L'église Notre-Dame est une église catholique paroissiale située à Vetheuil, dans le Val-d'Oise. Par son ampleur, son plan à doubles collatéraux et son mobilier particulièrement riche et varié, elle se démarque des églises villageoises du Vexin français, car Vétheuil est au Moyen Âge un bourg d'une certaine importance. Par son architecture, et notamment son abside de style gothique primitif et ses deux portails de la Renaissance, l'église Notre-Dame occupe une place particulière parmi l'architecture religieuse de la région. Sa valeur patrimoniale est reconnue assez tôt, et elle est classée monument historique par liste de 1840.. Les origines de la paroisse et de l'église ne sont pas connues, mais on connaît une première mention de la fin du , et des vestiges d'un clocher roman de la première moitié du subsistent encore à l'intérieur du clocher actuel. Vers la fin du , la construction d'un nouveau chœur est lancée, et celui-ci est terminé au tout début du . Le clocher est rebâti dans le style gothique au cours de ce même siècle. Il est impossible de se prononcer sur la nef de cette époque. Les parties occidentales que l'on voit actuellement datent exclusivement de la première moitié du , et sont de style gothique flamboyant. L'étroitesse du vaisseau est commandée par la distance entre les piles du clocher, et s'explique peut-être aussi par la réutilisation des fondations de l'ancienne nef. L'étroitesse est compensée par l'adjonction de collatéraux larges et élevés, et d'une enfilade de chapelles formant un deuxième collatéral de chaque côté. En 1551, le seigneur local fait appel au maître-maçon d'origine italienne, Jean Grappin, qui élève un somptueux portail méridional protégé par un porche, puis une façade occidentale flanquée de deux tourelles. Ces œuvres évoquent la Renaissance italienne, et sont d'une qualité exceptionnelle. Contrairement à d'autres monuments religieux de la région, l'église Notre-Dame a toujours bénéficié des travaux de restauration et d'entretien nécessaires à sa bonne conservation, et elle se présente dans un bon état. Vétheuil n'est plus une paroisse indépendante et n'a plus de prêtre résident, mais des messes dominicales sont toujours célébrées en l'église Notre-Dame environ un dimanche sur deux.
Localisation thumb|upright|left|L'église en haut de l'escalier classé aux M.H..
L'église Notre-Dame se situe en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans la vallée de la Seine et dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Vétheuil, place de l'Église, à la limite nord du village ancien. La place de l'Église se présente comme une terrasse à flanc de coteau, au milieu de laquelle l'église est bâtie. Depuis le sud et la place de la Mairie, la rue de l'Église (RD 913) monte tout droit vers l'église. L'ultime section prend la forme d'un escalier, qui date du et a été classée monument historique par arrêté du , y compris le mur mitoyen.. Alternativement à l'escalier, on peut emprunter la rue de la Rampe, qui est parallèle à ce dernier. À son sommet, l'ancienne croix de cimetière marque la fin de l'ascension. Le ministère de la Culture la considère également comme datant du , et elle a été classée monument historique par arrêté du .. Le portail méridional de l'église fait face à la croix et à l'escalier. L'édifice est entièrement dégagé d'autres constructions, et l'on peut en faire le tour. La façade occidentale est précédée d'un parvis, qui sert actuellement de parking. La courte rue Abel-Lauvray quitte la place vers l'ouest, et établit la liaison avec la rue Claude-Monet (RD 913), dans la suite de la rue de l'Église. La rue du Cimetière quitte la place vers le nord, et conduit au cimetière ; puis des chemins montent sur le plateau calcaire qui domine la vallée de la Seine. On peut bénéficier d'une vue panoramique sur l'église depuis le nord. Enfin, la rue du Moutier quitte la place de l'Église vers l'est.
Histoire Les origines thumb|upright|left|Vue vers l'église depuis la place de la Mairie.
Les origines du bourg de Vétheuil et de son église ne sont pas bien connues. Des sarcophages mérovingiens ont été mis au jour en 1906 dans la nef. Une nécropole et une chapelle existent donc sans doute au . Les premiers châteaux de La Roche-Guyon et de Vétheuil sont probablement bâtis vers 863, sous le règne de Charles II le Chauve, comme remparts contre les Vikings. L'église de Vétheuil est mentionnée pour la première fois à la fin du , dans l'acte par lequel Guy de La Roche, seigneur de Vétheuil, la donne à l'abbaye de la Trinité de Fécamp. L'acte n'est malheureusement pas daté, mais l'on sait que l'abbé Guillaume de Rots, qui l'a signé, est abbé de 1078 jusqu'à sa mort en 1107. On ne peut prêter aucune foi aux affirmations que l'abbé Amaury avance dans sa brochure parue en 1865 : Louis Régnier dit à son sujet que .. En 1900, L.-A. Gatin reprend encore naïvement les propos de l'abbé Amaury., et écrit qu'une cave particulière située cour de l'Église serait l'ancienne église de Vétheuil, dédiée à Saint-Maximin.. On ignore en réalité tout sur la première église. Pierre Champion avance des hypothèses un peu hasardeuses à son sujet. Il dit qu'elle était de style roman, qui n'était pourtant pas présent dans la région avant la fin du . ; que les noyaux des piles de son clocher subsistent dans l'église actuelle ; et que l'église primitive n'allait pas plus loin que ce clocher à l'ouest. En effet, le clocher roman subsiste encore partiellement à l'intérieur du clocher actuel, dont le parement extérieur et la physionomie actuelle remontent au . Or, les églises du du Vexin français sont à clocher central, c'est-à-dire que la nef se situe à l'ouest du clocherVoir une étude fondamentale à ce sujet : .. En réalité, il est bien possible que le chantier de la première église paroissiale n'est lancé qu'après la donation à l'abbaye de Fécamp ; sinon, les piles et les vestiges du clocher roman doivent être attribués à une seconde église, qui n'était certainement pas aussi petite que Pierre Champion l'imagine : Pour Bernard Duhamel, il ne fait pas de doute que ces éléments datent du ., et Pierre Champion lui-même le pense encore en 1986.Pour ce paragraphe sauf pour les affirmations sourcées par d'autres références : ..
Les campagnes de construction de l'église
Bien avant la construction de l'église actuelle, Vétheuil est un lieu de pèlerinage de Notre-Dame de GrâceLa statue actuelle ne date que du milieu du ; voir dans le chapitre Mobilier.. Les aumônes versées par les pèlerins permettent de constituer un pactole pour la construction d'une église plus grande et plus belle. Il y a aussi lieu de penser que l'augmentation de la population rend cette reconstruction incontournable. Le nombre d'habitants au milieu du n'est pas connu, mais un dénombrement de 1240 montre qu'il y a deux cent soixante feux à Vétheuil, ce qui correspond à un millier d'habitants au bas mot, soit en tout cas nettement plus que la population actuelle. La reconstruction commence par le chœur, qui est daté du début du par Louis Régnier et Bernard Duhamel, ce qui rend peu probable l'hypothèse défendue par L.-A. Gatin, que les travaux auraient été financés par Henri II d'Angleterre, mort en 1189.. Néanmoins, les caractéristiques des chapiteaux permettent de les faire remonter jusqu'en 1184. C'est l'avis de l'architecte australien John James, qui a étudié l'ensemble des chapiteaux de cette époque dans la régionTémoignage recueilli par Pierre Champion, p. 15-16. John James est connu notamment comme auteur de .. On peut donc situer l'achèvement du chœur vers 1200. Il se termine peu avant les piles orientales du clocher roman, et la transition s'opère par un avant-chœur de faible profondeur. Il semble y avoir eu une période d'hésitation avant la décision finale de conserver le clocher ancien, car dans un premier temps, il a été relié aux murs gouttereaux du chœur par des arcades, qui ont été démolies ensuite en vue de la démolition du clocher, avant la mise en œuvre de la configuration actuelle. À l'instar des élévations extérieures du clocher, elle peut dater du début du . C'est à cette époque que le clocher roman, jugé trop petit par rapport à la majestuosité du chœur, est transformé en le clocher gothique que l'on voit actuellement. La flèche en pierre qui devait le coiffer n'a apparemment jamais été exécutée, car aucune représentation iconographique ne la montre.. Il est difficile d'adhérer à l'avis de Pierre Champion, qui écrit en 1986 que le projet du chœur était si ambitieux qu'il a fallu interrompre la construction de l'église pendant près de quatre siècles : Apparemment Champion s'est laissé induire en erreur par L.-A. Gatin (p. 172-173), qui suppose que le chœur gothique servait de chapelle à une communauté religieuse restreinte jusqu'à la construction de la nef. Gatin déduit la présence d'une communauté religieuse du nom de la rue du Moutier, bien que ce terme ne désigne pas nécessairement un monastère. Il s'est laissé sans doute influencer par l'abbé Amaury (p. 12), qui prétend sans preuve que l'église Notre-Dame était une collégiale desservie par des moines Bénédictins. Le chapitre aurait été fondé par Jeanne d'Évreux.. Premièrement, avec la reconstruction gothique du clocher, parti a déjà été pris de construire une nef plus étroite que le chœur, et deuxièmement, il n'y a aucune raison de croire que la nef romane n'a pas été conservée, comme encore à ce jour à Bury, Cormeilles-en-Vexin ou Saint-Étienne de Beauvais.
Effectivement, on ne voit que la dernière travée de la nef sur une enluminure représentant la silhouette de la Vétheuil, qui date de 1557 et est conservée dans le chartrier du château de La Roche-GuyonReproduite aussi dans ., mais la nef romane peut être trop basse pour être visible au-dessus des maisons, et les travaux pour une nouvelle grande campagne de reconstruction sont alors pleinement en cours. La troisième et la quatrième travée du sud, la dernière chapelle du sud et le croisillon sud sont déjà terminés. Les auteurs s'accordent pour situer le début de la seconde campagne de transformation vers 1520, et pour admettre plusieurs interruptions du chantier. Stylistiquement, le transept, la nef, ses collatéraux et ses chapelles reflètent la transition du style gothique flamboyant vers le style de la Renaissance. L'intérieur est exclusivement flamboyant, sauf pour les clés de voûte et les chapiteaux, comme à Montfort-l'Amaury. Les réseaux des fenêtres combinent les deux styles. Sinon, l'extérieur est exclusivement de style Renaissance, sauf pour les fleurons, pinacles et gargouilles qui agrémentent les pignons des chapelles. Le portail méridional a été entrepris en 1551 au plus tôt ; la façade occidentale est un peu plus tardive. La sacristie est la seule partie pouvant être datée avec certitude : la date de 1553 s'y lit au-dessus d'une fenêtre. Sept autels sont consacrés le par John LesleyVoir les termes du compte-rendu de la cérémonie dans ., mandataire de l'archevêque de Rouen : l'église est donc utilisable pour le culte à ce moment. Contrairement à une tradition locale tenace, les travaux ne sont pas financés par Henri II, dont le monogramme avec le H et les deux croissants se devine sous les arcatures du porche, mais par le seigneur de La Roche-Guyon et de Vétheuil, Louis de Silly, et Anne de Laval, sa femme : leurs initiales L et A figurent sur les arcatures qui soutiennent le plafond du porche du portail sud. Louis de Silly est le neveu du cardinal d'Amboise, qui a fait venir d'Italie le maître-maçon Jean Grappin, installé ensuite à Gisors. Léon Palustre en déduit que Jean Grappin est l'architecte de la façade occidentale et du portail méridional, hypothèse qui est confirmée par Louis Régnier, avec une argumentation différente, puis réfutée. La question est difficile à trancher, d'autant plus que Grappin a travaillé avec son père et son fils, et que tous les trois ont une signature artistique très proche.....