Marie-France Pisier, née le à Đà Lạt (Indochine française) et morte le à Toulon (Var), est une actrice, scénariste et réalisatrice française.

Elle est connue entre autres pour son rôle dans le cycle des films de François Truffaut consacrés au personnage d'Antoine Doinel, dans lesquels elle interprète Colette, le premier amour d'Antoine, resté platonique. Elle enchaîne des collaborations auprès de réalisateurs prestigieux tels que Luis Buñuel, Jacques Demy, André Téchiné, Roger Vadim, Jacques Rivette, Raoul Ruiz ou encore Maïwenn.

Elle a été lauréate de deux César de la meilleure actrice dans un second rôle deux années consécutives, 1976 et 1977.

Biographie Parents Marie-France Pisier est la fille de Georges Pisier. ( - ), haut fonctionnaire français vichyste et maurrassien, administrateur en chef des Affaires coloniales puis de la France d'Outre-mer (en Indochine française de 1943 à 1950, puis en Nouvelle-Calédonie de 1950 à 1966), et de Paula Caucanas ( - ).. – fille de Jean Caucanas, banquier français à Nouméa, puis directeur de la Banque de l'Indochine –, militante féministe et future secrétaire générale de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).Secrétaire générale de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et membre du bureau de la Fédération internationale des sociétés pour le droit de mourir, elle a écrit avec Paul Chauvet, en 1986, le livre Vivre sa vie, choisir sa mort..

Le couple Pisier-Caucanas a deux autres enfants : Évelyne Pisier (1941-2017), professeur des universités en sciences politiques, première épouse de Bernard Kouchner., et Gilles Pisier (né en 1950), polytechnicien (promotion 1969), mathématicien, membre de l'Académie des sciences depuis 2002.

Ses parents se sont mariés et ont divorcé à deux reprises. Tous deux se sont suicidés, Georges par arme à feu en 1986, Paula par empoisonnement le après avoir contracté un double cancer du sein et subi une ablation mammaireFait évoqué par l'actrice dans l'émission Thé ou Café de France 2...

Jeunesse Elle naît et passe une partie de son enfance dans ce qui est alors l'Annam, une des composantes de l'Indochine française..

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le Japon envahit l'Indochine. En , la famille Pisier est internée dans deux camps de concentration japonais : Georges Pisier dans un camp avec d'autres officiers, Paula avec ses deux filles dans un autre pendant six mois. Rapatriée en France, Marie-France Pisier grandit alors en Nouvelle-Calédonie à Nouméa, où son père, affecté en 1950, termine sa carrière, et où naît son frère Gilles.. En 1956, après la séparation définitive de ses parents (divorcés et remariés), Marie-France a et s'installe à Nice avec sa mère et sa sœur..

Études et débuts au cinéma Elle fait ses études secondaires à Nice, au lycée de jeunes filles Albert-Calmette, puis des études de droit et de sciences politiques à l'université de Nice au début des années 1960« Décès de l'actrice Marie-France Pisier », Associated Press, 24 avril 2011. Consulté le 28 avril 2011..

En , pour donner la réplique à Jean-Pierre Léaud, l'Antoine Doinel du court métrage Antoine et Colette (du film à sketches L'Amour à vingt ansCoréalisé par Shintarō Ishihara, Marcel Ophuls, Renzo Rossellini, François Truffaut et Andrzej Wajda.), François Truffaut recherche une jeune fille, « pas une lolita, pas une blousonne, pas une petite jeune femme ». Elle doit être simple, rieuse et avoir une bonne culture générale. Marie-France Pisier, qui fait alors partie d'une troupe de théâtre amateur au lycée Calmette de NiceLes Années Lycée, livre de poche édité par le ministère de l'Éducation nationale et Axa, 1994, p. 85 : , est choisie par le cinéaste. Ils fuguent tous les deux pendant un mois., leur escapade amoureuse inspirera au cinéaste La Peau douce..

vignette|redresse|gauche|L'actrice en 1969, en Italie. Alors qu'elle tourne une dizaine de films depuis l'âge de 18 ans, elle poursuit ses études à l'université de Nanterre, où elle obtient une licence de droit public, puis un diplôme d’études supérieures de science politiqueLes Années Lycée, livre de poche édité par le Ministère de l'Éducation nationale et Axa, 1994, p. 85... (En 1969, elle rédige un mémoire de DES de science politique intitulé Les Français et le Parlement : étude de l'image du Parlement dans l'opinion).

Moins proche que sa sœur Évelyne des meneurs de mai 68, Marie-France aide toutefois Daniel Cohn-Bendit. De nationalité allemande, celui-ci est frappé d'un arrêté d'expulsion du ministre de l'IntérieurEt non pas d'une « interdiction de séjour » (dans telle ville, département), ni d'une « interdiction du territoire français », peines prononcées par la justice. L'arrêté d'expulsion est un acte du pouvoir exécutif. le , alors qu'il se trouve aux Pays-Bas. Il rentre clandestinement le à Paris puis, après quelques jours de clandestinité, repart. Marie-France Pisier lui teint les cheveux en noir et l'exfiltre dans sa MG décapotable jusqu'au Luxembourg. Ils font ensuite un séjour en Sardaigne et ont ensemble une aventure de quelques semainesEmeline Cazi, Le Vrai Cohn-Bendit, Plon, 2010, ..

Carrière vignette|redresse|Marie-France Pisier en 1973. Après Antoine et Colette, elle retrouve dix-sept ans plus tard le personnage de Colette dans L'Amour en fuite, dernière aventure d’Antoine Doinel coécrite par la comédienne en 1978. Elle y croise Doinel (interprété par Jean-Pierre Léaud) dans le train et, à la fin du film, elle croise également Christine (interprétée par Claude Jade), successivement maîtresse, épouse et ex-épouse d'Antoine.

Entre-temps, l'actrice est devenue une égérie du cinéma d'auteur, jouant dans un premier temps devant la caméra de son compagnon Robert Hossein, puis apparaissant dans les univers oniriques d'Alain Robbe-Grillet (celui-ci l’avait repérée à la une du magazine Lui le , posant en cuissardes.), de Luis Buñuel, de Jacques Rivette et, surtout, du jeune André Téchiné, qui deviendra son réalisateur fétiche. Dans le cadre de sa collaboration avec ce dernier, elle obtient deux fois le César du meilleur second rôle, en 1976 et en 1977. En 1976, sa première consécration vient de sa prestation dans Cousin, Cousine de Jean-Charles Tacchella. Elle tourne aussi avec d'autres réalisateurs tels Roger Vadim ou Jacques Demy.

Son rôle en 1972 dans la série télévisée Les Gens de Mogador lui vaut une reconnaissance populaire.. Elle connaît alors plusieurs succès populaires. Partenaire de Jean-Paul Belmondo (qui la surnomme avec affection et déférence « Marie-Pense Pisier, la star de la Cinémathèque ».) dans Le Corps de mon ennemi d'Henri Verneuil en 1976, et dans L'As des as de Gérard Oury en 1982, elle joue l'année suivante une productrice cynique avec Le Prix du danger d'Yves Boisset.

Son prestige lui ouvre plusieurs expériences internationales en vedette, notamment le délirant De l'autre côté de minuit, Chanel solitaire dont elle tient le rôle-titre entourée de Timothy Dalton et Rutger Hauer, et tenant le rôle de Clawdia Chauchat dans l'adaptation du roman La Montagne magique de Thomas Mann.

vignette|redresse|Marie-France Pisier au Festival du cinéma américain de Deauville (en 2007). Elle s'inspire de son séjour en Nouvelle-Calédonie pour son roman Le Bal du gouverneur, paru en 1984. Elle adapte son roman et réalise le film du même titre en 1990. En 2002, elle écrit, réalise et interprète son deuxième film, Comme un avion, qui aborde le suicide de ses parents, à deux ans d’intervalle, quinze ans plus tôt.

Elle joue moins souvent dans les années 1990. Son interprétation de George Sand est remarquée dans La Note bleue, mis en scène par Andrzej Żuławski (avec Sophie Marceau dans le rôle de Solange Sand, la fille de l’écrivain), son émouvante composition de femme en mal d'enfant dans Marion de Manuel Poirier, et son interprétation de Madame Verdurin dans Le Temps retrouvé de Raoul Ruiz. Sollicitée par les jeunes auteurs, elle tourne ensuite avec Laurence Ferreira Barbosa, Christophe Honoré ou Maïwenn, dans Pardonnez-moi (doublement nommé aux César 2007).

Mort Le vers du matin, Marie-France Pisier est retrouvée par son mari Thierry Funck-Brentano inanimée au fond de la piscine de leur villa de Saint-Cyr-sur-Mer« Mort de Marie-France Pisier », lci.fr, 24 avril 2011.« Marie-France Pisier retrouvée inanimée chez elle à Saint-Cyr », Var-Matin.. Sa tête et ses épaules sont coincées dans le croisillon métallique d'une « lourde chaise en fer forgé » et elle porte des bottes en caoutchouc... Sa mort est constatée à Toulon. à du matin.

Le rapport d'autopsie ne permet pas de déterminer les circonstances de la mort. Des analyses médico-légales toxicologiques ().. puis l'autopsie finale conduisent à évoquer l'hypothèse d'un suicide de l'actrice, qui souffrait d'une récidive de cancer du sein., diagnostiqué pour la première fois en 2003, rendant une seconde opération avec ablation mammaire inéluctable, comme pour sa mère..

Près de dix années après sa mort, un conflit avec sa sœur Évelyne à propos des actes d'inceste commis par Olivier Duhamel, mentionné lors de l'enquête, est rappelé par sa nièce Camille Kouchner.. Dans son livre La Familia grande, celle-ci révèle que sa mère, informée en 2008-2009 des agissements d’Olivier Duhamel, a choisi de ne rien divulguer et de protéger son mari, comportement qui a choqué Marie-France Pisier. « On a compris qu’Évelyne pensait que Marie-France s’était plutôt suicidée », explique Camille Kouchner. L'autopsie révélant le peu d'eau dans ses poumons suggère que Marie-France Pisier n'est pas morte par noyadeToutefois, les pompiers, lors de la réanimation d'une personne trouvée dans l'eau, exécutent des manœuvres qui font régurgiter l'eau contenue dans les poumons, ce qui aurait effacé les traces permettant aux médecins légistes d'affirmer qu'elle est morte par noyade.Source : ., ce qui conduit à évoquer la possibilité d'une mort par crise cardiaque avant sa chute dans la piscine ou par hydrocution après cette chute. L'hypothèse d'un meurtre n'était pas écartée par l'autopsie..

À la suite de la publication du livre de sa sœur Camille, Julien Kouchner, fils aîné d'Évelyne Pisier, interrogé par Le Parisien le , revient sur la mort de Marie-France Pisier : Dans son livre de souvenirs., Georges Kiejman, qui fut son mari de 1973 à 1979, écrit :

L'actrice est inhumée le dans l'intimité familiale au cimetière de la Guicharde de Sanary-sur-Mer., dans le tombeau de la famille Duhamel-., allée des Pivoines. Le , un office est célébré pour elle en l'église Saint-Roch à Paris, bien qu'elle fût agnostique.

Vie privée Marie-France Pisier a été mariée à l'avocat Georges Kiejman (de 1973 à 1979). Depuis 1984, son compagnon était Thierry Funck-Brentano (mariage le ), directeur de cabinet de Jean-Luc Lagardère. (1982-1983) et cogérant de Lagardère SCA (2010). Le couple a eu deux enfants : Mathieu, né le , et Iris, née en 1986..

Thierry Funck-Brentano est également le cousin germain d'Olivier DuhamelLa mère de Thierry Funck-Brentano, Monique Duhamel, est en effet la sœur jumelle de Jacques Duhamel, le père d'Olivier Duhamel., lui-même beau-frère de Marie-France PisierOlivier Duhamel a été le dernier mari d'Évelyne Pisier, sœur de Marie-France, de 1987 jusqu'à la mort de cette dernière en 2017.Autrement dit, les deux cousins germains (Olivier et Thierry) sont également devenus beaux-frères par alliance, à la suite de leurs mariages respectifs avec les deux sœurs, Évelyne et Marie-France..

Engagement Intellectuelle engagée dans les combats de son époque, Marie-France Pisier est l’une des signataires du manifeste des 343 rédigé par Simone de Beauvoir en faveur du droit à l'avortement, paru le dans Le Nouvel ObservateurLe texte du manifeste et la liste des signataires sur nouvelobs.com..

En 1995, elle s’engage pour Lionel Jospin à l’élection présidentielle.

Hommages vignette|Plaque au 26, rue Guynemer (Paris).