Un « pesticide à usage domestique » (classé parmi les « produits de classe 5 »), est un produit de la famille des biocides et de la sous-famille des pesticides destiné à lutter contre certains organismes indésirables parce que s’attaquant aux bois, aux aliments, aux animaux domestiques (chiens, chats notamment), aux plantes d'intérieur ou à divers matériaux (tissus mangés par les mites textiles par exemple).
Comme certains produits ménagers sources d'accidents domestiquesNisse P (2004), Intoxication par les produits ménagers, Le Praticien en Anesthésie Réanimation, 8, issue 6, décembre 2004, 429–438 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1279796004982836 résumé]), ces produits font partie des sources d’exposition chronique et quotidiennes aux pesticidesOtt WR, Roberts JW. « Everyday exposure to toxic pollutants ». Sci Am 278:86-91 (1998)., et parfois d'intoxications volontaires (suicides ou tentatives de suicide) ou accidentelles domestiques, notamment chez les enfantsFenske R, Black KG, Elkner, KP, Methner MM et Soto R. (1990), Potential exposure and health risks of infants following indoor residential pesticide applications, Am. J. Public Health, 80:689-693. ou jardiniers, qui peuvent accidentellement en absorber ou y réagir par des allergies parfois graves (asthme, choc anaphylactique)Baudet, M., Amouroux, N., et Houin, G. (2004), Intoxications accidentelles domestiques ; EMC-Toxicologie-Pathologie, 1(2), 29-34 (résumé).
Ils font partie des sources d'exposition chimique de l'enfantVincent F. Garry (2004), Pesticides and children, Toxicology and Applied Pharmacology, 198, issue 2, 15 juillet 2004, 15–163 (résumé), voire d’exposition prénatale de l'embryon ou du fœtus (in utero) Etcheverry, C. (2013), « Exposition des femmes enceintes aux pesticides et croissance fœtale, étude quantitative rétrospective », Mémoire de fin d’étude d’infirmière sage-femme, 93. et périnatale (via le lait maternel) source d’allergies, d’intoxications, de troubles hormonaux voire d’altération du développement neurocomportementalBousquet, P. (2010), Quand les expositions chimiques prénatales dans l'environnement domestique... altèrent le développement neurocomportemental de l'enfant, Les Dossiers de Spirale, 139-152 (résumé)Handal, A. J., Lozoff, B., Breilh, J., et Harlow, S. D. (2007), Neurobehavioral development in children with potential exposure to pesticides, Epidemiology, 18(3), 312-320..
Historique Des produits très toxiques organométalliques par exemple à base d’arsenic ont autrefois été utilisés, peu à peu remplacés par des molécules issues de la chimie organique, parfois aussi toxiques ou plus toxiques, et soupçonnées d’effets adverses divers en matière de santé publiqueVandelac L. et M-H Bacon, (1999), « Perturbateurs endocriniens et polluants organiques persistants : inquiétante érosion de la santé, de la fertilité et des capacités intellectuelles », Ruptures, Revue interdisciplinaire en santé, 6, 2, Département de médecine, université de Montréal, décembre 1999, mais plus dégradables ou biodégradables.
À partir des années 1930, de puissants biocides gazeux tels que l’acide prussique ont été utilisés en fumigation pour désinfecter des vêtements et des meubles entiers (fauteuils, canapés, meubles en bois) dans des « chambres à gaz » ou pour la dératisation ou désinsectisation d’entrepôts fermés ou de cales de navires.
L’EPA a estimé qu’aux États-Unis vers le milieu des années 1990, les Américains dépensaient annuellement un total de de dollars pour acheter l’équivalent de près de (environ de ) de matière active de pesticidesDalaker J., Naifeh M. (1998), Poverty in the United States: 1997, U.S. Bureau of the Census, Current Population Reports, séries P60-201. Imprimerie du Gouvernement américain.. C’étaient alors principalement des organophosphorés, des carbamates et des pyréthroïdesWargo J. (1996) Our Children's Toxic Legacy. New Haven, CT : Yale University Press.. Les populations les plus pauvres sont souvent plus utilisatrices car ayant plus de risque d’être exposés aux poux, puces, cafards, etc., dans des logements plus insalubresLandrigan PJ. Health effects of environmental toxins in deficient housing. Bull NY Acad Med 66:491-499 (1990). et par ailleurs plus à risque en termes d’exposition au plomb et aux moisissures. À cette même époque, il y avait environ six millions d’enfants pauvres aux États-Unis selon le recensement officiel et ils étaient nettement plus touchés par le saturnisme et l’asthmeRosenstreich Dl, Eggelston P, Kattan M, Baker D, Slavin RG, Gergen P, Mitchell H, McNiff- Mortimer K, Lynn H, Ownby D, Malveaux F. (1997) The role of cockroach allergy and exposure to cockroach allergen in causing morbidity among inner-city children with asthma. N EngI J Med 336:1356-1363 par exemple.
Typologies des pesticides les plus utilisés dans le contexte domestique Ces produits peuvent être classés selon leur mode d'usage (poudre à épandre, aérosol à diffuser, gaz pour fumigation, etc.), selon leur nature chimique ou encore selon leurs fonctions (c'est-à-dire selon les cibles qu'ils visent).
Types de produit, selon la cible On distingue les : insecticides, contre les insectes volants (mouche, moustique, etc.) ou rampants (fourmi, cafard, punaise, etc.) ; rodenticides, contre les rongeurs (souris, rat, etc.) ; produits de protection du bois, contre les larves de termite, de capricorne des maisons, etc.) ; acaricides, contre les acariens susceptibles de se développer dans les poussières domestiques ; antiparasitaires, ciblant des parasites externes (ectoparasites tels que puce, tique, pou) ou des parasites internes (endoparasites) ; produits phytosanitaires, pour traiter les plantes d’intérieur et d’extérieur contre les phytopathogènes ; herbicides (chlorate de soude et compositions à base de glyphosate massivement utilisées depuis plusieurs décennies) ; anti-lichens, algicides et anti-mousses pour la destruction chimique de plantes, algues, mousses ou lichens qui poussent sur les toitures, terrasses, murs, et dans les espaces extérieurs ou dans les piscines ou bassins d’agrément ; répulsifs à appliquer sur la peau ou au sol.
Typologie selon la nature chimique de la molécule active Il peut s’agir de produits issus de la chimie de synthèse, ou de produits naturels ou d’un mélange des deux.
Au total, plus de 150 familles chimiques de pesticides ont été mis sur le marché (dont principalement carbamates, les organochlorés ou encore les organophosphorés), et des centaiens de formulations ont été proposées en un peu plus de cinquante ans pour de nombreux usages domestiques et dans le jardin privé.
Remarque : certains de ces produits sont interdits à la fabrication ou à la mise sur le marché depuis des décennies, mais peuvent avoir été conservés et perdurer dans les stocks familiaux, ou être autorisés dans d’autres pays ou encore être utilisés avec dérogation pour certains usages. Ils sont difficiles à inventorier.
Stockage Ces produits devraient être stockés dans leur emballage d'origine (ou avec l'étiquette d'origine), au frais et à l’abri de la lumière, dans un endroit inaccessible aux enfants et aux animaux domestiques, et éloignés de la nourriture et des lieux où l'on mange.
Ce n’est pas toujours le cas, au Royaume-Uni par exemple où les insecticides sont les produits les plus utilisés et stockés à l’intérieur même du domicileGrey, C. N., Nieuwenhuijsen, M. J., et Golding, J. (2006). Use and storage of domestic pesticides in the UK. Science of the total Environment, 368(2), 465-470. (résumé).
Ils sont fréquemment dispersés dans la maison ou l'appartement, et parfois trouvés dans l’armoire à pharmacie, les toilettes, garage, grenier, cabane de jardin, cave, etc.
Fin de vie des produits Ces pesticides peuvent rester toxiques et écotoxiques quand ils se dégradent avec le temps (Cf. date limite d’utilisation et conditions de conservation). En « fin de vie », ils devraient toujours être éliminés conformément à la législation, aux recommandations du fabricant et dans une filière appropriée, de même que leurs contenants (qui contiennent souvent des résidus ou dépôts).
Voies d’exposition Une exposition directe percutanée ou liée à une inhalation ou ingestion volontaire ou accidentelle existe, mais l’exposition est principalement chronique.
Elle concerne les matières actives, mais leurs surfactants et autres éventuels additifs (parfums, colorants, etc.) peuvent aussi parfois agir en synergie et avoir de l'importance, de même pour les molécules de dégradation ou certains métabolites issus des matières actives ou des additifs.
Chez l'enfant, la peau est une voie d’exposition importante chez l'enfant (car leur peau est plus fine et perméable que celle des adultes). Les enfants peuvent aussi plus facilement que les adultes absorber certains pesticides par la bouche (par exemple certains shampooings anti-poux ou produits répulsifs antimoustiques appliqués sur la peau). De plus, le volume d’air qu’ils respirent est proportionnellement plus important que celui des adultes, et ils portent volontiers à la bouche les objets ou leurs doigts qui peuvent être souillés par des résidus et des poussières elles-mêmes éventuellement contaminées par des pesticides domestiques.
Si la mère est exposée à un environnement domestiques et/ou professionnels contaminé, le lait maternel peut aussi être une voie d’exposition pour le jeune enfant allaité.
Enjeux, effets, risques spécifiques Les enjeux (liés aux effets) sont parfois contradictoires :
d'une part ces produits peuvent avoir certains effets indirectement protecteurs, quand ils réussissent à éliminer les organismes susceptibles d’être vecteurs de pathogènes (moustiques, puce, poux, tiques, mouches, cafards, par exemple) ou destructeur du bois (larves de coléoptères xylophages, champignons xylophages) ou source d’allergie (acariens et moisissures) ;