Donze et Enay, 1961). La colline constitue par ailleurs « le flanc occidental de l'anticlinal bordier des Bauges », massif dominant Chambéry à l'est.

Sa composition est majoritairement faite de calcaire jurassique avec la succession de trois couches : un soubassement séquanien peu apparent à la toute base, le Kimméridgien dans la partie basse au niveau des quartiers Lémenc et Nézin de Chambéry, et enfin un bloc tithonique, le plus important puisque s'attribuant à près de la moitié de la colline. Cette masse compacte a de fait plutôt bien résisté à la glaciation de Würm, hormis l'encoche de Saint-Saturnin.

Transports thumb|La D 991 longeant la falaise à Chambéry. Hormis la route nationale 201 qui traverse la colline de Lémenc par le tunnel des Monts, celle-ci n’est desservie par aucun axe de transport important. Toutefois l'ancienne route nationale 491 (aujourd'hui route départementale 991) de Chambéry à l'Ain par Aix-les-Bains débute à son pied et longe ses falaises jusqu'au château de Côte-Rousse sous l’appellation de boulevard de Lémenc puis d’avenue d'Aix-les-Bains. Du côté de Bassens, le pied de la colline est longé par l’avenue de Mérande puis avenue de Bassens (ou RD 8), route se poursuivant à l'est de la colline sur la commune de Saint-Alban-Leysse, avant de la contourner au nord par le col de Saint-Saturnin pour permettre une liaison directe entre Saint-Alban-Leysse et le quartier des Hauts-de-Chambéry.

Les autres routes présentes sur la colline sont des routes mineures ou résidentielles, comme le boulevard des Monts à Chambéry, lequel permet de rejoindre également le chef-lieu de Bassens.

En matière de transport ferroviaire, l'extrémité sud de la colline a par ailleurs fait l’objet d'une percée de la tranchée de Nézin à partir de 1854 pour l'établissement de la ligne de chemin de fer dénommée ligne de Culoz à Modane (frontière) qui dessert depuis 1856 la gare de Chambéry établie au pied de la colline.

Divers sentiers et pistes existent également sur l’ensemble de la colline, y compris un sentier permettant l’ascension de la colline du côté ouest, débouchant à la croix de Saint-Concord.

Histoire Préhistoire et Antiquité thumb|Vestige de l’ancien aqueduc romain conservé à Saint-Saturnin. Les premières traces d'occupation humaine sur la colline datent du Néolithique, soit d'environ ans à ans Des fouilles menées en 1873 ont en effet dévoilé la présence d'un camp à Saint-Saturnin avec une enceinte fortifiée, sept à huit foyers et des débris de haches et de poteries, ainsi que des anneaux-disques de serpentine à quelques kilomètres, plus fréquents de l’autre côté des Alpes et pouvant attester d'un commerce alpin à longue portée.

Si ce camp semble avoir été le principal lieu d'habitation au Néolithique, il perd de l’importance durant l'âge du bronze (de ans à 700 environ) au profit des sites palafittiques qui se développent en de nombreux endroits au bord du lac du Bourget. À l'âge du fer et au-delà, les Allobroges s'établissent dans la région et y battent monnaie. Les habitants délaissent alors Saint-Saturnin pour se rapprocher de la vallée et s'installent sur la partie basse de la colline, constituant aujourd'hui les quartiers Lémenc et Nézin de Chambéry. C'est à cet endroit, dit Lemencum, que le peuple romain installe la première vraie cité de la vallée, une fois les Allobroges vaincus au milieu du .

La nouvelle cité romaine s'établit autour d'une mansio, relais sur la grande route alpine de Lyon à Rome. Elle ne semble néanmoins pas avoir eu d'autre importance au fil des siècles puisqu'aucun bâtiment administratif ni mur d'enceinte n'y ont été constatés. Pour autant, il est vraisemblable que cette cité était riche du commerce dont elle profitait sur cet axe important, richesse se manifestant par la présence d'une canalisation d'eau provenant des sources de Saint-Saturnin et d'une statue de Mercure de plusieurs mètres de haut, précisément dieu du commerce et des voyages.

Moyen Âge et Renaissance thumb|Vue de la colline et de l'église de Lémenc en 1645, situées à droite hors des remparts.

La chute progressive de l'Empire romain marque un déclin temporaire de Lemencum. Vers les , le christianisme apparaît progressivement et la statue dédiée à Mercure est finalement détruite, tandis que les barbares s'en prennent aussi aux bâtiments durant cette période. Mais la bourgade est surtout victime de l’abandon des voies de passage par les successeurs des Romains, qu'ils soient Burgondes ou Mérovingiens.

C'est alors que vers l’an 500496 selon J. Gillio (1946, p. 22) ou 546 selon l'Académie de Savoie (1830, p. 240) des cénobites de l'abbaye d'Ainay de Lyon se seraient installés sur la colline de Lémenc à l’emplacement de l’ancienne Lemencum et y auraient bâti une église dont la date exacte de construction n’est pas certaine mais pouvant dater du . Il semble en tout cas exister durant l'époque carolingienne () un centre ecclésiastique et un baptistère, mais la présence d'une église à cette époque demeure également plausible du fait que le lieu était situé sur l'une des deux routes pour Rome utilisées par les Carolingiens et qui perdurera malgré l'effondrement de l'Empire carolingien à la fin du grâce aux pèlerins anglais, irlandais ou norvégiens (Saint-Concord, primat d'Irlande, meurt ainsi à Lémenc en 1107).