Le Lap est un ciment alumineux spécial très pauvre en fer. C'est un matériau et une marque sous laquelle son brevet fut déposé, et c'est le nom de la société commerciale qui l'exploita.

Historique Sa découverte en 1923 par la mezzo-soprano et artiste peintre Spéranza Calo (1885-1949) fera l'objet d'un dépôt de brevet en . Spéranza Calo est l'épouse de Jean Charles Séailles (1883-1967), inventeur fécond, fils d'une famille d'artistes et d'intellectuels, son père Gabriel Séailles est historien de la philosophie et sa mère Jeanne Octavie est une artiste peintre de l'école de Barbizon.

Jean Charles Séailles est également professeur à la Sorbonne. Critique d'art et passionné de mécanique, il est également ingénieur conseil, perfectionnant dans ces années-là la mécanique des moteurs thermiques, la résistance des ouvrages d'art et encore la chimie des matériaux. Avec son ami Eugène Freyssinet, ils mettent au point de nouveaux procédés de fabrication des bétons. En 1939, il avait déjà déposé plus d'une soixantaine de brevets d'invention.

La tradition dit que c'est par hasard que Spéranza Calo aurait découvert cette technique qui donna naissance au Lap. Elle aurait fait par mégarde tomber du ciment dans le pot où elle rinçait ses pinceaux. En démoulant le bloc formé par ce dépôt, elle constata qu'il s'était formé une cristallisation des pigments à la surface.

Son mari, travaillant sur le béton, afin d'en améliorer l'aspect dans la construction, poursuivit ses recherches sur les bases de cette découverte fortuite. Ils mirent au point un produit qu'ils baptisèrent « Lap », abréviation du latin « Lapis » signifiant « pierre ». C'est en qu'ils déposèrent un brevet pour le nom de la marque sous lequel ils décidèrent de commercialiser ce produit. Pour cela ils créent la Société anonyme du Lap, avec un capital d'un million de francs dont le siège social est situé au 38 quai Henri-IV à Paris. Elle commercialise ce produit en France et à l'étranger, à l'exception de la Belgique où une autre société avait été créée un peu avant. Parmi les actionnaires se trouvent des ingénieurs des Mines et des industriels du bâtiment. Vers la fin de la seconde décennie du , elle possède plusieurs filiales et concessionnaires, ainsi que des usines en France et en Europe, mais également aux États-Unis et en Amérique du Sud.

L'année 1926 verra un ralentissement des activités de la Société dû à la grossesse de Spérenza et à la naissance de sa fille Violette Séailles qui sera une enfant fragile. L'activité redémarre à plein en 1929 et les Séailles ouvrent de nouveaux ateliers dans leur parc d'Antony. Cette période de prospérité va de 1927 à 1931.

À partir de 1932, la Grande Dépression qui touche l'économie de la France va frapper de plein fouet le bâtiment. Les Séailles vont réorienter leur stratégie commerciale avec un slogan comme : . On peut choisir sur catalogue une multitude de coloris pour des produits de production industrielle : cheminées, dalles, « carreau Alpha », « Sanilap » (utilisé pour la Cité de la Muette à Drancy).

Avec le temps, on observe quelques défauts qui apparaissent sur les parties les plus exposées aux intempéries, ce qui entache la réputation de ce matériau dit inaltérable. Il va peu à peu disparaître des Salons nationaux consacrés à la décoration.

Si les Séailles conservent leur propriété d'Antony, ils se réinstallent à Paris (1932-1935) pour se consacrer à d'autres activités. La presse ne parle plus du Lap à partir de cette même époque, mis à part deux articles en 1935 et 1936.

La Seconde Guerre mondiale va suspendre les activités de l'atelier d'art qui sera mis à sac par l'Occupant. Speranza et Jean Charles Séailles reprennent la production à la Libération et exposent en 1946 à Antony. C'est un de leurs fils, Pierre Séailles, qui reprend la fabrication des pièces de Lap avec une nouvelle technique dite « à décor flotté ». Des artistes comme Dino Abidine ou Jean Lods, ainsi que Pierre Séailles, créent de nouveaux motifs. Ces pièces seront exposées à la Galerie Coqliban à Paris, en 1954. En 1964, Jean Charles Séailles organise une rétrospective, « Émaux et cristallisations d'Antony », à la Galerie des Orfèvres à Paris en exposant des œuvres de l'entre-deux-guerres et contemporaines.

L'inventeur du Lap meurt en 1967 et la Société est dissoute en 1968. Les Séailles vendent leur propriété d'Antony en 1970. Elle est démolie pour être lotie par la Résidence des Grands-Chênes.

Pierre Séailles a poursuivi ce savoir-faire, apportant de nouvelles techniques avec quelques proches qui conservent les secrets de sa fabrication depuis sa mort en 2007.

Caractéristiques Le procédé de fabrication est toujours sous la protection du brevet déposé. Le Lap présente de grandes qualités pour sa mise en application en décoration et en architecture. Sa prise est rapide, il a une teinte très claire et sa surface est translucide. Ses caractéristiques n'autorisent pas la taille directe. Il se met en œuvre en étant coulé dans un moule ouvert plat ou en relief. Son coût de fabrication étant élevé, il s'emploie en couche mince au fond du moule puis est recouvert d'un ciment ordinaire, armé ou non. On peut lui donner des effets de grains, de craquelés ou de marbrures en y mêlant des pigments, des poudres ou encore des feuilles métalliques (or, argent, etc.).

C'est un produit inaltérable, poli, dur et dense, de grande qualité ; il est luxueux et précieux comme le soulignent les publicitésEncart publicitaire de la revue L'Architecte de 1929.. Chaque pièce est unique. Ce produit d'un grand standing est parfois plus cher que le marbre.

Applications architecturales Revêtement de façade Devantures de boutiques (soubassements, corniches, pilastres etc.) Dalles de sol Lambris (salle de restaurant, lieux de culte, cafés, vestibules d'immeubles) Salle de bains Meubles (paravent, jardinières, tables, bancs, cheminées, fontaines)

Ce matériau a servi à la fabrication de nombreux bâtiments éphémères lors des expositions et salons nationaux et internationaux.

Applications artistiques Peintres ayant travaillé le Lap Marcel Amiguet (1891-1958), rencontre Speranza dans les années 1920 et participe à l'expo de Lap en 1928 à Antony 1928, Orphée, d'après un carton de l'artiste, dim; 25 x Henriette Crespel (1874-1958), lié d'amitié avec les Séailles, elle participe aux expositions de 1928 et 1930. Raoul Dufy, dès 1924. Déesse d'après un carton, dim; 69 x s.d 1928, Amphitrite Vers 1936, La Fée Électricité, d'après un carton de l'artiste, dim; 67 x , commande pour le Pavillon de l'Électricité à l'exposition universelle de 1937, cette grande œuvre est visible au Musée d'art moderne de la ville de Paris 1936, cycle de Mon docteur le Vin : 'Le vin pour les convalescents, d'après un carton de l'artiste, dim; 41 x Le vin contre l'obésité, dim; 48 x La route du vin, panneau en Lap d'après un carton de Raoul Dufy Léonard Foujita (1886-1968) rencontre Speranza Calo vers 1914 et travaille le Lap dès 1924. Vers 1924, Enfant levant les bras, dim; 45 x 1925, Nu couché panneau en collaboration avec Speranza Calo sur feuille d'or froissées. Participe aux expositions de 1928 et 1930. Vers 1927, Lapin blanc entouré de deux chats, d'après un carton de l'artiste, dim; 86 x 1929, Renard beige sur fond vert, dim; 39 x Vers 1929, Chien courant sur fond bleu, d'après un carton de l'artiste dim; 54 x Chat tourné vers la droite, la patte levée, panneau de Lap d'après un carton de l'artiste Georges Gounaro (1890-1977), intéressé par le Lap, il participe aux expositions de 1928, 1929 et 1930 Jeune femme se coiffant, dim; 47 x Paul Jouve (1878-1973) travaille avec Speranza dès 1925 sur un panneau de faïencerie : La panthère luttant et son petit. Il participe à l'exposition d'Antony de 1928 1927, La panthère luttant avec un boa, lap 1927, une grande composition détruite accidentellement en 1968 1927, Le monastère de Simonos Petra, dim; 60 x André Édouard Marty (1882-1974) 1928, Les Biches, Lap de de long, présentée à l'exposition de 1928 à Antony José Mingret (1880-1969) se lie d'amitié avec Speranza en 1908. Il expose à Antony en 1928 et 1929 1927, Le Cervin, Lap en feuilles d'argent Carlos Schwabe, peintre qui a illustré un ouvrage préfacé par son ami Gabriel Séailles en 1908, beau-père de Speranza Calo 1925, Nu de femme debout, Lap d'après un carton de l'artiste, dim; 75 x Andrée Séailles (1891-1980), fille de Gabriel Séailles et d'Octavie Charles Paul Séailles, elle fut l'élève de sa mère et de Paul Baudoüin, expose aux Salons de La Nationale, aux Indépendants. Elle réalise fleurs, paysages et compositions murales transposées en Lap par sa belle-sœur Speranza Calo. Elle expose à Antony en 1928 et 1930. Elle dirige brièvement la Société Lap à la mort de son frère Jean Charles Séailles 1931, Décoration pour le restaurant du Pavillon de l'Afrique occidentale française à l'Exposition coloniale de 1931 Queues de renard, panneau de lap Pierre Séailles (1919-2007), fils de Jean Charles Séailles et de Speranza Calo. Il prépare l'École des Arts et Métiers en 1939, mais la guerre interrompt ses études. N'acceptant pas la défaite, il s'engage dans la Résistance, comme son frère Jean et sa sœur Simone, morte en déportation. Il reprend la fabrication du Lap avec son père, puis avec sa femme, Brigitte Amherdt et son fils Nicolas. Ils perfectionnent et apportent la technique du Lap à décor flotté. 1964, Fougères noires sur fond rouge, Lap avec Brigitte Amherdt, dim; 57 x , exposition d'Antony, 2014 1985, Le Genévrier, Lap à décor flotté, dim; 72 x Paravent décor jasmin, patine d'or sur bois, trois panneaux Lap sur une hauteur de Petit village de rêve, Lap à décor flotté avec Brigitte Amherdt, dim; Yvonne Sjoestedt, frise de la gare de Saint-Amand-Eaux, Urbain Cassan architecte, donne des cartons aux Séailles dès 1927. John Tandy (1905-1982), architecte, il devient peintre, fait de la gravure sur bois, du design et l'art du textile. Après sa rencontre avec Speranza expose à Antony en 1928, 1929, 1930, puis s'installe comme décorateur à Londres. Vers 1927, Étude de paysage, d'après un carton de Tandy, dim; 23 x

Sculpteurs ayant travaillé le Lap Albert Binquet (1879-1934), sculpteur, réalise une décoration en bas-relief de la façade de la Librairie Hachette au 114 boulevard Raspail à Paris en 1928 Jacques Gruber (1870-1936) réalise des chemins de croix dont un en Lap pour l'église de Clamecy, construite en béton armé en 1926. Il expose ses panneaux en Lap à Antony en 1928, 1929 et 1930 1928, Chemin de croix , Lap en relief, dim; 70 x Alfred Janniot 1925, Léda et son Cygne, panneau décoratif présenté à l'Exposition des arts décoratifs Léon Leyritz (1888-1976), sculpteur, architecte et décorateur, il participe aux expositions de 1928, 1929 et 1930 1928, Étude pour une fontaine, nu masculin debout, les bras levés, Lap, dim; h: 1928, Nu masculin debout, aux bras levés en Lap Collectif, Lap, ciment-roi de l'art déco, /20.p., Imp. Le Réveil de la Marne juillet 2014, catalogue de l'exposition de la Maison des Arts d'Antony du 17 septembre au 2 novembre 2014pour la pièce Sigfried de Jean Giraudoux Henri-Marcel Magne (1877-1944) réalise des articles sur le béton et particulièrement sur le Lap et des chemins de croix en Lap qu'il expose à Antony en 1928 et 1929. Jan Martel (1896-1966) et Joël Martel (1896-1966) 1927, La Danse, Lap à feuilles d'or froissé en collaboration avec Spéranza Calo 1930, Le Char, Lap d'argent, diam. 1932, Monument à la mémoire de Claude Debussy, bas-relief dont un exemplaire en Lap a orné le fronton de la propriété des Séailles à Antony. L'original est situé dans le boulevard Lannes au Jardin Claude-Debussy à Paris 1935, Bas-reliefs pour la chapelle du paquebot Normandie, Lap d'or fin, avec l'architecte Pierre Patout. Ils exposent à Antony en 1928 Les Biches, d'après un modèle des deux artistes, dim. 20 x