thumb|upright 1.2|Plan maquette de l'ensemble Pitti-Boboli par Giusto Utens. thumb|upright=1.2|Le palais Pitti depuis les jardins.

Le palais Pitti est un palais de style Renaissance situé à Florence, en Italie. Il a été érigé dans le quartier Oltrarno (rive ouest du fleuve Arno), non loin du Ponte Vecchio. Le cœur du palais actuel date de 1458 et était, à l’origine, la résidence de Luca Pitti, un ambitieux banquier florentin.

Le palais est racheté en 1549 par la famille Médicis et devient la résidence principale des familles régnantes du grand-duché de Toscane. Au fil du temps, il se transforme en véritable coffre aux trésors, les générations successives y amassant peintures, orfèvreries, bijoux et autres biens de luxe. À la fin du , le palais Pitti est utilisé comme base politique par Napoléon , il sert ensuite également mais brièvement de palais royal à l’Italie nouvellement unifiée.

Le palais et son contenu sont cédés au peuple italien par le roi Victor-Emmanuel III d'Italie en 1919 et ses portes ouvertes au public, dévoilant l’une des plus grandes galeries d’art de Florence. Aujourd’hui, il offre au public plusieurs collections mineures en plus de celles de la famille Médicis.

Sa façade, de style bugnato, est composée de blocs de pietra forte provenant des carrières de la colline de Boboli qui lui donnent une allure générale monumentale et massive.

La Piazza de' Pitti fut ultérieurement agrandie en 1837, par la démolition de quelques palais des côtés, comme le Palais Guidetti, ce qui a permis de dégager le Palais Guicciardini dans l'angle. Deux plaques rappellent que l'astronome Paolo Toscanelli y a vécu, au 18, et que Féodor Dostoïevski y a écrit son roman l'Idiot de 1868 à 1869, résidant au 22.

Histoire

thumb|upright=1.0|Luca Pitti (1398-1472) premier propriétaire du palais Pitti.

La construction de ce bâtiment grave et sévère. est commanditée en 1458 par Luca Pitti, un banquier florentin, partisan et ami de Cosme de Médicis. Le début de l'histoire du palais Pitti est un mélange de faits et de mythes. On dit ainsi que Pitti avait donné pour instruction que les fenêtres soient plus larges que la porte par laquelle on entrait au palais Medici. L’historien de l’art du Giorgio Vasari supposait que Brunelleschi, assisté par son élève Luca Fancelli, était l’architecte du palais, mais aujourd’hui, on considère que Fancelli en fut le véritable architecte.. En effet, en plus de différences notables avec le style de Brunelleschi, ce dernier est décédé 12 ans avant le début du chantier, et la composition suggère que l’architecte inconnu était plus expérimenté en architecture domestique utilitaire que dans les règles humanistes définies par Leon Battista Alberti dans son livre De Re Aedificatoria..

Même s’il est impressionnant, le palais original ne peut rivaliser avec les résidences florentines des Médicis, ni en taille, ni en contenu. Quel qu’ait pu être l’architecte du palais Pitti, il va à l’encontre des tendances du moment. Le travail rustique de la pierre confère au palais un aspect austère et puissant, impression renforcée par les trois séries de sept ouvertures en arche, rappelant un aqueduc romain. Les Florentins de l’époque, férus d’un nouveau style all'antica, sont ravis par cette architecture inspirée de la Rome antique. Ce dessin original a surmonté l'épreuve du temps : les répétitions des façades sont reprises à chaque nouvelle addition accolée au palais et leur influence est retrouvée dans plusieurs imitations de ou reprises du .

La construction est suspendue en 1464, alors que Luca Pitti subit quelques revers financiers après le décès de Cosme de Médicis. Luca Pitti meurt en 1472 avant que le bâtiment ne soit terminé..

Les Médicis thumb|Éléonore de Tolède, grande-duchesse de Toscane, qui acheta le palais à Luca Pitti en 1549 pour les Médicis. Portrait du Bronzino.

Le bâtiment est vendu en 1549 par Buonaccorso Pitti, un descendant de Luca Pitti, à Éléonore de Tolède. Élevée à la cour de Naples, Éléonore est l'épouse de Cosme de Toscane, qui deviendra plus tard grand-duc.. Lors de son déménagement dans le palais, Cosme demande à Giorgio Vasari d'agrandir la structure pour se conformer à ses goûts ; sa surface sera plus que doublée par l'addition d'un nouveau bloc à l'arrière. Vasari construit également le corridor de Vasari, un passage protégé et couvert entre le palazzo Vecchio, siège du gouvernement, et le palais Pitti et qui traverse l'Arno, au-dessus du Ponte Vecchio.. Ce passage permet au grand-duc et à sa famille de se déplacer aisément entre leur résidence officielle, le palazzo Vecchio, et le palais Pitti. À l'origine, le palais Pitti était principalement utilisé pour loger des invités officiels et pour certains évènements occasionnels de la cour, le palazzo Vecchio restant la résidence principale des Médicis. Il ne sera occupé de manière permanente qu'à partir du règne de Ferdinand de Médicis, fils d'Éléonore, et de sa femme Christine de Lorraine. Il abritera alors la collection d'art des Médicis., et sera le théâtre de divertissements et de spectacles somptueux, parmi lesquels les débuts de l'opéraIl y fut créé en 1589 La Pellegrina pour les noces de Ferdinand de Médicis et Christine de Lorraine, puis en 1600 l'Euridice de Jacopo Peri et en 1602 celle de Giulio Caccini, la préhistoire de l'opéra avant la création de L'Orfeo de Claudio Monteverdi au Palais ducal de Mantoue en 1607..

Une parcelle est ensuite acquise sur la colline à l'arrière du palais pour y créer un grand parc et des jardins, connus aujourd'hui sous le nom de Jardin de Boboli.

Le cortile et ses extensions

thumb|left| Dessins architecturaux et plans du palais Pitti, .

Une fois le projet de jardin bien en main, Bartolomeo Ammannati tourne son attention vers la création d’une grande cour, juste derrière la façade principale, permettant de relier le palais à son nouveau jardin. Cette cour présente des canaux en bossages qui seront largement copiés, notamment pour le palais du Luxembourg de Marie de Médicis, à Paris. Sur la façade principale, Ammannati pose également des finestre inginocchiate (fenêtres « agenouillées », en référence à leur ressemblance avec un prie-Dieu, déjà utilisées par Michel-Ange), pour remplacer les baies à chaque extrémité. Entre 1558 et 1570, Ammannati construit un escalier monumental qui conduit en grande pompe au « piano nobile ». Il élargit les ailes de la façade donnant sur le jardin. Elles embrassent alors une cour, creusée dans la pente de la colline, située au même niveau que la cour devant le bâtiment et qu’il est possible de voir à travers l’arche centrale du sous-sol. Du même côté, Ammanati construit un grotto, appelé le « grotto de Moïse » en référence à la statue en porphyre qui y est visible. Sur la terrasse au-dessus, au même niveau que les fenêtres du piano nobile, l’architecte installe une fontaine, elle sera remplacée en 1641 par la « Fontana del Carciofo » (Fontaine de l’Artichaut), conçue par Giovanni Francesco Susini, un ancien élève de Giambologna.. En 1616, un concours est organisé pour la conception d’extensions de part et d’autre de la façade principale. Giulio Parigi remporte le contrat. Les travaux commencent en 1618 sur la partie nord et, en 1631, Alfonso Parigi attaque la partie ouest. Au , deux ailes perpendiculaires sont ajoutées par l’architecte Giuseppe Ruggeri pour accentuer l’élargissement de la via Romana, ce qui crée une place centrée sur la façade, prototype de la « cour d’honneur » qui sera copiée en France. Durant de nombreuses années, de sporadiques ajouts et modifications moins significatifs, seront faits sous d’autres maîtres et architectes..

Sur un des côtés des jardins se tient un singulier grotto conçu par Bernardo Buontalenti. La partie du bas fut commencée par Vasari mais l’architecture des étages supérieurs est bouleversée par des stalactites en pierre ponce entourant les armoiries des Médicis. L’intérieur est lui aussi un équilibre entre architecture et nature. Dans la première pièce se trouvent des copies des quatre esclaves inachevés de Michel-Ange qui émergent de chaque coin. Ils semblent porter la voûte, qui comprend un oculus ouvert en son centre et peint comme un berceau rustique avec des animaux, des personnages et de la végétation. D’autres personnages, animaux et arbres, fabriqués en stuc et en pierre ponce brute ornent le bas des murs. Un court passage mène à une deuxième petite chambre puis à une troisième au milieu de laquelle se dresse une fontaine et dans son bassin la Vénus de Giambologna, regardant avec effroi par-dessus son épaule quatre satyres lui crachant des jets d’eau..

Les maisons de Lorraine et de Savoie vignette|200px|Le Martyre de sainte Agathe par Sebastiano del Piombo, acquis par les Médicis pour le palais Pitti. vignette|200px|Donna Velata par Raphaël, collection Médicis. vignette|200px|Amour endormi par Le Caravage (1608).

Le palais Pitti reste la résidence principale des Médicis jusqu’à la mort du dernier héritier mâle, Jean-Gaston de Médicis, en 1737. Il est ensuite brièvement occupé par sa sœur, Anne-Marie-Louise de Médicis. À la mort de celle-ci, la dynastie Médicis s’éteint et le palais est transmis aux nouveaux Grands-ducs de Toscane, les Autrichiens de la maison de Lorraine, en la personne de François du Saint-Empire.. L’occupation autrichienne est brièvement interrompue par Napoléon qui utilise le palais durant sa période de contrôle de l’Italie..

Quand la Toscane passe de la maison de Lorraine à la maison de Savoie en 1860, le palais Pitti est inclus dans le transfert. Après le Risorgimento, Florence devient brièvement la capitale du royaume d’Italie et Victor-Emmanuel II réside dans le palais jusqu’en 1871. Son petit-fils, Victor Emmanuel III, transmet le palais à l’État italien en 1919.. Le palais, ainsi que les autres bâtiments des jardins Boboli, sont divisés en cinq galeries et musées, abritant non seulement la grande majorité de son contenu original mais également des œuvres inestimables acquises par l’État. Les 140 pièces ouvertes au public font partie d’un intérieur, conçu majoritairement plus tard que la partie originale du bâtiment, et créé en deux étapes, la première au et la seconde au début du . En 2005, la découverte, par hasard, de salles de bains du depuis longtemps oubliées, révélera des exemples remarquables de plomberies dont le style est assez similaire à ceux des salles de bains du ..

Les galeries et musées

Le palais Pitti est aujourd'hui le plus grand ensemble de musées de Florence. Le bâtiment principal, appelé « corps de logis », s'étend sur .. Il abrite plusieurs galeries et musées dont on trouvera un descriptif ci-dessous.

La Galerie Palatine

La Galerie Palatine, au premier étage, l'« étage noble » (piano nobile), contient un vaste ensemble de quelque cinq cents peintures, essentiellement de la Renaissance, qui firent jadis partie de la collection d'art privée des Médicis et de leurs successeurs. La galerie, qui déborde sur les appartements royaux, contient des œuvres de Raphaël, du Titien, du Corrège, de Rubens et de Pierre de Cortone.. La galerie conserve encore le caractère d'une collection privée et les œuvres d'art sont présentées et disposées pour l'essentiel comme elles l'auraient été dans les salles d'apparat auxquelles elles étaient destinées plutôt qu'en suivant une séquence chronologique, ou selon les écoles auxquelles appartiennent les tableaux.