Batu (Mongol bitchig : ) ou Batu Khan (en mongol, cyrillique : ; translittération : Bat khan ; , de bat : fort, solide et khan : prince), parfois transcrit en Batou, né vers 1205 et mort en 1255 à Saraï, est le premier khan de la Horde d'or ou khanat de Kiptchak.
Fils de Djotchi et petit-fils de Gengis Khan, il s’illustre sous le règne d’Ogodeï en menant plusieurs invasions mongole en Europe : contre les principautés russes, contre le royaume de Pologne et contre le royaume de Hongrie.
Au terme de ces campagnes, il étend l'influence de l’Empire mongol sur la Rus' de Kiev et fonde la Horde d'or.
Biographie upright=0.8|thumb|Batu selon un dessin chinois médiéval|gauche
Origines et ascension Batu est le deuxième fils de Djötchi, le fils aîné de Gengis Khan. Sa mère, Öki, issue de la tribu des Qonggirad, est la fille d'Alchi Noyan, le beau-frère de Gengis Khan. À la mort de son père, son oulous (domaine) est divisé avec son frère aîné Orda. Cependant, si Orda dirige la Horde bleue, Gengis Khan fait de Batu le chef de l'ensemble de la maison Djotchide, à la tête de la Horde d'or. En 1229, il aide à installer son oncle Ögedei sur le trône lors du quriltai.
Conquête de la Rus, de la Pologne et de la Hongrie
Préparatifs et invasion du khanat bulgare de la Volga En 1235, Ögedei propose de parachever la conquête de la steppe occidentale, une tâche initialement confiée au père de Batu. Lors des préparatifs de cette campagne, Batu prend soin de faire une collecte de renseignement rigoureuse afin de planifier la stratégie militaire. Les rapports contemporains du moine dominicain hongrois Frère Julien, qui voyageait dans la région de la Volga en 1236, attestent que les armées de Batu connaissent avec précision la situation politique et la géographie de l'Europe centrale bien avant le déclenchement des hostilités.
Il reçoit le commandement, d'une armée mongole de peut-être cavaliers, parmi lesquels se trouvent plusieurs princes Gengiskhanides : Güyük et Khadan, fils d’Ögödei, Qaïdu, petit-fils d'Ogodeï, Mongke, fils de Tolui, Baïdar, fils de Djaghataï, Buri petit-fils de Djaghataï, ainsi que les trois frères de Batu : Orda, Berké et Chayban.
Au printemps 1236, ils se mettent en route pour engager l'. La première phase opérationnelle débute à l'été et à l'automne 1236 le khanat bulgare de la Volga est soumis. Cette victoire stratégique sur la Volga permet à Batu de sécuriser les flancs de son dispositif militaire. Elle provoque également la fuite massive vers l'Ouest des populations nomades locales, en particulier les Polovtses dirigés par le khan Kotian. En trouvant refuge auprès du roi Béla IV de Hongrie, ces derniers fournissent à Batu un casus belli direct, le khan mongol considérant les Coumans comme ses sujets rebelles et qualifiant leur accueil d'acte d'hostilité.
Parallèlement aux préparatifs militaires, Batu déploie une intense stratégie de guerre psychologique et diplomatique à l'égard des souverains européens. Entre 1237 et 1240, il fait parvenir plusieurs ultimatums au roi Béla IV de Hongrie, dont le contenu a été consigné par les chroniqueurs hongrois. Dans ces missives, Batu utilise la formule de la légitimité mongole issue du mandat céleste, exigeant la soumission inconditionnelle du royaume et l'expulsion des réfugiés coumans. Face au mutisme de la cour hongroise, qui choisit d'ignorer ou de retenir ses ambassadeurs, Batu justifie l'invasion de 1240 non seulement par son droit de conquête, mais aussi comme un châtiment face à l'arrogance d'un souverain ayant violé l'immunité diplomatique des envoyés mongols.
Invasion des principautés Rus'
vignette|Le sac de Souzdal par les troupes de Batu en 1238. (Chronique illustrée d'Ivan le Terrible, ) Durant l'hiver 1237-1238, les Mongols marchent contre les principautés de la Rus' divisées. Le , ils dévastent Riazan. Sa population est exterminée et la ville incendiée. Cet épisode donne lieu au Conte de la destruction de Riazan (russe : ) dont des manuscrits existent depuis le . Batu prend Kolomna, Moscou, Vladimir (), Souzdal (), massacrant ou réduisant en esclavage la population de ces villes. Le , le prince Iouri II Vladimirski est vaincu et tué sur la rivière Sit. Batu marche le lendemain sur Tver et Torjok, qu’il assiège.
Au printemps, Novgorod est sauvée des Mongols par le dégel qui empêche la cavalerie de manœuvrer dans les bourbiers. Batu met alors le siège devant Kozelsk qui résiste sept semaines, puis sa population est massacréeMichel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, 2015, Éd. Tempus Perrin, .
En 1239, Batu mène une seconde campagne. Il rejoint Möngke dans la vallée du Don, puis occupe Pereiaslav et Tchernikov à la fin de l’année. Mongke réduit les Alains pendant l’hiver 1239-1240.
Batu reprend l'offensive au début de l’été 1240. Il met à sac Pereïaslav, Tchernihiv et les principautés de la Rus' méridionale. Kiev est détruite le .
Après la prise de Kiev, Batu n'a pas maintenu son armée en un seul bloc. Il a divisé ses troupes en plusieurs corps d'armée (tumens) pour ratisser le territoire de la Rus' méridionale en utilisant la tactique de la battue générale (appelée olova ou jerge). Ce changment de tactique démontre l'effondrement de la résistance organisée des grands princes russes. Les chroniques de Rashid al-Din indiquent que toutes les villes de Vladimir IV de Kiev se soumettent aux mongols, mais restent la propriété de ce dernier.
L'invasion de l'Europe centrale (1240-1242)
Bien que les princes de Galicie et de Volhynie aient fui face à l'avancée mongole, une résistance locale s'organise. Les chroniques mongoles rapportent le siège de trois jours d'une forteresse défendue par les « trois fils de Vladimir ». Les historiens associent généralement cet épisode héroïque à la défense de la ville fortifiée de Kolodiajin (près de Jytomyr), que Batu fait bombarder par 12 machines de siège avant de massacrer sa population. Après cet épisode, les forces de Batu traversent la Rus' du Sud-Ouest sans rencontrer d'opposition majeure, ouvrant la voie aux invasions de la Pologne et de la Hongrie.
En , les Mongols entrent en Pologne.
Le les troupes d'Orda franchissent la Vistule gelée et incendient Cracovie désertée par ses habitants, puis ravagent la Silésie, dont le duc Henri II le Pieux est tué lors de la bataille de Legnica (Liegnitz) le . Dans le même temps, celles de Chayban ravagent l'actuelle Roumanie avant de rejoindre les troupes de Batu.
Le les armées de Batu et de Chayban réunies s'apprêtent à affrontent l'armée hongroise lors de la bataille de Mohi. Cet événement constitue une des victoires les plus décisives de cette campagne militaire. L'action de Batu y détaille un chef militaire et spirituel. En effet, Chayban lui apprend que l'armée hongroise surpasse numériquement la leur du double et Batu entreprend deux actions relatées par deux sources indépendantes. Il grimpe sur les collines et s'y isole. Dans la première, il y observe le campement de Béla IV et identifie une disposition trop serrée qui est propice à un assaut nocturne. Dans la seconde source, il profite de son isolement pour pleurer et prier Tengri afin d'obtenir la victoire puis invite, à son retour au campement, les soldats musulmans à se rassembler pour réciter leurs propres prières.
Le fait que la bataille se soit déroulée dans la plaine alluviale de la rivière Sajó, une région topographiquement plate, a longtemps poussé certains historiens modernes à qualifier d'erreurs les mentions d'une colline dans les sources. Cependant, les recherches archéologiques et géographiques récentes ont permis de contextualiser la topographie de l'époque. Batu a très probablement exploité les structures artificielles du paysage, en particulier les kourganes qui parsèment la plaine hongroise.
En , il lance des raids en Croatie. L’avant garde de Batu, commandée par Kadan, atteint Spalatto et Cattaro sur la mer Adriatique.
Relation de suzeraineté des territoires Rus' Après le retour de ses armées d'Europe centrale à la fin de l'année 1242, Batu stabilise sa frontière occidentale en intervenant directement dans les conflits dynastiques russes. Ses troupes dispersent le prince Rostislav Mikhailovitch, l'un des principaux opposants à l'influence mongole, le contraignant à s'exiler en Hongrie. En éliminant la concurrence de la principauté de Tchernigov, Batu favorise l'émergence des Romanovitch (branche Riourikides représentée par Daniel de Galicie et ) en Galicie-Volhynie, initiant une politique de balance des pouvoirs entre le Sud-Ouest et la principauté de Vladimir-Souzdal au Nord-Est.
Dès 1243, Batu pose les bases des relations diplomatiques avec la Rus' en envoyant deux émissaires (bagatur)auprès du prince Daniil. Bien que cet événement ait parfois été confondu avec un raid militaire, les analyses textuelles récentes démontrent qu'il s'agit de négociations de paix. À cette occasion, les princes russes s'appuient sur de hauts dignitaires ecclésiastiques, comme le métropolite Cyrille, pour servir de médiateurs avec la Cour mongole. Par ailleurs, le témoignage de Jean de Plan Carpin atteste que Batu met en place un système strict de sauf-conduits officiels, accordés aux ambassadeurs du prince Vassilko, pour permettre aux dirigeants russes de traverser la steppe en toute sécurité afin de venir officialiser leur soumission à sa cour.
Mouvances politiques mongoles
Tensions internes vignette|Le khan Batu et sa cour. Miniature d'un manuscrit perse du . Ces succès font de Batu le seigneur mongol le plus puissant après le Grand Khan lui-même. Malgré cette position, Batu doit faire face à des critiques sur ses capacités militaires. On lui reproche son irrésolution lors de la bataille de Mohi, ainsi qu'un incident embarrassant à Kozel’sk au printemps 1238, où il lutte pendant deux mois contre une ville que ses cousins Qadan et Büri prennent d'assaut en trois jours. Büri se plaint de l'injustice de voir Batu recevoir une steppe aussi vaste et fertile. Ce dernier, associé à Güyüg et au commandant non gengiskhanide Harghasun Noyan, tourne Batu en dérision en le qualifiant de « vieille femme avec une barbe ».
La mort d'Ögedei, survenue le 11 décembre 1241, met fin à la brève carrière militaire de Batu. Il se retire de Hongrie et établit ses camps le long des rives de la Volga. À cette époque, il souffre de la goutte, comme de nombreux princes mongols, et annonce son incapacité à participer immédiatement à un quelconque quriltai, ce qui retarde la succession pendant plusieurs années. Finalement, Güyüg est élu Grand Khan le 24 août 1246, la lignée de Djotchi étant représentée par Orda.
Après la mort d'Ögedei, Batu devient une sorte de vice-roi sur toutes les parties occidentales de l'empire. Il contrôle les affaires courantes des princes russes, nomme des serviteurs jochides comme gouverneurs en Iran et reçoit en audience les grands seigneurs du Caucase. À aucun moment il ne conteste ouvertement l'autorité du Grand Khan. Cependant, les soupçons entre Batu et Güyüg s'intensifient lorsque le Grand Khan remplace les fonctionnaires d'Iran et du Caucase par ses propres hommes, notamment Eljigidei, le père d'Harghasun Noyan.
Lorsque Güyüg commence à faire mouvement vers l'ouest, officiellement pour mener une campagne au Moyen-Orient, Sorqaqtani, la veuve de Tolui, avertit secrètement Batu qu'il est la véritable cible de Güyüg. Seule la mort soudaine de Güyüg en avril 1248 permet d'éviter une guerre civile potentielle.
Fondation de la Horde d'or vignette|Batu sur le trône de la Horde d'or. Miniature du de Rashid al-Din.