Solaris (en ) est le troisième long métrage d’Andreï Tarkovski, sorti en 1972, inspiré du roman éponyme de Stanisław Lem.
L’intrigue est centrée sur une station spatiale en orbite autour de la planète fictive Solaris, où une mission scientifique est bloquée depuis que l’équipage de trois scientifiques a sombré dans des crises émotionnelles. Le psychologue Kris Kelvin (Donatas Banionis) se rend à la station pour évaluer la situation, mais il est confronté aux mêmes phénomènes mystérieux que les autres.
Solaris remporte le grand prix du festival de Cannes 1972. Il est souvent cité comme l’un des plus grands films de science-fiction de l’histoire du cinéma. Il s'agissait pour Tarkovski d'apporter une plus grande profondeur émotionnelle aux films de science-fiction ; il considérait la plupart des œuvres américaines du genre, y compris 2001, l'Odyssée de l'espace (1968), comme superficielles en raison de l'accent mis sur le progrès technologique. Certaines des idées exprimées par Tarkovski dans ce film seront plus amplement développées dans son film Stalker (1979).
Synopsis Depuis sa découverte, la planète Solaris représente le plus grand mystère auquel l’humanité ait jamais été confrontée. La seule forme de vie qui s’y trouve est un océan de matière protoplasmique qui en recouvre toute la surface. Selon une théorie, cet océan serait une créature intelligente, un gigantesque cerveau à l’échelle de la planète. Malgré de nombreuses recherches, aucun contact avec cette créature n’a jamais pu être établi. Après bien des années à explorer l’espace, les Terriens ont enfin découvert une autre forme de vie intelligente mais aucune communication avec elle ne semble possible. La solaristique, science qui étudie l’océan de Solaris, traverse une grave crise. La gigantesque station d’observation, conçue à l’origine pour accueillir plus de , n’héberge alors plus qu’un contingent réduit de trois scientifiques, au point qu’une fermeture définitive est envisagée.
La situation semble être dans une impasse lorsque arrive un étrange message envoyé par le docteur Guibarian, l’un des derniers scientifiques à bord de la station Solaris. Les autorités dépêchent alors sur place le docteur Kris Kelvin, un psychologue, célèbre pour ses recherches sur l’océan de Solaris et ancien élève de Guibarian. Il devra découvrir ce qui se passe et également définir s’il est nécessaire de maintenir la station en activité. Kelvin est un homme très intelligent mais tourmenté, il se remet mal du suicide de sa femme Khari quelques années auparavant, dont il se sent responsable.
Arrivé à bord de la station, Kelvin découvre le suicide de Guibarian, et les deux autres scientifiques, Snaut et Sartorius, présentent les symptômes d’un délire paranoïaque inquiétant. Il constate également la présence de personnes étrangères, que les deux autres scientifiques semblent vouloir cacher. Le matin de la première nuit passée à bord, il se réveille et découvre sa femme Khari, bien vivante, devant lui. Se croyant sujet à la même folie que Snaut et Sartorius, il doit finalement se rendre à la conclusion que cette femme est bien réelle, tout comme les autres « visiteurs » qui hantent les membres de la station. Ce sont en fait des créations de l’océan de Solaris, qui ont commencé à apparaître peu de temps après une expérience menée par les trois scientifiques visant à obtenir une réaction de la part de l’océan. Kris Kelvin entame une nouvelle relation avec la copie de la femme qu’il a autrefois aimée et qui ignore sa vraie nature. Celle-ci accepte son amour, mais les choses ne sont pas aussi simples malgré tout, car Kris Kelvin doit garder à l’esprit qu’il n'est pas sur Terre mais sur Solaris, une planète où les souvenirs deviennent réalité. Mieux vaut ne pas trop vivre dans le passé, sous peine d’en demeurer prisonnier.
Fiche technique Titre original : , Solaris Réalisation : Andreï Tarkovski, assisté de Iouri Kouchnerev Scénario et dialogues : Andreï Tarkovski et Friedrich Gorenstein d’après le roman homonyme de Stanisław Lem Production : Mosfilm (URSS) Photographie : Vadim Ioussov Musique : Edouard Artemiev (et Prélude de choral en fa mineur de Jean-Sébastien Bach tiré de l’) Décors : Son : Semion Litvinov Montage : Lioudmila Feiguinova Caméra : Maquillage : Vera Roudina Costumes : Nelli Fomina Rédaction : Producteur délégué : Viatcheslav Tarassov Pays de production : Langue : russe Budget : Format : Couleurs format 2.35 cinémascope Durée : 198 minutes ( version originale) - 160 minutes ( dans sa version présentée au festival de Cannes) - 144 minutes (, version diffusée en France). Voir Éditions en vidéo. Dates de sortie : Union soviétique : (Moscou) ; (sortie nationale) France : (Festival de Cannes 1972) ; (sortie nationale) Belgique : (Festival du film de Gand) Affiche : Renato Casaro (Italie)
Distribution
Production Scénario En 1968, le réalisateur Andreï Tarkovski avait plusieurs raisons d'adapter au cinéma le roman de science-fiction Solaris (1961) de Stanisław Lem. Tout d'abord, il admire l'œuvre de Lem. Ensuite, il avait besoin de travail et d'argent, car son film précédent, Andreï Roublev (1966), était resté inédit et son scénario Belyï, bely den avait été rejeté (en 1975, il est finalement adapté sous le titre Le Miroir). Un film sur un roman de Lem, écrivain polonais populaire et respecté par la critique soviétique, était un choix commercial et artistique logique. Une autre source d'inspiration était le désir de Tarkovski d'apporter une profondeur émotionnelle au genre de la science-fiction, qu'il considérait comme superficiel en raison de l'attention qu'il portait à l'invention technologique ; dans une interview donnée en 1970, il a parlé du film de Stanley Kubrick, 2001, l'Odyssée de l'espace, réalisé en 1968, en pointant le « manque de force émotionnelle du film » qu'entraînent les trop nombreuses références au progrès technologique. Pour lui, « 2001 est erroné sur de nombreux aspects, même pour les spécialistes. Pour une véritable œuvre d'art, le faux doit être éliminé ».
Tarkovski et Lem ont collaboré et sont restés en contact au sujet de l'adaptation. Avec Friedrich Gorenstein, Tarkovski coécrit le premier scénario au cours de l'été 1969, dont les deux tiers se déroulent sur Terre. Le comité de Mosfilm ne l'apprécie guère et Lem est furieux de la modification radicale de son roman. Le scénario final a donné lieu au scénario de tournage, qui comporte moins d'action sur Terre et supprime de l'histoire le mariage de Kelvin avec sa seconde épouse, Maria. Dans le roman, Lem décrit l'incapacité de la science à permettre aux humains de communiquer avec une forme de vie extraterrestre, car certaines formes, au moins, de vie extraterrestre sensible peuvent fonctionner bien au-delà de l'expérience et de la compréhension humaines. Dans le film, Tarkovski se concentre sur les sentiments de Kelvin pour sa femme, Ariane, et sur l'impact de l'exploration spatiale sur la condition humaine. Le monologue du Dr Guibarian (tiré du sixième chapitre du roman) est le point culminant de la scène finale de la bibliothèque, dans laquelle Snaut déclare : « Nous n'avons pas besoin d'autres mondes. Nous avons besoin de miroirs ». Contrairement au roman, qui commence par le vol spatial de Kelvin et se déroule entièrement sur Solaris, le film montre la visite de Kelvin à la maison de ses parents, à la campagne, avant son départ de la Terre. Le contraste établit les mondes dans lesquels il vit démontrant et questionnant l'impact de l'exploration spatiale sur la psyché humaine.
La première mouture du scénario est prête en janvier-. vignette|Chasseurs dans la neige (1565), de Pieter Brueghel l'Ancien. Les décors de Solaris comprennent des toiles des Vieux Maîtres. Dans la bibliothèque de la station spatiale est accrochée une série de tableauxCes tableaux font partie d’une série de six, illustrant les six saisons que l’on distinguait en 1565 aux Pays-Bas , mais dont il ne reste que les cinq tableaux que l’on voit dans le film. de Pieter Brueghel l'Ancien (Chasseurs dans la neige, La Journée sombre, La Fenaison, La Moisson et La Rentrée des troupeaux), et de détails de La Chute d'Icare et des Chasseurs dans la neige. Les plans sur les tableaux appartiennent aux ensembles (étang à côté de la maison, algues dans la rivière, atmosphère de la planète Solaris), .
Dans la séquence finale, alors que la caméra recule depuis l’étang et la maison du père de Kris, elle finit par , ce qui .
La scène où Kelvin s'agenouille devant son père et où celui-ci l'embrasse fait allusion au Le Retour du fils prodigue (1669) de Rembrandt. Les références et les allusions sont des efforts de Tarkovski pour donner à l'art jeune du cinéma une perspective historique, pour évoquer le sentiment du spectateur que le cinéma est un art mûr.
Il y a également une autoréférence à la filmographie de Tarkovski. Le film fait référence au film Andreï Roublev (1966) en plaçant une icône d'Andreï Roublev dans la chambre de Kelvin. C'est le deuxième d'une série de trois films faisant référence à Roublev, le dernier étant le film suivant de Tarkovski, Le Miroir, réalisé en 1975, qui fait référence à Andreï Roublev en montrant une affiche du film sur un mur.
Attribution des rôles Tarkovski a d'abord fait des essais avec Alla Demidova pour le rôle de Ariane (Khari en version originale), mais son interprétation est jugée trop agressive. Parmi les autres candidates, il y avait Anastasia Vertinskaïa, Margarita Terekhova, l'ex-femme de Tarkovski Irma Raouch et l'actrice suédoise Bibi Andersson.
En fin de compte, le rôle est attribué à Natalia Bondartchouk. Tarkovski l'avait rencontrée quand ils étaient étudiants à l’Institut national de la cinématographie à Moscou, et c'était même elle qui lui avait présenté le roman Solaris de Stanisław Lem. Tarkovski l'auditionne en 1970, mais jugée trop jeune elle n'est pas retenue. Tarkovski la recommande ensuite à la réalisatrice Larissa Chepitko, qui l'enrôle pour son film Toi et moi (1971). Ce n’est qu’après avoir vu ce film six mois plus tard, que Tarkovski décide d'attribuer le rôle d’Ariane à Bondartchouk Natalia Bondartchouk. Natalya Bondarchuk Interview (DVD). Criterion Collection..
Tarkovski a choisi l'acteur lituanien Donatas Banionis pour le rôle de Kelvin, l'acteur estonien Jüri Järvet pour celui de Snaut, l'acteur russe Anatoli Solonitsyne pour celui de Sartorius, l'acteur ukrainien Nikolaï Grinko pour celui du père de Kelvin et Olga Barnet pour celui de la mère de Kelvin. Le réalisateur avait déjà travaillé avec Solonitsyne, qui avait interprété le rôle-titre Andreï Roublev, et avec Grinko, qui était apparu dans Andreï Roublev et L'Enfance d'Ivan (1962). Tarkovski pensait que Solonitsyne et Grinko auraient besoin d'une assistance supplémentaire. Une fois le tournage presque terminé, Tarkovski a évalué les acteurs et les performances de la manière suivante : Bondartchouk, Järvet, Solonitsyne, Banionis, Dvorjetski et Grinko ; il écrit également dans son journal que .
Tournage Au cours de l'été 1970, le Goskino a autorisé la production du métrage Solaris, d'une longueur de , soit une durée de deux heures et vingt minutes. Les extérieurs ont été tournés au Japon, à Zvenigorod, près de Moscou, et les intérieurs dans les studios de Mosfilm. Le tournage commence en avec le chef opérateur Vadim Ioussov, qui a également photographié les précédents films de Tarkovski. Ils se sont tellement disputés sur ce film qu'ils n'ont plus jamais travaillé ensemble ensuite. La pellicule couleur Eastman Kodak a été utilisée pour les scènes en couleur. Peu disponible en Union soviétique, elle a dû être achetée spécialement pour la production. La première version de Solaris a été achevée en . vignette|gauche|Akasaka, un quartier de Tokyo, sert de décor à la ville du futur.